jeudi 21 février 2013

Julie en vitrine...

Photographie de Mariane L. Saint-Gelais, Le Quotidien

Comme projet de fin de bacc. interdisciplinaire (mais avec un profil théâtre), Julie Bernier a choisi de se mettre elle-même en scène, dans un contexte hyper-urbain: une vitrine.

Jusqu'à demain midi (encore 28h30!), elle vit littéralement dans la vitrine de Séquence, sur la rue Racine. Prête à l'écoute grâce à un dispositif simple mais efficace. Du coup, qui est le sujet?

Un projet intéressant.... dont il est possible de lire les tenants et aboutissants dans cette partie d'article de Daniel Côté paru ce matin dans Le Quotidien

mercredi 20 février 2013

La critique... selon Ionesco


Eugène Ionesco, avant de devenir un monument du théâtre universel, a été, à maintes reprises, l'objet de critiques partagées à savoir s'il était d'avant-garde ou anti-théâtral... Des critiques parfois enthousiastes... et parfois acerbes. Et, plus souvent qu'autrement, contradictoires! 

D'où son opinion sur la critique en général (tirée de la page XXX de ses Notes et contre-notes publiées en 1962 chez Gallimard... que je me plais de retranscrire ici pour faire suite à toute une série de billets sur le sujet!):

[...] La critique est pratiquement un mélange de tout, elle souvent tout, sauf de la critique; partant de sa subjectivité, exprimant sa subjectivité, le créateur s'objective; sortie de lui, extériorisée, l'oeuvre acquiert une existence en soi. L'auteur croyant se tenir se débarrasse de lui-même. Par contre, les critiques prétendant à l'objectivité ou à une certaine objectivité n'expriment le plus souvent que leur subjectivité. [...] Le critique reste prisonnier de lui-même, il exprime ses sentiments, sa mentalité, la mentalité de son époque dont il est tributaire, ses passions, son parti pris. [...] Il ne veut voir dans l'oeuvre que l'illustration de ses désirs ou de ses idées, il approuve ou réprouve l'oeuvre dans la mesure où celle-ci est conforme à ses désirs, à ses idées. [...] La critique, étant ainsi l'expression d'un parti pris, ou involontairement subjective, est, par cela même, faussée.

C'est là une intéressante (et sévère) vision de la critique. Toutefois, cette conception serait encore plus intéressante s'il était possible d'y adjoindre ce que Ionesco considère comme le rôle, la fonction de cette dite critique... Je cherche.

mardi 19 février 2013

Vers le troisième «Forum sur le théâtre au Saguenay-Lac-Saint-Jean»


Ce matin, lors de la rencontre du groupe de compétence en théâtre (piloté par le Conseil régional de la culture), le comité d'organisation du troisième Forum sur le théâtre au Saguenay-Lac-Saint-Jean a été formé. Il s'agit de mesdames Lyne L'Italien, Guylaine Rivard, Véronique Villeneuve (d'office sur tous les comités) et de moi-même (en plus, éventuellement, de Réjean Gauthier qui était avec nous l'an dernier). 

Ce comité se réunira bientôt, pour faire un premier état de la situation et établir, à partir des propositions et de ses propres idées, un projet d'ordre du jour.

Avis à tous! Ce troisième Forum se tiendra, tel qu'il avait été statué lors de l'édition précédente, le troisième vendredi du mois de juin... soit le 21. Les heures (et la formule) seront définis dans les semaines à venir.

D'ici là, il y aura eu la première édition des auditions publiques, le 2 mai et l'attribution d'une première «carte blanche» (voir le billet précédent) pour la relève... deux mesures découlant de cette grande concertation.

lundi 18 février 2013

Une première carte blanche pour le théâtre...

Voici l'appel de projet pour la première carte blanche en théâtre découlant des priorités du premier Forum sur le théâtre au Saguenay-Lac-Saint-Jean!



