mercredi 18 mars 2009

Seconde étape

Appris à travers les branches virtuelles (soit par MSN et/ou par FaceBook!): Alexandre Larouche et Jérémie Desbiens (les deux messieurs qui illustrent ce billet et qui ont fait leur audition ensemble) ont été retenus pour la seconde audition de l'École Nationale de Théâtre qui aura lieu ce samedi-ci, en après-midi... Bonne chance à eux!
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Par ailleurs, une pensée pour toutes celles qui ont tenté aussi le coup (et dont je suis sans nouvelle): Valérie, Émilie, Geneviève, Catherine...

Le Grand-Guignol... du sang et des cris!


Je vogue depuis quelques jours dans l'exploration d'un genre fort particulier, le Grand-Guignol (désolé, mais ce site - le plus intéressant! - est en anglais)... à la recherche d'un sujet, d'un style théâtral, d'une façon de faire pour la prochaine année...

Ce genre - bien inscrit dans ce début provocateur et plein de promesses du XXième siècle - est aussi connu sous le nom de théâtre de l'épouvante (certains parlent plutôt d'un théâtre érotique sous le couvert de la frayeur)... et dont le succès des pièces était mesuré à l'aune des évanouissements dans la salle! Il s'agit donc d'un théâtre des peurs de l'époque: la peur de l'autre, de la contagion, de la science, de la folie. En cela, il pourrait toujours résonner efficacement de nos jours. Sans compter qu'il s'agit là, à l'instar d'un certain théâtre contemporain, d'une mécanique qui, avec la déhiérarchisation du texte, met l'emphase sur le corps et l'acteur (la présence!) et sur la mise en scène et les effets (la théâtralité!).

Le Grand-Guignol est caractéristique à plusieurs égards: brièveté des pièces (donc juxtaposition de plusieurs textes entrecoupés de comédies - de Courteline! - pour préparer au drame), peu de dialogues au profit d'un véritable corps à corps (yeux révulsés, contorsions, démarches lentes, etc.), exiguïté des espaces...

Malheureusement, les pièces que je lis (pour le moment, du moins) n'ont pas la force dramatique qu'exigerait un passage à la scène fort et troublant. Je recherche toujours, dans ce répertoire de l'impasse Chaptal (Paris), des textes sur lesquels élaborer un projet complet!

Dommage...
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Quelques titres pour donner une idée du genre:

LE SYSTÈME DU DOCTEUR GOUDRON ET DU PROFESSEUR PLUME
LA DERNIÈRE TORTURE
LA MASCARADE INTERROMPUE
LE CHIRURGIEN DE SERVICE
UN CONCERT CHEZ LES FOUS
L'HORRIBLE EXPÉRIENCE
L'ALOUETTE SANGLANTE
LE LABORATOIRE DES HALLUCINATIONS
L'ATROCE VOLUPTÉ
L'AMANT DE LA MORTE
et LE JARDIN DES SUPPLICES

lundi 16 mars 2009

Programmation 2009-2010


Je commence à préparer la programmation 2009-2010 du Théâtre 100 Masques... Pour le coup, je me relance, avec délices!, dans mes livres à la recherche de la perle rare, du sujet, du texte qui me feront craquer... Qu'est-ce qu'il nous serait intéressant de porter à la scène? Comment? Pourquoi?

Je me replonge également dans mes notes, mes questionnements, mes réflexions pour me donner une ligne claire, une piste de travail... pour ne pas dire un cadre structurel!

Par le fait même, je tente surtout de raffermir notre direction artistique autour de projets solides et porteurs d'une certaine idéologie.

Donc, de quoi sera composé la prochaine saison? Je l'ignore encore... même si déjà, j'ai une bonne idée de là où se dirige la compagnie. Si tout se place comme je l'espère, nous aurons une année fort remplie!

dimanche 15 mars 2009

La semaine théâtrale

Lesquels théâtres et comédies se déploieront sur les scènes du Royaume cette semaine? Voici un petit tour d'horizon:

Mardi - 17 mars 2009
Salle François-Brassard (Cégep de Jonquière), 19h30



Le Théâtre du Faux Coffre présente son Barabbas dans la Passion, les origines du premier clown noir. Il en coûte toujours 16$ pour les adultes, 11$ pour les étudiants... et cette fois-ci, 8$ pour les étudiants dudit Cégep! Pour d'autres informations, consulter le site de cette compagnie au www.fauxcoffre.ca!

