vendredi 13 juin 2014

«La Paix chez soi et autres bêtises humaines»... [Carnet de mise en scène]


Nous entrons dans le dernier droit de cette production alors que nous ferons, demain, notre entrée en salle pour les derniers filages de même que pour le montage des décors et des éclairages.

Hier après-midi, nous avons fait un enchaînement (de ce spectacle qui devrait vraisemblablement durer 1h40) assez satisfaisant dans l'ensemble... mais qui cible un point - une possible faille! - sur lequel il faudra bien se pencher dans les dernières semaines...

Dans cette production, je ne cherche pas, avec les acteurs, à atteindre un réalisme certain mais bien à créer un certain réalisme qu'on pourrait simplement appeler cohérence scénique, établir, pour chaque piécette, des systèmes de codes et de conventions qui deviennent les clés de voûte de chacun de ces univers. Des codes et conventions réfléchis avec un but précis: développer l'efficacité de chacune de ces saynètes.

Il s'agit donc d'élaboration d'un plan physique (rapport à l'objet, rapport à l'autre, rapport à l'espace) et d'un plan rythmique (dynamiques, mouvements, cadences, ruptures de tons) où l'intérêt dramatique passe presque exclusivement par le corps de l'interprète. Un peu plus et ça devrait être de la danse. 

Ce principe (tout mécanique soit-il!) n'exclut évidemment pas la psychologie du personnage... Il ne fait que l'aborder d'un autre angle: celui de l'image, de la forme. Le personnage peut-il faire ce geste, ce déplacement? Est-ce en accord avec sa construction? 

C'est là que la cohérence (qui vaut tant pour la mise en scène que pour le comédien) joue son rôle. Elle permet de développer tout le potentiel du personnage, de l'enrichir et, du coup, de donner du sens, de la force, de l'émotion esthétique, à ces partitions qui risquent, dans le cas contraire, de sombrer dans une plate artificialité.

Dans ce type de théâtralité, donc, il faut se méfier (voire se protéger!) du naturel, du quotidien, du normal. Il s'agit d'un jeu montré. D'un jeu assumé. D'un jeu porté par des acteurs dont le maître mot est le plaisir. Plaisir de faire rire. Plaisir d'être sur scène. Plaisir du théâtre.

Pourtant, la rigueur doit être de mise, tant dans la préparation (réchauffements, concentration, bonnes italiennes efficaces, révisions) que dans l'exécution (contrôle, maîtrise, précision).

mercredi 11 juin 2014

Vers le quatrième «Forum sur le théâtre au SLSJ»


C'est vendredi, le 20 juin 2014, que se tiendra, à la Salle Pierrette-Gaudreault (Jonquière), le quatrième Forum sur le théâtre au Saguenay-Lac-Saint-Jean qui vise à réunir le milieu théâtral d'ici - auteurs, metteurs en scènes, comédiens, concepteurs, enseignants, étudiants, directeurs et compagnies - pour discuter de notre avenir et prendre des actions pour poursuivre notre développement.

En avant-midi, il y aura la mise à jour des différents comités mis en place pour mener à bien divers projets de concertation. Ce sera également l'occasion de cibler de nouvelles actions à prendre, d'orienter le travail pour l'année à venir (en fait, pour les prochaines années serait plus juste!).

En après-midi, nous recevrons des gens du CALQ pour échanger avec eux sur leurs programmes et sur nos réalités. Des échanges qui promettent d'être intéressants! Il y aura, par la suite, tentative de positionnement du milieu sur différents sujets qui seront menés de mains de maître par Isabel Brochu. 

Voilà. Un événement qui a toujours son importance et dont l'efficacité et la valeur dépendent proportionnellement de l'implication de chacun de nous. Plus nous sommes nombreux à nous y faire entendre et le plus ces forums peuvent porter de bons fruits. 

Dans les prochains jours, chaque personne recevra un petit document de réflexion et l'horaire détaillé de la journée (10h à 16h). D'ici là, il faut cependant s'inscrire (avec un léger coût, 10$, pour payer le dîner) auprès du CRC, en téléphonant à Véronique Villeneuve au 418-543-5941 poste 233 ou par courriel. 

samedi 7 juin 2014

Cet été, au théâtre...


Voici, ce matin, en quelques lignes, un petit tour d'horizon des différentes productions estivales qui prendront l'affiche au SLSJ au cours des prochains mois d'été... qu'il fasse chaud (les salles sont, pour la plupart, climatisées!) ou qu'il fasse froid et pluvieux (ces mêmes salles ont aussi un système de chauffage!). 

Cet été estival débute le 21 juin par la tenue du 4ième Forum sur le théâtre au Saguenay-Lac-Saint-Jean qui réunit, généralement, une bonne partie du milieu théâtral de la région. Au cours de cet événement, il y aura mise à jour des différents comités mis en place de même de même que réflexions (notamment par la rencontre avec des gens du CALQ) et établissement de nouveaux moyens de concertation. Plus il y a de monde lors de cette rencontre et le plus les actions sont fortes et efficaces. 

Maintenant, au chapitre des spectacles...

La saison débute à Saint-Fulgence, du 26 juin au 15 août (les jeudis et vendredis) avec une curiosité théâtrale alors que Jimmy Doucet (qui présente d'autres spectacles dans la région dont les détails se retrouvent ici) a littéralement fait couper une maison en deux pour donner une production au titre équivoque: La maison coupée en deux... Un spectacle plein air dans lequel vous pourrez suivre les personnages vivant des situations amusantes d'un étage à l'autre

La saison débute à Alma, à la Dam-en-Terre, qui présente (c'est d'ailleurs le 25ième anniveraire de ce théâtre d'été!), du 27 juin au 23 août (du mardi au samedi), Poisson d'avril, un texte de Guylaine Tremblay et Simon Fortin mis en scène par Renaud Paradis. Mona, une hygiéniste dentaire, entretient une correspondance avec une Française, Julianne, depuis la fin de son cours secondaire sans l’avoir rencontrée. Au fil des ans, la distance et la volonté de s’inventer « une vie par lettre » qui serait plus attrayante que la réalité a amené Mona à n’écrire qu’un tissu de mensonges, qu’un paquet d’inventions. Un haut standard de vie, un mari, des serviteurs, une carrière prestigieuse, bref, une vie de rêve. Et tout cela demeurait sans conséquence puisque son amie française était à des milliers de kilomètres. Cependant, Julianne qui ne s’était pas gênée pour embellir ellemême sa réalité, annonce qu’elle débarque chez sa cousine du Québec pour célébrer le cinquième anniversaire du supposé mariage de Mona. Et voilà, Mona doit tout mettre en branle pour être à la hauteur de ses menteries! Question de nous faire passer une soirée des plus divertissantes, la visite qui devait durer une semaine en deviendra deux, puis trois jusqu’à…surprise, surprise! (Pour plus de détails...)

Du 2 au 25 juillet (du mercredi au vendredi), le Théâtre 100 Masques présente La Paix chez soi et autres bêtises humaines, un spectacle qui, sous ma mise en scène, réunit onze textes de Courteline. Pourfendant l'absurdité humaine sous toutes ses formes en mettant en lumière ses pires défauts - la naïveté, la paresse, la frivolité, l'avarice, la jalousie, l'ignorance, la soumission, etc. - cette production tendra aux spectateurs sous le couvert de la comédie et du divertissement, un miroir tout aussi décapant qu'ironique. (Pour plus de détails...)

Du 2 juillet au 2 août (du mercredi au samedi), le Collectif À Tour d'Rôle présente, pour une sixième année, son cabaret burlesque estival. Cette année, avec le Cabaret À Tour d'Rôle - Les meilleurs mômans qui rassemble, le temps d'une soirée, un éventail des numéros les plus appréciés des cinq premières éditions.(Pour plus de détails...)

Du 8 juillet au 27 août (les mardis et mercredis) le théâtre d'été de la Pulperie de Chicoutimi présente Ce soir on passe à la télé, texte et mise en scène de Jimmy Doucet. Le nouveau talk-show préféré des québécois est à la Pulperie de Chicoutimi pour tout l'été. Venez assister au tournage du show de télé dont tout le monde parle! Vivez l'ascension fulgurante de Joël Sansoucy, un animateur de foule méconnu jusqu'à aujourd'hui, qui atteint des records de cotes d'écoute depuis son arrivée à la barre de l'émission chouchou des téléspectateurs de partout dans la province. Venez passer une soirée complètement folle avec au menu : artistes invités, recettes surprenantes, prestations spectaculaires, reportages en direct et bien plus encore! (Pour plus de détails...)

Pour une 26ième année, il y aura présentation de La Fabuleuse histoire d'un Royaume, du 10 juillet au 23 août. Une immense fresque historique relatant l’histoire du Québec à travers les principaux événements survenus au Saguenay-Lac-St-Jean. Découvrez la vie des Amérindiens sur les rives du grand fleuve et leurs rencontres avec des personnages aussi célèbres que Jacques Cartier et Champlain. Faites un clin d’œil à la cour de François 1er ou traversez le temps à travers les coups de canons et la bataille des plaines d’Abraham. Dès l’arrivée des 21, (premiers pionniers dans la région) participez à la naissance de la vie rurale au Québec avec ses colons, bûcherons, des notables aussi. Laissez-vous emporter par le tourbillon des saisons avec des scènes de la vie quotidienne, un réveillon, un grand feu. Et l’histoire se poursuit, une fête régionale, une noce, un déluge. Une finale grandiose tournée vers l’avenir. (Pour plus de détails...

Les 19 et 20 juillet, dans le cadre de la Traversée, le Théâtre Mic Mac (fidèle à son habitude) reçoit la Compagnie Glissandi et son cabaret clownesque Las Locas, un spectacle outre-mer. À la mort de leur bienfaiteur vénéré, deux soeurs se retrouvent seules, cloîtrées dans une maison. Pepa la despotique et Margui la rêveuse vont devoir y cohabiter malgré leurs différences. Claquemurées, le tic tac de l'horloge et les tâches quotidiennes rythment leurs journées... mais comment contrer et briser la monotonie du quotidien? Le meilleur moyen : réinventer le monde et faire le sien. Las locas colorent, ébouriffent les habitudes, chamboulent et mettent sens-dessus-dessous la maison en la transformant en un univers onirique et absurde. (Pour plus de détails...)


La saison estivale prendra fin, selon toute vraisemblance, avec la présentation de l'un des grands spectacles des Clowns Noirs. Lequel? L'histoire nous le dira! (Pour plus de détails...)


Enfin... sur Facebook, il y a quelques heures, Benoît Arcand (fils - récemment diplômé de l'École Nationale de Théâtre - de Gervais Arcand - reçu ce soir dans l'Ordre du Bleuet), une photographie de l'équipe (dont fait partie Jérémie Desbiens - diplômé l'an dernier de l'ENT) qui fera, semble-t-il, un théâtre d'été à Roberval... Je n'en sais guère plus...

Voilà qui fait un tour rapide de ce qui s'en vient... Peut-être oublie-je quelques trucs... en quel cas, il est possible de me le faire savoir ou via les commentaires ou par courriel!

mercredi 4 juin 2014

Le théâtre selon Ostermeier


J'aime bien la philosophie théâtrale de Thomas Ostermeier, metteur en scène allemand... une philosophie qui me parle! Elle est rapportée ici par Sylvie Chalaye dans l'introduction d'un entretien qu'elle a eu avec lui (publié dans la collection Mettre en scène chez Acte Sud-Papiers en 2006):

Homme de contact et de rencontres, Thomas Ostermeier est très attentif aux acteurs, il se passionne même pour ce qu'il définit comme «le mystère» du jeu. Mettre en scène, pour lui, c'est accompagner les acteurs sur un chemin et construire avec eux un itinéraire physique et émotionnel. Sa conception du théâtre met le corps et l'acteur au centre de ses préoccupations avant tout très dynamiques, voire cinétiques. La corporéité de l'acteur et ce qu'il déploie dans l'espace est essentiel. C'est pourquoi, après avoir inscrit cette dynamique dans une matérialité spatiale et sociale très précise, il travaille en priorité sur le déplacement des corps. Le choix de l'espace est déterminant, il structure le sens de la mise en scène et la poétique qu'il construit autour du texte. [...] Un autre aspect de son travail porte sur l'ambiance sonore et les prolongements acoustiques des rencontres de l'acteur avec l'espace. L'action doit se voir et s'entendre; le théâtre s'adresse à tous les sens pour Ostermeier et doit même atteindre une vraie densité de sollicitations sensorielles.

jeudi 29 mai 2014

Du cran!


Parmi les grands monstres du théâtre français du XIXième siècle, il y a Marie Dorval, égérie du drame romantique! Parmi toutes les anecdotes sur son compte, il y en a une qui me plaît bien et qui montre bien le caractère de cette femme qui ne s'en laissait pas imposer:

On sait que le dénouement d'«Antony» [d'Alexandre Dumas, création le 3 mai 1831], très inattendu pour qui ne connait point la pièce, se résume en six mots sans lesquels ce drame n'offre plus q'une banale intrigue d'adultère saupoudrée d'un vulgaire assassinat. La porte est enfoncée par le baron d'Hervey, au moment où Adèle, poignardée par Antony, tombe sur un sofa. «Morte!», brame le baron. «Oui, morte» répond durement Antony, «elle me résistait, je l'ai assassinée!». Et il jette son poignard sanglant aux pieds du mari. L'effet était immanquable. Cette réplique était escomptée, guettée, traquée par tout un chacun.

Deux ou trois ans plus tard, «Antony» était devenu le morceau de résistance, la pièce montée de toutes les représentations à bénéfice: avec elle, c'était le pain béni, la recette assurée! Un jour qu'on la donnait au Palais-Royal, le malheur voulut que le régisseur de ce théâtre fit tomber, par mégarde, le rideau sur le coup de poignard, avant que Boccage eût lancer sa fameuse réplique. Et le public, qui n'était venu que pour cela, se fâcha tout rouge!

Le coupable, alarmé des suites de cette gaffe, supplia les artistes de permettre qu'on relevât la toile afin qu'ils puissent reprendre la scène si malencontreusement interrompue par sa faute.

Dorval, toujours bonne fille, ne demandait pas mieux. Elle reprit sur son sofa sa pose de colombe poignardée et l'on courut chercher Boccage. Mais ce dernier était remonté dans sa loge, furieux qu'on lui eût coupé son effet, et se démaquillait rageusement. Il envoya promener tout le monde.

Le public menaçait de tout casser. On releva le rideau dans le vain espoir de forcer la main au mauvais coucheur. Un silence de mort se fit. Voyant que Boccage ne revenait pas, le public se remit à crier, à siffler, à l'appeler de plus belle. L'infortuné régisseur s'arrachait les cheveux...

Et pendant ce temps-là, Dorval attendait toujours, les bras pendants, les jambes molles, la tête renversée en arrière. Le tumulte grandissait. Il fallait dire quelque chose. Mais quoi?

C'est alors qu'elle eut une inspiration du ciel.

Elle se redressa lentement. Le vacarme cessa comme par enchantement. On se demandait ce qu'elle allait dire. Alors elle se leva, s'approcha du trou du souffleur et jeta de sa douce voix un peu traînante: «Je lui résistais. Il m'a assassinée. C'est tout.»

C'était à la fois si imprévu, si drôle et dit de façon si charmante, que toute la salle fut secouée d'un grand rire. La situation était sauvée et les spectateurs se retirèrent enchantés. Ils l'avaient eu, leur dénouement. 

mardi 27 mai 2014

«La Paix chez soi et autres bêtises humaines»... [Carnet de mise en scène]

Je refais un détour par les dossiers de demandes de subventions préparés l'été dernier... pour constater, finalement - maintenant que nous avons un spectacle entre les mains - que je ne me suis pas trop éloigné de cette définition de projet:

Comme quinzième production estivale, le Théâtre 100 Masques propose une incursion dans une dramaturgie incisive, efficace et fichtrement amusante : celle de Georges Moineau dit Courteline!

Voici donc une plongée dans la plus pure tradition du théâtre de boulevard français du début du XXième siècle! L’œuvre de Courteline (comme celle de ses prédecesseurs, Labiche et Feydeau) y fait figure de perfection par le ton et sa mécanique : bien que brèves, ses scènes croquent la vie comme peu d’auteurs le feront. 

Composé d’un assemblage d’au moins sept courtes pièces en un acte pourfendant la bêtise humaine sous toutes ses formes en mettant en lumière ses pires défauts - la naïveté, la paresse, la frivolité, l’avarice, la jalousie, l’ignorance, la soumission, etc. -, cette production tendra aux spectateurs, sous le couvert de la comédie et du divertissement, un miroir tout aussi décapant qu’ironique. 

Au fond, il s’agit là d’un spectacle à sketchs construit principalement sur le rythme et sur la capacité des interprètes à changer rapidement de personnages. Le jeu sera très physique, quasi acrobatique. La théâtralité sera, encore une fois, axée sur la simplicité de la scène et le caractère essentiel des éléments de décors qui y reposeront.

On pourrait dire que ça ressemble à ça!

Pour terminer, voici quelques pensées de Courteline, dites par Guitry!

samedi 24 mai 2014

Comment se trouver une place dans une salle bondée!

Situation de départ. 

Un spectacle joue. Il reçoit de bonnes (et nombreuses!) critiques. Le public est plus qu'au rendez-vous: les représentations se jouent à guichets fermés... Impossible de trouver une place. 

Comme toujours, il y a un spectateur (souvent du milieu même... qui attend souvent à la dernière minute pour  se déplacer!) qui omet de faire une réservation. Malheur à lui. Il ne verra pas ce chef-d'oeuvre. À moins que...

Voici - grâce à Google Books - une solution tirée de Théorie de l'art du comédien - manuel théâtral publié en 1826 par Abraham Bernier:


Avis donc à tous... Si, au cours d'une représentation, vous entendez : «Il y a le feu à la maison de M. Tremblay», cramponnez-vous à votre siège, laissez brûler et jouissez du spectacle!

jeudi 22 mai 2014

Du théâtre comme d'un plancher...


Je l'ai déjà dit sur ce blogue et je le redis ce matin: l'un des bouquins (relativement récent puisqu'il date de 1991) les plus intéressants que je connaisse sur le théâtre est celui de Daniel Mesguish, L'éternel éphémère... Un bouquin que je placerais un peu dans la même lignée que le Comme un roman de Daniel Pennac. Un bouquin qui entre, avec style et simplicité (preque en aphorismes!), au coeur même de la pratique sans pour autant se faire hermétique ou didactique...

Voici une petite citation:

Si de deux lattes du plancher d'un théâtre, 
lorsqu'elles sont disjointes, 
on peut dire qu'elles jouent, 
qu'il y a du jeu entre elles, 
on dit aussi que c'est parce que le bois en a «travaillé»: 
ce jeu est aussi un travail...

C'est beau, non?

C'est aussi lui qui a dit - je le cite de mémoire - que le personnage était le nom donné à l'éloignement... Des heures de méditations garanties!

mardi 20 mai 2014

«La Paix chez soi et autres bêtises humaines»... [Carnet de mise en scène]


Voici l'affiche de la quinzième production estivale du Théâtre 100 Masques, réalisée par Patrick Simard qui y joue aussi plusieurs rôles.


lundi 19 mai 2014

Les Têtes Heureuses présentent...

Après une pause de près de trois ans (la dernière production, L'Hôtel du Libre-Échange de Feydeau date en effet de 2011... et depuis, il n'y a eu que la tenue d'un cabaret, en 2012, pour souligner leur trentième anniversaire), les Têtes Heureuses présentent un projet ambitieux (en cliquant sur l'image, j'imagine qu'il est possible de l'agrandir pour une lecture optimale):


dimanche 18 mai 2014

Notre accent... vu par Sacha Guitry


Sacha Guitry - incarnation du bel esprit français de la première moitié du XXième siècle - a fait un (voire quelques!) passage théâtral (plus ou moins remarqué) au Québec en 1927 en compagne de son épouse, elle aussi comédienne, Yvonne Printemps (les deux sont sur la photo qui illustre ce billet). 

Alors qu'on le sollicitait pour qu'il fasse un discours sur le théâtre, il a plutôt choisi de parler de notre accent:

J'ai cru comprendre que l'on vous accusait de n'avoir pas l'accent français. Cela n'a pas de sens puisque vous avez précisément l'un des accents français. Ne cherchez donc pas trop à le perdre, cet accent, puisqu'il est le témoignage émouvant pour nous de votre provenance française.

Or, un accent n'est pas un défaut, ce n'est même pas une étrangeté, c'est la caractéristique d'une province au même titre que la couleur des yeux ou la forme du visage. Encore une fois, nous prétendons, nous Parisiens, que nous n'avons pas d'accent, mais les Marseillais, par exemple, ne partagent pas cette opinion. Ils trouvent eux, qu'ils n'ont pas d'accent, et ils disent que c'est nous qui en avons. C'est possible, après tout!

Eh bien! La langue que vous parlez ressemble un peu à un costume. Votre langage porte une coiffe linon, une belle jupe de soie, des jupons de laine et un fichu de dentelle - si vous lui mettez un chapeau à plume et que vous lui laissiez le jupon de laine, vous déparez son costume, que vous lui retirez son cachet, son charme et vous lui donnez un air de mode, - il ne le faut pas, à mon avis.

Je tiens à vous dire que je ne me serais pas permis de vous donner ainsi mon opinion sur vous, si l'on ne m'avait pas demandé de le faire. Puisque j'ai commencé, ma foi! je continue et vais vous dire quel est pour vous mon rêve.

Je voudrais voir se créer chez vous une littérature canadienne, un théâtre canadien. Je voudrais qu'un jour l'un de vos romanciers obtiennent le Prix Goncourt! Je voudrais que l'un d'entre vous porte à la scène l'âme canadienne. Je voudrais que vous donniez cette leçon à ceux qui vous discutent, à ceux qui vous combattent. Je voudrais vous voir adopter cette idée que le théâtre doit jouer un rôle dans votre évolution. Ne vous contentez pas d'accueillir les pièces des autres - permettez à ceux d'entre vous qui pensent d'exprimer leurs idées, franchement, honnêtement, durement; lutter contre l'hypocrisie.

J'aime bien cet auteur-acteur-réalisateur... Qui malgré son arrogance naturelle et sa légèreté a toujours cultivé un profond humanisme (un peu moralisateur... mais bon... l'époque s'y prêtait).


vendredi 16 mai 2014

De la critique... au début du XXième siècle!

Le critique d'art par Honoré Daumier

De retour ce matin, à l'un de mes sujets de prédilection: la critique... ou plutôt, ce que j'espère d'une critique saine et efficace! Il y a, sur ce blogue, d'innombrables billets sur le sujet (qu'il est possible de lire en rafale en suivant ce lien), de la critique de la critique à la vision de différents auteurs, des coups de gueules aux grandes aspirations. 

Bref, tout un tas de réflexions... qui, manifestement, auraient pu aussi être écrites au début du XXième siècle si je me fie à ce passage tiré de 350 ans de théâtre au Canada-Français par Jean Béraud et qui est le fait d'un journaliste exaspéré qui, en 1904!, remet en question la façon la critique de l'époque:

Prière de lire attentivement: attention! Une des causes qui ont paralysé la marche ascendante de l'art chez nous, ça été une critique la plupart du temps peu sérieuse et indifférente ou bien outrageusement complaisante. Artistes et amateurs, tous ont été gâtés et sont devenus tellement chatouilleux, que le moindre conseil, la moindre remarque, a pris les proportions d'un reproche grave, - disons le mot: d'un tombage en règle - et qu'on est venu faire des scènes épouvantables au malheureux journaliste qui avait pourtant choisi ses gants les plus blancs pour dire ce qu'il pensait. En certains cas on a même demandé sa tête a la direction du journal. Une réaction s'impose depuis longtemps, et nous allons y aller bravement, sans plus hésiter. La critique a droit de cité où qu'elle se trouve, pourvu qu'elle soit juste et sans parti pris; c'est elle qui fait les artistes et non les artistes qui la font. Qu'on s'en souvienne une fois pour toutes.

Dommage que Béraud ne donne ni le nom de cet auteur... ni son journal. Mais une chose est sûre: plus ça change, plus c'est pareil! Et ces récriminations valent toujours aujourd'hui, 110 ans plus tard!