«Orphée aux Enfers»... [Carnet de mise en scène]


En réflexion devant le montage du décor d'Orphée aux Enfers... en compagnie de l'éclairagiste, Alexandre Nadeau (photo: Christian Roberge)

Maintenant que la poussière retombe un peu, vient maintenant le temps de faire le bilan de cette expérience  (plus qu'enthousiasmante!) que fut Orphée aux Enfers

Qu'est-ce qui a bien marché? Qu'est-ce qui a accroché? Qu'est-ce qui, avec le recul, aurait pu être fait autrement? C'est là le plus difficile: tenter de faire preuve de rigueur et d'objectivité... je dirais malgré et contre la bonne réception générale (sait-on jamais les critiques plus négatives?) du spectacle. 

Rien n'est vraiment parfait. Tout peut (et doit!) être amélioré.

Démêler les choix des compromis. Les obligations des désirs artistiques. Les essais des convictions. Les bons coups des moins bons. L'exercice est exigeant, mais nécessaire. Car ce n'est pas dans cette couche bienfaisante de compliments que se développe une pratique...

Dans l'ensemble, pourtant, le plaisir a été au rendez-vous! 

En attendant la prochaine fois... si prochaine fois il y a... voici quelques billets écrits sur la production 2013 de la Société d'art lyrique du Royaume:

Une belle soirée aux Enfers (Denise Pelletier, Spécial du jour)
L'opérette prend un coup de jeune (Daniel Côté, Le Quotidien... en partie)
Une belle tradition (opinion de Daniel Côté, Le Quotidien)

dimanche 17 février 2013

Rachel

 La comédienne Rachel (Rachel Félix), gravure d'après C.L. Müller, 1905

Le groupie que je suis devant son monument au Père-Lachaise, Paris, novembre 2011

De tous les grands monstres sacrés du théâtre français du XIXième siècle (ce qui me rappelle qu'un même devoir de mémoire devrait agir pour le champ dramatique saguenéen!), Rachel est sans conteste l'un des plus fascinants (et elle a déjà fait l'objet d'un billet sur ce blogue, le 20 octobre 2011). Elle n'a pas la théâtralité de Sarah Bernhardt. Elle n'a pas la beauté de Julia Bartet. Elle n'a pas la puissance outrancière des Mounet-Sully et des Frédérick Lemaître... Non. Et c'est là tout son intérêt... aux dires de ses contemporains qui ont chanté ses louanges.

Comme Jules Janin, un critique dramatique français, le 20 août 1838, dans Les Débats: Quelle chose étrange! Une petite fille ignorante, sans art, sans apprêt, qui tombe au milieu de la vieille tragédie! Elle la ranime en soufflant vigoureusement sur ces augustes cendres. Elle en fait jaillir la flamme et la vie. Oui, cela est admirable et notez bien que cette enfant est petite, assez laide; une poitrine étroite, l'ait vulgaire et la parole triviale. [...] Ne lui demandez pas ce que c'est que Tancrède, Horace, Hermione, la guerre de Troie, Pyrrhus, Hélène. Elle n'en sait rien. Elle ne sait rien. Mais elle a mieux que la science: elle a cette lueur soudaine qu'elle jette autour d'elle. À peine sur le théâtre, elle grandit de dix coudées, elle a la taille des héros d'Homère, sa tête se hausse et sa poitrine s'étend, son oeil s'anime, son pied tient à la terre en souverain, son geste est comme un son venu de l'âme, as parole vibre au loin toute remplis des passions de son coeur. Elle marche ainsi dans le drame de Corneille sans hésiter, semant autour d'elle l'épouvante et l'effroi.

Paul de Saint-Victor , un autre critique dramatique de la même époque, en rajoute: La beauté classique si longtemps méconnue et défigurée s'était incarnée dans cette enfant d'élection. Ce n'était pas seulement Corneille et Racine, c'était Eschyle et Sophocle qu'elle faisait revivre. [...] Le vers résonnait sous cette voix mordante, qui frappait l'alexandrin à l'effigie des médailles. Quelle attention profonde, quel calme dominateur! Quelle vie rapide circulant à travers les silences, les mouvements, les regards et l'air même! Quelle façon souveraine d'entrer, de s'asseoir, d’interpeller, de sourire! À quelle dignité plastique elle élevait et maintenait les plus violentes passions de ses rôles!

