mardi 3 mai 2016

«Comment se monte un Téléthéâtre»


Voici une (longue mais intéressante parce que d'une autre époque) description de la façon dont Radio-Canada montait un des éléments majeurs de sa programmation: les téléthéâtre. Un rendez-vous télévisuel incontournable dont il ne reste plus qu'un vague écho dans la captation d'une pièce  et la très rare diffusion de celle-ci sur les ondes contemporaines. Cette (longue mais fascinante) description a été publié en 1960 dans Le Livre de l'année 1960 (relatant les événements de l'an précédent...) publié aux Éditions Grolier de Montréal. Elle est le fait de M. Jean-Paul Ladouceur, directeur de la production à Radio-Canada

«Merci tout le monde». Les derniers mots du réalisateur envahissent l'intercom et vont rejoindre tous les collaborateurs, comédiens, musiciens, machinistes et techniciens. Le réalisateur retire son pouce de la clé du panneau de contrôle et le système de communication surchargé de directives depuis trois jours s'éteint graduellement. Le spectacle est terminé. Le «fade-out» traditionnel a été lancé sur le plateau. L'intensité des projecteurs diminue et l'ombre avant des coins du studio. Dans 30 minutes, la grande boîte grouillante d'activité deviendra déserte, obscure et silencieuse. Le réalisateur, bien qu'exténué, retourne cependant à son bureau pour y prendre le texte du prochain spectacle. Dans six semaines, il dirigera un autre téléthéâtre du studio 40.

Des mois avant la date de l'émission, l'oeuvre à jouer est choisie [...]. Le réalisateur achète un texte ou un script avec l'approbation de son superviseur et se met immédiatement au travail. L'auteur ou l'adaptateur travaille avec lui. Il faut couper ou allonger le texte à la longueur du programme (1 heure 29 minutes et 25 secondes de texte). Si le programme est commandité, on y retranche la longueur permise aux messages commerciaux. Le texte doit tenir compte de l'espace alloué au studio, du nombre des décors, du coût des décors, de la distribution des acteurs, des limites imposées par les problèmes techniques, des insertions sur film, des changements de costumes ou de maquillages et de la durée totale des répétitions [...] Ensuite, il (le réalisateur) prépare sa réunion de production où, avec le gérant de la production, il expose à tous les chefs de service (les concepteurs), les besoins de son téléthéâtre. [...] Des esquisses de décors et de costumes apparaissent sur la table, sont disséquées puis rejetées pour faire place à d'autres qui permettront ou un meilleur éclairage ou des déplacements plus faciles de caméra ou des espaces voilés rendant possible des angles d'images plus intéressants. L'Administration écoute attentivement, prononçant occasionnellement un veto sans appel sur une dépense jugée injustifiable. Le coordonnateur commercial surveille les intérêts du commanditaires et voit à ce que rien dans l'oeuvre ne vienne créer des conflits. Le directeur de la production clôt la réunion en acceptant ou rejetant la proposition budgétaire. [...]

Aussitôt la réunion terminée, la script-assistante [...] fait des listes complètes énumérant l'horaire des répétitions, la description de la plantation des du décor, le détail des costumes et des maquillages, la cédule du régisseur, de l'éclairagiste, du caméraman qui tournera les insertions, le contenu des titres et des crédits, l'approvisionnement des accessoires, meubles et tentures. [...]

[Après l'embauche des comédiens et la négociation des cachets] commencent les répétitions «à froid», c'est-à-dire les répétitions sans décors ou caméras. [...].

Puis l'équipe de menuisiers et de peintres se met au travail. Le trompe-l'oeil est nécessité de premier ordre. Tous les trucs sont acceptables s'ils reproduisent visuellement l'effet désiré. Un tube de carton devient colonne de vivoir et des blocs de mousse plastique se changent en lourdes pierres. Des rubans de cellophane montés sur un éventail électrique brillent nerveusement sous le feu d'un projecteur pour froidement s'installer à la place des flammes d'un foyer. 

