samedi 9 août 2014

Théâtre élisabéthain versus théâtre français


Théâtre élisabéthain, par A. Degaine, 1992


Théâtre français, par A. Degaine, 1992

Le théâtre élisabéthain, ayant rejeté les apparences brillantes et les ornements, sut ordonner la force architecturale et les admirables possibilités plastiques que le Moyen-Âge n'avait pu dégager du foisonnement de toute sa richesse d'expression. Le théâtre en France, lorsqu'il voudra à son tour, s'épurer, s'apercevra que, derrière ses toiles peintes, toute architecture a disparu: il ne subsiste qu'un cube vide. Pourtant, alors que la scène élisabéthaine après avoir brillé d'un éclat sans pareil, s'éteindra bientôt, le dispositif classique subsistera jusqu'à nos jours.

Je trouve bien intéressante cette distinction entre les deux types d'architecture: l'une, toute simple, s'inscrivant en harmonie avec le lieu qui soutient la pièce et l'autre qui tente de faire oublier les alentours pour créer un monde fermé sur la scène. Elle vient de Pierre Sonrel, dans son Traité de scénographie

Aujourd'hui, nous cherchons souvent et l'une, et l'autre.

vendredi 8 août 2014

D'un orchestre comme d'un choeur


J'ai assisté au concert de l'Orchestre de la Francophonie, mardi dernier, au Théâtre Banque Nationale, qui présentait Le Boléro de Maurice Ravel sous la direction de Jacques Clément; Le Concerto pour piano et orchestre no 5 en fa majeur, Op. 103 de Camille Saint-Saëns (avec Louis Lortie) et La Symphonie no 6 en si mineur, op. 74 de Piotr Ilitch Tchaïkovski... ces deux dernières oeuvres sous la baguette énergique de Jean-Philippe Tremblay.

Un concert fabuleux du point de vue de la forme...

Pour moi, un orchestre est la quintessence du choeur, l'illustration la plus convaincante de la synergie qu'un groupe doit atteindre pour un résultat unique et puissant! Une rigueur dans l'exécution. Une nécessaire précision. Et surtout, une écoute! Une écoute manifeste, dirigée vers un unique centre (le chef). Une machine incroyable! Une machine scénique dotée de l'essentiel: une explosion organique et terriblement sensuelle, un souffle, une respiration,... bref une vie. 

lundi 4 août 2014

Du premier ouvrage sur la mise en scène

L'un des premiers ouvrages sur la mise en scène (métier théâtral somme toute assez jeune puisqu'il ne date que de la fin du XIXième siècle dans son acception moderne) est le fait d'un Français, Louis Becq de Fouquières qui publia, en 1884, L'Art de la Mise en scène - essai d'esthétique théâtrale... dont voici quelques extraits intéressants (il est toujours bon de revenir aux sources de la chose!)...

... sur les conséquences des abus de la mise en scène:


... sur l'évolution d'un spectacle pendant les représentations (point auquel je crois)...


... sur la figuration (point de vue que je partage)...

dimanche 3 août 2014

Une soirée au cabaret


Le Collectif À tour d'rôle - Guylaine Rivard, Maud Côté, Vicky Côté et Michel Otis - a donné, hier soir, au Côté-Cour de Jonquière, la dernière représentation de son sixième cabaret réunissant, sous le titre Les meilleurs mômans, les numéros les plus marquants des cinq éditions précédentes. 

C'est donc dire que les quelques 21 sketchs burlesques présentés ont déjà fait leur preuve, procurant un terrain de jeu stimulant pour les quatre artistes qui y déploient énergie et rigueur à un rythme effréné pour amuser le public qui ne demande pas mieux. Les rires fusent. 

