dimanche 11 avril 2021

Les choses ont-elles vraiment changé?

En février 1960, Chicoutimi reçoit, à l'Auditorium Beauchamp (qui était situé - existe-t-il encore? - à l'hôpital) le Théâtre du Vieux Colombier (de Paris, créé par Jacques Copeau en 1913) qui y présente alors Le Misanthrope de Molière, dans une mise en scène contemporaine alignant une distribution de vedettes de qualité. 

Bien sûr, tout Chicoutimi (et la région) s'y presse. Le Progrès du Saguenay du 13 février 1960 en fait un long compte-rendu sous la plume de Magella Soucy (ici, en page 7). 

Mais ce qui m'intéresse le plus, ce sont les encadrés qui parsèment le texte et surtout celui-ci... et plus encore sa conclusion: 

Les choses ont-elles changé depuis? 

En lisant ce petit encadré, je me suis rappelé ce texte que j'ai commis il y a quelques années (le 16 janvier 2015, pour être plus précis), À l'ombre du vedettariat.

Au théâtre, cette semaine! [Du 11 au 16 avril 2021]

Je manque un peu de constance dans la tenue d'un calendrier théâtral hebdomadaire... en fait, depuis la reprise des activités après l'arrêt de novembre, je l'ai tout simplement oublié.

Mais le voici de retour... encore!

Qu'est-ce qu'il y a donc, dans les prochains jours:

LUNDI À JEUDI - DU 12 AU 15 AVRIL 2021
EN PRÉSENTATIONS SCOLAIRES
THÉÂTRE PALACE ARVIDA 
DIFFUSION SAGUENAY/AMIS DE CHIFFON


Diffusion Saguenay présente, en représentations scolaires, le tout dernier spectacle des Amis de Chiffon, BaluchonC’est au contact des vieux objets amassés dans le grenier de la maison ancestrale, que MAXIMADULTE plonge dans ses souvenirs. MAXIMENFANT apparaît alors dans ce même lieu, en pleine colère à la suite du retrait de sa tablette électronique. Comment ce personnage réussira-t-il à gérer cette crise ? Détails du spectacle ici.

MERCREDI À SAMEDI - DU 14 AU 17 AVRIL 2021
19H - SALLE MURDOCK (CHICOUTIMI)
THÉÂTRE DU FAUX COFFRE


Diogène remonte en scène avec son tout nouveau spectacle de lectures: Quand Ruth rencontre KevinCette année de confinement et de pandémie a beaucoup affecté les goûts littéraires de Diogène. Après avoir lu tout ce qui se fait de mieux dans le domaine mondial de l'écriture et des belles lettres, l'intellectuel a revu à la baisse ses exigences livresques et sombrera, l'esprit ouvert, dans ce qui se fait de plus malhonnête sur le Net. Mais les apparences sont parfois trompeuses et c'est toute sa vie qui s'en trouvera changée à jamais. Ce spectacle, c'est un peu marcher le Chemin de Compostelle, mais assis. Un voyage dont l'humanité a bien besoin. Il n'y a qu'une trentaine de places par soir alors il vaut mieux réserver (détails sur l'affiche).

VENDREDI - 16 AVRIL 2021
19H - SALLE MICHEL-CÔTÉ (ALMA)
VILLE D'ALMA SPECTACLES


Ville d'Alma Spectacles reçoit Dans la tête de Proust (pastiche, collage et fabulations)Marcel Proust couché dans sa chambre parisienne pendant huit ans pour extirper de son imaginaire sa cathédrale littéraire. Huit ans pour arriver à écrire le mot FIN, puis mourir au bout de son oeuvre. Un homme alité dans une chambre à deux murs. Avec lui, surgissant de ses fièvres créatrices, les personnages de sa Recherche du temps perdu qui exhiberont devant nous leurs failles et leur flamboyance pour se faire le reflet d’une société en pleine décadence, celle du début du XXe siècle. Un spectacle où mots et gestes se refusent à dire la même chose, pour le bénéfice de nos imaginations. Un grand Bal du Souvenir recréé par la tête d’un homme quasi-immobile. Une tempête de corps dans une petite chambre. L’idée ici n’est pas d’adapter l’oeuvre-fleuve, mais d’être les témoins d’un Marcel Proust en train de la rêver, de l'écrire. Détails ici.

