jeudi 10 mars 2016

CQT: Manifeste pour un Québec qui fait rêver



Le Conseil Québécois du Théâtre (communément nommé le CQT) a diffusé depuis quelques jours, sur ses plateformes (et sur celles de nombreux acteurs du milieu théâtral), son Manifeste pour un Québec qui fait rêver, réclamant, encore une fois, à quelques jours du dépôt du budget provincial, un réinvestissement majeur dans la Culture.

Voici ce manifeste:

Manifeste pour un Québec qui fait rêver

Monsieur le Premier ministre, Philippe Couillard
Monsieur le Président du Conseil du trésor, Sam Hamad
Monsieur le ministre de la Culture et des Communications, Luc Fortin
Monsieur le ministre des Finances, Carlos Leitão

Nous toutes et nous tous du milieu théâtral québécois croyons qu’il est grand temps de réinventer un Québec qui fait rêver.

Nous prenons aujourd’hui parole en faveur d’une action inspirée et résolue de la part du gouvernement qui permette de donner un souffle nouveau au milieu des arts et de la culture. Nous, acteurs, metteurs en scène, auteurs, concepteurs, techniciens,  médiateurs diffuseurs, artisans et travailleurs culturels, vous demandons un réalignement majeur et visionnaire, un engagement réel et concret dans le prochain budget provincial. L’imaginaire a un urgent besoin de retrouver ses ailes, de reprendre sa place dans le cœur des Québécoises et des Québécois.

Nous ne nous lancerons pas ici dans une litanie de chiffres. Qu’il suffise de rappeler que notre milieu n’a pas connu de réinvestissement de fonds publics depuis 2003. Le milieu des arts et de la culture engendre cependant, bon an mal an, des retombées d’environ 10 milliards de dollars dans le PIB québécois. Au-delà de l’apport économique, nous contribuons chaque jour, par le peaufinage d’un rôle dramatique, par l’écriture d’une ligne de dialogue, par le montage d’une image scénique, par la confection d’un costume ou d’une marionnette, par la révision d’un budget de production archi-serré, au devenir de notre société, à l’édifice de notre âme collective. À ce que nous laisserons en héritage.

En cette ère de mondialisation et de numérisation des échanges, les arts et la culture sont plus que jamais le ferment de notre identité. Dans le contexte d’une langue française fragilisée à Montréal, d’une immigration diversifiée qui cherche ses repères, de régions qui ont besoin de poursuivre leur développement, nous croyons apporter quotidiennement des éléments de réponse à ce questionnement identitaire que vit et que vivra toujours le Québec.

On ne se cachera pas que les derniers mois ont été difficiles. Les coupes de 2,5 millions qu’a dû subir le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) en juin 2015 ont bouleversé l’économie déjà fragile du milieu. Des postes ont été supprimés dans les organismes de services aux artistes. Des tournées et des projets de coproductions à l’international ont été brutalement interrompus. Des compagnies qui espéraient recevoir le signal que leur travail de recherche et de création des dernières années soit enfin reconnu par l’octroi d’une subvention au fonctionnement ont été amèrement déçues. Certes, les fonds pour les arts numériques ont connu une légère augmentation. Mais les programmes du CALQ, ceux qui sont destinés à l’ensemble des artistes et des organismes, sont en constante décroissance due à l’augmentation du coût de la vie. Nous nous sommes réellement appauvris.

Et pourtant, les créateurs d’ici font l’envie du monde entier. On chante leurs louanges à Berlin, à Tokyo, à Paris, à Port-au-Prince. Ce n’est pas la vitalité artistique qui manque au Québec. Or, trop d’excellents projets qui font preuve d’une démarche novatrice, qui questionnent notre histoire et notre identité, qui intègrent la diversité culturelle et les Autochtones, qui mélangent les formes d’art, doivent malheureusement être mis de côté, car les fonds manquent. Des idées sublimes ne verront jamais le jour. De très bons créateurs d’ici quittent le Québec chaque année pour aller pratiquer leur art là où les conditions pour le faire sont meilleures. D’autres, et ils sont nombreux, ont tourné le dos à ce qui pourtant les remuait profondément et créait de la beauté autour d’eux. Cette situation ne peut plus durer.

