mardi 20 juillet 2021

Retour à Ostrovski

 


Je suis un grand fan de la littérature (dramatique ou non) russe. Je ne saurais trop dire pourquoi exactement, ni définir l'origine de cet intérêt... mais il est solide,  nourri notamment par mes lectures d'essais théâtraux, particulièrement ceux de la première moitié du vingtième siècle. 

Bref, voici donc un auteur - Alexandre Ostrovski - qui est apparu très très très souvent au tournant d'une page, d'un praticien... et dans lequel il était temps que je me plonge! Ce sera chose faite maintenant que je viens de recevoir les deux tomes de son théâtre parus chez L'Arche Éditeur (1966-1967).


Voici ce qu'en dit  brièvement le Dictionnaire encyclopédique du théâtre de Michel Corvin:

Alexandre Ostrovski (1823-1886) - Auteur dramatique russe dont la cinquantaine de pièces domine le répertoire de 1850 à 1885. Considéré comme un maître du théâtre de moeurs, il a dressé un fresque sociale minutieuse de la Russie, à travers des situations et des personnages représentatifs, avec une langue savoureuse et juste. 

dimanche 18 juillet 2021

Du travail des représentations!


Qu'un metteur en scène considère son travail comme achevé dès la première représentation, voilà qui est dangereux. Car, pour le metteur en scène, la partie la plus importante de son travail commence quand il tient compte de la salle pour laquelle il construit son spectacle.

C'est un travail très compliqué. La modification de certains détails de la construction, la prise en compte du temps et celle des réactions de la salle, l'état dans lequel se trouve l'acteur sur scène, les sérieux ennuis qu'amènent parfois des jeux de scènes construits de façon peu commode pour l'acteur, tout ce qui se révèle surtout lors des représentations et non pas aux répétitions - autant d'éléments qu'il faut prendre en considération et dont il faut tenir une sorte de relevé. [...] C'est une question d'une grande importance, et bien entendu, le metteur en scène doit non seulement mener ce travail, mais même parfois répéter à nouveau pour manifester clairement la nouvelle structure du spectacle qui tienne compte de la salle.

C'est, encore une fois, un morceau des Écrits sur le théâtre de Meyerhold (tome 2).

Je suis de cette catégorie de metteurs en scène présent pratiquement à toutes les représentations (à quelques exceptions près) pour prendre des notes, faire des corrections, donner de nouvelles indications, couper, proposer. Avec l'idée que le travail de production prend fin lors de la dernière seconde de la dernière représentation (et encore... puisqu'il y a nécessairement une période de retours, d'analyses, de réflexions). Et je trouve que Meyerhold définit très bien ce qu'est, tout-à-coup, voir son propre spectacle dans les yeux des autres.

Je suis aussi partisan de ce rôle dévolu au metteur en scène: ajuster les différentes cordes aux réactions du public. Comme si le spectacle, la technique et les acteurs (en premier plan!) devenaient un immense instrument de musique qu'il faut maintenir accordé.

Et c'est peut-être pour tout ça que je reste toujours un éternel insatisfait! 

lundi 12 juillet 2021

De salle de théâtre en sale théâtre!

Comment ne pas aimé fouiller dans un journal qui se nomme pompeusement La Vérité pour y découvrir, dans ses colonnes à peine dogmatiques et si peu moralisatrices, de beaux petits morceaux d'éloquence d'où devraient suinter l'empathie et la charité chrétienne... comme cet article paru le 1er juillet 1911:



dimanche 11 juillet 2021

Quand «menacée» n'est pas assez dire!


Il y avait longtemps déjà que Monseigneur Paul Bruchési, archevêque de Montréal (1897-1939) et virulent contempteur du théâtre, n'était apparu dans ce blogue (après ses passages remarqués ici).

Comme je ne manque jamais une chance de mettre en valeur ses logorrhées anti-théâtre (et bien honnêtement, condescendantes), je ne pouvais passer à côté de cette lettre pastorale donnée en chaire le 26 novembre 1905 et publiée dans le journal La Croix quelques jours plus tard, le 2 décembre:

samedi 10 juillet 2021

Du rapport à la tradition

Il est parfois difficile de sortir des ornières de la tradition théâtrale... d'autant plus quand nous nous confrontons au répertoire, à ces textes dont les personnages sont archi-connus et dont de nombreuses productions, au fil du temps, en ont donné des versions marquantes, des modèles difficiles à oublier, à laisser de côté lors des répétitions.

Ainsi, de nombreuses œuvres sont tellement inscrites dans l'imaginaire collectif,  qu'il semble impossible d'en proposer une nouvelle version scénique. 

C'est notamment ce que pensait Meyerhold, lorsqu'il a monté, en 1924, La Forêt d'Ostrovski (qui est l'un des chef-d'oeuvre de la littérature dramatique russe). Voici son inspirante réflexion sur le sujet (tirée du tome II de ses Écrits sur le théâtre, p. 173, éditions L'Âge d'Homme)

Il est utile de toujours commencer contre la tradition établie, cela éclaircit la scène et le personnage, conduit à une remise en cause, une réévaluation, cela rafraîchit et actualise la pièce, puisque le travail est mené sur un terrain mis à nu. Si au bout du compte nous arrivons quand même à une interprétation traditionnelle, une couleur nouvelle, fraîche, aura cependant été introduite dans cette réinterprétation. Et la tradition elle-même aura été perçue comme une substance essentielle et non pas comme une forme avec un contenu usé, vieilli. [...] Il faut savoir lancer des pétards sous les jambes des spectateurs, alors il ne s'ennuiera pas.

Si le metteur en scène ne parvient pas à se libérer du carcan de la tradition, il y a un risque de tomber dans le cliché... ce à quoi Meyerhold - qui a toujours le bon mot pour tout - répondra que, justement, le cliché est une tradition vidée de son sens

vendredi 9 juillet 2021

Au bûcher, l'auteur malpropre!

Le journal La Vérité, dont la parution s'échelonne de la fin du XIXième jusqu'au début du XXième siècle recèle les plus beaux petits articles virulents contre le théâtre, empreints de moralité et de bigoterie. Où les critiques ne sont pas artistiques, mais religieuses! S'il n'existait pas, nombre de billets de ce blogue n'auraient vu le jour!

En voici un du 15 avril 1893... qui pousse des cris d'orfraie contre un auteur malpropre (!) de drames sacrés:



Qui donc est cet auteur malpropre? Sa biographie wikipédienne définit Armand Silvestre comme un poète, romancier, dramaturge, critique d'art. Et l'oeuvre dont il est question, Les Drames sacrés, a aussi comme collaborateur, le compositeur Charles Gounod. Rien de moins.

jeudi 8 juillet 2021

La faute au public!

Le journal La Presse du 15 mars 1933 rapporte le point de vue du professeur René du Roure, de McGill, sur l'état rachitique (et historique!) du théâtre français à Montréal. 

Et la faute en est imputée... au public! 

mardi 6 juillet 2021

Du pageant aux Fabuleuses!

C'est aujourd'hui que débutent les représentations de la mouture covidienne de La Fabuleuse histoire d'un Royaume. En lieu et place de la version originale en salle, l'équipe de conception, sous la direction de Jimmy Doucet, a préparé un  nouveau spectacle inspiré de l'oeuvre originale, qui se présentera sous forme de grand déambulatoire: 


À tous ces gens, je souhaite bien du plaisir! Et bien du monde!

Il va sans dire que la région est une habituée des spectacles majeurs à grands déploiements. C'était une pratique profondément ancrée chez-nous. De nombreux pageants ont  été présentés au cours du dernier siècle (on a qu'à penser, notamment, aux oeuvres de Ghislain Bouchard, outre la Fabuleuse: Le tour du monde de Jos Maquillon, La tournée folle du Grand-Brûlé et La grande embardée), pour commémorer différents anniversaires. 

D'ailleurs, pour les intéressés, il y a ce bon document, Région du SLSJ - Fêtes et spectacles du Québec de Rémi Tourangeau, publié chez Nuits Blanches Éditeur.

Mais le spectacle historique qui a marqué notre histoire et les esprits reste le fameux pageant organisé dans le cadre du Centenaire de la région, présenté au cours de l'été 1938 (ici, quelques images de la structure qui a accueilli ce spectacle).

Pour nous donner une idée du contenu de cet événement scénique, voici un compte-rendu de Philippe (!), publié dans le Progrès du Saguenay de ce 28 juillet 1938:







lundi 5 juillet 2021

Le théâtre en crise... encore une fois

En ce 5 décembre 1929, Henri Letondal, comédien (qui ira tenter sa chance à Hollywood) et critique québécois, y va, dans La Presse, d'un vibrant plaidoyer pour le théâtre légitime et sa situation désastreuse dans la métropole qui n'a d'yeux que pour le burlesque venu des États-Unis.




dimanche 4 juillet 2021

Une taloche bien sentie au Père Émile Legault!


Dans l'histoire du théâtre québécois, le Père Émile Legault - fondateur des Compagnons de Saint-Laurent - est souvent considéré comme un précurseur, un pionnier de la professionnalisation de l'art dramatique... ou, à tout le moins, comme étant un important réformateur qui donnera ses assises à toute une génération qui mettra sur pied les institutions qui forment, encore aujourd'hui, une bonne partie du milieu. 

Pourtant, ce vénéré patriarche ne semble pas n'avoir eu que des amis... comme en témoigne ce bon papier paru dans le Radiomonde du 27 octobre 1945 et qui vise - avec raison! - à remettre quelques points sur les «i»:


C'est là une virulence qu'il fait bon lire et qui pose, dès 1945, ce fait qu'on tente parfois d'occulter: le théâtre professionnel, au Québec, n'a pas attendu les années '30 (du vingtième siècle) pour exister!

samedi 3 juillet 2021

Le public, vrai critique!

C'est fort intéressant, ce qui est dit dans ce billet (dont j'ignore qui est l'auteur), publié dans le Télé-radiomonde du 11 novembre 1967. Je trouve qu'il relativise bien les choses.

En cette période où la véritable critique s'amenuise dans l'espace médiatique, c'est un peu un état de fait que de laisser le public se faire sa propre idée!

vendredi 2 juillet 2021

Autocritique de «La Cantatrice Chauve»

À défaut d'avoir une critique (ou plus exactement un retour/compte-rendu) dans quelque média que ce soit (bien qu'un truc du genre devrait paraître dans le Quotidien un jour puisqu'il était là à la première), voici ce que j'aurais pu écrire, sur ce blogue, à propos de La Cantatrice Chauve... si je n'avais signé la mise en scène! 

On est jamais mieux servi que par soi-même! 


Ainsi donc, le Théâtre 100 Masques nous revient avec une nouvelle production estivale. Toujours en phase avec sa mission qui est d'explorer le répertoire (et ce dpuis 22 ans!), il jette son dévolu sur l'absurde (déjà abordé en 2006 lors de la mise en scène de Pique-Nique en campagne de Fernando Arrabal) et plonge, avec vigueur dans la première oeuvre d'Eugène Ionesco, maître du genre: La Cantatrice Chauve, pièce phare de ce théâtre existentiel et angoissé de l'après-Guerre.

De cette oeuvre construite sur le vide du langage comme moteur dramatique, la compagnie en a fait glisser quelque peu le sens pour en faire, plus exactement, un théâtre de l'exaspération, de l'impatience, de l'agacement.  Les Smith, les Martin, le Capitaine des pompiers ou Mary la bonne tous sont des éléments subversifs qui existent et agissent pour mettre à mal une routine pétrie de codes et de convenances. Sur scène, chacun des personnages devient source d'énervement, émetteur de contrariétés, jusqu'à l'apothéose de la dernière scène, syncopée, feux d'artifices de défoulement. L'éclatement - au propre comme au figuré - est de mise pendant une heure et demie!

Que de sueur et de sang versés au cours du spectacle!

Sous le jeu dynamique des interprètes qui s'inscrit fortement dans le corps, la posture, l'attitude, le geste et le déplacement, il est possible de sentir les influences meyerholdiennes du metteur en scène pour qui la mise en espace conjuguant rythme et chorégraphie remplace une exploration psychologique poussée. C'est d'ailleurs là une ligne directrice de son travail. Il en résulte une mise en scène fort présente - parfois même un peu trop, pourrait-on dire... - avec des effets comiques récurrents qui parsèment la représentation. Les détails sont nombreux, parfois simultanés, requérant du spectateur un regard actif. 

C'est une mise en scène hautement formelle, tant dans l'approche esthétique (qui unifie costumes et scénographie dans une même matière et une même couleur) que dans l'approche scénique (sur une aire de jeu rose s'étirant sur la largeur respectant un rigoureux principe de symétrie) et dramaturgique (avec des duos, des choeurs, des monologues). Le plateau se prête volontiers à des compositions de toutes sortes avec une utilisation marquée du mobilier et des accessoires.

Ce type de théâtre comporte toutefois de nombreux écueils en ce sens où il demande une énergie accrue du comédien - peu importe la fatigue ou la chaleur manifeste de la salle - et une rigoureuse concentration pour répondre aux différents stimuli dans ce jeu déchaîné d'actions/réactions. 

Il faut dire que chaque scène de ce texte, écrit en 1950, qui aligne les effets stylistiques (énumération, redondances, calembours, proverbes, etc), a un fort potentiel théâtral qui pourra être vif et fougueux... ou au contraire, languissant et lourd s'il n'est pas bien porté. L'hésitation - qu'on ne voit jamais tout à fait faire disparaître en ce début de cycle - est aussi un ennemi du timing.

Qu'un acteur baisse la garde et se perde dans sa tête, qu'une réplique soit escamotée, qu'un geste soit fait mécaniquement sans écoute, que le tempo souffre d'une faiblesse et l'ensemble perd de sa cadence infernale. C'est là un travail théâtral implacable au niveau de l'interprétation... qui force aussi l'admiration devant cette épuisante folie scénique!

Bref, ces six comédiens qui se démènent dans cet univers absurde valent le détour et donnent assurément une production intéressante à voir et à vivre!