Les accessoiristes, au volant de leur camionnettes, font la ronde des magasins de bric-à-brac, des musées, des collectionneurs afin de réunir les objets qui meubleront ce décor.

Les perruquiers fabriquent sur mesure les perruques poudrées pour les courtisans de la cour. À l'atelier de couture, les tailleurs, les couturières, les habilleuses dessinent et confectionnent les vingt robes et habits avec des étoffes choisies sous l'oeil de la caméra.

Les préposés aux effets spéciaux alignent les tuyaux perforés qui imiteront la pluie aux fenêtres entourées de tentures soyeuses qu'on est entrain de coudre. 

Le caméraman des insertions tournent en extérieur les paysages qui seront projetés derrière les écrans transparents pour servir d'horizon aux fenêtres sans vitre. 

Aux services techniques, la trame sonore, musique et effets, prend forme. Le bruiteur recueille sur disque ou ruban les coupures enregistrées ou procède à la collection des objets disparates qui serviront à fabriquer synthétiquement, en direct, les bruits commandés par le texte. 

[...]

Les répétitions «à froid» se terminent et tous envahissent le plateau. [...] Durant trois jours on répète avec les décors, les costumes et les maquillages [sous l'oeil des différents techniciens et caméramans]. Comme des athlètes qui deviennent habiles en pratiquant, tous les membres de l'équipe apprennent chacun un rôle bien minuté. [...]

Le jour de l'émission, on procède à la «générale», dernière répétition au point, qui se déroule avec tout le sérieux et la tension qu'on associe à l'émission même. D'ailleurs, cette générale est kinescopée, c'est-à-dire enregistrée sur film afin de servir de documentation. Elle est le point final qui permet à toute l'équipe de minuter exactement le spectacle. Si cette répétition révèle que le spectacle est trop court ou trop long, on procède aux corrections. La maquilleuse retouche un sourcil trop arqué. Le commanditaire fait corriger l'éclairage sur l'étalage de ses produits. [...]

Les aiguillent de l'horloge filent. Le réalisateur se précipite vers la salle de contrôle, presse le bouton «Attention 30 secondes, Stand-by». Le silence s'empare du contrôle. «Attention-5-4-3-2-1-fade-in, cue, musique». Le bruiteur met en mouvement le disque requis. La caméra UN cadre sur le baril des titres. Le réalisateur se tourne vers l'annonceur, lui fait signe. «Radio-Canada présente... le Téléthéâtre». Les moniteurs s'allument, chacun correspondant à une caméra. Le réalisateur et la script-assistante commandent les coupures et les disques, donnent des ordres aux régisseurs. Les sons viennent de plusieurs endroits et le mur d'en face est couvert d'images. L'intercom est nerveux et le long de son parcours des gens écoutent, attentifs et prêts à servir. Sur le plateau, pourtant, on n'entend que les comédiens. En silence se déplacent les caméras. Les machinistes marchent à pas feutrés et évitent se se montrer sous les lentilles. L'éclairagiste au contrôle passe d'une combinaison d'éclairage sombre à un déluge de lumière. La costumière attend l'ingénue qui devra passer de la robe de paysanne au manteau d'hermine. Les minutes passent, puis l'heure. «Merci tout le monde.»

lundi 2 mai 2016

La présences des femmes sur scènes... à Québec

Que des femmes soient sur scène et jouent des personnages nous semble aller de soi... Et pourtant. Il y eût tant de ces époques où celles-ci n'avaient pas le droit d'y monter... Ici même, au Québec, s'installa une tradition théâtrale toute masculine (particulièrement sous le règne de Monseigneur Bourget qui pourfendait la promiscuité des sexes)... 

