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jeudi 23 avril 2009

Les Pleureuses... état d'un calvaire

Derrière: Maryse, Estelle, Catherine, Geneviève
Devant: Gabrielle, Isabelle, Sarah, Christopher
Photographie: Dario Larouche

Voici une photo de mon groupe Élite (mes adultes...) du Théâtre 100 Masques avec lequel je travaille présentement sur Les Pleureuses... et dont l'unique représentation aura lieu la semaine prochaine.

Unique représentation parce que c'est le résultat d'un atelier et non pas une production de la compagnie... Unique représentation aussi parce que ce projet s'est avéré être un véritable calvaire! Malgré le fait que chacune des personnes composant ce groupe est sympathique, l'ensemble fut d'une complexité inextricable: absences répétées, manque d'implication, manquement dans l'apprentissage du texte, déficit d'attention, de concentration... L'intérêt n'a pas su s'imposer... et le plaisir tarde à venir. En treize semaines (en raison de deux heures et demie par séance), que de temps perdus...

Le théâtre, c'est aussi ça... La difficulté d'être... l'impression que le résultat nous échappe et que des murs s'érigent à mesure que d'autres s'effondrent... Un projet qui, bien qu'en soit, le résultat peut être (peut-être!) intéressant, gruge l'énergie plus qu'il n'en donne. Un projet qui ne réussit pas à prendre un élan nécessaire. Un calvaire.

Ceci étant dit, elles sont très bonne et cet atelier offre véritablement de beaux moments! Et je crois fortement aux dernières heures de répétition qu'il nous reste. Une semaine au théâtre est une éternité!

mercredi 28 janvier 2009

Les Pleureuses

Je commence la mise en scène de Les Pleureuses ce soir avec mon groupe Élite (les participants sont adultes et suivent cette activité de loisir). Pour guider le début de cette re-création (première version ayant été présentée en octobre 2001), pour donner un esprit à ses huit nouveaux personnages, un corps, je m'inspirerai (en espérant que ça inspirera mes apprentis comédiens!) de ce texte de Beaudelaire, Les sept vieillards, écrit en 1859 (tiré des Fleurs du mal):

Fourmillante cité, cité pleine de rêves,
Où le spectre en plein jour raccroche le passant !
Les mystères partout coulent comme des sèves
Dans les canaux étroits du colosse puissant.

Un matin, cependant que dans la triste rue
Les maisons, dont la brume allongeait la hauteur,
Simulaient les deux quais d'une rivière accrue,
Et que, décor semblable à l'âme de l'acteur,

Un brouillard sale et jaune inondait tout l'espace,
Je suivais, roidissant mes nerfs comme un héros
Et discutant avec mon âme déjà lasse,
Le faubourg secoué par les lourds tombereaux.

Tout à coup, un vieillard dont les guenilles jaunes,
Imitaient la couleur de ce ciel pluvieux,
Et dont l'aspect aurait fait pleuvoir les aumônes,
Sans la méchanceté qui luisait dans ses yeux,

M'apparut. On eût dit sa prunelle trempée
Dans le fiel ; son regard aiguisait les frimas,
Et sa barbe à longs poils, roide comme une épée,
Se projetait, pareille à celle de Judas.

Il n'était pas voûté, mais cassé, son échine
Faisant avec sa jambe un parfait angle droit,
Si bien que son bâton, parachevant sa mine,
Lui donnait la tournure et le pas maladroit

D'un quadrupède infirme ou d'un juif à trois pattes.
Dans la neige et la boue il allait s'empêtrant,
Comme s'il écrasait des morts sous ses savates,
Hostile à l'univers plutôt qu'indifférent.

Son pareil le suivait : barbe, oeil, dos, bâton, loques,
Nul trait ne distinguait, du même enfer venu,
Ce jumeau centenaire, et ces spectres baroques
Marchaient du même pas vers un but inconnu.

A quel complot infâme étais-je donc en butte,
Ou quel méchant hasard ainsi m'humiliait ?
Car je comptai sept fois, de minute en minute,
Ce sinistre vieillard qui se multipliait !

Que celui-là qui rit de mon inquiétude,
Et qui n'est pas saisi d'un frisson fraternel,
Songe bien que malgré tant de décrépitude
Ces sept monstres hideux avaient l'air éternel !

Aurais-je, sans mourir, contemplé le huitième.
Sosie inexorable, ironique et fatal,
Dégoûtant Phénix, fils et père de lui-même ?
- Mais je tournai le dos au cortège infernal.

Exaspéré comme un ivrogne qui voit double,
Je rentrai, je fermai ma porte, épouvanté,
Malade et morfondu, l'esprit fiévreux et trouble,
Blessé par le mystère et par l'absurdité !

Vainement ma raison voulait prendre la barre ;
La tempête en jouant déroutait ses efforts,
Et mon âme dansait, dansait, vieille gabarre
Sans mâts, sur une mer monstrueuse et sans bords !

vendredi 16 janvier 2009

LES PLEUREUSES mélopée pour huit femmes et un malaise identitaire

Cette session-ci, le Théâtre 100 Masques propose aux adultes de participer à une production de plus grande envergure que les ateliers habituels. Huit femmes ont répondu à l'offre.

En tant qu'animateur (et metteur en scène), il me fallait dès lors trouver un texte pour tant de personnes du même sexe... Après plusieurs nuits blanches à me creuser la tête, j'ai choisi de ressortir un de mes vieux texte, Les Pleureuses (texte écrit à partir d'une pièce antérieure datant de 1996), que j'ai déjà présenté dans le cadre des Cartes Blanches des Têtes Heureuses en octobre 2001.

À l'époque, je n'avais que trois personnages. Du coup, les derniers jours, je me suis remis à l'écriture, éclatant la distribution, corrigeant, affinant, rajoutant, révisant ces lignes rythmiques (parce que ce texte est écrit en vers irréguliers) pour en faire une nouvelle partition pour huit interprètes, avec un titre nouveau: Les Pleureuses [mélopée pour huit femmes et un malaise identitaire].

C'est un travail stimulant et créatif... C'est reprendre un texte que l'on connaît intimement... tout en redécouvrant cette écriture qui date tout de même de huit ans... pour ne pas dire de 13 ans! Ce qui, à l'époque, se butait sur la rhétorique, le style, l'insistance pour boucler la boucle recouvre une pleine et entière liberté. Ce texte - qui fut joué en tant qu'oeuvre complète - devient, finalement, un canevas sur lequel se déploie une nouvelle création qui, j'ose l'espérer, sera encore plus forte que la précédente!

Le principe de base en est le choeur, la parole multiple de huit femmes, huit soeurs, huit solitudes qui cherchent un sens à leur union.

Les ateliers débutent mercredi prochain, le 21 janvier 2009.