VENDREDI À DIMANCHE - 16 AU 18 AVRIL 2021
(JUSQU'AU 16 MAI 2021)
19H (15H DIMANCHE) - SALLE LIONEL-VILLENEUVE
THÉÂTRE MIC MAC


Le Théâtre Mic Mac de Roberval présente ENFIN! sa production Bonne retraite, Jocelyne, un texte de Fabien Cloutier mis en scène par Bruno Paradis, qui devait prendre l'affiche l'an dernier. Jocelyne convoque les siens à une réunion familiale. Mais la nouvelle qu'elle désire annoncer tombe à plat. Les convives semblent davantage intéressés à donner leur avis sur le TDAH du collègue de Brigitte, la maltraitance des dauphins ou la peine d'amour de Keven qu'à nouer de véritables échanges. La rencontre sous tension revêt rapidement des allures de tribunal populaire. Dès lors, de vieux démons ressurgissent. Une confrontante rencontre de famille qui, dans un humour cinglant, questionne la culture du vide, les conversations futiles et les troublantes conséquences d'un monde pétri de jugements décomplexés. Une charge contre l'ignorance qui n'épargne personne. Tous les détails ici.

SAMEDI - 17 AVRIL 2021
17H - SALLE PIERRETTE-GAUDREAULT
THÉÂTRE LA RUBRIQUE/JAMAIS LU MOBILE


Le Théâtre La Rubrique fera une écoute collective de la balado À demain Moïra d'Anick Martel, produite dans le cadre du Jamais Lu MobileMoïra n’a pas trente ans. Jeune mère monoparentale, elle éprouve beaucoup de difficultés à s’occuper de son fils qui ne cesse de pleurer. À bout de souffle, elle décide de se rendre chez sa mère, à Chicoutimi, pour y abandonner l’enfant. Une nuit. Une seule nuit. Une nuit de tranquillité où elle espère retrouver le père de cet enfant. S’ensuivent des chassés-croisés entre le passé et le présent de cette femme-enfant, déterminée à comprendre le fil de cette nuit qui a fait basculer sa vie. Nous plongeons avec Moïra dans ce récit fragmenté pour un road trip sans retour sur fond de musique électronique. C'est gratuit, mais il faut réserver quand même! Tous les détails ici.

SAMEDI - 17 AVRIL 2021
19H - CHAPELLE ST-CYRIAC (LAC-KÉNOGAMI)
CÔTÉ-COUR/QUATUOR MOLINARI
COMPLET


Ici c'est plus ou moins théâtral, mais quand même! Le Côté-Cour reçoit (à la Chapelle St-Cyriac parce que plus grand dans le contexte sanitaire) le Quatuor Molinari et Catherine Perrin au clavecin pour un spectacle autour des Fables de LafontaineCe théâtre musical familial est une présentation du Quatuor Molinari en collaboration avec Mme Catherine Perrin, au clavecin et à la narration. Dix fables seront déclamées par Mme Perrin et illustrées par une musique de Denis Gougeon pour clavecin et quatuor à cordes, et par celle de Jean-Philippe Rameau. En première partie le Quatuor Molinari jouera le Quatuor op. 11 de Samuel Barber (avec son célèbre Adagio), suivi des Fables en seconde partie. Pour les enfants de 7 à 77 ans! C'est complet pour le Côté-Cour, mais le lendemain 18 avril, le spectacle sera présenté par Ville d'Alma Spectacles, à 14h, à la Salle Michel-Côté et il reste de la place.

samedi 10 avril 2021

«Le Roi des oubliettes» aux oubliettes!

Au détour d'une soirée de vagabondage sur le site de BaNQ, dans les journaux d'époque, je suis tombé sur cette réclame d'un spectacle publiée le 27 mai 1909 dans le Progrès du Saguenay:

Le descriptif de la pièce était assez accrocheur (et détaillé!) pour que je m'intéresse à celle-ci. L'auteur en est le Père Camille, du moins si je me fie à cette couverture (de la seizième édition, paru en 1912):


À défaut d'en trouver plus sur l'auteur qui restera donc relativement anonyme, je suis parti à la recherche du spectacle annoncé...

D'abord une première annonce, dans le Progrès du 19 mai 1909:


Plusieurs choses sont intéressantes dans ce petit billet: l'autorisation de l'évêque, la description de la pièce, la location des costumes (la maison Ponton existe toujours d'ailleurs... voici leur site), le prix des places...

