samedi 3 avril 2021

Du Grand Guignol en théâtre-web - À la recherche d'efficacité

Nous poursuivons toujours les répétitions dans le cours de Création théâtrale, à l'UQAC, où, je le rappelle (et ici, ici, ici), nous travaillons à la mise en place d'une plateforme de diffusion d'une représentation en direct de Grand Guignol: Le Système du Dr. Goudron et du Pr. Plume d'André de Lorde. L'interprétation et la mise en scène doivent se conjuguer avec un important élément: le cadrage subjectif.

Pendant ce temps, l'espace est confié à Sophie Châteauvert. La partie du théâtre que nous utilisons se transforme peu à peu en plateau de tournage.


Ici aussi, plusieurs enjeux se posent dans ce grand espace. D'une part, il faut qu'il soit esthétique. Avec un souci de la précision étant donné qu'avec les déplacements des comédiens et de leurs caméras, tous les angles et les points de vue doivent être réfléchis. Il faut ensuite que le tout soit dynamique et permettent différents jeux de scène.

Et sur ce plateau - Grand Guignol oblige! - nous mettons à l'épreuve bien des éléments du mobilier et des accessoires! Pour preuve, nous en sommes à notre troisième table... C'est un genre qui demande un fort engagement sur le mode de l'impulsivité, de la cruauté, de la folie. Comment rendre tout cela crédible ou efficace? Que de coups reçus, d'accidents, de bris, d'entailles ponctuent les répétitions! 

Dans les prochains jours, ce sera au tour de la technique (sons, lumières, projections) d'entrer en scène pour créer l'atmosphère nécessaire.

Sinon, cette semaine, nous avons pu avoir un premier aperçu de la plateforme. Les tests  (d'ailleurs, fort étrange de se dire que l'équipe de programmation qui était avec nous était dispersée entre Montréal et Toronto!) se sont montrés fort convaincants, même s'il s'agissait plus de vérifier le synchronisme des caméras, des micros:


Il sera fort intéressant, pour le spectateur, de manœuvrer cet objet virtuel tout au cours de la représentation. De ce que nous avons vu entrevoir, l'utilisation de cette plateforme sera simple et fluide.

Maintenant, comme tout projet théâtral, la clé de l'efficacité réside dans la répétition!
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Dans le cadre d'un autre cours, quatre des étudiants inscrits dans ce projet ont ouvert une page Facebook, Les Aspirants du théâtre Web, pour documenter, commenter le travail qu'ils font avec moi. Abonnez-vous à leur page pour voir leurs capsules.

jeudi 1 avril 2021

Un détour par le nô... [Nouvelle acquisition]

 


J'ai eu envie, suite à une lecture, de me plonger dans l'univers du nô japonais... un univers étonnant, fascinant, déroutant. Parce que s'il y a un théâtre de convention, c'est bien lui (et qu'il a inspiré et inspire encore de grands metteurs en scène)! Des conventions qui datent de plusieurs siècles, d'ailleurs. Au point où le spécialiste René Sieffert en dit même:

Dans cette atmosphère confinée et intemporelle, cet art vigoureux et populaire, né dans une atmosphère de concours et de compétitions, s'assoupit tout doucement pour devenir un spectacle de musée, entretenu avec une religieuse componction par des pieux conservateurs officiant devant un parterre recueilli et somnolent. Nous savons, par des documents incontestables, que l'interprétation actuelle d'un nô prend en moyenne presque deux fois plus de temps qu'à l'époque des Ashikaga! C'est dire que cette lenteur que la plupart des auteurs occidentaux, et japonais, prennent pour le caractère essentiel du nô, ne lui était en aucune façon congénitale, et l'on constatera, en lisant Zeami, que celui-ci la condamnerait très certainement, s'il lui était donné d'assister à une représentation d'aujourd'hui... Apprécierait-il au moins l'austérité froide et la dignité revêche qui en résultent? Je n'oserais en jurer!

Toujours est-t-il que j'ai eu envie de plonger dans ce répertoire et cette façon unique d'aborder la scène. Et la meilleure façon a été de me procurer le bouquin ci-haut. Zeami (1363-1443) est l'incontournable du nô. Un monument. En plus d'être l'auteur de plusieurs oeuvres, d'être comédien, il a fait un traité qui sert encore de base à quiconque s'initie au genre. 

Donc de la théorie, on passe par la formation de l'acteur... pour terminer avec la lecture de huit pièces (qui composent une journée). 

lundi 29 mars 2021

Un saint en feu!


Ce beau petit morceau d'éloquence - dans le ton de tellement d'autres que j'ai publiés ici - a été écrit à la fin du XVIIe ou au début du XVIIIe siècle par le célèbre prêtre Louis-Marie Grignion de Montfort... né l'année de la mort de Molière (1673) et mort jeune, en 1716. 

