samedi 1 septembre 2012

Un «Roméo et Juliette» différent!

Photographie: Rocket Lavoie, Le Quotidien

C'est drôle... je suis allé voir hier l'avant-dernière représentation de Roméo et Juliette de William Shakespeare - une histoire d'amour des Clowns noirs du Théâtre du Faux Coffre... me disant que je tenterais de retrouver, sur ce blogue, le billet que j'avais sûrement écrit à l'époque de la création (qui remonte à 2007)... mais en vain...

Je me reprends donc ce matin.

Une œuvre intéressante

Voilà l'un des bons opus de cette troupe. Un texte solide de Giguère qui amalgame ensemble le noir quintet dévoué au théâtre en région éloignée, les méchants de la fameuse brigade anti-culture qui tente de les faire taire, un asiatique mécène intègre pour qui la culture est aussi importante que son restaurant chinois, un prêtre décomplexé, et une jeune femme amoureuse. Ces personnages loufoques tisseront les liens de cette histoire abracadabrante reprenant les contours de la grande œuvre shakespearienne. De l'amour, oui. De l'amour contraint par le contexte. Mais aussi des rires. Des rires produits par les répliques assassines, engagées, tordues. Comme tous les textes de l'auteur, les dialogues regorgent de sous-entendus, de remarques acerbes, d'insultes.

Mais là réside toute la force des Clowns noirs: aller toujours plus loin (avec pourtant la même simplicité esthétique qui a fait leur marque et leur originalité) dans un équilibre constant entre l'artistique et le politique (dans le sens d'affirmation et de positionnement)... la culture et son sous-financement étant le sujet de prédilection au centre même de toute leur action scénique.

Encore une fois, les cinq comédiens donnent des performances scéniques jouissives. Si, d'une part, les Clowns noirs leur permet d'établir une réelle zone d'aisance (après tout, il y a déjà sept ans qu'ils les trimbalent), les autres figures qui surgissent de la fiction ouvrent tout autant de terrains de jeux où l'on sent l'immense plaisir de l'exécution et la folie de la création.

Ce spectacle est vraiment très bien. Cohérent. Dynamique. 

De la proximité

Comme c'est la troisième fois que j'assiste à cette production, je me permets de faire ici une comparaison entre mes trois représentations... car il y en a une. Une différence infime mais néanmoins présente.

Cette fois, le Théâtre du Faux Coffre a quitté la Salle Murdock du Centre des arts et de la culture de Chicoutimi pour s'établir sur la scène de la Salle Pierrette-Gaudreault du Centre culturel du Mont-Jacob.

Si les spectateurs (et les comédiens, il va sans dire!) gagnent en confort, il y a, je crois, une perte en matière de proximité et d'atmosphère: la distance, la modernité du bâtiment, l'entrée (le guichet) moins animée, modifie un peu la réception du spectacle... Même si tout fonctionne comme prévu et que le public s'amuse ferme, les contacts salle-scène n'auront jamais le même impact que lorsque l'étroitesse de l'espace surchauffe un auditoire qui se sent du coup beaucoup plus intégré. 

Cette implication, cette place si proche du spectateur (de son arrivée à sa sortie), peut-être inconsciente, a assurément contribué au succès de cette compagnie

Plus que toutes autres, les productions du Théâtre du Faux Coffre seraient-elles profondément conditionnées par le lieu de leur création?

vendredi 31 août 2012

Une lettre de Peter Brook à M. Howe* expliquant comment on devient metteur en scène...

Peter Brook dans son théâtre (enfin, si c'est encore à lui), Les Bouffes du Nord...