Puis il y a cette petite mise au point sur la date (un autre retard!) dans le Progrès du 27 mai 1909 (même édition que la réclame ci-haut):


Un rappel publié dans le Progrès du 3 juin 1909 dont l'intérêt principal est qu'il donne les raisons de la tenue de ce spectacle et le coût de la représentation pour les enfants:


Enfin, apothéose... le Progrès du 14 juin 1909 revient, en quelques mots, sur ce spectacle tant attendu (et qui ne donne, en fait, qu'une série de noms de famille enrobés de compliments):


Après tout ça... que sait-on de cette pièce? Bien peu de choses à vrai dire! 

Alors j'ai tenté d'en trouver plus... et voilà que 26 ans plus tard, elle reprend l'affiche, avec beaucoup d'ambition, comme l'annonce le Progrès du 14 février 1935:


Encore une fois, les publicistes d'alors avaient le don de titiller l'imagination des spectateurs! Et le prix des places n'a pas tant évolué durant ces années...

Me revoici donc à tenter d'en retracer les développements:

Il y eut, au départ, ce petit article, paru dans le Progrès du 7 février 1935 où les superlatifs ne manquent pas!:


(Si je ne m'abuse, l'abbé Saulnier dont il est question ici sera le curé de l'église St-Georges à Jonquière...)

Et ce petit retour critique - si on peut dire - du Progrès du 7 mars 1935 nomme quelques noms. Sans plus:


C'est ainsi que finalement, de cette pièce, j'en saurai bien peu... sinon ces deux événements de notre passé théâtral... mais c'est aussi ça, l'histoire!


mercredi 7 avril 2021

Scandale anonyme

Le Courrier de Saint-Hyacinthe du 23 décembre 1886 publie ce beau petit encadré, suite au passage d'une troupe dans la cité:


Dommage que cette chronique ne donne pas au moins le titre de la pièce pour permettre quelques recherches sur cette œuvre qui fit s'outrager toute une population...

mardi 6 avril 2021

Un organe de censure tentaculaire

Voici un organe de censure théâtrale mis en place par les évêques américains au début du vingtième siècle. Le journaliste du journal La Vérité de ce 18 janvier 1913 salive devant une telle structure destinée à combattre le théâtre immoral... fléau moderne, dit-il en fin de papier.

Et tout comme le billet d'hier, il est question aussi de ce théâtre américain (le fameux burlesque) qui est alors en plein essor et qui est décrié par l'élite bien pensante qui y trouve là beaucoup de choses à redire que dans le théâtre français tout à coup absout de ses péchés. Comme quoi le mal change de place...


lundi 5 avril 2021

Quand Mutt et Jeff scandalisent...

La tradition théâtrale au Québec a pour racine, bien entendu, celle de la France (le classicisme, le drame et le mélodrame) mais aussi, pour une part non négligeable, de celle des États-Unis.

Car de fait, au milieu du XIXe siècle, Montréal est rapidement intégré aux grands circuits des tournées américaines et donnera le coup d'envoi à l'incontournable vague du burlesque qui déferlera et qui trouvera, chez-nous, un terreau fertile pour se développer. 

Cabotinages, cabrioles, sketchs, comiques de situations, stand-up, etc. Le genre sera fort apprécié par la population qui, même s'il ne comprend pas la langue, se ruera dans les salles pour passer un bon moment... au grand dam de plusieurs, comme ce chroniqueur du journal Le Franc Parleur, le 5 février 1916, qui s'étouffe de rage devant le succès d'un spectacle de Mutt et Jeff:


Ce type de théâtre sera souvent décrié comme étant vulgaire. Médiocre. 

Et pourtant, le burlesque (parce que c'est de cela qu'il s'agit ici) fera les beaux jours du théâtre québécois et donnera, en quelques sortes, son premier âge d'or théâtral à notre territoire jusqu'aux années '30. 

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Mais pour en revenir à Mutt & Jeff... 

Mutt et Jeff, ce sont deux personnages comiques qui vivent diverses aventures rocambolesques. Comme Laurel et Hardy et comme tant d'autres duos. Ils feront l'objet de diverses adaptations...

... comme des bandes dessinées publiées dans les journaux (comme ici, dans La Presse en 1973):


... ou en dessins animés (dont celui-ci qui est dans les premiers, datant de 1916)...:


dimanche 4 avril 2021

Quand même la Passion est refusée si elle est au théâtre...