Il faut savoir aussi que ce personnage ecclésiastique a été béatifié en 1888 puis canonisé en 1947. C'est donc dans la Confrérie des Saints qu'il peut déverser son fiel contre les comédiens.

dimanche 28 mars 2021

Une mauvaise actrice de moins... !

J'aime beaucoup les annonces mortuaires des grands comédiens des époques anciennes où il est question de conversion ultime, de tribulations funéraires, de cérémonies clandestines ou, au contraire, grandioses.

Voici donc, dans cette veine, un surprenant avis de décès d'une célèbre actrice (qui semble avoir été surtout une cantatrice) du XVIIIe siècle, Mme Favart (de son vrai nom Marie Justine Benoîte Favart, née Duronceray, et dite Mlle Chantilly à ses débuts sur scène), tiré de la Correspondance littéraire, philosophique et critique par Grimm, Diderot, Raynal, Meister, etc. 

Après une brève description du trépas de la pauvre femme, la notice poursuit avec une critique assez virulente de son jeu... à croire que son auteur n'était pas un grand fan de la dame!:


Voici quelques portraits de cette comédienne et, en lien, une biographie:





samedi 27 mars 2021

Journée Mondiale du Théâtre 2021

C'est aujourd'hui la Journée Mondiale du Théâtre. Pour cet occasion, à de nombreux endroits dans le monde, des textes seront lus avant les représentations ou lors d'activités spéciales. 

Voici les messages officiels de cette année.

Celui de l'artiste international (la comédienne Helen Mirren):

Celui québécois (Anglesh Major):



mercredi 24 mars 2021

À moi le pouvoir!

 

En voilà un qui a une haute estime de la fonction de directeur de théâtre! Et pourquoi pas! 

Il s'agit de Pierre Auguste Callet. Et cet extrait est tiré de son ouvrage La Voix mystérieuse, publié en 1852. Cette (belle!) remarque suivait cette mise en contexte:


Je ne suis pas un expert en histoire... mais je pense qu'il doit s'agir de ce personnage (en lien, ici, une notice wikipédienne), Louis-Désiré Véron:


mardi 23 mars 2021

De la critique... en 1933!

La question de la critique théâtrale a toujours été d'actualité. Et quand on lit un papier d'époque (comme celui-ci tiré du journal Le Canada du 16 septembre 1933) sur ce mal nécessaire, il est toujours étonnant d'en constater la contemporanéité... 



dimanche 21 mars 2021

Vingt ans de mises en scène!

 

C'est là l'affiche de mon tout premier spectacle... et si on regarde les dates, c'est donc dire que cette semaine, j'ai (non)célébré ma vingtième année comme metteur en scène!

Et depuis ces deux décennies, j'ai eu la chance et l'opportunité de travailler beaucoup, de créer dans toutes sortes de contextes, avec différentes équipes, de nombreux comédiens et concepteurs, d'approfondir des approches, de tester des trucs scéniques, d'explorer. 

Si je compte bien (et que mon c.v. n'a pas de trous!), j'aurais signé, à ce jour, 76 projets. J'aime les statistiques. Alors ça donne ça:
  • Théâtre 100 Masques (qui est mon attache principale depuis 21 ans!): 34
  • UQAC (ce qui inclut plusieurs projets de fin de bacc., ma maîtrise, la troupe de théâtre amateur, les cours d'ateliers de création): 13
  • Théâtre Mic Mac: 9
  • Société d'art lyrique du Royaume (j'y compte les grandes mises en scène et les projets jeune publics, dont un qui n'aura jamais vu le jour): 6
  • Cégep de Chicoutimi (avec la troupe Les Mal-Avenants... mais l'an passé, nous n'avons pas présenté notre projet): 4
  • Projets personnels (faits en mon nom... et s'il y en a peu, c'est que ceux-ci ont principalement été drainés par le Théâtre 100 Masques): 3 
  • Divers autres contrats: 7 
Ça donne une moyenne de 3.8 mises en scène par année! Bien sûr, tout n'a pas la même importance. Et chacun de ces spectacles avait ses propres buts et objectifs.

Dans le lot il y a de belles réussites, je pense... et des projets qui ont été extrêmement stimulants. Ils me laissent d'impérissables souvenirs. Il y a aussi, naturellement, des déceptions, des projets moins probants, moins satisfaisants. Ceux-là je m'en souviens aussi fort bien. Leur importance est proportionnelle à la remise en question occasionnée! Souvent ce sont des jalons dans le parcours. Des réalignements. Puis il y a les autres. Les spectacles où j'ai eu du plaisir, fait de belles rencontres mais dont les images qu'il m'en reste sont floues.

Y aura-t-il un autre vingt ans? Au même rythme? Prochain rendez-vous en mars 2041!

samedi 20 mars 2021

Poésie fielleuse

Voici une ode contre le théâtre trouvé en furetant dans le journal La Croix du 2 février 1905:


J'ai tenté de trouvé plus de détails sur cet auteur mais je ne crois pas y être arrivé...

vendredi 19 mars 2021

Du Grand Guignol en théâtre-web - À la recherche de points de vue...