«Votre lettre arrive à l'improviste et me met dans une situation difficile.
«Vous me demandez comment on devient metteur en scène.
«Les metteurs en scène de théâtre se nomment eux-mêmes. Un metteur en scène au chômage est un paradoxe, de même qu'un peintre au chômage - mais pas comme un acteur au chômage, qui est victime des circonstances. On devient metteur en scène et ensuite on persuade les autres que c'est vrai. [...] Je ne connais pas d'autre moyen si ce n'est convaincre des gens de travailler avec vous et de se mettre au travail - même sans être payé - et de présenter ce travail à n'importe quel public [...]. L'énergie mise en oeuvre est plus importante que n'importe quoi d'autre.
«Que rien ne vous empêche donc de vous lancer, même dans les conditions les plus sommaires, plutôt que de perdre votre temps à chercher de meilleures conditions que vous ne trouverez peut-être jamais. Au bout du compte, le travail appelle le travail.
«Bien sincèrement.»

Voilà encore une leçon  de Peter Brook. On reconnaît là tout ce qui fait de ce praticien-théoricien un grand du théâtre contemporain: la passion et l'humilité. 
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* Publiée dans Points de suspension, éditions du Seuil, 1992.

jeudi 30 août 2012

Poids lourds

The Bedroom, Fernando Botero, 1999

Voici une anecdote rapportée* par André Pougin dans Acteurs et Actrices d'autrefois qui illustre encore une fois toute une époque théâtrale aujourd'hui révolue...

Cette actrice [Léontine], qui avait pris un embonpoint un peu excessif, fut un soir, par ce fait, l'héroïne d'une aventure assez bizarre. Dans un petit vaudeville qui commençait le spectacle, elle jouait une grisette, dont l'amant, un étudiant, était représenté par un jeune acteur qui s'appelait Morand. À un moment donné, la grisette se trouvait mal dans la chambre de son ami, et au même instant on frappait à la porte en appelant, et l'étudiant reconnaissait la voix de son oncle. Troublé et embarrassé, l'amoureux devait prendre la jeune femme dans ses bras et la porter dans un cabinet noir. Or, Morand était petit et pas très fort; en s'exerçant pourtant, il était parvenu, par un élan bien combiné, à enlever assez heureusement la volumineuse Léontine. Mais voilà qu'un soir il manque son coup, et qu'après avoir vainement essayé une première fois, il ne réussit pas mieux; il veut s'y reprendre encore, mais toujours sans succès, et alors, tandis que la salle se tord en voyant l'inutilité de ses efforts, un titi lui crie gravement du haut du poulailler:
-T'es bête, Morand, fais deux voyages!

Ce n'est pas très édifiant au point de vue intellectuel... ni au point de vue artistique. Mais tant pis.
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* L'anecdote se retrouve dans le Dictionnaire de la Langue du théâtre d'Agnes Pierron.

mercredi 29 août 2012

La Soirée des Masques 2


Ai assisté, hier soir, à l'une des plus belles soirées bénéfice tenues par un organisme de création théâtrale des dernières années. 

Le Théâtre C.R.I. a réussi fort un bon coup en proposant La Soirée des Masques... où près d'une cinquantaine de masques, réalisés par tout autant d'artistes (parmi eux, quelques grands noms du milieu théâtral québécois, quelques grands noms du théâtre saguenéen, quelques grands noms des arts visuels, quelques grands noms de la relève) ont été mis aux enchères. Des masques fabuleux que l'on peut voir ici.

Une CRIée (avec des voix qui foisonnent de partout pour faire monter les enchères) dynamique. Vive. Stressante! Menée, pendant deux heures, avec panache par un trio flamboyant: 'Ean Canteur (Patrice Leblanc), son assitante Magdala (Vicky Côté) et le Maître de cérémonie (François Tremblay). 

La participation de la soixantaine de spect-acheteurs a été sans faille et s'est maintenue tout au long de l'activité, avec des pointes à près de 350$ pour des œuvres qui en méritaient plus encore! Les quelques masques qui n'ont pas trouvé preneur (je crois que, de mémoire, il n'en reste que 3 ou 4...) pourront être achetés dans les prochains jours, prochaines semaines, lors des activités du Théâtre CRI.