Ce dernier point plastique sera relaté par un autre influent critique dramatique qui sera connu surtout pour ses romans: Théophile Gautier. Mademoiselle Rachel, sans avoir de connaissances ni de goûts plastiques, possédait instinctivement un sentiment profond de la statuaire. Ses poses, ses attitudes, ses gestes s'arrangeaient naturellement d'une façon sculpturale et se décomposaient en une suite de bas-reliefs. les draperies se plissaient, comme fripées par la main de Phidias, sur son corps long, élégant et souple. Aucun mouvement moderne ne troublait l'harmonie et le rythme de sa démarche; elle était née antique, et sa chair pâle semblait faite avec du marbre grec... Seule elle fait vivre pendant dix-huit ans une forme morte, non pas en la rajeunissant comme on pourrait le croire, mais en la rendant antique de surannée qu'elle était peut-être; sa voix grave, profonde, vibrante, ménagère d'éclats et de cris, allait bien avec son jeu contenu d'une tranquillité souveraine. Elle fut simple, belle, grande et mâle comme l'art grec qu'elle représentait à travers la tragédie française.

J'admire ces descriptions imagées de ces grands acteurs. Peut-être ne donnent-ils pas l'exacte mesure de leur jeu et tous les codes de l'époque... mais elles ont la qualité de faire rêver. Qui se souviendront de acteurs d'aujourd'hui à partir de ce qu'on en écrit (ou photographie, ou filme)?

samedi 16 février 2013

Le théâtre en crise?


La crise est devenue, au fil du temps (et particulièrement dans nos sociétés), un lieu commun. Il ne faut presque rien pour qu'elle soit aussitôt déclarée.  

Le théâtre (et j'oserais ajouter «le monde culturel en général») fait-il exception? Est-il en crise? Ou plutôt, l'est-il encore? Après la crise du drame de 1880, après de multiples crises financières et économiques, après des crises de censure, après des crises de désaffection du public - et quoi encore! - peut-il ou saura-t-il s'en sortir?

(En écrivant ce billet, je pense tout naturellement à la situation du FIAM...) 

La difficulté de répondre à ces questions dépend, bien entendu, du regard de l'observateur.

L'une des meilleures réponses, à mon avis, revient à Eugène Ionesco... qui écrivait en 1962 (mais ce pourrait avoir été écrit aujourd'hui), dans Notes et contre-notes (p.207): La crise du théâtre existe-t-elle? Elle finira par exister, si l'on continue d'en parler. On pense qu'un théâtre ne peut pas exister dans une société divisée. Il ne peut exister que dans une société divisée. Il ne peut exister que lorsqu'il y a conflit, divorce avec mes administrateur ou mes administrés (ce qui dépasse la notion de classes sociales), ma femme ou mon amante, mes enfants et moi, moi et mon ami, moi et moi-même. Il y aura toujours division et antagonismes. C'est-à-dire qu'il y aura division tant qu'il y aura de la vie. L'univers est en crise perpétuelle. Sans la crise, sans la menace de mort, il n'y a que la mort. Donc: il y a crise au théâtre seulement lorsque le théâtre n'exprime pas la crise. Il y a crise de théâtre lorsqu'il y a immobilité, refus de recherche; pensée morte, c'est-à-dire dirigée. 

Cet espèce d'absolutisme a quelque chose de rassurant. D'encourageant. Voire même de stimulant! Poser le théâtre (et l'art) comme étant une résistance face à l'adversité lui confère une grande liberté et une puissance d'actions.

Et sous ces quelques lignes (ici, je tombe en pleine extrapolation subjective, je sais!) peut se dégager un autre message: ça vaut le coup... peu importe les coups.

Alors le théâtre en crise? Oui, peut-être... puis après? 

vendredi 15 février 2013

Un bel objet!


Autre trouvaille au cours d'une pérégrination sur la rue Saint-Jean: Cent ans de théâtre par la photographie. Un ouvrage illustré paru en 1947, aux Éditions de l'Image.