Au point où un témoin, M. Jacques Auger (dans la revue mensuelle La nouvelle France, dont il est directeur, en mai 1881) affirme que ce tabou n'a été brisé... que le 22 avril 1853 (!), alors qu'était donnée la première représentation de L'Abbé de l'Épée (qu'on peut lire ici) un drame émouvant de Bouilly (plus d'informations ici):


Québec n'avait-elle jamais eu de femmes sur ses scènes auparavant? Je l'ignore, en fait... bien que je sache que de tous temps, de nombreuses règles de conduite interdisaient aux dames de se faire comédienne...

Ce même Auger, décrit, dans une édition ultérieure de la même revue, la façon dont on organisait les pièces dans les théâtre de société (à la mode à la fin du XVIIIième et au début du XIXième siècle) et, du coup, fait encore référence au fait que les femmes étaient excluses:



Quelle perte pour les publics de l'époque... 

dimanche 1 mai 2016

Au théâtre, cette semaine! (Du 1er au 7 mai 2016)


Il y a beaucoup de trucs, cette semaine... Pour tous les goûts! 

Voici ce que j'ai trouvé sur Facebook, ce qu'on m'a envoyé, ce qui se trouve sur la Vitrine culturelle du Saguenay et sur les sites des compagnies. Alors il se peut que j'en échappe. Restez à l'affût!

Aujourd'hui, 1er mai 2016
Salle Marguerite-Tellier (Chicoutimi), 13h

Le Théâtre À Bout Portant tient sa grande activité bénéfice annuelle aujourd'hui! Et c'est le Bingo Épique: L'occasion d'assouvir enfin votre envie folle de jouer au bingo, de gagner une multitude de prix palpitants, de rester suspendus aux lèvres de nos deux animateurs délurés Isabelle Boivin et Guillaume Ouellet et surtout de rire en bonne compagnie. Joueurs compulsifs en prime! Apportez vos pattes de lapin porte-bonheur. Et tout ça sous la présidence d'honneur de Keyven Ferland, de la Web Shop

Mardi et mercredi, 3 et 4 mai 2016 
Salle François Brassard (Jonquière), 19h30

Les étudiants en théâtre du programme Arts, lettres et communication du Cégep de Jonquière présentent leur production finale: une adaptation de la pièce Les Apatrides de Maryline Perreault (plus de détails sur la pièce originale ici), dans une mise en scène de Chantale Dubé. C'est gratuit.

Mercredi à samedi, 4 au 7 mai 2016
Salle Murdock (Chicoutimi), 20h
DERNIÈRE SEMAINE DE REPRÉSENTATIONS

Le Théâtre du Faux Coffre nous revient avec une nouvelle production, L'Enterrement de GrossomodoÀ l'aide d'une quantité impressionnante d'archives, l'intellectuel Diogène revisite les événements troublants de l'été 1995 qui ont failli priver le monde des prouesses du clown noir Grossomodo. Documents inédits, correspondances émouvantes, archives audio, archives vidéo, reconstitutions, entrevues avec des témoins, vulgarisation avec des experts, tout sera mis à profit pour raconter avec justesse et rigueur ce drame terrifiant qui coïncide avec le tout premier rôle au théâtre du révolutionnaire Trac. Un travail journalistique époustouflant. À la tombée du rideau, vous aussi vous direz : c'est incroyable ! Pour réserver, il est possible de le faire par téléphone au 418-698-3000 poste 6561 ou via la page Facebook de l'événement. 

Samedi, 7 mai 2016
Salle Pierrette-Gaudreault (Jonquière), 13h30

Le Théâtre La Rubrique reçoit le Théâtre Bouches Décousues et sa production pour enfants Papoul (texte et mise en scène de Jasmine Dubé, l'une des figures importantes du genre au Québec): Cocorico! Du chant du coq jusqu’à la berceuse, Papoul s’active. Tic! Tac! Entre la pouletterie et le travail ! Tic! Entre les courses et les rendez-vous d’affaires! Tac! Entre l’oeuf ou la poule, Papoul veille sur ses petits cocos. Heureusement, Grand-Papoul rythme les heures de la maisonnée. Heureusement, Mapoul reviendra bientôt… (Sur le site de la Rubrique, il est indiqué qu'il y aurait une représentation scolaire la veille.) Plus de détails ici.