Une levée de fonds qui, avec un calcul rapide, a dû dépasser largement les objectifs! 



mardi 28 août 2012

La Soirée des masques

Ce soir, c'est l'activité bénéfice du Théâtre C.R.I., La Soirée des masques... un 5 à 7 où une quarantaine de masques, réalisés par tout autant d'artistes à partir d'un masque neutre, seront mis aux enchères. Un concept fort... Au point où je dois avouer que je suis terriblement jaloux de cette idée qui aurait si bien fonctionné avec le nom même de ma compagnie, le Théâtre 100 Masques!

Tant pis! À défaut de l'avoir eu en premier, j'ai cependant eu bien du plaisir à en faire un - tout comme Cindy Dumais, Andrée-Anne Giguère, Sara Moisan, Éric Chalifour, Daniel Danis, Lyne L'Italien, Serge Lapierre, Anick Martel, Émilie Gilbert-Gagnon et plusieurs autres... :


Après l'avoir titré Du vrai sens de l'expression «brûler les planches», j'en suis venu à quelque chose de beaucoup plus court, Neutralité à 450°F, directement relié à la méthode de confection.

J'ai pu voir tous les autres masques au cours d'une exposition itinérante qui s'est tenue dans les derniers jours. Il y en a de vraiment très très beaux! De véritables petites œuvres d'art. Des œuvres d'art qui, au final, donne parfois des complexes!

lundi 27 août 2012

C'est la rentrée!


Ce matin, c'est la grande rentrée pour les étudiants de l'UQAC. Alors, à tous les étudiants (mais plus particulièrement ceux du BIA en théâtre...) de même qu'à tous les professeurs, chargés de cours et techniciens qui préparent la relève, 

BONNE RENTRÉE!

vendredi 24 août 2012

Du violet comme d'une malchance...


Tiens.. Le violet serait néfaste... Une autre superstition théâtrale... un peu moins connue... même si j'en ai déjà glissé un mot quelque part, dans cette série de billets portant sur le sujet. Voici comment on aborde cet interdit dans le Dictionnaire de la langue du théâtre:

Violet: Couleur faisant l'objet d'un interdit sur la scène, en Italie. Peut-être parce qu'elle évoque le clergé et, qu'en Italie, le violet a trouvé sa place au Vatican. Le vert ne serait pas prohibé en Italie comme il l'est en France, parce que dans «vert», on entend Verdi (Giuseppe Verdi, 1813-1901), le musicien dont il est dit qu'il a réinventé le théâtre. C'est donc le violet qui est interdit au pays des lazzis, de la commedia dell'arte, parce qu'il évoque aussi la mort; le violet n'est-il pas la couleur du demi-deuil?

Le violet a eu sa place sur la scène française. C'est la couleur des sympathisants de l'Empereur; ainsi Mlle Mars (1779-1847), qui lui demeura fidèle, se para souvent de violet, n'hésitant pas à paraître sur scène avec un bouquet de violettes accroché à son corsage. Ce type de bouquet semblait même si inoffensif et si courant dans les moeurs théâtrales qu'Adrienne Lecouvreur (1692-1730), en recevant un au théâtre, n'hésita pas à le respirer, au point qu'elle en mourut: le bouquet était empoisonné.

On en apprend tous les jours...

jeudi 23 août 2012

D'un dépliant à venir...


Lors de la tenue du dernier Forum sur le théâtre au Saguenay-Lac-Saint-Jean, il a été convenu, pour augmenter la visibilité du milieu théâtral régional, de créer (du moins, pour la première année) un dépliant qui annoncerait la saison théâtrale 2012-2013. 

Dix compagnies pour autant (voire plus!) de productions! Un portrait global d'une région éloignée qui foisonne avec l'apport de nombreux artistes et artisans!

Depuis quelques semaines, le comité en charge de ce projet de concertation - parce que c'en est un! - s'active afin de lancer le produit final d'ici la mi-septembre. Déjà une maquette circule entre les compagnies en vue de validation. Elle est le fait de Christian Roberge qui signe, depuis nombre d'années, la plupart des décors et affiches du Théâtre Mic Mac, à Roberval.