Solos de musique. Chants. Comique de situation. Comique de mots. Mime. Chorégraphie. Comme dans tout bon cabaret (au sens général de variétés), les genres sont multiples. Pourtant, un lien fort les unis: le jeu physique. Celui-ci y fait figure de véritable vedette (prenant le pas sur une esthétique somme toute assez simple) alors que se succèdent sur la scène de nombreux personnages, tous plus loufoques les uns que les autres, qui ont ceci de commun: la transformation du corps de l'interprète qui par un jeu de perruque, de costume, de prothèse... qui par un éventail  de postures, de grimaces. Les comédiennes démontrent là une forte capacité d'imagination et de créativité qui réussit facilement à faire oublier l'impression de déjà-vu qui peut submerger quiconque à vu les spectacles des autres années. Les rires fusent.

Car une édition compilation comme celle de cette année (la dernière puisque l'an prochain, le collectif choisit de prendre une pause le temps de peut-être repenser la formule), pose nécessairement le plaisir et la virtuosité en lieu et place de la nouveauté et de la découverte, l'approfondissement de numéros existants en lieu et place de la construction de matériel inédit. Et manifestement, ça plaît: le spectateur aime s'y retrouver en compagnie de ses attachantes figures telles les prostituées massacrant tous les contes enfantins, le boxeur au langage plus sonore que discursif, Rosaire et sa quête d'amour. Encore une fois, les rire fusent et seront présents tout au long de la soirée. 

Maintenant les vacances pour cette équipe polyvalente!


vendredi 1 août 2014

Un été en dents de scie


La production estivale 2014 du Théâtre 100 Masques (La Paix chez soi et autres bêtises humaines) a - on peut dire ça comme ça - été marquée, tout au long des représentations, par l'inconstance du public: des salles pleines (mais avec une bien petite jauge...) et des salles faméliques (même en fin de parcours). 

En tout, ce sont 451 spectateurs qui ont pris place dans la salle Murdock, soit une moyenne (et c'est bien une moyenne!) de 38 personnes par soir (il y en a eu 12). 

C'est bien peu. 

C'est bien peu compte-tenu de la qualité (bon, je ne suis pas très crédible et encore moins objectif) du produit et des comédiens.  C'est bien peu compte-tenu du prix dérisoire (20$ et 15$) demandé. C'est bien peu compte-tenu du fait que la compagnie a quand même 15 ans d'existence... dont 14 ans de théâtre d'été au même endroit.

Pourquoi, alors, de tels résultats?

Il est certain que Courteline n'a pas la même force d'attraction que Molière... mais quand même! Le répertoire n'aurait peut-être plus sa place? J'en doute fort. Il faut ajouter à cela que le Théâtre 100 Masques, malgré une couverture médiatique somme toute satisfaisante, manque de publicité (et de moyens pour soutenir une vraie campagne promotionnelle... d'autant plus qu'une telle campagne ne repose que sur le dos de la compagnie puisqu'aucun autre partenaire ne participe aux projet). Conjuguée à un mois de juillet fantastique et à une offre culturelle foisonnante (sans parler des Fêtes Nationales, du Festival des Vins, du Festival de la Bière et des Rythmes du monde qui ont emplis chaque cycle de représentations), il va sans dire qu'il est de plus en plus difficile de tirer son épingle du jeu. 

Il faut donc bien réfléchir à la question et explorer de nouvelles voies si la compagnie souhaite poursuivre avec cette activité.

jeudi 31 juillet 2014

Nouvelles acquisitions!

Quoi de plus reposant que de farfouiller dans les rayons virtuels de la Librairie Théâtrale (sise à Paris) et de faire des commandes (via les Bouquistes!), bien installé sur le sofa? Oh. Sans doute beaucoup d'autres choses... mais bon.

Au cours des prochaines semaines, donc, ma bibliothèque sera augmentée de deux nouveaux bouquins...


... d'abord un essai paru en 1999 d'Anatoli Vassiliev, metteur en scène russe contemporain que je ne connais pas beaucoup...



... puis un ouvrage encyclopédique, Le Grand livre du théâtre (une brique de 550 pages) qui vient tout juste de paraître, en juin dernier et qui propose un panorama de l'histoire du théâtre, de l'Antiquité à l'époque contemporaine, avec moult images, anecdotes, contextes socio-économiques, etc.


D'autres heures de lectures qui s'annoncent enrichissantes, sans aucun doute!

mardi 29 juillet 2014

La Maison des Artistes


Il y a quelques semaines, paraissaient sur les sites d'offres d'emploi, les fils d'actualité des réseaux sociaux et les boîtes courriels, un appel de candidatures pour comédiens en vue d'une production de la Maison des Artistes, Le Voisin, tenue à compter du 14 août (jusqu'au 27 septembre),

Une apparition toute aussi soudaine qu'intrigante... un OVNI dans un petit milieu où tout le monde connaît tout le monde. Alors qu'est-ce? Qui sont-ils?

Voici.

Sur la page Facebook de l'organisme, on dit: Fondée en 2013, La Maison des Artistes est un organisme sans but lucratif ayant pour mission de développer la nouvelle dramaturgie dans une optique sensorielle et avant-gardiste. Notre désir est de rendre le théâtre plus accessible et percutant en immergant le public à l'intérieur même du processus créatif afin de lui faire ressentir de manière personnelle et unique l'histoire racontée. De cette manière, nous enrichissons la réflexion qui se doit de soutenir tout bon texte et renforçons l'identification du public afin de se rapprocher le plus possible de la catharsis.

Cette compagnie - portée par Marilyne Bouchard (qui a grandi à Roberval) et Nicolas Dupuis, tous les deux venus du Baccalauréat spécialisé en Art Dramatique de l'Université de Moncton - en est à sa seconde saison (cette même production a été jouée l'an passée à Montréal avec une autre équipe), sans avoir encore d'attaches à un lieu précis. Le Saguenay? Peut-être. Rien n'est encore fixé. Chose certaine, les deux fondateurs ont choisi le terme Maison parce qu'ils voulaient vraiment créer un lieu de rencontres et d'enrichissement pour tous les artistes. Un endroit communautaire et chaleureux, ou les artistes et amis aiment venir se retrouver.

Donc, pour revenir à la pièce...  Le Voisin a été écrit et mis en scène par Marilyn: De jeunes gens soumis à la loi de l'attraction se retrouvent pris-au-piège de leur environnement. À travers leurs fabulations et leurs névroses, ils sont à la recherche de l'amour mais prennent tous les mauvais moyens pour y arriver.


Cette comédie déjantée joue sur les limites entre l'imagination et la réalité, entre les mondes qu'on se crée et ceux qui existent, et ne manque pas d'interpeller le public face aux questions sur les relations, le contact humain et l'isolement où notre individualisme nous enferme. 

Une comédie dramatique de situation, d'incommunicabilité, mais surtout d'amour qui ne manquera pas de faire rire, réfléchir et soupirer.


Elle sera présentée ici, au Saguenay, avec une nouvelle équipe de comédiens, dans un local de L'Atrium, sur la rue Racine. Pour réserver une place, il faut soit passer par la page Facebook de l'événement (ici), soit par téléphone, au 418-376-2887.

«Joe» de Jean-Pierre Perreault

Voici des extraits d'une oeuvre chorégraphique (québécoise!) que je trouve fabuleuse, Joe de Jean-Pierre Perreault (il est possible de trouver d'autres informations sur cette pièce en suivant ce lien qui mène au site de l'artiste et de son oeuvre).




dimanche 27 juillet 2014

Les portes-voix




Dire que le milieu théâtral d'ici est petit est un bel euphémisme... Un milieu petit et enchevêtré alors que chacun a, à un moment ou à un autre, croisé professionnellement la route d'un autre. Un milieu petit qui offre pourtant un nombre de productions relativement élevé impliquant, du coup, de nombreux collègues. Des productions en tout genre. Qui s'adressent à tous les publics... incluant, bien sûr, le public des praticiens de la région.

Pourtant, cette dernière frange spectatrice fait souvent défaut: manque de temps pour cause d'autres répétitions, de représentations simultanées, de tournées; fatigue; manque d'argent; désintérêt pour le sujet ou la forme... 