Nous crions haut et fort notre ardent désir, notre envie incommensurable d’un Québec qui fait rêver. Notre travail consiste à ouvrir les portes de l’imaginaire, à créer des mondes possibles, à repousser les limites des gestes et des mots, à donner aux enfants l’élan qu’il leur faut pour vouloir changer le monde. Notre cri du cœur, il est pour ces 60 % d’enfants québécois qui traversent leur primaire et leur secondaire sans jamais avoir la chance d’assister à une représentation théâtrale donnée par les quelque 40 compagnies qui se dévouent au théâtre pour les jeunes publics. Il est pour ces jeunes parents dont le budget ne permet pas l’achat d’un billet de théâtre. Il est pour ces personnes issues de communautés culturelles qui voudraient mieux connaître l’art et la culture d’ici, mais qui n’y ont pas accès. Il est pour ces lieux de diffusion en région qui ne fonctionnent pas à leur pleine capacité, faute de moyens adéquats. Il est pour toutes ces femmes et pour tous ces hommes qui méritent qu’on aille davantage à leur rencontre, qu’on puisse partager avec eux ce qui donne un sens à nos vies. Qu’on leur donne envie de rêver.

Le théâtre est un des derniers lieux où il est possible de se regarder agir, de prendre une pause bienfaisante, pour nous observer les uns les autres avec lucidité. Nous croyons que cet espace d’introspection et de regard vers le monde est essentiel pour le Québec. Nous, gens de théâtre, participons du lien vital entre le peuple québécois et la société qu’il incarne.

Dans le cadre de la révision prochaine de la Politique culturelle du Québec, nous avons la conviction qu’il est grand temps de poser un geste marquant et visionnaire, de prendre à bras le corps une position sans équivoque en faveur des arts et de la culture dans le prochain budget. Nous sommes convaincus qu’il ne s’agit pas là d’un luxe pour le Québec, mais d’un investissement fondamental, nécessaire et urgent, pour un milieu dont les besoins sont immenses.

Maintenant que votre gouvernement a atteint son objectif du retour à l’équilibre budgétaire, il est temps de nous en montrer le sens. Quelle est votre vision de l’avenir proche et lointain ? Quel sera le legs de votre gouvernement pour les générations futures ? Comment seront-elles marquées, investies, touchées, ébranlées, éblouies, poussées vers le haut, fières de qui elles sont, fières d’être partie intégrante de la plus grande nation francophone d’Amérique ? Et comment les communautés anglophones et les onze nations autochtones qui vivent sur ce territoire se sentiront-elles incluses dans la société québécoise de demain ? Ces questions, nous devrons les aborder de front, tous ensemble, pour redevenir les acteurs de notre propre histoire et reprendre la marche en avant du changement.

Nous, acteurs, metteurs en scène, auteurs, concepteurs, techniciens, médiateurs, diffuseurs, artisans et travailleurs culturels, voulons contribuer à ce nouvel élan. Nous avons une foi inébranlable en la capacité du peuple québécois, un peuple inspiré, éduqué, curieux, créatif et empathique, d’accomplir de grandes choses. Nous souhaitons plus que jamais être une des courroies de transmission de la construction d’un territoire propice aux idées et aux rêves. Nous voulons travailler avec vous et avec l’ensemble de la société, que nous habitons dans notre chair et que nous aimons.

Choisissons, collectivement, de recommencer à rêver. Regardons vers l’avenir avec confiance et fierté, mus par une force identitaire et culturelle d’une puissance égale à nos capacités d’innovation.

Nous vous invitons aujourd’hui à être ce gouvernement courageux.

Aidez-nous à rendre possible ce Québec qui fait rêver.

Au nom du Conseil québécois du théâtre,

Jean-Léon Rondeau
Président

mercredi 9 mars 2016

Y a pas de fumée sans feu...

 
Il fut une époque où beaucoup - et c'est presque un euphémisme! - de gens en théâtre fumait. Il fut une époque où moi-même je fumais beaucoup (en fait, j'ai arrêté il y a un peu plus de trois ans). Et quand les moyens financiers me le permettaient, je jetais mon dévolu sur des Du Maurier.

Aujourd'hui - ô hasard - j'ai découvert, dans un vieux programme de théâtre de 1963 (une grande tournée américaine de la tragédienne Marie Bell), que les cigarettes Du Maurier (marque canadienne) avait été ainsi nommées en l'honneur d'un grand acteur de théâtre (et néanmoins anobli en 1922 par le roi Georges V) britannique, Sir Gerald Du Maurier... 


(C'est aussi lui qui apparait à 3m48 dans cette vidéo tournée en 1931...)


... de son nom complet Gerald Hubert Edward Busson du Maurier dont les belles années théâtrales (et filmiques...) se situent au tout début du XXième siècle. Après tout, difficile de faire autrement: il est mort en 1934!

