dimanche 26 juin 2016

Dans «L'Annuaire Théâtral»

Il y a une revue savante qui se consacre aux arts de la scène, réunissant des articles de divers universitaires et praticiens-théoriciens, publiée par la SQET (Société Québécoise d'Études Théâtrales): L'Annuaire théâtral.

Mais ce n'est pas d'elle que je veux parler. 

En fouillant sur internet, je suis tombé dans les archives de la BAnQ sur une autre revue du même nom (qui aurait été une inspiration pour la première citée dans ce billet), datant de 1908-1909, éditée à Montréal par Georges-H. Robert. 


C'est là une mine importante d'informations (avec ses 270 pages!) sur le théâtre du début du XXième siècle: adresses, accessoires, biographies, bibliographies, curiosités, croquis,  portraits, pensées, réflexions, souvenirs, anecdotes, critiques, chronologies, caricatures, histoire, monographies, spectacles en cours, etc. 

Assurément, j'y reviendrai abondamment dans les prochains jours parce qu'il y a dans cette revue de nombreux points d'intérêts. Mais ce matin, je m'arrête dans la section promotionnelle pour mettre ici publicités tentant de lier les produits en question avec le théâtre. Je ne sais pas, par contre, si cette tentative des publicistes de l'époque a porté fruit... 



vendredi 24 juin 2016

Farces médiévales [Carnet de mise en scène]

Les jours passent...

Bien que quelques répétitions sont encore au programme de mes activités régulières, mon attention et mes énergies se déploient surtout pour l'entrée en salle qui se fera lundi, le 27 juin. 

D'ici là, la place est aux marteaux, perceuses, pinceaux et technique. Car j'aime bien mettre un peu de côté la mise en scène et m'occuper activement des décors et accessoires, toucher la matière. Participer à la réalisation de l'espace et répondre aux exigences de la scène, de la construction, à mesure qu'elles se présentent.

C'est la partie du travail où l'ensemble est à portée de main... mais en pièces détachées! C'est la partie du travail où il est un peu ardu de prioriser les dossiers, les besoins, les urgences... Tout s'emmêle et se confond.

En même temps, dans une production de ce type, l'apport esthétique n'occupe qu'une mince part du labeur. L'essentiel reste le texte, les comédiens, leur jeu.


jeudi 23 juin 2016

Quand le fiel canadien-français (de Québec) coule sur Sarah Bernhardt...

Sarah Bernhardt en Cléopâtre... en 1891

Parmi les dithyrambes qui s’amoncelaient aux passages remarqués de Sarah Bernhardt au Canada(-Français) à la fin du XIXième et au début du XXième siècle se glissaient parfois des couacs bien sentis... comme celui-ci, tiré du journal La Vérité de Québec (journal fidèle aux enseignements de l'Église... il va sans dire... qu'on peut voir ici), en date du samedi 18 avril 1891, et titré Paganisme moderne (en page 299): 

La comédienne juive Sarah Bernhardt vient de faire une tournée au Canada. 

Nous regrettons de le dire trop de Canadiens-Français oubliant ce qu'exige la dignité chrétienne et les simples convenances se sont traînés aux pieds de cette femme qui, si la bêtise mondaine ne l'eût décorée du titre d'artiste, porterait un tout autre nom que la pudeur défend d'écrire.

Cet empressement fiévreux autour d'une actrice dévergondée a été un spectacle honteux. L'encens qu'on a brûlé en l'honneur de cette comédienne a une odeur fétide.

Le paganisme antique n'est pas détruit; ou plutôt il ressuscite en ce siècle de prétendues lumières. Le joug ignoble de la lubrique Vénus, que les siècles de foi avaient brisé, s’appesantit de nouveau sur les peuples, les avilit, les rends mûrs pour l'esclavage. C'est profondément triste. 

M. Fréchette (Louis Honoré), qui ne manque jamais une occasion de se répandre en injures contre la monarchie française, s'est constitué le cornac [cornac: celui qui guide et soigne un éléphant!] de la Bernhardt. Pourtant, au temps de la monarchie française, si l'on fréquentait les théâtres, on avait au moins assez de bon sens et de dignité pour mépriser les comédiennes. Aujourd'hui, on les adore!

Et vlan. 

