dimanche 23 janvier 2022

Au théâtre, cette semaine! [Du 23 au 29 janvier 2022]


C'est une autre semaine silencieuse qui s'annonce puisque toutes les salles sont encore fermées jusqu'à nouvel ordre. 

samedi 22 janvier 2022

Le metteur en scène, selon Charles Dullin

Charles Dullin, dans l'un de ses rôles les plus marquant, soit l'Harpagon de L'Avare de Molière.

Charles Dullin (1885-1949) est un immense acteur et metteur en scène français - l'un des membres du fameux Cartel (ici) qui a fait école et qui réunissait les Louis Jouvet, Gaston Baty et Georges Pitoëff -  de la première moitié du vingtième siècle. C'était là une époque féconde, théâtralement parlant, avec de nombreuses révolutions et l'avènement d'un nouvel intervenant pour le spectacle: le metteur en scène!

Époque féconde, partout en Occident, mais plus particulièrement en Russie et en France où tous les grands noms ont tenté de théoriser cette nouvelle fonction. Les définitions sont donc nombreuses, parfois contradictoires, parfois complémentaires, parfois provocantes... mais toujours fort intéressantes parce qu'elles poussent à la réflexion, au questionnement, à sa propre prise de position.

Bref, je reviens à Dullin...

Voici la définition du metteur en scène qu'il a exposé à l'Assemblée générale du Syndicat des metteurs en scène de théâtre, en septembre 1944 (rapportée dans le petit opuscule Charles Dullin, publié dans la fort intéressante collection Mettre en scène, chez Actes Sud-Papiers, en 2011):

Ne peut se dire metteur en scène que celui qui, par son art personnel, apporte à l'oeuvre écrite par l'auteur une vie scénique qui en fit ressortir les beautés sans jamais en trahir l'esprit. À ce don de maître de jeu, il doit joindre des connaissances générales lui permettant d'ordonner et de diriger le travail pratique des acteurs, du décorateur, des musiciens, du régisseur, des électriciens, des machinistes et autres aides. 

C'est une définition que j'aime bien parce qu'elle demande que le metteur en scène connaisse le travail de ses partenaires. Et même plus. Il doit être en mesure de mettre la main à la pâte pour bien comprendre les différents enjeux, mécanismes, fonctionnement pour avoir une vision d'ensemble cohérente, accroître sa capacité de visualiser les choses (les demandes et les propositions), soutenir ses concepteurs. 

mercredi 19 janvier 2022

Les différentes déclinaisons d'«Edmond»

En 2017, Alix Michalik présente une nouvelle pièce de théâtre qui fait sensation partout où elle est jouée: Edmond

Dans cette histoire à l'humour bien français, il est question de la difficile (et fort divertissante) naissance du chef-d'oeuvre Cyrano de Bergerac, sous la plume du pauvre Edmond Rostand. Autour de lui de grands personnages historique: Courteline, Feydeau, Sarah Bernhardt... et Constant Coquelin qui lui commande une comédie. Les tribulations sont nombreuses et s'échafaude, scène par scène, un récit épique!

Bref, une bonne pièce. Qui connaîtra d'autres vie!

Dont une au cinéma (le film est disponible actuellement sur Toutv.ca), en 2019, adaptation et réalisation de l'auteur (qui y tient le rôle de l'arrogant Feydeau):

Mais aussi - et je suis très heureux de l'avoir reçue hier! - une version en bande dessinée, en 2018, réalisée par Léonard Chemineau. La lecture promet d'être fort amusante! 



mardi 18 janvier 2022

De la commedia dell'arte... (nouvelle acquisition)

L'évolution de ma bibliothèque suit le cours de mes projets. Ainsi, il est facile de cerner les divers projets qui m'occupent par la liste des ouvrages thématiques qui deviennent aussitôt mes lectures de chevet. (Et quand je suis plus actif sur ce blogue, par les différents billets qui se suivent!)

Aujourd'hui - en vue de la production estivale du Théâtre 100 Masques à partir de Goldoni - je suis bien heureux de recevoir ceci, publié en 1999 aux Presses universitaires de Grenoble:


Un petit ouvrage fort bien fait pour consolider les connaissances, rappeler des détails, faire découvrir des éléments plus pointus. 