Ce recueil - parce que c'en est un! - présente, avec une riche iconographie originale, les grands artistes du théâtre, les grands monstres sacrés de la scène de cette si prodigieuse fin du XIXième siècle :  Réjane, Julia Bartet (dont les photos sont admirables!), Rachel, De Max, Coquelin, Frédérick Lemaître, La Duse, Lucien Guitry, Mounet-Sully et des dizaines d'autres. Ces noms sont souvent revenus sur ce blogue, dans un billet ou un autre... et reviendront sûrement, avec toutes les nouvelles informations (et nouvelles images!) désormais en ma possession!

Chaque présentation est accompagnée de citations d'écrivains de l'époque. Des mises en contexte. Des opinions. Des critiques. Des descriptions d'un style qui ne se retrouve plus.

Un fort beau bouquin comme je les aime: poussiéreux qui ouvre une brèche sur un monde révolu... sur un monde qui, à l'époque même, portait les ferment d'une importante révolution théâtrale: l’avènement du metteur en scène!  

«Max et Jane veulent faire du théâtre»

Voici une petite séquence vidéo, vraisemblablement tournée en 1911 par René Leprince et Max Linder (qui interprète aussi le personnage principal, vedette d'autres œuvres... comme en fait foi - si cela se peut! - ce profil tiré de Wikipédia ) et produit par Pathé Frères, et qui s'intitule Max et Jane veulent faire du théâtre.



Le plus intéressant, dans ce petit film, ce n'est pas le jeu des acteurs à proprement parler (et encore moins l'histoire)... mais plutôt celui des spectateurs lors de la représentation, de ce travail choral outrancier et excessif!

Courteline par lui-même...


Il faut voir ces pages [en parlant de ses courtes pièces]... - Comment dirai-je, au juste? - ... une suite d'orchestre pour musique légère, un prétexte à faire évoluer, conformément à la logique de leur petite psychologie et autour de petites historiettes ayant de tout petits commencements, de tous petits milieux et de toutes petites fins, de tout petits personnages reflétant de leur mieux la philosophie je m'efforce de prendre gaiement les choses... 

C'est en ces termes que Courteline décrit son œuvre... lui qui ajoutait, moqueur ou réaliste? : Un acte, un seul acte, voilà ma mesure au théâtre. Que voulez-vous, je n'ai pas d'imagination. Les sujets qui s'offrent à mon esprit ne comportent pas de développement. Mes intrigues s'arrêtent courts après un acte.

jeudi 14 février 2013

Bonne St-Valentin!


En ce 14 février, je remets ici (parce que je l'ai déjà fait antérieurement) ce que je considère être la plus belle et la plus forte déclaration d'amour écrite pour le théâtre. Un amour non-partagé, peut-être... mais quand même le plus passionné.  Il s'agit de la troisième scène du premier acte de Phèdre (la pièce en entier devrait être ici), le personnage principal avoue sa flamme pour son beau-fils, Hippolyte.


Oenone
Que faites−vous, Madame ? et quel mortel ennui
Contre tout votre sang vous anime aujourd'hui ?

Phèdre
Puisque Vénus le veut, de ce sang déplorable
Je péris la dernière et la plus misérable.

Oenone
Aimez−vous ?

Phèdre
De l'amour j'ai toutes les fureurs.

Oenone
Pour qui ?

Phèdre
Tu vas ouïr le comble des horreurs.
J'aime... A ce nom fatal, je tremble, je frissonne.
J'aime...

Oenone
Qui ?

Phèdre
Tu connais ce fils de l'Amazone,
Ce prince si longtemps par moi−même opprimé ?

Oenone
Hippolyte ? Grands dieux !

Phèdre
C'est toi qui l'as nommé !

Oenone
Juste ciel ! tout mon sang dans mes veines se glace !
O désespoir ! ô crime ! ô déplorable race !
Voyage infortuné ! Rivage malheureux,
Fallait−il approcher de tes bords dangereux ?