Pour terminer ce billet un peu dans le même sens, voici, en lien, l'audiofil d'une capsule d'À rebours d'André Martineau (sur la visite de la «Voix d'Or») produite par ICI Radio-Canada.

mercredi 22 juin 2016

Farces médiévales [Carnet de mise en scène]




   
Voici quelques notes générales données aux comédiens suite aux répétitions des derniers jours… des notes qui vaudront pour l'ensemble des ultimes répétitions (il en reste officiellement six incluant les deux générales) et des représentations. 

DU PUBLIC 
  • Je n'insisterai jamais assez sur cet élément: la farce est un genre théâtral éminemment public. C'est du burlesque avant la lettre. C'est fait pour faire rire. Pour atteindre rapidement le spectateur. 
  • Du coup, méfiez-vous de jouer vos personnages de façon trop psychologique, de fermer l'univers dramatique à la seule petite histoire alors que l'ouverture vers la salle doit être omniprésente. Vous devez jouer avec la salle. Écouter la salle. Cultiver la salle. C'est sa complicité que vous devez chercher et travailler.
  • Votre principal partenaire de jeu doit être le public. Plus que bien d'autres types de pièces de théâtre. 
DE LA COMPRÉHENSION DES ENJEUX
  • C'est toujours un peu étrange d'y revenir, mais relisez bien vos textes et portez bien attention à ce que vous dites. Car à force de répéter, il arrive qu'on prenne pour acquis certaines phrases, certaines actions qui demanderaient plus d'attention pour celui qui écoute la pièce pour la première fois.
  • Portez une attention particulière aux débuts des scènes et à la fin de celles-ci pour bien dessiner la situation. Attention de ne pas les escamoter. 
DE L'ESPACE 
  • Vous jouez dans un espace qui rappelle les tréteaux (aire de jeu étroite coupée par des rideaux). Il demande que vous en preniez conscience et que vous agissiez avec théâtralité.
  • Il vous appartient de bien maîtriser ce lieu scénique et de bien intégrer la dynamique qu'il impose. Il vous faut comprendre les zones de chaque pièce et les zones dans les pièces elles-mêmes, comprendre comment faire les déplacements et les mouvements pour contrer l'impression de petitesse.
DES ACCESSOIRES 
  • C'est un peu cliché… mais les accessoires doivent être comme des prolongements du corps. Ils ne peuvent être utilisés avec indifférence.
  • Qu'il s'agisse des manteaux de laine, du pâté, de l'étal, du balai, du banc, du parchemin, de la plume, du drap, etc., il faut que l'objet/accessoire ait de la présence… voire même du caractère. 
  • C'est d'autant plus important, dans les farces, qu'il n'y a pas de scénographie à proprement parlé. 
DES COSTUMES 
  • Un peu comme le point précédent, il faut que les costumes acquièrent une présence, qu'ils collaborent aux personnages. 
DU TON 
  • Depuis le début, il a été convenu, pour rapprocher les farces de leur contexte «populaire», que vous deviez amener le texte à une langue elle aussi «populaire». Plus vous vous mettez ces vers en bouche et le plus c'est efficace. 
  • Attention par contre de ne pas exagérer les syllabes et entraver ainsi la compréhension des mots. 
DU RYTHME
  • L'un de vos principaux outils dans les farces est le rythme. Vous devez savoir jouer avec lui… et c'est de la conjugaison des pauses, des ralentis, des accélérations, des chuchotements, des cris, des ruptures que le rythme s'imposera. 
  • En aucun cas le rythme se confond avec la précipitation.
  • Le rythme est multiple. Il y a le rythme général de la pièce. Le rythme de chaque situation. Le rythme de chaque personnage. Le rythme de chaque réplique. 
  • Pour bien soutenir le rythme, il n'y a que trois choses: le travail personnel, la concentration et l'écoute. L'attention doit être sans faille. 
  • Dans ces farces, c'est l'un des éléments capitaux, l'un des éléments qui fait parfois le plus défaut. 
DE LA FOLIE
  • Ces trois textes demandent à être portés par une énergie vive (sans être précipitée!), dynamique… voire même par une certaine folie! La moindre hésitation, le moindre relâchement paraît et nuit au bon déroulement de la suite.
  • La farce, c'est du théâtre de transgression. Du théâtre de défoulement qui se permet de rire de tout. C'est du théâtre comique. Du théâtre d'ironie. Du théâtre comme un grand éclat de rire.





mardi 21 juin 2016

La Nuit...