Mardi et mercredi, 17 et 18 mars 2009
Auditorium d'Alma, 20h

Bonne chance aux intéressés! Fred Pellerin est de passage dans la région, à Alma, avec son nouveau spectacle, L'arracheuse de temps... S'il reste des billets... (Il sera à Chicoutimi ce samedi et ce dimanche... mais c'est complet depuis belle lurette!)

Samedi - 21 mars 2009
Salle Pierrette-Gaudreault, 20h

Photographie: Dominique Chartrand

Le Théâtre La Rubrique présente Je voudrais me déposer la tête de Jonathan Harnois, une production du Théâtre Pàp. Voici un spectacle traitant du sujet délicat du suicide avec beaucoup de sensibilité. On y raconte la mort précipitée de Félix et tous les sentiments qui se bousculeront pendant des semaines dans la tête et le coeur de son bon ami, Ludovic.Une mise en scène de Claude Poissant.

Euh... Je pense que c'est tout... S'il y a autre chose, qu'on me le fasse savoir...

Je rappelle à tous, en terminant, que c'est ce vendredi, 20 mars 2009, la date limite pour le dépôt des demandes de subventions aux Projets spéciaux du CAS!

samedi 14 mars 2009

Le risque au théâtre...

Le risque cultive le décloisonnement ENTRE les arts.
La révolte engage dans le mouvement VERS.
Georges Banu

Le monde est au risque.
Le monde sera demain à qui risquera le plus,
prendra plus fermement son risque.
George Bernanos

Le problème, c'est que si l'on ne prend pas de risque,
on risque encore davantage.
Erica Jong

Pour beaucoup, le théâtre contemporain et les arts en général ne peuvent se faire sans «risque,» sans qu'il n'y ait une perte potentielle, identifiée et quantifiable (Wikipédia) pour l'artiste. La création doit se faire sans filet, dans le doute, le questionnement, la torture intérieure... La valeur de la production contemporaine doit se mesurer à l'aune de ce «risque». Peut-être...

Je n'ai rien contre cette notion risquée... en autant qu'elle soit une amorce au travail de recherche/exploration... et non pas une fin en soit!

Mais comment doit-on se poser cette question épineuse du «risque»?

Voici, tirées du no.85-86 d'Alternatives Théâtrales (été 2005), quelques axes de réflexion interrogeant sur les enjeux de l'épreuve du risque... dont les plus intéressantes, à mon avis, concerne les questions 3 à 6:

1. La notion de risque vous semble-t-elle présente ou non sur les scènes [théâtrales contemporaines]?

2. Est-ce que la notion de risque occupe un rôle particulier dans votre pratique actuelle?

3. Est-ce que, pour vous, la prise de risque s'inscrit d'emblée dans l'élaboration et la production du spectacle?

4. En prenant des risques, quelle liberté prend-on? Par rapport à soi et son image? Par rapport au public? Par rapport à l'institution?

5. Par la prise de risque, que voulez-vous briser? Que voulez-vous atteindre?

6. Le renouvellement de la forme passe-t-il forcément par la prise de risque?

7. Le risque est-il un acte de rupture? Peut-il se pérenniser?

8. Est-ce que la prise de risque répond à une pulsion?

9. La prise de risque s'opère-t-elle de manière différente dans un art collectif?


vendredi 13 mars 2009

Image de contemporanéité


Le théâtre contemporain doit-il nécessairement être post-dramatique? Bon... quelques mots sur ce concept de Lehmann qui n'obtient pas l'unanimité:

Le théâtre post-dramatique, au lieu de représenter une histoire avec des personnages qui apparaissent et disparaissent en fonction de la psychologie de la narration, combine des styles disparates, fragmentaires. Il s'inscrit dans une dynamique de la transgression des genres.
(LEHMAN Hans Thuies, Le Théâtre Post-dramatique, L'arche, Paris, 2001)

Ce théâtre post-post-moderne en est un de présence, d'énergie, d'interdisciplinarité. C'est le règne de la recherche, de la performance sur scène... C'est, pour beaucoup, LE théâtre du XXIième siècle. Fi donc des textes (dits dramatiques) des conventions, des règles dramatiques, de la représentation telle qu'elle est codifiée depuis des millénaires.

Alors, le théâtre contemporain doit-il nécessairement être post-dramatique? Personnellement, je crois que non. Il peut encore (et mon dogmatisme ambiant me ferait dire «doit encore!») s'ancrer dans la théâtralité dramatique sans pour autant devenir archéologique! Le théâtre conventionnel - tout aussi performatif soit-il! - a encore un rôle à jouer et peut-être est-il, au fond, le véritable gardien de cet art éphémère...

Pourquoi notre langue est-elle celle «de Molière»


Je suis entrain de lire un livre (puisque je suis désormais membre de la Bibliothèque municipale de Chicoutimi... après 12 ans!) fort intéressant: Molière et le roi, l'affaire Tartuffe (ed. du Seuil, Paris, 2007) écrit sous forme de dialogues entre François Rey, moliériste intrépide (et aussi metteur en scène?) et Jean Lacouture, écrivain et biographe internationalement reconnu... selon la quatrième de couverture...

Dans le prologue, les deux hommes font un tour d'horizon de l'auteur dont le nom imagera la langue française, et s'arrête sur les raisons possibles de ce surnom qui a quasi relégué aux oubliettes Jean-Baptiste Poquelin...

[...] F.R.: Certains comédiens non nobles (car il y en avait aussi beaucoup d'autehntique noblesse) ajoutaient à leur patronyme bourgeaois un nom aux allures de fief qui leur servait de nom de scène. On trouve ainsi, parmi les fondateurs de l'Illustre-Théâtre, Joseph Béjart sieur de la Broderie, Germain Clérin sieur de Villabé et Georges Pinel dit La Couture. [...] D'autes sont plus célèbres: Bellerose, Montfleury, Montdory, Floridor, du Parc... Ce pourrait être le cas de «Molière», qui est le nom de beaucoup de villages ou lieux-dits situés à proximité d'une «carrière à pierre dure d'où on tire les meules de moulin» (nda: dictionnaire de Furetière, article
molière). Bien des hypothèses ont été émises pour expliquer le choix de ce pseudonyme, dont celle que je crois être la bonne, mais à laquelle peu d'historiens se sont arrêtés, par une étrange indifférence à la signification possible d'un tel choix.

En 1644, l'année même où le jeune Poquelin signe pour la première fois, semble-t-il, «De Molière», deux des principaux libraires de Paris mettent en vente une nouvelle édition (la quatrième édition depuis 1623) d'un roman-fleuve dans le goût de
L'Astrée, publié chaque fois sous le même titre: La Polyxène de Molière. On y trouve un prince Alceste, d'une jalousie morbide, un Philinte, un fleuve Oronte, et cette Polyxène à qui la «spirituelle» Magdelon des Précieuses ridicules empruntera son nom.

L'auteur, François de Molière, sieur d'Essertines, est mort vingt ans plus tôt exactement, assassiné à l'âge de vongt-quatre ans. Poète, romancier, traducteur, épistolier, son style, d'une grande beauté, est donné en modèle dans les recueils de lettres qui fleurissent à l'époque. [...] Dans ses
Mémoires posthumes, le père Garasse appelle Molière d'Essertines «un vrai diable incarné, tant il avançait de propositions contre la sacrée humanité de Jéss-Christ». Trente ans plus tard, un autre prêtre fanatique dénoncera dans l'auteur du Tartuffe «un démon vêtu de chair et habillé en homme». [...]

J.L.: Il est curieux que le jeune Poquelin, qui va se faire comédien de campagne, se mette à l'enseigne d'un romancier-essayiste plutôt que d'un homme de théâtre.

F.R.: C'est un des paradoxes du personnage, modèle de tous les comédiens français, que sa vie professionnelle ait été entièrement vouée au théâtre, alors que ses amitiés, ses attachements, ses goûts, ses intérêts intellectuels, pour ce qu'on en sait, le portaient vers les salons et les compagnies savantes, vers des poètes, des traducteurs, des philosophes, des médecins, des physiciens, des voyageurs...

Voilà... Si j'écris dans la langue «de Molière», je le dois, en quelques sortes, à un aujourd'hui obscur auteur du début du XVIIième siècle.

jeudi 12 mars 2009

Paresse intellectuelle


J'aime bien tout ce que Jules Renard écrit... C'est fait avec tant d'ironie, voire de cynisme! Il dépeint de façon brève et concise les travers humains... dont ceux des spectateurs:

L'amusant, au théâtre,

c'est de sortir aux entractes,
de saluer, de serrer des mains,
d'entendre des opinions
et de s'en faire une moyenne,
avec tous les extrêmes,
sans effort, sur la pièce.