Aujourd'hui, c'est Pâques. Bien que j'aie déjà publié un billet ce matin sur le nô, en voici un autre de circonstances.

Il s'agit d'une lettre pastorale de sa Grandeur, l'Archevêque de Montréal, Paul Bruchési. Ici, il s'élève (et, bien en verve, il s'est élevé de très nombreuses fois, comme en font preuve ces publications), contre un groupe qui souhaite représenter sur un théâtre, à l'approche de Pâques, la Passion du Christ. Inutile de dire que ça ne passe pas! 

Donc, le 3 mars 1921, il fait paraître ceci, notamment dans Le Devoir:

La naissance du nô

 

 
Capsule vidéo réalisée par l'UNESCO 
(parce que le nôgaku - réunissant nô et kyogen - fait partie du patrimoine culturel immatériel de l'humanité)

Le nô a quelque chose d'hypnotisant, d'impénétrable pour les Occidentaux. Impénétrable mais ô combien fascinant. Tout y est code et convention. Du moindre mouvement des doigts aux couleurs portées.

Lire les traités du genre, lire le plus grand auteur du genre, Zeami, n'apporte pas nécessairement, sur ce genre - figé, en quelques sortes, depuis des siècles - un  éclairage facilement digeste! 

Voici donc, tirée de La tradition secrète du nô dudit Zeami (XVe siècle), traduit par René Sieffert (1960), le récit de la naissance du nô (ou plus précisément, du sarugaku, ancêtre et/ou précurseur et/ou source orginelle du nô... mais ça non plus, ce n'est pas très clair):

Item, voici comment débuta le sarugaku au temps des dieux: au moment où la Grande-Divinité-qui-illumine-le-Ciel se confina dans la Céleste-Demeure-Rocheuse, le Monde-sous-le-Ciel fut plongé dans les ténèbres; lors les huit cent myriades de dieux s'assemblèrent sur le Céleste Mont-Kagu, et dans l'intention de captiver le divin Coeur de la Grande-Divinité, ils lui offrirent un kagura, et commencèrent un seinô. D'entre eux, Ama-no-uzume-no-miko s'avança; [tenant] des bandelettes votives fixées à un rameau de sakaki, élevant la voix, soulevant d'un piétinement rapide un roulement de tonnerre, quand elle fut en état de possession divine, elle chanta et dansa. Comme cette voix divine lui parvenait indistincte, la Grande-Divinité entrouvrit la Porte-Rocheuse. La terre, de nouveau, s'éclaira. Les divines faces des dieux resplendirent. Le divin divertissement de ce temps-là fut, dit-on, le premier des sarugaku. Les précisions, on les trouvera dans la tradition orale. 

samedi 3 avril 2021

Du Grand Guignol en théâtre-web - À la recherche d'efficacité

Nous poursuivons toujours les répétitions dans le cours de Création théâtrale, à l'UQAC, où, je le rappelle (et ici, ici, ici), nous travaillons à la mise en place d'une plateforme de diffusion d'une représentation en direct de Grand Guignol: Le Système du Dr. Goudron et du Pr. Plume d'André de Lorde. L'interprétation et la mise en scène doivent se conjuguer avec un important élément: le cadrage subjectif.

Pendant ce temps, l'espace est confié à Sophie Châteauvert. La partie du théâtre que nous utilisons se transforme peu à peu en plateau de tournage.


Ici aussi, plusieurs enjeux se posent dans ce grand espace. D'une part, il faut qu'il soit esthétique. Avec un souci de la précision étant donné qu'avec les déplacements des comédiens et de leurs caméras, tous les angles et les points de vue doivent être réfléchis. Il faut ensuite que le tout soit dynamique et permettent différents jeux de scène.

Et sur ce plateau - Grand Guignol oblige! - nous mettons à l'épreuve bien des éléments du mobilier et des accessoires! Pour preuve, nous en sommes à notre troisième table... C'est un genre qui demande un fort engagement sur le mode de l'impulsivité, de la cruauté, de la folie. Comment rendre tout cela crédible ou efficace? Que de coups reçus, d'accidents, de bris, d'entailles ponctuent les répétitions! 

Dans les prochains jours, ce sera au tour de la technique (sons, lumières, projections) d'entrer en scène pour créer l'atmosphère nécessaire.

