lundi 15 novembre 2021

Revendications théâtrales saguenéennes... en 1981!

Les années '70 et le début des années '80 peuvent parfois être considérées comme étant un âge d'or dans le théâtre québécois tant il est partout. Le théâtre, dans ce fort élan communautaro-collectif, est engagé, politique, revendicateur. Il se réclame d'art du peuple par le peuple pour le peuple. Il porte fièrement son titre d'amateur comme un gage de son caractère  populaire.

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, le théâtre est tout autant actif qu'ailleurs. Des compagnies naissent, se structurent et réclament haut et fort une attention vers ce qui se passe sur notre territoire... notamment dans la revue Jeune Théâtre (publiée par l'Association Québécoise du Jeune Théâtre qui remplace alors l'Association Canadienne pour le Théâtre Amateur... transition née d'une vision et d'une aspiration forte qui devrait faire l'objet d'un autre billet) qui se fait porte-voix de ses membres.

Il est bon de lire ces demandes d'il y a 40 ans (juillet 1981)... et de les mettre en perspectives avec aujourd'hui. Des acteurs sont toujours là. Tout comme des problématiques toujours présentes!




samedi 23 octobre 2021

Vous qui novice encore dans les jeux de Thalie

J'ai un peu perdu le fil de ce blogue au cours des dernières semaines au profit d'un automne extrêmement chargé - et malgré tout un peu morose dans le contexte actuel - où se sont enchaînés projets, cours, triple direction générale, etc. 

Mais je n'abandonne pas pour autant. La preuve!

Voici un beau petit morceau de littérature publié dans La Gazette de Québec, le 7 février 1805, Adresse aux jeunes acteurs. Malheureusement, l'article ne nous dira pas de qui est cette oeuvre... mais si je connais bien mon histoire, il s'agit de Joseph Quesnel qui publiera un Traité de l'Art dramatique. (J'ai déjà publié une bonne partie de ce texte en 2015.)

Ces quelques conseils aux apprentis comédiens ne sauraient être sans une mise en garde morale! 

samedi 2 octobre 2021

Et c'est reparti pour un nouveau spectacle de Noël!

 


C'est hier que s'est mise en marche la quinzième création de Noël du Théâtre 100 Masques. Une tradition instaurée en 2007... qui l'eût cru!

Comme à chaque année, j'ai cherché une trame narrative qui nous servira à élaborer le spectacle. Ainsi, par exemple, les dernières éditions ont toutes convoqué des oeuvres connues: Christmas Carol, Casse-Noisette, La petite fille aux allumettes, La Nativité. C'est dans cette veine que j'ai donc choisi d'utiliser ce conte - La Chasse-Galerie - comme base de travail. 

D'une part, parce que cette légende - des bûcherons qui se trouvent loin de leur famille et qui pactiseront avec le diable pour les retrouver - se déroule justement dans le temps des Fêtes (plus précisément, lors du réveillon du Jour de l'An mais nous n'aurons pas beaucoup de scrupule à devancer le tout d'une semaine!). 

D'autre part, parce qu'elle a une puissance pittoresque et folklorique qu'il sera amusant de triturer, des rebondissements qu'il sera possible de mettre en scène, des personnages qu'il sera facile d'y accoler. Bref, une matière riche qui nous permettra, en équipe de création, de nous éclater.

Mais de l'idée de départ à la présentation, il  y a de la job!

Il faut savoir que ces spectacles se créent chaque fois de la même manière... à savoir, à même le plateau. 

Au départ, il y a les chansons. Le Théâtre 100 Masques a, en banque, près d'une trentaine de cantiques de Noël parodiés. Une première sélection se fait donc parmi ceux-ci. Il y en aura, en tout, une douzaine (dont 2 ou 3 nouvelles). 

Ces chansons seront, en quelques sortes, les jalons de la représentations. La partie parlée étant tricotée de l'une à l'autre, pour les intégrer tout en maintenant une continuité fictionnelle.

L'ordre n'est pas établi d'emblée. Et il n'y a pas de texte de départ. Tout s'élabore en même temps que la mise en scène et la conception des décors et costumes. Propositions. Essais. Écriture. Correction. Ajout. Suppression. Nouvelle idée. Etc. 

C'est intense. 

Bien sûr, il y aura peaufinage de répétition en répétition pour aboutir, quelques temps avant la première, avec une partition complète en bonne et due forme. 

Peu d'improvisation lors des spectacles... sinon la possibilité d'intégrer des éléments accidentels. Malgré les apparences parfois bric-à-brac, tout est très travaillé. 

C'est donc reparti pour nous!

lundi 13 septembre 2021

Rare plaidoyer du XIXième siècle pour le théâtre!