Samedi, 7 mai 2016
Théâtre du Palais municipale (La Baie), 20h

Diffusion Saguenay reçoit, une sempiternelle fois (parce que c'est devenu le Broue des année 2000) Ladies Night. (Et comme c'est complet, une supplémentaire a été ajoutée le lendemain.) Après plus de 400 représentations à guichets fermés partout au Québec, LADIES NIGHT est de retour! Pour notre plus grand plaisir et pour celui de nos sympathiques chômeurs, la troupe reprend du service. Ils n'ont toujours pas le physique de l'emploi, on dit même qu'ils l'ont encore moins qu'avant, mais ils sont habités plus que jamais par cette même volonté de séduire, au risque de faire rire!

samedi 30 avril 2016

À la défense du théâtre

En Nouvelle-France (et dans les temps suivants la Conquête), le théâtre n'avait pas bonne presse... notamment avec tous les interdits qui pleuvaient en provenance de l'Église. 

Pourtant, de courageux (!) citoyens osent prendre la défense du théâtre et le clament haut et fort... du moins par écrit, comme celui-ci et la publication qu'il en fit dans la Gazette de Montréal, le 23 décembre 1790 réclamant un théâtre pour tous!:


En voici une transcription:

Un citoyen observe:

1- Que quelques uns de ses compatriotes se proposent de donner cet hiver quelques représentations théâtrales. 

2- Qu'il y en a parmi eux qui ont proposé de n'admettre dans le parterre, qu'un très petit nombre de personnes de haute extraction ou de race noble.

Il remarque là-dessus:

1- Que le projet d'acter est bon et que le théâtre ne peut qu'inspirer du goût dans cette nouvelle colonie.

2- Qu'il ne remplira pas cet objet, s'il est peu (mot que je ne comprends pas): qu'il sera même inutile et ne fera tout au plus qu'exciter la haine et l'animosité résultantes ordinairement des (mot incompréhensible) distinctions.

3- Que si tel est le projet de n'acter que pour des gentilhommes, les roturiers sensés ne doivent pas leur servir de baladins tant que leurs égaux ne seront pas admis.

Et c'est tout.

vendredi 29 avril 2016

Un spectacle en l'honneur du nouveau Maître


C'est là l'annonce publiée dans The Quebec Gazette le 24 octobre 1765 - quelques mois après la Conquête qui fait passer la colonie d'un régime français à un régime anglais - soulignant la tenue, dans un village non identifié (dans certains articles, on présume que ce serait Beaupré),  d'une grande soirée publique en l'honneur de leur (nouveau) Seigneur. Cette soirée marque aussi, en quelque sorte, la reprise de l'activité théâtrale après des décennies de disette à ce chapitre.

Un petit texte intéressant parce qu'il donne une certaine idée, une certaine illustration de la façon dont étaient organisées ces soirées (contenu et logistique) et des quelques grands noms de l'époque qui y étaient associés.  

Voici une transcription plus facile à lire (et en gras, ce sont les passages qui me semblent les plus intéressants):

SPECTACLE NOUVEL ET DIVERTISSEMENT PUBLIC

Les villageoises canadiennes, nouvelles sujettes de sa Majesté Britannique d'un certain canton (?) de la Province de Québec, donneront une fête et feront représenter en l'honneur de leur Seigneur, le lundi 18 novembre prochain, une pièce nouvelle intitulée Les Fêtes Villageoises, comédie en un acte, qui sera suivie d'un Ballet de Bergers et de Bergères, et précédée d'un compliment au Seigneur leur Patron et Protecteur.

Entre la comédie et le ballet, il y aura une Cantate et un Duo qui seront chantés par le Sieur Colin et la Demoiselle Nina, fameux musiciens du Canada. Cette dernière chantera seule un morceau choisi de l'opéra Les Amours de Vénus.

Ensuite il y aura trois danses de caractère. Le Sieur Dominique dansera l'Harlequinade; le Sieur Sylva, la Matelote hollandaise; et le Sieur Grivois, la Chinoise; tous trois grands danseurs, qui ont toujours été applaudis dans cette partie de l'Amérique Septentrionale.

L'orchestre et la symphonie seront composés de toutes sortes d'instruments très harmonieux jusqu'à une cornemuse.

Le tout sera terminé par un grand bal dans le meilleur ordre que faire se pourra. On y trouvera toutes sortes de rafraîchissements pour que tout le monde soit content. On fera en sorte que Bacchus et Vénus s'accordent ensemble afin que les plaisirs ne soient pas troublés.

Le zèle avec lequel les Bergères (?) de cette côte (?) se prêtent pour rendre cette fête brillante leur a fait mettre toute leur industrie à l'imitation des bourgeois de Québec, à rassembler et joindre ensemble quatre granges en peu de temps pour faire une jolie salle de comédie et de bal et des cabinets pour la commodité. Et afin de contribuer à la dépense de cette fête galante, les Bergères ont bien voulu abandonner les revenus d'une année de leur superflus. 

Les paroles de la comédie sont composées par le Sieur Lanoux, célèbre poète du Canada (il peut s'agir d'un poète local... mais on présume, dans certains articles, qu'il s'agirait plutôt de Jean-Baptiste Sauvé de Lanoue, auteur dramatique et comédien français, décédé quatre ans plus tôt) et la musique de la cantate et du duo par le Sieur Zeliot, grand musicien.

Le spectacle commencera à cinq heure du soir. Le public sera averti trois jours avant de l'endroit où la fête se donnera, qui sera dans la côte. Pour prévenir les désordres on entrera dans la maison de divertissement à l'enseigne des plaisirs par la porte de devant, et on en sortira par la porte de derrière.

Personne n'y sera admis sans un billet qui coûtera 24ll (cette somme serait, selon l'historien Eric Tremblay, en livre tournoi et représenterait, pour l'époque, une bonne somme) qu'il faudra payer au receveur des consignations des menus plaisirs. Le nombre de billets sera de cent. On est prié de souscrire au plus tôt pour faire les arrangements de la fête, à moins qu'on n'aime mieux donner l'argent aux pauvres. On distribuera gratuitement vingt billets pour les Demoiselles qui n'ont pas les moyens de se divertir et qui en ont envie.

mercredi 27 avril 2016

Aimer ou ne pas aimer le répertoire...


Voici un extrait de Amour et désamour du théâtre par Georges Banu (ouvrage fort intéressant publié en 2013 chez Actes Sud), dans un petit chapitre consacré au  théâtre de répertoire:

Le répertoire, l'aimer, ne pas l'aimer? Enjeu décisif...

Le répertoire est le capital du théâtre, capital accumulé à travers le temps qui se constitue en soc;e pérenne pour l'art passager de la scène. [...] Dialectique constitutive d'un art au carrefour du passé et du présent. Mais dialectique controversée.

Le répertoire renvoie au musée, alors qu'une certaine catégorie d'artistes conteste le musée qu'elle assimile à la vétusté et à l'opacité du présent. [...] [Elle entretient] une réticence forte à l'égard du patrimoine qui a été conservé au nom d'un culte extrême, culte voué à un présent oublieux et agressif à l'égard de tout héritage. [...] Le répertoire renvoie le théâtre du côté de la persistance du passé contraire au culte de l'immédiat contemporain.

[...]

Une autre réserve souvent entendue: le théâtre appelé à s'appuyer sur le répertoire ancien se trouve interdit, voire exclu de l'excitation que procure la surprise. Tout est connu d'avance [...]. Le répertoire est voué à l'exploration du connu.