Nous (je m'inclus dans cette catégorie) avons tous connu ce dilemme entre le «J'y vais!» et le «Ça ne me tente pas!». Et nous avons tous, à un moment ou un autre, penchés vers la seconde option qui nous installe ailleurs que dans une salle de spectacle.

Cet état de fait ne change malheureusement rien à l'affaire: à chaque spectacle, nous scruterons les cahiers de réservations... et au  bilan, nous ferons tous la liste de ceux qui ne sont pas venus en supputant les causes de cette désaffection.

Alors, la question se pose. Faudrait-il, comme praticiens faisant partie de ce milieu, tout voir? Sommes-nous moralement tenus de tout voir? Un tel engagement envers le théâtre saguenéen (et jeannois) serait d'une lourdeur sans pareil! Tout voir? Je ne pense pas.

À mon avis, notre devoir - le terme est peut-être un peu fort... responsabilité conviendrait peut-être mieux! - est d'un autre ordre: se tenir informer... et littéralement devenir les portes-voix de ce qui se trame sur nos scènes et ce, dans nos familles, dans nos réseaux, dans nos milieux de vie respectifs (incluant les espaces virtuels). C'est là que devrait se jouer, à mon avis, la solidarité des créateurs saguenéens et jeannois. Pas dans les présences (bien que souhaitables) à tout crin dans les salles (en quel cas le théâtre d'ici deviendrait rapidement tautologique), mais dans les efforts concertés pour faire rayonner les informations auprès de nos différents publics en espérant les ouvrir aussi à ce que font nos collègues.

Vision un peu romantique de la chose, peut-être. Mais j'y crois.

samedi 26 juillet 2014

J'arrive!


Avec la fin de la production du Théâtre 100 Masques, mon été commence... au Saguenay! L'occasion idéale pour aller rendre visite à mes collègues! Eh oui! Je me propose  bien d'aller voir la plupart des spectacles théâtraux de la région: Le Cabaret À Tour'drôle - Les Meilleures Mômans à Jonquière, La Maison coupée en deux à Saint-Fulgence, Ce soir on passe à la télé à Chicoutimi puis Une fois au chalet à Roberval... Il y a aussi la présentation, du 18 août à la mi-septembre, au 150 rue Racine, de Le Voisin par la Maison des artistes, nouvelle compagnie intriguante.

Je compte bien, dis-je, aller voir tout ça... et me remettre aussi à l'écriture de billets rétrospectifs (comptes-rendus, opinions, réflexions) sur ce blogue... pratique que j'ai un peu délaissée au cours des derniers mois.

Voilà! Bon été!

vendredi 25 juillet 2014

«La Paix chez soi et autres bêtises humaines»... [Carnet de mise en scène]


C'est déjà le dernier tour de piste pour tous les personnages (il sont vingt-quatre!) de La Paix chez soi et autres bêtises humaines et, du coup, pour les quatre comédiens qui les portent avec vaillance, dynamisme, talent! 

La fin d'une production, dans le contexte régional (où 12 représentations représentent la norme), a quelque chose de déchirant: voilà un spectacle au faîte de son efficacité, rythmé, précis... qui voit malheureusement son élan freiné. Mais bon. Une dernière, c'est une dernière... comme Philippe Torreton (l'auteur du Petit lexique amoureux du théâtre) le dit: La dernière est l'ultime représentation d'un spectacle, elle peut être souhaitée dans certaines circonstances où l'ambiance entre acteurs est exécrable ou que la qualité du spectacle n'est pas totalement au rendez-vous mais, la plupart du temps, c'est avec beaucoup d'émotion et de fébrilité que l'on aborde la dernière représentation. Il n'est pas rare de ressentir alors un trac particulier ressemblant à s'y méprendre au trac des premières. 

Avant de faire un retour critique sur le projet, un bilan (financier, de guichet et d'assitance), encore un dernier soir pour apprécier tout le talent de cette équipe (déjà cannée pour la production 2015!).

Pour Josée, Mélanie, Patrick, Pierre, Sophie, Alexandre, Marilyn, Erika, Camille et Clara (même en France!), dernier et retentissant MERDE!!!