Dans le journal La Minerve du 8 octobre 1864 parait, sous le pseudonyme Auguste Vérité (!), un rare plaidoyer pour le théâtre à cette époque où il est plutôt de bon ton de le décrier sur toutes les tribunes:



dimanche 12 septembre 2021

Un autre spectateur anonyme

Dans cette seconde moitié du XIXième siècle - pétrie de moralité et de relent d'ultramontisme - les articles contre le théâtre sont nombreux. Ce blogue en est d'ailleurs rempli! 

J'avoue que j'éprouve un malin plaisir à débusquer ces morceaux de littératures où la verve est flamboyante, les images sont fortes et où l'âme humaine est en voie de perdition

Comme cet autre Spectateur (souvent anonyme!) qui publie, dans le Journal de Québec du 23 janvier 1892, son opinion sur une pièce donnée au Théâtre des familles (le dernier paragraphe est savoureux!): 



samedi 11 septembre 2021

De cours de diction en cours de théâtre

Pendant de nombreuses années, au Québec, dans la première moitié du vingtième siècle (jusqu'au milieu des années '50), les principales formations théâtrales existantes et disponibles  étaient ces cours particuliers, généralement axés sur la diction... qui utilisait alors l'art dramatique comme outil pédagogique.

La plus célèbre de ces écoles était celle de Mme Audet dont j'ai déjà parlé ici.

Voici donc, comme bref exemple de ce qui s'offrait (et comment le tout était présenté), un ensemble de publicités parues dans le seul Radiomonde du 15 septembre 1947 (que je feuilletais pour trouver un autre article):








lundi 6 septembre 2021

Une opinion tranchée sur le théâtre canadien

Voici une opinion très tranchée - presque un manifeste! - sur le théâtre canadien (entendre ici canadien-français) de ce premier quart du vingtième siècle parue dans la revue La Lyre d'octobre 1924:

dimanche 5 septembre 2021

De la chute qu'il a faite jusqu'à l'ascension qu'il aurait dû faire... telle est la crtitique dramatique!

Dans l'édition du 13 août 1913 du journal Le Nationaliste, il y a - sous la plume de Paul Hame(lin?) - cet article à propos de la critique dramatique. L'auteur y défend une thèse étonnante... :

Il est fort intéressant d'avoir ces différents points de vue - souvent contradictoires..! Si, par exemple,  pour le présent auteur, il faut être indulgent... de nombreux autres praticiens et journalistes réclament, à cette même époque, une plus grande rigueur de la part de cette dite critique dramatique!

samedi 4 septembre 2021

Une représentation chaotique

Le Soleil du 14 novembre 1933 fait le compte-rendu d'une représentation pour le moins chaotique... et humiliante pour le pauvre comédien concerné! Ah les affres du théâtre et de la critique...


Après la lecture de ce petit article, le succès annoncé dans le titre ne semble vraiment pas si évident...

dimanche 29 août 2021

La censure... selon Claude Gauvreau


Dans sa pièce Les oranges sont vertes, Claude Gauvreau écrit, pour son personnage Yvirnig, une longue réplique sur ce que représente la censure:

YVIRNIG
La censure? La censure! La censure, c'est la gargouille qui vomit hideusement son plomb liquide sur la chair vive de la poésie! La censure, c'est l'acéphale aux mille bras aveugles qui abat comme un sacrifice sans défense chaque érection de sensibilité délicate au moyen de ses moulinets vandales. La censure, c'est l'apothéose de la bêtise! La censure, c'est le rasoir gigantesque rasant au niveau du médiocre toute tête qui dépasse! La censure, c'est la camisole de force imposée au vital! La censure, c'est la défiguration imprégnée sur la grâce par un sourcil froncé saugrenu! La censure, c'est le saccage du rythme! La censure, c'est le crime à l'état pur! La censure, c'est l'enfoncement du cerveau dans un moulin à viande dont il surgit effilochement! La censure, c'est la castration de tout ce qu'il y a de viril! La censure, c'est la chasse obtuse à la fantaisie et à l'audace illuminatrice! La censure, c'est la ceinture de chasteté appliquée à tout con florissant! La censure, c'est l'interdiction de la joie à poivre! La censure, c'est le morose enduisant tout! La censure, c'est l'abdication du rare et du fin! La censure, c'est la maculation et le hachage en persil de l'unique toujours gaillard! La censure, c'est  l'abdication de la liberté! La censure, c'est le règne ignorantiste du totalitarisme intolérant envers tout objet qui n'est pas monstruosité rétractile! La censure, c'est l'injure homicide à la loyauté des sens! La censure, c'est le pet par-dessus l'encens! La censure, c'est l'éteignement de l'esprit! Où il y a censure, serait-elle la plus bénigne du monde, il n'y a plus qu'avortement généralisé. La censure, c'est la barbarie arrogante. La censure, c'est le broiement du coeur palpitant dans un gros étau brutal! Oui, mille fois oui, la censure c'est la négation de la pensée.

Ce cri du coeur, écrit en 1958, résonne comme un puissant écho au Refus Global (qui date, lui, de 1948) dont Gauvreau était aussi l'un des signataires...

samedi 28 août 2021

Une Phèdre «in-yer-face»

Je poursuis la lecture des différentes versions du mythe de Phèdre et d'Hippolyte qui changent, de fois en fois, la vision toute racinienne que j'en avais!


L'Amour de Phèdre de Sarah Kane en est l'une des plus récentes (1996). C'est là une Phèdre qui décoiffe et qui déconcerte! Mais pouvait-il en être autrement? 

Sarah Kane, dramaturge du Royaume-Uni de la toute fin du vingtième siècle qui a profondément marqué le théâtre contemporain avec seulement cinq pièces (et son suicide en 1999), est l'une des figures principales de ce théâtre qualifié de In-Yer-Face. 

Pour bien saisir de quoi il retourne, voici une (juste) description du genre prise sur Wikipédia: L’une des caractéristiques majeures de ce théâtre est de provoquer l’inconfort – visuel, mais aussi physique – du spectateur. L’intensité et la crudité sont telles que le spectateur doit avoir le sentiment que son espace personnel est menacé et son intimité violée. Les dramaturges de cette génération ont tous en tête la tradition du Théâtre de la cruauté d'Antonin Artaud, qui, dans Le Théâtre et son double, affirme que « tout ce qui agit est cruauté. C’est sur cette idée d’action poussée à bout et extrême que le théâtre doit se renouveler. » C’est là une conception que le théâtre in-yer-face reprend à son compte, avec l’idée selon laquelle, comme chez Artaud, l’acteur doit brûler les planches comme un supplicié sur son bûcher.  Cela passe avant tout par une langue vulgaire, de nombreuses insultes à caractère souvent sexuel ou scatologique, des images choquantes montrant une souffrance insupportable, du sang et de la violence. Ces pièces respectent généralement un format de quatre-vingt-dix minutes sans entracte, afin de garder toute leur intensité et de ne pas perdre l’attention du spectateur.

Bref, chaque pièce est un solide coup de poing reçu par le public.

Que vient donc faire Phèdre dans cette galère? Simple. Elle est en manque de sexe et en parle avec son psychiatre. Parce qu'elle n'a d'yeux que pour son beau-fils, Hippolyte, toujours enfermé dans sa chambre-dépotoir à baiser tout ce qui bouge. Elle le veut. Les échanges entre les deux seront crus, directs, sans ambages. Hippolyte - parfaitement nihiliste - sait son pouvoir sur elle. En joue. La méprise. Se méprise. Thésée (toujours absent), revient et Phèdre, pour se venger du fils qui la rejette, l'accuse de viol. Sous les ordres de son père, il est pris dans une barbare orgie de sang qui se termine par la mort frénétique de tous les protagonistes. Fin. 

Ce résumé semble placer cette version à mille lieues de la version antique... et pourtant, elle en conserve la même charge entre les personnages bien que cette fois, les sentiments sont remplacés par un  amour violemment génital et sexuel. Le sexe de cette pièce remplace les dieux des versions antérieures.

mercredi 25 août 2021

De retour à l'UQAC


Je reprendrai le chemin de l'UQAC au cours de la saison automnale pour donner (comme je le fais à tous les deux ans depuis 2013... ce qui me porte à ma cinquième fois) le cours Analyse dramaturgique du théâtre québécois.

Un cours que j'aime bien.

Qui a pour but de tracer l'histoire du théâtre au Québec (de la Nouvelle-France à aujourd'hui) et de voir comment les oeuvres et la pratiques ont cheminé, comment les institutions ont pris naissance, comment la professionnalisation s'est faite.

Cette histoire est une succession d'embûches et de défis. Avec de grandes étapes, des âges d'or, des vides.

À travers elle, il est possible de définir les grands axes thématiques de ce théâtre... souvent associés à l'évolution même de la société. Des récurrences liées à notre réalité. Des grands courants. 

Puis enfin, il y a tous ces textes, tous ces auteurs, tous ces artistes qui ont marqué ce fil temporel...

Une partie du cours est aussi consacrée à l'approche dramaturgique du texte, tant l'ancien que le contemporain: sa construction, son analyse, sa signification, son potentiel théâtral.

Bref, c'est comme ce blogue... mais en 15 rencontres de trois heures! :)