Sinon, cette semaine, nous avons pu avoir un premier aperçu de la plateforme. Les tests  (d'ailleurs, fort étrange de se dire que l'équipe de programmation qui était avec nous était dispersée entre Montréal et Toronto!) se sont montrés fort convaincants, même s'il s'agissait plus de vérifier le synchronisme des caméras, des micros:


Il sera fort intéressant, pour le spectateur, de manœuvrer cet objet virtuel tout au cours de la représentation. De ce que nous avons vu entrevoir, l'utilisation de cette plateforme sera simple et fluide.

Maintenant, comme tout projet théâtral, la clé de l'efficacité réside dans la répétition!
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Dans le cadre d'un autre cours, quatre des étudiants inscrits dans ce projet ont ouvert une page Facebook, Les Aspirants du théâtre Web, pour documenter, commenter le travail qu'ils font avec moi. Abonnez-vous à leur page pour voir leurs capsules.

jeudi 1 avril 2021

Un détour par le nô... [Nouvelle acquisition]

 


J'ai eu envie, suite à une lecture, de me plonger dans l'univers du nô japonais... un univers étonnant, fascinant, déroutant. Parce que s'il y a un théâtre de convention, c'est bien lui (et qu'il a inspiré et inspire encore de grands metteurs en scène)! Des conventions qui datent de plusieurs siècles, d'ailleurs. Au point où le spécialiste René Sieffert en dit même:

Dans cette atmosphère confinée et intemporelle, cet art vigoureux et populaire, né dans une atmosphère de concours et de compétitions, s'assoupit tout doucement pour devenir un spectacle de musée, entretenu avec une religieuse componction par des pieux conservateurs officiant devant un parterre recueilli et somnolent. Nous savons, par des documents incontestables, que l'interprétation actuelle d'un nô prend en moyenne presque deux fois plus de temps qu'à l'époque des Ashikaga! C'est dire que cette lenteur que la plupart des auteurs occidentaux, et japonais, prennent pour le caractère essentiel du nô, ne lui était en aucune façon congénitale, et l'on constatera, en lisant Zeami, que celui-ci la condamnerait très certainement, s'il lui était donné d'assister à une représentation d'aujourd'hui... Apprécierait-il au moins l'austérité froide et la dignité revêche qui en résultent? Je n'oserais en jurer!

Toujours est-t-il que j'ai eu envie de plonger dans ce répertoire et cette façon unique d'aborder la scène. Et la meilleure façon a été de me procurer le bouquin ci-haut. Zeami (1363-1443) est l'incontournable du nô. Un monument. En plus d'être l'auteur de plusieurs oeuvres, d'être comédien, il a fait un traité qui sert encore de base à quiconque s'initie au genre. 

Donc de la théorie, on passe par la formation de l'acteur... pour terminer avec la lecture de huit pièces (qui composent une journée). 

lundi 29 mars 2021

Un saint en feu!


Ce beau petit morceau d'éloquence - dans le ton de tellement d'autres que j'ai publiés ici - a été écrit à la fin du XVIIe ou au début du XVIIIe siècle par le célèbre prêtre Louis-Marie Grignion de Montfort... né l'année de la mort de Molière (1673) et mort jeune, en 1716. 

Il faut savoir aussi que ce personnage ecclésiastique a été béatifié en 1888 puis canonisé en 1947. C'est donc dans la Confrérie des Saints qu'il peut déverser son fiel contre les comédiens.

dimanche 28 mars 2021

Une mauvaise actrice de moins... !

J'aime beaucoup les annonces mortuaires des grands comédiens des époques anciennes où il est question de conversion ultime, de tribulations funéraires, de cérémonies clandestines ou, au contraire, grandioses.

Voici donc, dans cette veine, un surprenant avis de décès d'une célèbre actrice (qui semble avoir été surtout une cantatrice) du XVIIIe siècle, Mme Favart (de son vrai nom Marie Justine Benoîte Favart, née Duronceray, et dite Mlle Chantilly à ses débuts sur scène), tiré de la Correspondance littéraire, philosophique et critique par Grimm, Diderot, Raynal, Meister, etc. 

Après une brève description du trépas de la pauvre femme, la notice poursuit avec une critique assez virulente de son jeu... à croire que son auteur n'était pas un grand fan de la dame!:


Voici quelques portraits de cette comédienne et, en lien, une biographie: