lundi 31 janvier 2022

Encore Ruz(z)ante

 


Dans le billet d'hier, je parlais de ma découverte de quelques oeuvres d'un célèbre auteur-acteur (comme Shakespeare, comme Molière) italien de la première moitié du XVIe siècle: Angelo Beolco dit Ruzante (ou Ruzzante), du nom de son personnage de paysan vif d'esprit et agile de corps qui inspirera, pour plusieurs, les contours du personnage d'Arlequin.

Toujours est-il que j'ai lu d'une traite son Anconitaine et Bilora. Deux courtes pièces dynamiques, proches du ton des farces françaises, amusantes, féroces, et d'une liberté assez prodigieuses. Autre temps, autres moeurs!

Aujourd'hui, la poste m'en apporte deux nouvelles (car oui, je suis un acheteur compulsif dans les bouquineries francophones un peu partout dans le monde au point où mon bureau est maintenant trop petit!): Les vilains (d'après Ruzante... mais je ne suis pas certain que ce soit de lui) et La Moscheta.

Une bonne découverte! 

Petit passage obligé par la bible du théâtre, Le Dictionnaire encyclopédique du théâtre de Michel Corvin:

Ruzante ou Ruzzante, pseudonyme d'Angelo Beolco (Padoue, vers 1502-1542). Auteur dramatique, acteur et metteur en scène italien.

[...]Un statut familial et social un peu marginal, une connaissance directe du monde paysan, telles sont les deux conditions qui vont déterminer le sens de son activité théâtrale; la troisième est l'expérience de la scène, car Beolco est aussi acteur et organisateur de spectacles, à la tête d'un groupe d'amis [...] qui constituent une troupe semi-professionnelle. Dans ce cadre Beolco «invente» et développe le personnage auquel son nom est associé [...].

[...] Beolco transcende ses modèles [note: des auteurs du passés] en conférant une évidence et une puissance scénique inouïes à l'univers paysan et à son protagoniste. Certes ce théâtre est fondamentalement ambigu de par sa finalité même: divertir un public citadin, aristocratique et cultivé aux dépens d'un monde et d'une langue (le dialecte padouan) subalternes. Mais cette ambiguïté même autorise une liberté de langage que l'auteur-acteur exploite jusqu'à dénoncer, parfois violemment, la misère des paysans et les vicissitudes historiques que traverse la campagne padouane (guerre, disette, épidémies).

Entre 1617 (dernière édition expurgée des pièces) et la fin du XIXe siècle [...], l'oeuvre connaît une longue éclipse [...]

[...] De toutes ces expériences [note: sur la langue, les dialectes, la forme en vers ou en prose, les monologues, les différents types de comédies], la plus originale est l'invention du «dialogue» dont le schéma souple et libre continue de fasciner les metteurs en scène contemporains.

Voilà. J'y retourne.

dimanche 30 janvier 2022

Ruzante ou le précurseur de la commedia dell'arte

Au fil de mes lectures thématiques portant sur la commedia dell'arte, je suis tombé à quelques reprises sur le nom d'un dramaturge italien du XVIe siècle: Angelo Beolco dit Ruzante (vers 1496-1542), du nom de son personnage fétiche qui revient de pièce en pièce.

Inutile de dire qu'il m'était parfaitement inconnu!

Mais s'il est important et significatif, c'est qu'il serait, en quelque sorte, l'auteur originel, le précurseur, à avoir donné, d'une certaine façon, les canevas et les personnages types qui feront la commedia dell'arte quelques années après sa mort, le 5 février 1545, à Padoue, quand huit comédiens signeront un contrat pour créer la première troupe de comédiens professionnels.

À bien des égards, Ruzante peut être considéré comme étant le premier à avoir posé les règles de la comédie « savante », professionnelle. En effet, en pleine Renaissance, seuls les dramaturges du théâtre antique et les grands auteurs contemporains ont pignon sur rue. Les farces populaires sont totalement méprisées, car « non parfaites ».

Ruzante, de son vrai nom Angelo Beolco, va alors écrire les premiers canevas de l’histoire. Ceux-ci vont refléter les nouveaux rapports entre les citadins, plus riches que jamais, et les paysans, évidemment plus pauvres. C’est ainsi qu’il va fixer les traits d’un des personnages les plus connus de la Commedia dell’arte : le paysan malin, une sorte de bouffon, fantasque, truculent, s’exprimant dans un dialecte padouan aux accents ridicules. L’on reconnaît là le célèbre Arlequin. (Commedia dell'arte: D'Arlequin à Molière)

Je me suis commandé quelques pièces de lui, dont L'Anconitaine et Bilora, écrites autour de 1530. C'est très drôle. Vif. Avec des personnages au fort potentiel comique, tenant des discours (en de longues répliques) qui frappent. Un peu comme le font ceux des farces médiévales et des premières comédies françaises de la Renaissance. Bien sûr, tout le jeu des dialectes ne passent guère la rampe de la traduction... mais ça donne quand même une bonne idée de la teneur de ses pièces!

Au théâtre, cette semaine! [Du 30 janvier au 5 février 2022]

 

Ça devrait être la dernière semaine de confinement du milieu théâtral alors que les salles pourront rouvrir à compter du 7 février 2022! Donc, pour les prochains jours, il n'y a encore rien à présenter au public... mais ça travaille! 

mardi 25 janvier 2022

D'où vient l'expression «commedia dell'arte»?


Voici l'explication de cette expression selon Dario Fo (et non, ce n'est pas le Dario qui m'a donné son prénom) dans Le gai savoir de l'acteur publié en 1990 chez L'Arche éditeur (p. 24):

Quel sens faut-il donner à l'étiquette de commedia dell'arte?

Si nous essayons de faire le point sur le mot arte, nous voyons défiler en esprit une foule d'images et d'expressions stéréotypées, tartinées de lieux communs: l'art, création sublime de l'imagination, l'art, expression poétique du génie, etc. En fait, le terme arte renvoie au métier. 

Au moyen âge, c'est bien connu, il y avait l'art de la laine, l'art de la soie, l'art des maçons, et des dizaines d'autres: c'étaient toujours des corporations d'artisans. Ces associations libres évitaient les conflits meurtriers entre concurrents. Elles servaient aussi à se défendre collectivement contre les exactions des grands négociants, contre les taxes imposées par les princes, évêques et cardinaux.

Commedia dell'arte signifie donc avant tout comédie montée par des acteurs professionnels. Les comédiens avaient un statut et des règles d'association, ils s'engageaient à se défendre et à se respecter entre eux. De même que les corporations protégeaient le marché contre la concurrence extérieure, les comédiens dell'arte combattaient impitoyablement les troupes isolées qui sévissaient «sur la place». Ils faisaient intervenir les autorités locales qui leur avaient accordé le privilège exclusif dans le duché ou le comté.

Ainsi, les baladins, les saltimbanques, les groupes d'acteurs occasionnels ou amateurs étaient littéralement «chassés de la place». [...]

[...] À propos de l'expression commedia dell'arte, d'excellents auteurs nous assurent qu'elle n'a rien à voir avec le terme de «métier» ni avec l'association corporative. Allardyce Nicoll, un très respectable savant anglais, soutient que arte doit s'entendre au sens de «qualité» (la quality shakespearienne): dell'arte signifierait donc della bravura, du grand talent. En revanche, Benedetto Croce est d'accord sur l'origine corporative, mais il y voit la preuve que les comédiens du théâtre à l'italienne étaient sans doute gens de métier, histrions habiles et mimes divertissants, mais sûrement pas des artistes: «On ne décèle nulle part la présence d'un auteur de génie. [...] Pas de texte (littéraire ou dramaturgique), pas d'art. [...]»

lundi 24 janvier 2022

Du pouvoir dynamique de la lumière


[...] Une œuvre forte rejette d'elle-même le superflu dans le décor, une œuvre plus faible l'appelle au contraire à son aide.

[...] Du côté technique, la lumière est le seul élément dont les progrès pourraient aider le théâtre sans l'appauvrir. Il ne s'agit pas bien sûr de la science des éclairages; je laisse pour ce qu'elle vaut cette déformation de l'élément lumière quand on l'emploie pour obtenir des effets faciles: tableaux de genre, fresque «à l'américaine», clairs-obscurs où les mots ont l'air d'être prononcés par des fantômes. Cela fait partie de cette mise en scène décorative qui se rattache à la conception de la scène à l'italienne.