Jules Renard
Extrait de son Journal 1893 - 1898

Euh


L'UQAC a produit - et cela peut se vérifier facilement sur le terrain (!) - une quantité remarquable de praticiens de la culture au cours des années passées. C'est un fait.

L'interdisciplinarité du BIA était une force reconnue et l'étudiant pouvait y cheminer, construisant une base disciplinaire relativement solide tout en l'enrichissant de pratiques autres. De plus, il lui était impensable de ne pas assister aux différents événements qui se passaient dans le milieu professionnel.

Où s'en va alors ce programme?

L'interdisciplinarité (qu'on pourrait qualifier plutôt de multidisciplinarité... pauvre, par ailleurs, devant l'affaiblissement du corpus disciplinaire) se mue plutôt en vaste laboratoire expérimental où les bases, le conventionnel, l'histoire en quelques sortes, n'ont plus de prises et disparaissent pour faire place à la recherche de la recherche. Bon. Peut-être est-ce un signe d'évolution... Tout change, après tout.

N'empêche que le problème majeur reste le même - dont j'ai déjà parlé ici: l'absence des étudiants lors des événements non académiques (obligatoires, devrais-je ajouter). Hors de l'UQAC, point de salut serait-on tenté de dire. Toujours trop peu de temps, trop de priorités. Ce qui se fait hors les murs ne cadre plus avec les intérêts de ces jeunes artistes qui sont pourtant la relève qui pointe. Le BIA (et ses professeurs!) ne sait plus faire (ou pire, ne fait tout simplement pas) le travail de conciliation entre les deux mondes... tâche qui lui incombait, à une époque... ou s'en fout tout simplement. Rendement oblige. Nous n'y avons plus accès...

D'une part, on chiâle que l'UQAC ne supporte pas ses créatures (si je puis m'exprimer de la sorte) et ne remplit pas sa tâche d'éduquer culturellement (alors qu'elle aurait tous les outils) les publics différents qu'elle renferme... D'autre part, elle ne réussit même plus - dans son propre programme artistique! - à former ce public qui devrait fondamentalement être déjà sensible...

Et dire qu'on se targue d'avoir un milieu bouillonnant et dynamique... Bon. D'accord. Peut-être. Mais il commence à y avoir sérieusement de l'eau dans le gaz. Lequel des deux mondes bougera le premier?


mercredi 11 mars 2009

To be or not to be


Eh bien... on aurait découvert une peinture représentant le vrai visage de Shakespeare... Cet auteur que d'aucuns croient être un mythe... et qui n'était que représenté posthumement... Cette toile aurait été peinte en 1610, soit six ans avant la mort du père d'Hamlet et de Roméo et Juliette, et dormait - si tant est qu'une toile puisse dormir! - dans une collection privée...

Pour d'autres renseignements, consultez les articles suivants:

Le vrai visage de Shakespeare dévoilé
(Euronews)
Le vrai visage de Shakespeare (RFI)
Le vrai visage de Shakespeare (NouvelObs)

La théâtralité


par Nicolas Evreinoff

«Un jour, qui fut vraiment un beau jour, je compris que sans l'élément théâtral honni par les positivistes du monde, nous risquions véritablement de perdre le goût de l'existence qui deviendrait sans cet épice un plat trop fade pour être avalé. Je compris la raison pour laquelle l'existence de l'homme est transformée, de sa naissance au tombeau; éducation, plaisirs, guerres, exercices de la justice, pompe de la religion, que sont-ce sinon des espèces de représentations? Il est peut-être suspect de considérer la vie à partir de cette théâtralisation, mais concevoir le théâtre à partir de cette conception de la vie n'est pas sans influencer profondément et pratiquement les rapports de la scène et de la réalité.»

La théâtralité est pré-esthétique et non pas esthétique, par la simple raison que la transformation, qui est l'essence de tout art théâtral, est plus primitive, plus facile à réaliser que la formation qui est l'essence des arts esthétiques. Et je crois qu'au commencement de l'histoire de la culture humaine, la théâtralité joua le rôle de pré-art.