Non, le théâtre estival qui s'en vient ne sera pas de la commedia dell'arte en bonne et due forme. Parce que ça demande une technique que moi, que les comédiens, ne possèdent pas. Mais il s'en inspirera grandement. Alors pour s'en inspirer, encore faut-il faut retourner aux bases! 

Il y a donc un volet historique sur la commedia (ses origines, son évolution); un volet descriptif (les personnages, les masques, les lazzis, les canevas); un volet pratique (avec la délimitation de l'espace scénique, quelques exercices d'assouplissements, quelques gestes types des principaux personnages, quelques propositions de mises en pratiques); un volet de réalisations (les masques, les patrons de costumes, etc.). 

Ce sera là un belle façon de plonger dans un univers qui sera un outil de travail fort intéressant!

dimanche 16 janvier 2022

De l'importance des consignes de sécurité au théâtre!

Voici un petit fait divers, tiré de l'édition du Courrier du Canada, le 20 janvier 1882:


J'ai essayé de retrouver le Chinois et le Théâtre... qui je crois est à New-York. En vain. 

Mais si ce petit article m'intéressait, c'est aussi parce que le dernier paragraphe prouve, finalement, que rien ne change...

Pour diriger aussi un lieu de diffusion (pluridisciplinaire), je pourrais aussi témoigner de plein d'exemples (moins explosifs, il va de soi!) de spectateurs qui, lors de spectacles, se fichent royalement de nos demandes et de nos consignes, ne pensant qu'à leur propre personne... avec ce que ça peut supposer d'insultes à l'égard de mon équipe, de propos impolis, de moqueries, de défis bornés. Parfois même, certains vont carrément à l'encontre de ce qui a été indiqué à l'accueil pour nous narguer!

Au théâtre, cette semaine! [Du 16 au 22 janvier 2022]

 


À moins que le gouvernement n'annonce une réouverture surprise des lieux de diffusion, il n'y aura toujours pas de représentation cette semaine.

Ce qui ne signifie pas pour autant que le milieu théâtral est sur pause. Plusieurs collègues/compagnies sont présentement en travail (notamment mon équipe pour Les morts sacrilèges), dans les salles de répétitions, en respectant les consignes sanitaires, pour préparer de nouvelles création. Si le contexte s'assouplit, nous aurons un hiver et un printemps bien chargé! Avis aux amateurs de spectacles!

samedi 15 janvier 2022

Chicane théâtrale (du moins, au départ) par journaux interposés... sur fond de moralité et de flétrissure!

 En janvier 1873, une troupe de théâtre Franco-Canadienne entreprend une tournée au Québec. À Trois-Rivières, ça achoppe! Le Journal Le Constitutionnel salue leur venue et en fait la réclame en ses pages. Entre temps, le clergé s'élève contre ces infâmes comédiens. S'ensuit une querelle par journaux interposés, impliquant son adversaire, Le Journal des Trois-Rivières. Une guerre à finir! 





Le Constitutionnel répond par une lettre ouverte publié en ses pages:





Et Le Constitutionnel répond à nouveau, en ses propres pages








jeudi 13 janvier 2022

Une (belle) définition de la tragédie

 

La tragédie est le récit d'une expiation,
mais pas l'expiation minable 
de la violation d'une loi locale
codifiée par des fripons
à l'usage des imbéciles;
le personnage tragique représente l'expiation du péché originel.
du péché éternel et originel qu'ils ont commis,
lui et tous ses socii malorum:
le péché d'être né.

C'est là, je trouve, une très belle définition de ce qu'est la tragédie. Elle nous vient de Samuel Beckett (la photo), l'auteur d'En attendant Godot, et est tirée de Proust, un essai en anglais écrit en 1930 (oeuvre de jeunesse qu'il a reniée) et qui ne sera traduit qu'en 1990.