[...] On a perfectionné des vieux trucs, on a remplacé dans les installations le gaz par l'électricité; ce ne sont pas des inventions comme la machine à faire les nuages et quelques trucs de ce genre qui constituent un apport sérieux; le rôle de la lumière est plus subtil; c'est le seul moyen extérieur qui puisse agir sur l'imagination du spectateur sans distraire son attention; la lumière a une sorte de pouvoir semblable à celui de la musique; elle frappe d'autres sens, mais elle agit comme elle; la lumière est un élément vivant, l'un des fluides de l'imagination, le décor est une chose morte.

C'est ce qu'écrivait Charles Dullin le 10 novembre 1929 (tiré de Charles Dullin, publié dans la collection Mettre en scène, chez Actes Sud-Papiers, en 2011), dans un article qui questionnait la prédominance du décor dans le théâtre à l'italienne (il est question ici de toiles peintes et de machines théâtrales de toutes sortes pour des spectacles basés sur l'illusionnisme). 

Par ailleurs, j'aime bien cette idée d'élément vivant (ou dynamique) en opposition à l'élément mort (ou statique).

dimanche 23 janvier 2022

Au théâtre, cette semaine! [Du 23 au 29 janvier 2022]


C'est une autre semaine silencieuse qui s'annonce puisque toutes les salles sont encore fermées jusqu'à nouvel ordre. 

samedi 22 janvier 2022

Le metteur en scène, selon Charles Dullin

Charles Dullin, dans l'un de ses rôles les plus marquant, soit l'Harpagon de L'Avare de Molière.

Charles Dullin (1885-1949) est un immense acteur et metteur en scène français - l'un des membres du fameux Cartel (ici) qui a fait école et qui réunissait les Louis Jouvet, Gaston Baty et Georges Pitoëff -  de la première moitié du vingtième siècle. C'était là une époque féconde, théâtralement parlant, avec de nombreuses révolutions et l'avènement d'un nouvel intervenant pour le spectacle: le metteur en scène!

Époque féconde, partout en Occident, mais plus particulièrement en Russie et en France où tous les grands noms ont tenté de théoriser cette nouvelle fonction. Les définitions sont donc nombreuses, parfois contradictoires, parfois complémentaires, parfois provocantes... mais toujours fort intéressantes parce qu'elles poussent à la réflexion, au questionnement, à sa propre prise de position.

Bref, je reviens à Dullin...

Voici la définition du metteur en scène qu'il a exposé à l'Assemblée générale du Syndicat des metteurs en scène de théâtre, en septembre 1944 (rapportée dans le petit opuscule Charles Dullin, publié dans la fort intéressante collection Mettre en scène, chez Actes Sud-Papiers, en 2011):

Ne peut se dire metteur en scène que celui qui, par son art personnel, apporte à l'oeuvre écrite par l'auteur une vie scénique qui en fit ressortir les beautés sans jamais en trahir l'esprit. À ce don de maître de jeu, il doit joindre des connaissances générales lui permettant d'ordonner et de diriger le travail pratique des acteurs, du décorateur, des musiciens, du régisseur, des électriciens, des machinistes et autres aides. 

C'est une définition que j'aime bien parce qu'elle demande que le metteur en scène connaisse le travail de ses partenaires. Et même plus. Il doit être en mesure de mettre la main à la pâte pour bien comprendre les différents enjeux, mécanismes, fonctionnement pour avoir une vision d'ensemble cohérente, accroître sa capacité de visualiser les choses (les demandes et les propositions), soutenir ses concepteurs. 

mercredi 19 janvier 2022

Les différentes déclinaisons d'«Edmond»

En 2017, Alix Michalik présente une nouvelle pièce de théâtre qui fait sensation partout où elle est jouée: Edmond

Dans cette histoire à l'humour bien français, il est question de la difficile (et fort divertissante) naissance du chef-d'oeuvre Cyrano de Bergerac, sous la plume du pauvre Edmond Rostand. Autour de lui de grands personnages historique: Courteline, Feydeau, Sarah Bernhardt... et Constant Coquelin qui lui commande une comédie. Les tribulations sont nombreuses et s'échafaude, scène par scène, un récit épique!