Le théâtre, en tant qu'institution permanente, est issu de l'instinct de théâtralité, et non pas de la religion, de la chorégraphie, de l'esthétique, ou de tous les autres sentiments. Psychologiquement parlant, il n' y a qu'un pas de la mascarade de l'homme primitif dans sa vie quotidienne au théâtre dans le sens étroit et technique du mot. En vérité, n'est-il pas naturel que l'homme qui pare à la monotonie de son existence incolore par des spectacles, sous prétexte de mariage, mort, justice, etc..., les organise également sans autre prétexte que celui de prendre plaisir au spectacle lui-même?... D'ici découle l'institution d'acteurs professionnels.

Ce n'est pas le naturalisme, mais la qualité convaincante des choses vues sur scène qui donne naissance aux illusions théâtrales. Ce n'est donc pas le sujet lui-même qui doit être montré au théâtre, mais une image du sjet, non pas de l'action elle-même, mais la représentation de l'action...

Peut-être bien que le réel problème de la scène c'est de donner quelque chose d'aussi éloligné que possible de la vieille et maussade réalité. Mais ce quelque chose de non naturel doit être persuasif, plein de vérité, d'une nouvelle vérité triomphante qui n'a rien à voir avec ce que nous appelons vérité derrière un comptoir de pharmacie, dans une banque ou dans un cabinet d'avocat.

(In Histoire du théâtre russe)

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Je trouvais intéressant ce petit texte d'Evreinoff, auteur dramatique russe, acteur, théoricien et historien de théâtre (1879-1953). D'autant plus que depuis quelques jours, je travaille à l'articulation de mon sujet de recherche pour les études doctorales autour, en quelques sortes, de la théâtralité...

mardi 10 mars 2009

L'ORDRE DU MONDE [carnets]... conclusions

Photographie: Jessica B. Pinard

Semaine stimulante. Enivrante. Épuisante mais si pleine de constats, de réflexions, de questions... D'ailleurs, quelles sont les conclusions à tirer de ce projet?

Quelques mots sur le processus

À la base, il s'agissait de travailler de façon intensive - de mettre un texte nouveau à l'épreuve - avec une équipe interdisicplinaire pour faire de l'exploration, de la recherche sur le vide... ce vide qui sera si difficile par la suite à définir. Et qui peut-être aura aussi un peu faussé et la création, et le débat...

Si le travail intensif, un peu à l'instar du sprinter, permet un investissement total, concentré, de tous les participants... il réduit, en même temps, l'écart et obstrue, en quelques sortes, la prise de recul. Par ailleurs, s'il met de côté le doute, il laisse toutefois bien de la place pour les questionnements. Un positif teinté de négatif... ou vice-versa.

La courte période allouée pour la création est vite apparue insuffisante pour aborder la partie exploratoire (et de recherche) interdisciplinaire... Dans un cadre de «recherche de la recherche», ç'aurait été possible. Dans le cadre d'une recherche d'ordre scénique et textuelle, c'était impensable. Les heures qui passaient rapidement servaient tout juste à la mise en place du contexte de représentation (espace, direction d'acteur, analyse du texte, etc.). Pour en arriver à l'objectif premier, il nous aurait fallu ou bien se lancer directement dans le sujet ou bien d'avoir une seconde semaine pour justement tester, confronter, approfondir, remettre en cause cette mise en scène.

Définitivement, il s'agit (la résidence intensive) d'une formule vraiment intéressante qui demande peut-être un meilleur encadrement, une meilleure définition d'objectifs, mais qui vaut aussi la peine d'être développée (particulièrement le volet visiteurs en cours de création)...

Ce qui différencie le plus ce spectacle de mes productions antérieures (et qui pourrait modifier mes actions futures) serait la façon de travailler...

D'emblée, je fais généralement de la mise en place... de la chorégraphie.

Cette fois, vu le temps et la complexité du texte, j'ai dû faire de la mise en bouche - de la véritable direction d'acteur - pour une mise en scène qui ne répondait pas à une plastique mais plutôt à un état. Il faut dire aussi qu'une large place a été faite à l'aléatoire (dont le canevas de base du dimanche matin...) et à l'improvisation gestuelle. Continuerai-je dans cette direction? Je l'ignore... à voir au prochain rendez-vous...