Voici une belle description de la Nuit théâtrale... tirée du même bouquin que celui cité hier: 

NUIT: Un demi-tour de clef donné au conduit du gaz; un quart de conversion imprimé aux lumières des coulisses; un voile de mousseline bleue devant la rampe; des verres de couleur aux quinquets, des sourdines à tous les instruments à corde; à l'orchestre, des traits de harpes, de quintes ou de violoncelles; sur la scène, un silence solennel; et dans les loges, des conversations en rapport avec la clarté mystérieuse dont la salle est enveloppée, tels sont les moyens, les indications et les conséquences de la nuit au théâtre. 

lundi 20 juin 2016

Deux poids, deux mesures...


Extrait du Dictionnaire théâtral - Douze cent trente-trois vérités sur les directeurs, régisseurs, acteurs, actrices et employés des divers théâtres publié en 1824 qui montre que ce ne sont pas tous les artistes de la scène qui ont subi les foudres de l'Église... 

samedi 18 juin 2016

Farces médiévales [Carnet de mise en scène]


Le Combat de carnaval et de carême, Pieter Brueghel (1559)

Avec les farces, nous pénétrons dans le monde non officiel de la société médiévale; le théâtre des mystères, lié aux couches supérieures de la cité, n'est pas le théâtre populaire que l'on dépeint parfois aujourd'hui. Le théâtre populaire est le théâtre des farces, lui seul appartient aux couches «inférieures» de la population, constamment absentes de l'histoire. De ce fait, il nous propose une image unique de la configuration idéologique d'une collectivité qui a conscience d'elle-même lors des grands rassemblements de la foire ou du carnaval. [...] La farce a essayé d'étendre au-delà de ces jours de festivités autorisées le domaine de la liberté. Mais, à l'image même de ceux auxquels elle s'adresse, elle ne colporte pas une conscience politique des problèmes sociaux en cause. [...] Ce théâtre populaire n'a jamais visé les rassemblements gigantesques des mystères, il agissait par de multiples foyers, se donnant lui-même ses auteurs et ses acteurs. Il n'était pas question de faire oeuvre d'art, mais de donner lieu à un rire profanateur et fécond, porteur d'éléments d'origine lointaine dont les vertus et les modes n'étaient parfois plus perçus, mais dont l'effet libérateur était toujours obscurément et viscéralement senti.

C'est là un autre extrait fort éclairant (sur la farce médiévale, son public cible et ses visées) tiré de l'ouvrage de l'éminent spécialiste Michel Rousse, La scène et les tréteaux - Le théâtre de la farce au Moyen Âge, publié chez Paradigme en 2004.

Le rapprochement est un peu simpliste et pourtant... la farce est au mystère ce que le burlesque québécois (et le théâtre de variétés) est au théâtre d'ici: les thèmes se ressemblent... de même que les schémas dramatiques, les punchs, les archétypes et le type de jeux de scène. Oui. Du burlesque... six siècles avant le temps.

vendredi 17 juin 2016

Les éléments constituant le Comédien...

Ah... le Comédien. Quelle bête étrange qui doit donne de son être pour être quelqu'un d'autre... De tous temps on a écrit sur ce métier... Mais j'aime bien la description suivante, tirée d'un obscur ouvrage paru en l'an VIII (après la Révolution?): Les élémens de l'art du Comédien:


Dans cette approche, au diable le jeu, la nuance et l'interprétation! Une seule et unique chose compte: être beau... Tel est le fondement du Comédien!


Si seulement c'était aussi simple encore de nos jours...

jeudi 16 juin 2016

Farces médiévales [Carnet de mise en scène]


Hier, nous avons participé à la conférence de presse tenue par La Pulperie/Le Musée régional qui présentait ses activités estivales. C'est donc à ce titre que le Théâtre 100 Masques y était pour donner un bref aperçu de ce spectacle à venir. Pour l'occasion, les comédiens (sur la photo: Sophie Larouche, Gervais Arcand, Mélanie Potvin et Éric Chalifour) ont donné un petit extrait de La Farce du Pâté et de la Tarte

Le cadre du Jardins des vestiges est enchanteur, c'en est presque cliché! Et entendre un bout d'une farce médiévale dans cet espace grandiose est fort intéressant. Et il n'en faudrait pas beaucoup plus pour rêver de faire un spectacle extérieur... n'eût été des chaotiques conditions météorologiques de notre coin de pays...