C'est beau. C'est grandiose. Comme la tragédie. 


mercredi 12 janvier 2022

Saint Genès - comédien et martyr

Saint Genès (ou Genest... c'est selon) est, oui. le saint patron des comédiens. Sa fête est célébrée le 25 août de chaque année. J'en ai déjà brièvement parlé ici

Mais voici, ce matin, un long article du Radiomonde du 12 novembre 1949 sur le personnage:



dimanche 9 janvier 2022

Au théâtre, cette semaine [9 au 15 janvier 2022]

 

Avec la nouvelle année, je reviens encore une fois avec cette résolution: reprendre et maintenir un calendrier hebdomadaire de toutes les productions de la région (celles faites par le milieu d'ici et celles en tournées) de même que de tous les événements à caractère théâtraux. (Ceci étant, ce blogue le fait déjà de façon relativement régulière.)

Bon. Le contexte actuel ne s'y prête pas beaucoup alors que l'ensemble du milieu de la diffusion est confiné (cependant, les organismes poursuivent les répétitions). Mais j'ose espérer que cette situation ne perdurera pas et que nous pourrons reprendre - à brève échéance - là où nous étions rendus. 

Le milieu théâtral bouillonne. Plusieurs projets sont à nos portes si je me fie à la recension que j'ai faite... et il me manque sûrement des informations! Avis aux intéressés!

samedi 8 janvier 2022

La fin (légendaire) des grands tragédiens

Manifestement, il n'était pas facile d'être un tragédien, dans l'Antiquité: les trois grands auteurs qui nous sont parvenus - Eschyle, Sophocle et Euripide - ont tous connu des fins pour le moins théâtrales:



vendredi 7 janvier 2022

Les morts sacrilèges - genèse du projet


LES MORTS SACRILÈGES – CABARET TRAGIQUE est un projet de longue date pour le Théâtre 100 Masques, qui a connu de multiples évolutions depuis sa genèse. Un projet sur les traces de l’absolutisme des sentiments provoqués l’orgueil et de la trahison. Une quête de l’humanité dans toute son horreur.

Le projet prend donc son envol, sous une autre forme que celle envisagée.

D’abord, il y a quelques années, j'avais jeté mon dévolu sur le PHÈDRE de Racine. Lectures, analyses, ébauches de projet s’accumulaient… mais en vain. Il faut dire que le défi théâtral est important tant la forme est écrasante. Mais plus encore, dans ce récit par ailleurs fabuleusement écrit, les personnage d’Hippolyte et de son amante, Aricie, m'ont toujours parus superficiels, amoindris qu’ils sont dans une bête histoire d’amours contrariées. Les questionnements sur ceux-ci étaient nombreux.

Mes recherches m’ont donc mené vers les sources antiques du mythe, dont la version d’Euripide (écrite autour de 428 av. J.-C.). Dans celle-ci, titrée HIPPOLYTE PORTE-COURONNE, si Phèdre est toujours présente, le personnage pivot est justement le beau-fils en question. D’Aricie, aucune mention.  Il est montré dans toute sa splendeur : fougueux et fier, il n’a d’yeux que pour Artémis - déesse de la chasse -, refuse tout contact charnel et émotionnel avec une femme et, en ce sens, méprise royalement Aphrodite et ses disciples. C'est d'ailleurs pour ça que cette dernière - car oui, les déesses sont présentes et s'exposent - mettra en branle sa vengeance en instrumentalisant la pauvre belle-mère, déjà maudite par les antécédents de sa famille. Hippolyte est donc entier, tranchant, vindicatif, sans pitié. Devant lui, Phèdre succombe à sa passion et la fureur l’emplit. Du coup, les personnages acquièrent une toute autre dimension qui donne, à cette version, une cruauté troublante, féroce.

Après avoir parcouru plusieurs traductions de ce texte, il est vite apparu qu’aucune n’était tout-à-fait satisfaisante : souvent pompeuses, verbeuses, empêtrées dans une écriture désuète (celles que j'ai lues étant généralement écrites entre 1850 et 1900). C’est ainsi que l’idée de réécriture s’est imposée d’elle-même. Et plus encore, de travailler le texte de façon à pouvoir le faire porter par deux comédiens uniquement, dans une envie de créer une forte partition textuelle où l’interprète, de scène en scène, doit changer de rôles et revêtir les dynamiques soit du dominant, soit du dominé. Parce que dans ce jeu funeste qui se déploie, Phèdre, Hippolyte, Thésée, les déesses et même les serviteurs peuvent, au final, s’interchanger tant ils sont, au fond, pétris de ce même feu de l'orgueil qui couve et qui les consume inéluctablement. Effroyablement.