Quelques mots sur le(s) texte(s)

Souvent, dans les commentaires, la question du lien entre les deux textes fut posée. Pourquoi les accoler l'un à l'autre? De prime abord, il s'agit bel et bien de deux textes différents qui sont séparés et autonomes sur le papier. En tant qu'auteur, j'ai toujours soutenu et cru au fait que chacun parlait, sur un mode différent et avec d'autres exemples, d'un même malaise identitaire... d'une même impression de désenchantement. Sans plus. Peut-être la mise en scène n'a pas permis de relever les similitudes ou de créer une entité, d'accord. Peut-être aurait-ce dû être plus réfléchi.

Je le redis aussi après l'avoir mentionné tout au cours de la semaine, ce n'est pas non plus un texte facile, ni dans le propos, ni dans la forme... Juste pour travailler convenablement la seconde partie monologale (qui dure au moins 30 minutes!), j'aurais pu réserver toute la semaine.

Enfin, le texte n'a pas non plus de message (du moins, pas conscient). Il ne s'agissait pas d'une pièce à thèse et n'a jamais eu aucune prétention d'être une démonstration sociale. C'était un état d'être, une réflexion personnelle, en quelques sortes...

Quelques mots sur le vide

Vide? Désenchantement? Doute? Incommunicabilité? Outre d'être un leitmotiv littéraire, comment s'incrit-il dans la création? En quoi participe-t-il à la réception du spectateur? Comment le définir? Telles sont les multiples questions qui nous ont été posées.

La réponse - pour nous la plus convaincante - réside dans une discussion, le dimanche matin, sur la force du vide: si on prend un vide, qu'on l'enferme, qu'on le compresse, il en résulte une force physique qui tente alors de s'échapper, de s'étendre... Il s'agissait alors pour nous d'atteindre à cette force en tentant de cerner une présence vide, de la contraindre et de la développer (toujours à partir du vide existentiel) pour qu'elle devienne le moteur du jeu. Peut-être, finalement, fût-ce trop ésotérico-théâtral...

Quelques mots sur l'équipe

Ce fut la plus belle réussite de cette résidence que la réunion de cette équipe (tant les comédiens que les concepteurs).

Peut-être a-t-on été heurté de voir cette équipe d'acteurs qui semble n'avoir rien de théâtrale... Eh bien, dommage. Mon choix répondait pourtant à deux objectifs: d'abord faire appel à de nouvelles têtes pour remplir la mission fondamentale du 100 Masques que de permettre des expériences à des gens de la relève... et ensuite, je souhaitais donner leur chance à des gens qui, sans avoir de pratique constante, ont malgré tout un cheminement dramatique consistant et des antécédents, si je puis m'exprimer ainsi, qui leur donne toute légitimité de travailler dans un contexte professionnel.

Il relevait aussi d'un choix conscient que de faire appel à deux conceptrices (Marilyne Renaud et Jessyka Maltais-Jean) qui auraient à mettre à l'avant plan non pas un talent technique mais une sensibilité, un sens créateur différent du mien...

Quelques mots sur la réception

En soit, l'intérêt était généralement marqué plus pour le processus que pour le résultat... quoique celui-ci permit plusieurs discussions, plusieurs interprétations... de la violence conjugale crue à l'incommunicabilité homme-femme; de la désillusion théâtrale au désenchantement socio-historique de la société post-moderne; de

La lourdeur du texte, la mise en espace du public, l'hypnose conjuguée de la goutte d'eau tombant du plafond et du ton lancinant du monologue contribuait à la rébarbativité ressentie par plusieurs. Paradoxalement, ce sont les mêmes ingrédients qui ont fascinés d'autres spectateurs...

Une petite note en terminant: il ne s'agissait pas d'un work in progress mais bien d'une véritable production... avis à tout ceux qui ont eu l'impression d'assister à un atelier...

Quelques mots sur le risque

On a questionné la notion de risque dans ce projet... pour être plus précis, on a regretté son absence... Mais qu'est-ce que le risque? En soit, n'était-ce pas un risque que ce projet?

Je crois, pour ma part, que le risque dans ce type de travail relève de la performativité, de l'acteur-performer... Il a sa place, oui, à un certain niveau... Mais se conjugue mal avec une recherche d'ordre théâtrale, d'ordre sémiologique, conventionnelle qui le vaut tout aussi bien, n'en déplaise aux tenants du postdramatique...

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Si vous avez d'autres questions, des commentaires, des suggestions, vous pouvez les laisser ici.

Fin du projet.