Phèdre
Mon mal vient de plus loin. A peine au fils d'Egée
Sous ses lois de l'hymen je m'étais engagée,
Mon repos, mon bonheur semblait être affermi,
Athènes me montra mon superbe ennemi.
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler,
Je sentis tout mon corps et transir et brûler.
Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
D'un sang qu'elle poursuit, tourments inévitables.
Par des voeux assidus je crus les détourner :
Je lui bâtis un temple, et pris soin de l'orner ;
De victimes moi−même à toute heure entourée,
Je cherchais dans leurs flancs ma raison égarée.
D'un incurable amour remèdes impuissants ! 
En vain sur les autels ma main brûlait l'encens :
Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
J'adorais Hippolyte, et le voyant sans cesse,
Même au pied des autels que je faisais fumer,
J'offrais tout à ce dieu que je n'osais nommer.
Je l'évitais partout. O comble de misère !
Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
Contre moi−même enfin j'osai me révolter :
J'excitai mon courage à le persécuter.
Pour bannir l'ennemi dont j'étais idolâtre,
J'affectai les chagrins d'une injuste marâtre ;
Je pressai son exil, et mes cris éternels
L'arrachèrent du sein et des bras paternels.
Je respirais, Oenone ; et depuis son absence,
Mes jours moins agités coulaient dans l'innocence ;
Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
De son fatal hymen je cultivais les fruits.
Vaines précautions ! Cruelle destinée !
Par mon époux lui−même à Trézène amenée,
J'ai revu l'ennemi que j'avais éloigné :
Ma blessure trop vive aussitôt a saigné.
Ce n'est plus une ardeur dans mes veines cachée :
C'est Vénus toute entière à sa proie attachée.
J'ai conçu pour mon crime une juste terreur.
J'ai pris la vie en haine et ma flamme en horreur ;
Je voulais en mourant prendre soin de ma gloire,
Et dérober au jour une flamme si noire.
Je n'ai pu soutenir tes larmes, tes combats ;
Je t'ai tout avoué ; je ne m'en repens pas,
Pourvu que de ma mort respectant les approches,
Tu ne m'affliges plus par d'injustes reproches,
Et que tes vains secours cessent de rappeler
Un reste de chaleur tout prêt à s'exhaler.

Je le réaffirme: un jour, je monterai cette pièce... c'est là, sans doute, mon plus grand fantasme de metteur en scène. Des personnages grandioses, excessifs! Une écriture rhytmique qui procure un souffle, une dynamique rarement égalés...

De la décentratlisation dans la représentation...


Voici, en liminaire, une description de ce que serait le cadre du théâtre contemporain. Elle est posée dès le premier paragraphe (p.9) de Théâtres du XXIe siècle: commencements (publié chez Armand Colin en 2012) et a le mérite, contrairement à beaucoup d'autres ouvrages du même type, d'atteindre une certaine clarté, notamment en ce qui a trait à la décentralisation de la représentation et au rapport avec le spectateur... 

Le théâtre raconte encore, même quand il ne s'en donne plus l'air, même quand il fait mine de radoter ou de ressasser, de tourner le dos aux beaux sujets. Même quand ses spectateurs s'étonnent de ne pas tout comprendre, ou d'apprécier le lendemain ce qu'ils auraient voulu saisir le soir même. Fables en mineur, fables en creux, fables intermittentes, fables trop belles pour être honnêtes, récits dont les conflits visibles ont disparu. Ici l'inquiétant acquiescement a remplacé l'affrontement en face-à-face, ici la digression perpétuelle tient lieu de centre, ici l'éblouissante transparence inquiète celui qui voulait pourtant tout savoir, ici un narrateur omniscient a remplacé les partenaires du dialogue alterné, et la simultanéité sert d'unique présent.

Le reste du bouquin sera-t-il de cette nature? Difficile à dire...

Je trouve fort intéressants tous ces théoriciens qui tentent de (re-)définir le théâtre d’aujourd’hui au-delà de cette vision téléologique imposée par les tenants du postdramatique. Le théâtre a-t-il tant changé (outre ses moyens techniques)? Toutes les réponses sont bonnes. Et c’est cela qui est formidable!