En revanche, le répertoire, à ceux qui le visitent et s'en nourrissent, permet de s'ériger dans le lieu privilégié où s'instaure la relation dialectique entre le même et le différent.  Le même du texte renvoie à un temps immobile et se constitue en termes de référence pour une conduite ou un acte: il ne bouge pas, il perdure, énigmatique et définitif. Mais, par ailleurs, le répertoire ne reste pas inscrit sur une page, il se voit déplacé sur une scène où d'autres corps l'investissent, d'autre pensées le traversent: alors le différent est à l'oeuvre, [...]

Le répertoire permet à des artistes appartenant à des époques distantes de se rencontrer et de nous faire entendre le dialogue qu'ils nouent.

Je trouve intéressant ce passage parce que lorsque le répertoire est la source d'un projet scénique (comme par exemple - et je parle d'expérience! - les productions du Théâtre 100 Masques ou de la SALR) pointe parfois des questionnements et des interrogations sur la pertinence de s'attaquer à ces oeuvres du passé... et ça arrive somme toute régulièrement... 

Dans les demandes de subventions (et surtout les jurys y attenant!), le répertoire a difficilement la cote... parce qu'il atténuerait voir annihilerait la prise de risques! (Ce risque dont il était question ici.)

Et pourtant... N'a-t-il pas aussi cette faculté de dire le monde d'aujourd'hui? De tirer un fil, une continuité entre des époques différentes, entre leur évolution?

mardi 26 avril 2016

De Goldoni...


Toujours en pleine lecture intensive en vue de trouver un texte pour la production estivale 2017 du Théâtre 100 Masques, je suis présentement accroché aux pièces de Carlo Goldoni (que la compagnie a abordé déjà en 2004 avec La Serva Amorosa, mis en scène par Éric Chalifour)... le «Molière italien» du XVIIIième siècle (qui a aussi, dans sa vie, une période française et quelques oeuvres écrites dans cette langue).  

En tous pays on se pique
De molester les talents;
Goldoni voit maint critique
Combattre ses partisans.

On ne savait à quel titre
On doit juger ses écrits;
Dans ce procès on a pris
La nature pour arbitre.

Aux critiques, aux rivaux,
La nature a dit sans feinte:
«Tout auteur a ses défauts,
Mais ce Goldoni m'a peinte.»

C'est ainsi que le présentait un contemporain: le grand Voltaire.

Voici donc des oeuvres amusantes, des intrigues bien ficelées, rythmées, construites sur différents quiproquos. Des personnages assez près de ceux bien typés de la commedia dell arte

Pour le moment, mon choix s'arrête sur La plaisante aventure (mais je préfère - et de loin! - le titre italien Un curioso accidente): un amour caché, des mensonges pour préserver les apparences, une machine qui s'emballe et un jeu cruel de l'être et du paraître! 

dimanche 24 avril 2016

Au théâtre, cette semaine (du 24 au 30 avril 2016)


Encore une fois... voici la plupart des événements théâtraux de la semaine (qui sont, en fait, deux pièces en cours). Ce sont ceux dont j'ai connaissance (via la Vitrine culturelle du Saguenay, les différents sites web des compagnies, les événements Facebook)... mais il se peut que j'en oublie (comme les productions scolaires)!

Mercredi à samedi, 27 au 30 avril 2016
Salle Murdock (Chicoutimi), 20h
SECONDE SEMAINE DE REPRÉSENTATIONS

Le Théâtre du Faux Coffre nous revient avec une nouvelle production, L'Enterrement de GrossomodoÀ l'aide d'une quantité impressionnante d'archives, l'intellectuel Diogène revisite les événements troublants de l'été 1995 qui ont failli priver le monde des prouesses du clown noir Grossomodo. Documents inédits, correspondances émouvantes, archives audio, archives vidéo, reconstitutions, entrevues avec des témoins, vulgarisation avec des experts, tout sera mis à profit pour raconter avec justesse et rigueur ce drame terrifiant qui coïncide avec le tout premier rôle au théâtre du révolutionnaire Trac. Un travail journalistique époustouflant. À la tombée du rideau, vous aussi vous direz : c'est incroyable ! Pour réserver, il est possible de le faire par téléphone au 418-698-3000 poste 6561 ou via la page Facebook de l'événement. 