Décidément, le théâtre est dans tout!


Être metteur en scène... par Strehler


Mon métier consiste à raconter des histoires aux autres. Il faut que je les raconte. Je ne peux pas ne pas les raconter. Je raconte les histoires des uns aux autres. Ou bien je raconte mes propres histoires à moi-même ou aux autres. Je les raconte sur une scène de bois où il y a d'autres êtres humains, au milieu d'objets et de lumières. S'il n'y avait pas de scène en bois, je les raconterais par terre, sur une place, dans une rue, dans un coin de rue, sur un balcon, derrière une fenêtre. S'il n'y avait pas d'êtres humains auprès de moi, je les raconterais avec des morceaux de bois, des bouts d'étoffe, du papier découpé, du fer-blanc, avec ce que le monde peut m'offrir. S'il n'y avait rien, je les raconterais en parlant à haute voix. Si je n'avais pas de voix, je parlerais avec mes mains, avec mes doigts. Privés de mains et de doigts, je les raconterais avec le reste de mon corps. Je raconterais muet, je raconterais immobile, je raconterais en tirant des ficelles, sur un écran, devant une rampe. Je raconterais de toutes les façons possibles car l'important pour moi est de raconter les choses aux autres, à ceux qui écoutent. 

C'est la réponse de Giorgio Strehler (tirée du bouquin Un théâtre pour la vie, publié chez Fayard en 1980, p.123) à qui lui demande de dire son métier. Une belle définition de la mise en scène, de l'engagement théâtral.

mardi 8 mars 2016

Nouvelles acquisitions...

Comme j'ai repris en main la rédaction de ce blogue, il me faut - il va sans dire! - du matériel pour l'alimenter... mais plus égoïstement, il me faut, à moi, de la lecture pour me stimuler... agrémentant, du coup, ma bibliothèque personnelle! C'est pourquoi les bouquineries sont une source inestimable d'ouvrages bon marché... d'ouvrages que je ne retrouverais plus (ou difficilement) sur les tablettes des librairies. 

Je rentre donc d'une petite virée livresque sur la rue Saint-Jean, à Québec, avec, dans mon sac, de nouveaux terrains de jeux!

D'abord les plus intéressants... d'un point de vue anecdotique et/ou théorique... par deux grands monuments du théâtre du XXième siècle.




Puis ceux qui ouvrent un pan d'histoire sur le théâtre... que ce soit sur le burlesque québécois (ce théâtre populaire des années 1900-1950) héritage des USA... ou sur l'avant-garde russe (en particulier autour de Maïakovsky) du début du XXième siècle... autre période qui me fascine. 





Enfin, un ouvrage fort utile pour qui donne de la formation: le fameux Livre des exercices de Patrick Pezin, un ouvrage qui fait date par sa richesse, sa construction et la description des exercices proposés.






J'ai là de nombreuses heures de lecture à venir!

samedi 5 mars 2016

Un point de vue sévère sur le théâtre... mais quel point de vue!


Lire Howard Barker n'est pas de tout repos... tant lorsqu'il s'agit de ses bouquins théoriques que lorsqu'il est question de ses pièces. Son exigence envers le théâtre - même si stimulante! - est d'un radicalisme épuisant. Une vision sans compromis possible. Une vision intransigeante parce que convaincue. Un engagement puissant.

Voici, en quelques lignes (tirées de son ouvrage Arguments pour un théâtre, en page 214), ce qu'il dit du théâtre d'aujourd'hui, dans le contexte d'aujourd'hui.

[...] Le théâtre n'est plus capable de divertir, même s'il sombre de plus en plus dans le divertissement. Il n'est plus possible de l'instrumentaliser, même s'il participe à des modes de productions mécaniques et il s'avère complètement inefficace, le pire cauchemar des comptables. C'est là que se trouve sa profonde rédemption. Face aux avancées technologiques, aux réseaux d'information, à la capitalisation de l'enseignement, à l'inexorable flot d'imitation de la vie et de guimauve qui inonde la télévision et le cinéma, il affirme sa nature problématique et résiste à l'enrégimentement de par sa forme même. Et en outre... partout où le théâtre s'offre comme divertissement, il apparaît comme un avilissement même aux yeux et aux oreilles de spectateurs non avertis qui désertent le théâtre et continuent à le déserter au fur et à mesure que celui-ci s'efforce servilement de les allécher en s'adressant à ce qu'il s'imagine être leur gout. Encore un triomphe de la nature sur le marché. Encore un triomphe de l'âme sur l'éthique du plaisir. C'est précisément parce qu'un tel théâtre est l'esclave du public qu'il est voué à l'extinction. [...] Le théâtre qui doit être une nécessité répudie le public en tant que principe valorisant de production. Il existe pour lui-même et, paradoxalement, en existant pour lui-même; il devient une nécessité pour le public [...].