Sur une année (en 2017), j'ai, à partir des traductions existantes, recoupé le récit en 10 épisodes faisant alterner monologues et duos. Chaque réplique a été revue, comparée, sectionnée, allégée, minimalisée pour rester très près du squelette narratif, dans une ciselure quasi chirurgicale. Plusieurs passages, dont les choeurs, ont été gommés alors que d’autres ont été réécrits. (J'estime ainsi la proportion:  60% de texte original - si on peut dire - et 40% d'apport personnel.)

Une thématique s’est imposée d’elle-même tout au long de ce travail : le déchirement de l’intime sur l'autel de l'orgueil, chaque épisode étant ou une confession, ou une profession de sentiments, ou un repentir. Ce dévoilement, dans ses multiples formes, devient le véritable moteur dramatique, le déclencheur et le combustible de cette destruction annoncée.

Il en résulte un texte, LES MORTS SACRILÈGES, aux rythmes et syntaxes résolument contemporains, profondément rattaché aux échos de sa source antique d’il y a 2500 ans. Une partition énergique, prête à prendre vie avec vigueur et force. Et c’est à lui que nous voulons confronter nos expériences et nos envies scéniques!

Nous - moi et mon équipe de travail - en ferons donc une mise en lecture contemporaine très théâtralisée, aux allures d'un cabaret tragique!

Nous miserons sur cette forme parce que je crois fermement que la thématique de ce projet, telle que définie plus haut, trouvera, dans un tel contexte (présenté à l’Espace Côté-Cour,) peu conventionnel pour ce type de texte, un écrin intimiste, une proximité avec le public qui ne pourra que le servir. 

D’emblée, le cabaret vient avec un potentiel artistique puissant, décomplexé qui déconstruit et reconstruit ses propres codes, étalant également l’aire de jeu jusqu’à la salle. Chacun des dix épisodes de la pièce LES MORTS SACRILÈGES pourra, indépendamment des autres, trouver sa résolution scénique, en faisant intervenir différents moyens :
  • l’usage d’accessoires (objets, vêtements, mobilier);
  • l’usage de lumières de différentes origines (chandelles, torches, lampes, spots, blacklights, etc.);
  • l’usage de projections (que ce soient des images filmées spécifiquement pour ce spectacle, ou d’extraits de films, ou de créations numériques);
  • la création d’espaces sonores par la conception ou l’usage de micros et de programmes de transformations vocales.
Il ouvre ainsi un cadre de création qui allie efficacement le jeu traditionnel à la performativité contemporaine… essentiel à ce type de production syncopée, où les interprètes porteront plusieurs personnages, à coups de transformations à vue, de travail physique et corporel, d’accessoires évocateurs, d’effets produits par les technologies.

Il va sans dire qu’un jeu de monstration sera privilégié, rhapsodique. Une quête de virtuosité pour les comédiens qui devront passer d’un état à un autre avec justesse, avec célérité et efficacité.

Qui dit cabaret dit aussi forte présence musicale. Si les choeurs de la version originelle sont disparus, le projet LES MORTS SACRILÈGES – CABARET TRAGIQUE fera tout de même intervenir – tant entre les épisodes qu’ à l’intérieur d’eux - une autre entité, musicale et sonore!, ayant pour objectif de porter un point de vue extérieur sur l’action, les personnages, les enjeux dramatiques. 

Voilà ce que je veux faire avec ce projet.

Ainsi, au lieu de la constitution d’un univers scénique unique, LES MORTS SACRILÈGES – CABARET TRAGIQUE convoquera plutôt un cadre alternatif aux possibilités multiples qui prendra place, avec, sous-jacente, l’hybridation des genres, des formes. Et c’est comme ça que le Théâtre 100 Masques télescopera à nouveau l’Antiquité avec le monde d’aujourd’hui, pour faire vibrer à nouveau le spectateur, le frapper de plein fouet avec cette histoire dont on n’en a jamais assez!

29, 30 et 31 mars 2022, 20h
Espace Côté-Cour
Textes, mise en scène et conception générale: Dario Larouche
Comédiens: Erika Brisson, Bruno Paradis
Environnement sonore: Gabriel Gagné Gaudreault