Jeudi à samedi, 28 au 30 avril 2016
Salle Lionel-Villeneuve (Roverbal), 20h
DERNIÈRE SEMAINE DE REPRÉSENTATIONS

Le Théâtre Mic Mac présente sa grande production annuelle, Les Manuscrits du déluge... une pièce de Michel-Marc Bouchard mise en scène d'Émilie Gilbert-Gagnon. Voici ce qu'en on dit Hélène Gagnon de L'Étoile du LacLouis Potvin du Progrès-Dimanche et moi... ici-même! Plus de détails sur le site web de la troupe.

samedi 23 avril 2016

Les 400 ans de la mort de Shakespeare


Il y a 400 ans mourait l'un des génies du théâtre, toutes époques confondues: William Shakespeare (décédé le 23 avril 1616). Au Royaume-Uni, les célébrations de cet anniversaire culmineront à Stratford-upon-Avon, lieu de naissance du dramaturge. 

Ses oeuvres restent encore aujourd'hui parmi les plus célèbres répertoire universel: Roméo et JulietteOthello, Hamlet, Macbeth, La Tempête, Richard II, Richard III, La nuit des rois, Beaucoup de bruit pour rien, Le songe d'une nuit d'été, Comme il vous plaira, Le roi Lear, Les Joyeuses commères de Windsor et bien d'autres. Tragédies, comédies, pièces historiques, sonnets... son écriture a porté ses genres à des sommets qui restent, à ce jour, inégalés. 

Est-il l'auteur de tous ces chefs-d'oeuvres? Certains en doutent (comme pour Molière, d'ailleurs...) et émettent l'hypothèse qu'il ne soit, en fait, qu'un prête-nom... dissimulant un personnage illustre qui se serait mêlé d'écrire pour la scène...

Quoi qu'il en soit, le personnage a marqué toute une époque théâtrale et ses écrits continuent à faire vibrer les spectateurs siècle après siècle. 

Le monde entier est un théâtre
et tous
hommes et femmes
n'en sont que les acteurs
Et notre vie durant
nous jouons plusieurs rôles.

vendredi 22 avril 2016

De «Moi chui moi, pis toi t'es toi»...


Hier soir, les étudiants du BIA ont entamé les représentations du résultat du cours Atelier de création théâtrale (anciennement Dramaturgie et mise en scène)  de Moi chui moi, pis toi t'es toi sous la supervision de Jean-Paul Quéinnec.

Depuis janvier, cette cohorte est invitée à travailler sur huit textes québécois contemporains explorant la veine comique. De cet éventail, quatre seront retenus, présentés par quatre équipes. 

Ainsi, le spectateur pourra découvrir  avec un vilain plaisir (des extraits de) Tranche-cul de Jean-Philippe Baril Guérard (ici), Comment je suis devenue touriste et Napoléon voyage de Jean-Philippe Lehoux (ici) et Princesses de Catherine Léger (ici). Quatre textes à l'écriture décomplexée. Une écriture sans tabou... ou presque. Une écriture percutante, féroce, dressant un portrait ironique, sarcastique... voire cynique de la société actuelle. Comique? Étrange, oui. Grinçante, oui. Noire, assurément. Les procédés humoristiques - bien présents - ne tirent pas tant vers le burlesque ou le vaudeville mais plutôt vers un univers corrosif, trash, sans compromis. 

Cette matière décapante est portée en scène par cette douzaine d'étudiants qui, pour la plupart, s'engagent avec conviction dans l'exercice. L'interprétation est plutôt juste et s'il est possible de déplorer la perte occasionnelle du texte (par un manque de projection, une diction trop précipitée ou le bruit ambiant provoqué par la structure même), il faut reconnaître leur travail pour donner corps à ces personnages tordus, sans craindre le ridicule. 