Nous poursuivons, à l'UQAC, notre mise en scène d'une pièce de Grand Guignol en format théâtre web (pour vous rappeler ce dont il s'agit, voir ici et ici).

Après avoir ébauché la mise en place afin de donner à chacun une bonne idée de son champ d'actions et de sa présence, nous avons entrepris, hier, l'approfondissement de la mise en scène, uniquement du point de vue subjectif de chacun d'eux, de chacun des appareils téléphoniques. 

Pour qu'en tout temps, les lentilles soient dirigées vers des points importants. Pour que tous soient captés par au moins l'une des caméras. Pour que l'on cadre bien les choses et les personnages. Pour qu'on sente le personnage qui porte la vision (un peu dans le principe d'Un gars, une fille où les mains acquièrent une importance primordiale). Pour qu'on ait des champs/contrechamps, des plans rapprochés, des plans d'ensembles, des focalisations sur un objet ou une action, des travelings.

C'est fort passionnant... mais c'est aussi complètement fou comme travail, tant pour les étudiants que pour moi.

Pour travailler, les étudiants rejoignent une conversation Zoom pour que toutes les caméras puissent être vues en même temps. Ce qui donne un peu quelque chose comme ça (cette captation est prise pendant une pause... parce qu'en travail, il y a une bien plus grande préoccupation esthétique!):


Parce que la mise en scène est déconstruite. Ou pour être plus précis, elle est fragmentée, multipliée. S'il y a une mise en scène générale, relativement traditionnelle avec une mise en espace et des indications de jeu, il y a, quand on passe en mode diffusion, six mises en scène qui doivent se conjuguer simultanément. Chacune autonome, en quelques sortes... autonome dans un tout.

L'attention de chacun est alors sur-sollicitée. 

La caméra et le rendu sur écran impose une posture, une démarche, une gestuelle qui devra s'inscrire dans la mémoire corporelle  des étudiants. Car si nous avons des écrans pour nous aider à mettre en scène, ceux-ci disparaîtront progressivement au fil des répétitions. Et les représentations (parce que je rappelle que tout se fera en direct) devront se faire sans ces béquilles.

Le résultat sera-t-il probant?  Le récit sera-t-il accessible ou s'il sera trop morcelé? Et le son (nous attendons nos micros)? Sera-t-il convaincant? Nous le saurons quand nous aurons testé la plateforme de diffusion qui est présentement en cours de programmation! 

Comme le quoi même le contexte sanitaire actuel peut réussir à nous plonger dans une recherche fort stimulante!

mardi 16 mars 2021

Quand le théâtre est un «antre de la putréfaction»

Décidément, je ne me lasse pas de ces morceaux de littératures journalistiques qui se déchaînent contre le théâtre! J'en aime particulièrement la finesse du langage qui détonne avec la charge violente! J'en goûte fort la rhétorique judéo-chrétienne exubérante et virulente!

Comme dans cette lettre ouverte d'un spectateur scandalisé, frémissant d'horreur et de dégoût, publiée dans La Presse du 24 septembre 1920:



dimanche 14 mars 2021

Une histoire saguenéenne de «La Cantatrice chauve»

Le Théâtre 100 Masques présentera, cet été, La Cantatrice chauve d'Eugène Ionesco. Cette pièce (écrite en 1950) est probablement l'un des plus grands classiques du XXième siècle... assurément l'une des œuvres les plus jouées. 

La région n'est pas en reste et à vue, au cours des décennies, plusieurs productions de ce texte. En voici quelques-unes glanées dans les archives de BaNQ (et je fais abstraction ici de plusieurs montées dans un cadre académiques).

Il y a eu celle de La Marmite (Le Lingot, 11 novembre 1966), mise en scène par Ghislain Bouchard... en tournée régionale de Jonquière à Chicoutimi!:

Il y a eu celle du Théâtre Populaire d'Alma (Le Soleil du SLSJ, 21 janvier 1970), mise en scène par nul autre que Michel Côté (enfin, j'imagine que c'est le grand comédien d'aujourd'hui):


Il y a eu celle des Têtes Heureuses (Le Quotidien, 3 décembre 1985) à la fameuse Maison Carrée, mise en scène par Jean-Pierre Bergeron et dans laquelle jouait notamment Hélène Bergeron et Richard Desgagné:


Il y a eu celle de la troupe Excès-Taira (Le Quotidien, 11 juillet 1992) qui animait le théâtre d'été de St-Bruno, et dans laquelle jouait notamment Monique Gauvin:


Et il y  a eu celle de la toute nouvelle troupe de théâtre de l'UQAC, Mine de rien, (Le Quotidien, 27 novembre 2006) pour laquelle je signais (eh oui! j'en serai à ma seconde aventure ionescienne!) la première mise en scène...