C'est le genre de lecture qui donne à réfléchir. Qui commande à celui qui lit de prendre position: que fais-je? pour quoi le fais-je? pour qui? qu'est-ce qui sous-tend mon (mes) projet(s)? 

Ça revient un peu, au fond, au même type de questionnement que celui exposé dans l'un des derniers billets de ce blogue (ici) concernant la prise de risque.

vendredi 4 mars 2016

De retour à l'écriture...


Parmi les plus grands et les plus terribles personnages du théâtre antique et du théâtre classique se détache celui de Médée. Femme forte. Femme faible. Femme détruite dont la haine la poussera à détruire à son tour. C'est la mère qui, par haine de son Jason adoré qui la délaisse au profit d'une jeune princesse, sacrifiera sciemment ses deux jeunes enfants. Une punition terrible. Une punition sans retour en-arrière possible. Bon. L'histoire est plus complexe mais l'essentiel est là.

Cette voix qui hurle sa douleur et fait frémir par cette rage qui sous-tend chacune de ses paroles... cette voix terrifiante résonne encore et toujours aujourd'hui.

Après de multiples projets de collages (sans aboutissement) à partir de l'un ou l'autre des Médée qui ponctue chacune des grandes époques de l'histoire théâtrale (dont les oeuvres de Euripide, Sénèque, Corneille, Anhouil, Muller), je me suis retourné depuis peu vers un projet plus personnel (après une pause de quatre ans déjà): l'écriture d'un monologue à partir des prémisses de ce mythe.

Une écriture qui va bon train. Une écriture qui me ramène à un chantier que j'affectionne particulièrement, celui de la forme (le rythme, le motif, la sonorité).

mardi 1 mars 2016

L'espace de la farce au Moyen-Âge


Bientôt, mon équipe et moi, nous nous lancerons dans un travail axés sur des farces médiévales. À ce titre, l'ouvrage de Michel Rousse (professeur émérite de l'Université de Haute Bretagne, spécialiste de la farce), La scène et les tréteaux, est une petite bible d'informations sur la façon d'aborder de telles oeuvres.

Comme cette indication sur l'espace (pp. 100-101):

Le théâtre des farces émane d'un monde païen où l'espace est apte à recevoir toutes les structurations imaginables; d'une pièce à l'autre, mais surtout, d'une moment à l'autre d'une même pièce, il se définit différemment. Sa grande force est de ne pas avoir de décor, cet espace n'obéit qu'à lui-même: le décor définit le lieu et, par voie de conséquence, les personnages qui vont s'y produire, et qui en sont comme l'émanation. La démarche de la farce est inverse, le personnage définit le lieu par sa seule présence. Ce qui implique la convention suivante: la première fois qu'un personnage apparaît sur scène, à moins d'indications contraires dans son discours, il est dans son lieu familier.

Intéressant comme point de vue: l'interprète comme source de la définition de l'espace... Ça ouvre les possibilités tout en se concentrant sur l'essentiel du spectacle: le jeu. Du coup, ces farces sont une riche matière pour travailler la convention (au sens artistique du terme) et la tradition, pour travailler la présence et la mécanique du rire. 


lundi 29 février 2016

Ah, ces comédiens!


Ce matin, petite virée dans un ouvrage fort intéressant parce que férocement critique de ce théâtre du XIXième siècle qui fait la part belle au vedettariat. Il s'agit du Code théâtral de Pierre Joseph Rousseau, publié en 1829. Amis comédiens, attachez votre tuque!



dimanche 28 février 2016

Du public... encore...


Je l'ai déjà dit et redit dans quelques billets de ce blogue: je ne suis pas spécialement fan (et, du coup, pas un fin connaisseur) de Louis Jouvet (1887-1951), grand comédien et metteur en scène devant l'éternel théâtral. L'un des grands réformateurs du Cartel. Sa quête de vérité dans le jeu ne m'a jamais atteint. Sa façon d'aborder les textes et la scène ne me touchent guère plus. 

Cependant, je lui reconnais une plume incroyable pour décrire le théâtre, lui rendre hommage.