Les mises en scène étudiantes (et les mises en espace dans ce long déambulatoire en spirale qui se déploie tout autour de l'enceinte du Petit théâtre... une conception de Chantale Boulianne) n'ont peut-être pas toute la force qu'elles pourraient avoir, mais elles donnent l'occasion de nombreux bons moments théâtraux que le spectateur pourra suivre, assis au centre de la salle sur des sièges pivotant. 

Une production universitaire qui décoiffe! Il reste ce soir et demain... avec un nombre de places limitées... mieux vaut réserver, si c'est encore possible (via la page FB).

jeudi 21 avril 2016

«Les farces médiévales» [Carnet de mise en scène]



C'est là la maquette de l'espace à venir de la prochaine production estivale du Théâtre 100 Masques: une évocation d'un tréteau de bois... caractéristique de la farce au Moyen-Âge. 

Un espace étroit, surélevé... avec un grand rideau peint (sur la maquette, il est neutre) qui agira en séparateur des différents lieux fictifs. 

Un espace qui n'a pas à porter le poids d'une fonction représentative.

Un espace somme toute simpliste, qui doit laisser toute la place au jeu des comédiens, aux accessoires choisis, à la parole et, surtout, aux costumes (véritables éléments esthétiques du projet!) de Mélanie Potvin.

(Le logo de la compagnie qui trône sur la structure sera en bois sculpté. Le devant de la scène, lui, sera habillé - probablement de fanions rouges comme sur la maquette - selon ce que l'ensemble donnera en vrai.)

mercredi 20 avril 2016

Détour par Maïakovski


En pleine séance de lectures en vue de trouver le texte de la production estivale 2017 du Théâtre 100 Masques (il faut bien que les programmations s'établissent et se préparent!), je viens de me plonger dans un répertoire (d)étonnant issu de l'avant-garde russe du début du XXième siècle: celui de Vladimir Vladimirovitch Maïakovski (en voici une biographie).

J'ai une affection particulière pour la Russie, pour son théâtre révolutionnaire... et pour l'importance historique de celui-ci. D'ailleurs, ce blogue est rempli (et teinté) de cet intérêt... notamment par la multitude de références meyerhlodiennes. 

D'ailleurs, Maïakovski, poète et dramaturge futuriste, a véritablement surgi dans cette histoire après Octobre 1917 et fut l'auteur fétiche de Meyerhold (jusqu'à son suicide en 1930 à l'âge de  37 ans) pour qui il a écrit des oeuvres majeures comme Mystère-Bouffe, La Punaise et Les Bains. (Il m'en a fallu, du temps, pour que je m'attaque à celles-ci!)

Ce sont, en général, des charges à fond de train contre une bureaucratie et un fonctionnement politique ankylosés dans cette ère communiste promise - croit-on! - à un avenir radieux. On y houspille le profiteur, le parasite, le petit tyran, l'arrogant, le petit-bourgeois. Le monde change malgré les gens. C'est féroce. Moderne. Eh oui, avec le recul (et dans un contexte géo-politique différent), drôle, cynique. 

Ma préférence va vers Les Bains (cette pièce est appelée parfois Les Bains publics ou La Grande Lessive), sa pièce la plus comique: un inventeur de 1930 - qui a toutes les misères du monde à avoir l'oreille du directeur occupé à sa propre personne - met en marche une machine à voyager dans le temps et accueille, avec surprise, une femme phosphorescente venue de 2030 pour rapporter avec elle des spécimens originels de ce communisme béni qui a essaimé partout sur la planète.

Les Bains, mise en scène de Meyerhold, autour de février 1930

Les personnages sont grotesques. Les intrigues s'entrecroisent pour dresser un portrait caricatural d'un monde chamboulé. Le tout, entrecoupé d'une mise en abîme théâtrale (tout le troisième acte) fort intéressante. 

C'est donc, en quelque sorte, une découverte d'un répertoire stimulant. Maintenant, est-ce que ce sera un choix pour une production future? L'avenir le dira...