Bref, une bonne pièce. Qui connaîtra d'autres vie!

Dont une au cinéma (le film est disponible actuellement sur Toutv.ca), en 2019, adaptation et réalisation de l'auteur (qui y tient le rôle de l'arrogant Feydeau):

Mais aussi - et je suis très heureux de l'avoir reçue hier! - une version en bande dessinée, en 2018, réalisée par Léonard Chemineau. La lecture promet d'être fort amusante! 



mardi 18 janvier 2022

De la commedia dell'arte... (nouvelle acquisition)

L'évolution de ma bibliothèque suit le cours de mes projets. Ainsi, il est facile de cerner les divers projets qui m'occupent par la liste des ouvrages thématiques qui deviennent aussitôt mes lectures de chevet. (Et quand je suis plus actif sur ce blogue, par les différents billets qui se suivent!)

Aujourd'hui - en vue de la production estivale du Théâtre 100 Masques à partir de Goldoni - je suis bien heureux de recevoir ceci, publié en 1999 aux Presses universitaires de Grenoble:


Un petit ouvrage fort bien fait pour consolider les connaissances, rappeler des détails, faire découvrir des éléments plus pointus. 

Non, le théâtre estival qui s'en vient ne sera pas de la commedia dell'arte en bonne et due forme. Parce que ça demande une technique que moi, que les comédiens, ne possèdent pas. Mais il s'en inspirera grandement. Alors pour s'en inspirer, encore faut-il faut retourner aux bases! 

Il y a donc un volet historique sur la commedia (ses origines, son évolution); un volet descriptif (les personnages, les masques, les lazzis, les canevas); un volet pratique (avec la délimitation de l'espace scénique, quelques exercices d'assouplissements, quelques gestes types des principaux personnages, quelques propositions de mises en pratiques); un volet de réalisations (les masques, les patrons de costumes, etc.). 

Ce sera là un belle façon de plonger dans un univers qui sera un outil de travail fort intéressant!

dimanche 16 janvier 2022

De l'importance des consignes de sécurité au théâtre!

Voici un petit fait divers, tiré de l'édition du Courrier du Canada, le 20 janvier 1882:


J'ai essayé de retrouver le Chinois et le Théâtre... qui je crois est à New-York. En vain. 

Mais si ce petit article m'intéressait, c'est aussi parce que le dernier paragraphe prouve, finalement, que rien ne change...

Pour diriger aussi un lieu de diffusion (pluridisciplinaire), je pourrais aussi témoigner de plein d'exemples (moins explosifs, il va de soi!) de spectateurs qui, lors de spectacles, se fichent royalement de nos demandes et de nos consignes, ne pensant qu'à leur propre personne... avec ce que ça peut supposer d'insultes à l'égard de mon équipe, de propos impolis, de moqueries, de défis bornés. Parfois même, certains vont carrément à l'encontre de ce qui a été indiqué à l'accueil pour nous narguer!

Au théâtre, cette semaine! [Du 16 au 22 janvier 2022]

 


À moins que le gouvernement n'annonce une réouverture surprise des lieux de diffusion, il n'y aura toujours pas de représentation cette semaine.

Ce qui ne signifie pas pour autant que le milieu théâtral est sur pause. Plusieurs collègues/compagnies sont présentement en travail (notamment mon équipe pour Les morts sacrilèges), dans les salles de répétitions, en respectant les consignes sanitaires, pour préparer de nouvelles création. Si le contexte s'assouplit, nous aurons un hiver et un printemps bien chargé! Avis aux amateurs de spectacles!

samedi 15 janvier 2022

Chicane théâtrale (du moins, au départ) par journaux interposés... sur fond de moralité et de flétrissure!

 En janvier 1873, une troupe de théâtre Franco-Canadienne entreprend une tournée au Québec. À Trois-Rivières, ça achoppe! Le Journal Le Constitutionnel salue leur venue et en fait la réclame en ses pages. Entre temps, le clergé s'élève contre ces infâmes comédiens. S'ensuit une querelle par journaux interposés, impliquant son adversaire, Le Journal des Trois-Rivières. Une guerre à finir! 





Le Constitutionnel répond par une lettre ouverte publié en ses pages:





Et Le Constitutionnel répond à nouveau, en ses propres pages