À titre d'exemple, ce petit passage (pp. 156 à 158) tiré de Réflexions du Comédien (publié en 1941 chez Americ=Edit.) où il est question du succès, du public et de l'émotion qu'ils procurent: 

[...] Cette recherche du succès, cette obligation, cette contrainte dans l'art de plaire est ce qu'il y a de plus évident et de plus nécessaire à ceux qui pratiquent notre profession.

Le succès - avoir du succès - avoir un succès, vous ne savez pas, comme nous, ce que c'est. [...]

[...] Vous ne savez pas l'émotion chaude, le rayonnement intérieur qu'éprouve l'acteur, ou l'auteur, ou le directeur, à ce bruit caractéristique d'un sac de noix qu'on remue ou d'un panier de crabes en tumulte que fait le public, impatient et bavard, au delà du rideau, à ce moment où le régisseur, le pompier de service, les machinistes et les comédiens viennent admirer, avec un sourire de béatitude, par le trou ou la fente du rideau, ces centaines de visages, irradiés d'impatience et d'intérêt. Vous ne savez pas le frémissement voluptueux que donne l'entonnoir d'une salle de théâtre toute enduite d'humanité, cette amplification de sensibilité, cet émoi dont on ne sait plus s'il est fait de tendresse ou d'horreur - lorsque le rideau se lève enfin dans le silence... et qu'apparaît soudain cette masse humaine, ce monstre, disait Shakespeare, qui a des milliers d'yeux et d'oreilles et qui nous attend, dans l'ombre.

À ce moment où se polarise sur le comédien qui est en scène ce brusque afflux de sentiments humains, aiguisés jusqu'à l'extrême, accessibles à toutes les nuances, débordants de confiance et de beauté intérieure, à ce moment-là votre plaisir nous est plus sensible, peut-être, qu'à vous-même.

Une verve empreinte d'engagement, de dévouement et d'humilité pour cet art... qu'il fait toujours bon lire... particulièrement quand le doute et le questionnement s'emballent!

samedi 27 février 2016

«Molière L'Imposteur»

Voici une (autre!) émission de la série L'Ombre D'un Doute (un peu dans la même veine que Secret d'Histoire) consacrée (encore!) à cette controversée question: et si Molière n'était pas l'auteur de ses pièces?

Le théâtre dans «L'Almanach du peuple»... en 1918


J'ai, ces temps-ci, une fixation pour le théâtre québécois (enfin, canadien-français) du début du XXième siècle... et, consultant L'Almanach du peuple de la Librairie Beauchemin, édition de 1918, j'ai trouvé, après la publicité des Gin Pills guérissant le mal des rognons, cette réclame de la dite librairie concernant ses divers titres d'oeuvres dramatiques (et juste leur lecture dénote une certaine époque!) qu'il était possible de commander:



Peu de ces auteurs ou de ces textes (allant de la comédie au drame historique, en passant par la farce et les sujets de folklore) nous sont aujourd'hui connus... et pourtant, il semble que certains ont eu une certaine carrière.

Comme ce Régis Roy (considéré comme le premier auteur franco-ontarien, ici) auteur, notamment, de la pièce On demande un acteur (la pièce se retrouve d'ailleurs sur la seconde page, première colonne, troisième avant-dernière)... que j'ai dans ma bibliothèque depuis déjà des lustres et dont en voici un extrait (il est possible de lire l'intégral de 29 pages ).

Monsieur Lascène, gérant du théâtre Thalie, reçoit Baptiste Campagnard, aspirant acteur:




vendredi 26 février 2016

Du risque


Qu'est-ce que le risque artistique , élément clé de bien des demandes de subventions... et élément de qui nous revient parfois aux oreilles et qui sonne comme un reproche lorsque ce risque est jugé absent?

Comment évaluer la prise de risque d'un autre artiste, d'un autre organisme?

Quel est le bon risque? Le risque du contemporain? Le risque de la nouvelles technologies? Le risque du répertoire classique? Le risque de la voix de l'auteur passé? Le risque de la nouvelle forme? Le risque du message, du discours? Le risque du jeu? Le risque de l'affirmation théâtrale?

À partir de quand y a-t-il vraiment risque

Et si le risque ne se calculait pas dans la sortie des ornières mais au contraire, dans l'approfondissement de celles-ci? À ce titre, le risque ne devrait-il pas se calculer à l'aulne de l'engagement artistique? De l'articulation cohérente d'une démarche?

Comment évaluer les démarches ancrées (et néanmoins réelles!) dans une certaine tradition? Hors de la nouveauté point de risque?

Toute entreprise artistique n'est-elle pas un risque en soi? Une lancée vers la rencontre de l'autre? Une mise à nu? Une opinion?