Ce dépliant (qui pourra éventuellement se décliner sous différentes formes et sur différentes plate-formes) sera distribué, pour une première année, à quelques 10 000 exemplaires.

Décidément, le milieu théâtral d'ici s'unit de plus en plus... et je pense sincèrement que c'est bien.

mercredi 22 août 2012

Les claqueurs...

Je pense que je vais tenter de redonner ses lettres de noblesse au métier de claqueur!... Un autre élément spectaculaire venu des siècles précédents... tel que présenté ici par Théophile Gauthier dans son Histoire de l'art dramatique depuis vingt-cinq ans.

Ces artistes doivent travailler quatre heures tous les matins pour arriver à une telle perfection! Parmi la section des rieurs, il y a vraiment des sujets fort distingués! Comme ils partent juste sur la réplique! Comme aux endroits indiqués, ils se tordent sur les banquettes, demandant grâce, pâmés d'aise, se tenant les côtes, trépignant, suffoqués, étranglés, aboyant un bravo convulsif! Nous avons vu là des chefs-d'oeuvre de mimique. [...] Heureux claqueurs, qui admirent tout! Comme ils sont supérieurs aux critiques, qui n'admirent rien! Ils ne se nourrissent pas serpents, ils ne s'abreuvent pas de fiel, ceux-là; ils sont rubiconds au lieu d'être verdâtres, et vivent dans d'éternels transports.

lundi 20 août 2012

C'est reparti...


Les vacances sont véritablement terminées. Il faut maintenant revenir au travail... avec un dossier de taille à terminer: l'établissement de la programmation annuelle du Théâtre 100 Masques (bon, elle est déjà prête depuis quelques semaines) et surtout, le cadre financier nécessaire à son exécution.

C'est la période des choix. Des grandes lignes. Des calculs et des casses-têtes.


dimanche 19 août 2012

Extravagance scénique

Voici une description savoureuse de costumes traditionnels pour un ballet... Celle-ci date de 1802... mais remonte plus loin dans le temps. Malheureusement, je n'ai pas pris le temps de chercher l'origine exacte. De toute façon, là n'est pas le propos... Il est plutôt dans l'imagination déployée par ces artisans pour bien faire comprendre les personnages!

samedi 18 août 2012

«Orphée aux enfers» [Carnet de mise en scène]


Nathalie Dessay et Yann Beuron, dans le Duo du concerto, Opéra de Lyon.

Il y a quelque chose de libérateur, de fondateur, quand après plusieurs lectures du livret d'Orphée aux enfers, quand après plusieurs écoutes du coffret à ma disposition (la même production que dans la vidéo ci-haut, dirigée par Mark Minkovski), quand après des rencontres avec la direction et surtout, avec mes collaborateurs se profile une ligne directrice, le grand principe scénique sur laquelle pourraient s'édifier les jeux de scène et tout l'ensemble esthétique.

Et si nous partions donc du ton général de la pièce (où l'exaspération règne chez tous les personnages) pour l'étendre, par le biais du théâtre dans le théâtre, au contexte même de son énonciation (où l'exaspération règnera tout aussi bien chez les solistes et les choristes)?

Du coup, le potentiel événementiel serait énorme. Les perspectives s'ouvriraient. L'interprétation pourrait prendre différentes couleurs et pourrait s'étendre à de multiples rapports conflictuels avec la lumière, les costumes, la scénographie. La magie théâtrale serait, en quelques sortes, abordée par son absence ou, du moins, par son sabordement...

Cette mise en scène comporterait risque, oui. L'équilibre devrait nécessairement être trouvé afin que toute la construction dramaturgique et scénique soit, d'une certaine façon, un dispositif de mise en valeur du talent des chanteurs et de la beauté de la musique... Mais je crois que le jeu en vaudrait la chandelle...

Bon. C'est bien beau d'avoir les idées... Maintenant, il faut passer des paroles (écrites!) aux actes...