En attendant la première (qui d'ici là verra encore 5 blocs de répétitions, une entrée en salle, une technique et deux générales), voici ce qu'on en a dit:

De drôles de personnages à la Pulperie (Daniel Côté, Le Quotidien).

mercredi 15 juin 2016

«Spread your wings»


Spread your wings. C'est la locution (toute anglophone que je n'ai pas vraiment comprise sur le coup) qu'on m'a servi samedi dernier, au cours d'une rencontre amicale (par quelqu'un de la grand'ville) pour me dire que je devrais exporter mon travail, ma pratique. Bref, que je devrais faire preuve de plus d'ambition et sortir du Saguenay. 

Cette vocation de rayonnement (dans le sens physique du terme), je ne l'ai pas vraiment. Pas que je souffre d'un manque de confiance ni par fausse humilité. Juste par une profonde envie de m'inscrire ici et de faire ma part dans la construction d'une identité culturelle forte régionale. (Même si certains jours, le doute s'insinue...)

Bien sûr, je ne dédaignerai jamais les offres venues de l'extérieur (comme des contrats) ou les opportunités de sorties (voire même des offres d'emplois). Certains défis méritent d'être relevés... mais mon temps et mes énergies, au jour le jour, se déploient sur un territoire, dans un milieu viable, qui n'est pas une sous-culture.

Si mon travail pouvait être valable ailleurs, il l'est tout autant ici.

Je ne me sens pas confiné au Saguenay. Je ne suis pas prisonnier. Je ne suis pas en attente de projets. Je ne suis pas riche - c'est vrai... - mais je gagne quand même ma vie - et parfois bien! - qu'avec le seul théâtre (et toutes autres tâches connexes). Enfin, je ne cours pas cette reconnaissance de l'extérieur (bien que je ne la rejette pas). Je n'ai pas à courir après elle. Si elle a à advenir, elle adviendra... même dans une région éloignée.

lundi 13 juin 2016

Une interprétation bien large...


Je poursuis encore ma quête de ce combat sans merci mené contre le théâtre par l'Église au fil du temps. Et à ce chapitre, les premiers Pères de celle-ci rivalisaient (comme il est possible de lire leurs opinions ici) en virulence et en intransigeance! 

Tertullien, dans son De spectaculis (écrit entre 197 et 202 après J.-C.), réussit à trouver - tiré, selon lui, de la Bible - un fondement à sa haine vis-à-vis du théâtre:

Sans doute nous ne trouvons nulle part cette interdiction: «Tu n'iras point au cirque ni au théâtre; tu n'assisteras point à des jeux ni à des représentations», explicitement formulée comme les commandements: «Tu ne tueras point; tu n'adoreras point d'image taillée; tu ne commettras point d'adultère; tu ne voleras point.» Mais c'est bien de cette interdiction qu'il s'agit dans les premiers mots du psaume de David: «Heureux l'homme qui n'est pas entré dans l'assemblée des impies, qui ne s'est pas arrêté dans la voie des pécheurs, et ne s'est point assis dans la chaire de corruption!»

Ainsi, David a parlé...

Ce qui m'intéresse le plus dans ces commentaires - outre la rhétorique fanatique - c'est toute cette charge négative qui s'est construite en parallèle avec l'évolution du théâtre au cours des siècles qui aboutit, de temps à autres, à des coups d'éclats (condamnations, excommunications, interdictions, censure)... et ce, jusqu'à des temps pas si lointains... 

samedi 11 juin 2016

De la confiance envers le public


Les directeurs culturels vous démontreront la frivolité des salles, leur absence de concentration, leur impatience, la dictature exercée par les habitudes télévisuelles sur leurs esprits, mais jamais leur goût pour le défi, la vérité ou le discernement. Le Public, cette invention, devient l'ennemi de l'Artiste, un bloc massif d'individus immuables en quête de divertissement, dont le nombre et conséquemment le pouvoir économique interdit toute intelligence. J'ai refusé que l'on décrive en ces termes le public.

Howard Barker, Arguments pour un théâtre