vendredi 11 février 2022

Ouche!

 


Erwin Piscator est l'une des grandes figures de la mise en scène de la première moitié du vingtième siècle. Sa pratique théâtrale se situe aux limites du théâtre politique et de propagande, avec une forte introduction, en scène, des nouvelles technologies de l'époques (entendre ici la radio, la projection, le cinéma). 

Il faut aussi rappeler, pour bien comprendre le commentaire qui suivra, que l'Allemagne de cette époque (on parle des années 1915-1930) est celle des fameux cabarets (le cabaret berlinois est presque devenu mythique) et des revues (ces spectacles présentant des successions de numéros - sketchs, chants, poésies -construits sur l'actualité récente). 

Bref, à l'avènement de Piscator et de ses spectacles-manifestes hybrides joués souvent par des professionnels mésadaptés à ce style ou encore par des non professionnels, les critiques théâtrales se divisent. Certains crient au génie... alors que d'autres se feront plus virulents... comme ce petit commentaire acerbe enfoui dans un compte-rendu du spectacle Hop là! Nous vivons! publié - si je comprends bien - en 1927 dans le Tägliche Rundshau:

Lorsqu'on voulait résumé en un seul mot
tout la dégénérescence de notre théâtre
on disait «revue».
Ce mot est remplacé depuis samedi par un autre:
«Piscator». 

Et vlan dans les dents. 

mercredi 9 février 2022

Que dirait Piscator aujourd'hui?


Parmi les grands metteurs en scène du vingtième siècle, il y en a un qui me reste relativement méconnu: Irwin Piscator (1893-1966), grand révolutionnaire de la scène allemande. Son travail, proche de l'agit-prop, se nourrit de l'actualité et du politique tout en introduisant, dans ses spectacles, ces nouveaux médias que sont la radio et le cinéma. 

C'est donc avec beaucoup d'intérêt que je plonge dans son ouvrage Le théâtre politique, paru en 1962 chez L'Arche Éditeur

Dès le début, page 54, il y  va de cette constatation (faite en 1924!) qui me fait me demander ce qu'il penserait, ce qu'il dirait du monde d'aujourd'hui, de sa société, des médias sociaux: 

L'actualité attire les gens plus qu'à aucune autre époque, notre actualité étant plus colorée, plus romantique, plus dramatique que tout ce que peut imaginer un poète. La révolution sociale est à l'ordre du jour, et exige, inexorablement, qu'on tienne compte d'elle. Elle ne se laisse plus ignorer. Elle dirige l'heure présente. Elle fait sortir de leurs derniers refuges, en les effarouchant, les rêveurs livides, les grands imaginatifs peureux qui se détournent du monde; elle arrache la plume des mains de tous ces «écrivains de métier», elle compose d'elle-même le drame effrayant, violent, héroïque de notre vie.

mardi 8 février 2022

Comment vider une salle en deux minutes

 Voici quelques conseils de sécurité, parus dans l'Annuaire Théâtral en 1908:



lundi 7 février 2022

Pisse-vinaigre théâtral

Il n'y a pas à dire: les journaux du début du XXe siècle se livrent à une véritable guerre de moralité à propos du théâtre. Et à ce petit jeu, certains y vont de petites remarques assassines qui sont, quelques cent ans plus tard, fort suaves:


Ce petit encadré vitriolique est paru le samedi 24 juillet 1909 dans le très modéré (!) journal La Vérité. Voici, en complément, une image de ce théâtre prise sur le site de BANQ:

dimanche 6 février 2022

Au théâtre, cette semaine! [Du 6 au 12 février 2022]

 

Cette semaine marque la réouverture des différents lieux de diffusion partout au Québec, avec des jauges réduites de moitié. Le théâtre pourra donc retrouver son public. Bientôt.

Encore une fois, plusieurs compagnies sont en plein travail... 

Mais ça commence, tout doucement.

JEUDI 10 FÉVRIER 2022 - 19H30
SALLE P0-5000 (UQAC), CHICOUTIMI


Bon. Ce n'est pas du théâtre à proprement parler... mais quand on connait la place que prend Shakespeare dans les conférences de Mustapha Fahmi, la promotion de cet événement tombe sous le sens! 

PENDANT CE TEMPS...

Les inscriptions pour les ateliers du Théâtre 100 Masques, du Théâtre La Rubrique et de l'Imprévu Improvisation sont en cours pour une session d'hiver qui débutera plus tard que prévu! Visitez les pages Facebook de chacun de ces organismes pour les détails.

samedi 5 février 2022

Théâtre français et nationalisme

La question de la langue française a été prédominante dans la petite histoire du théâtre au Québec. Au XVIIIe siècle et ses tentatives sporadiques de s'implanter dans les villes. Au XIXe siècle dans la foulée des grandes tournées. À la fin de ce même siècle et au début du XXe avec le premier âge d'or du théâtre et une professionnalisation sur le tas de multiples artistes et troupes... 

Le théâtre français a fait couler beaucoup d'encre teintée de nationalisme! Pour qu'on le développe. Pour qu'on le soutienne. Pour qu'on le mette en valeur. Question de survie d'un peuple.

Comme dans cette édition de mai 1928 de la Revue musicale, artistique et littéraire illustrée - Canada qui chante... dans un article (un peu montréalocentriste déjà!) publié rédigé par le directeur littéraire Raoul Léry:


jeudi 3 février 2022

De l'importance de voir ce que font les autres...

 

Je suis plongé, présentement, dans Le gai savoir de l'acteur de Dario Fo, publié en 1990 chez L'Arche. Il y avait longtemps que je voulais le lire et avec la prochaine production du Théâtre 100 Masques pour l'été 2022 (qui s'inspirera du jeu masqué et de la commedia dell'arte), c'était devenu un incontournable.

Mais outre les nombreuses (et intéressantes) pages sur la pratique, il y a aussi de très nombreux passages sur la formation, sur cet apprentissage du théâtre qui ne s'arrête jamais. Dont celui-ci, sur l'importance de voir ce que font les autres pour apprendre d'eux:

[...] La pratique, au théâtre, s'acquiert non seulement en jouant soi-même, mais aussi en allant voir comment font les autres, surtout les hommes de théâtre qui ont beaucoup d'expérience en plus du talent. J'ai personnellement acquis les bases du métier en allant me poster, tous les soirs, pendant des mois, dans les coulisses pour épier les acteurs les plus habiles des troupes de varietà où j'ai débuté. Je m'adresse surtout aux jeunes acteurs: apprenez en lorgnant au besoin par la coulisse, même si le directeur de scène s'énerve, même s'il vous éjecte. Restez là, observez l'acteur le plus professionnel, le vieux routier. Tâchez de découvrir comment il fait, comment il se sort des difficultés, comment il se démène, comment il «arrange» le texte selon la réponse du public, comment il impose le rythme, comment il place les pauses et les contretemps. Croyez-moi, c'est la plus grande école de théâtre qu'on puisse fréquenter.

Je crois que cela vaut autant pour le metteur en scène que pour le concepteur... tant jeune que vieux. 

mercredi 2 février 2022

Quand le sou du pauvre ne fait pas l'affaire...

Dans l'article d'hier, il était question de l'instauration, en 1915 d'une taxe d'un sou par billet acheté destinée à l'Assistance publique ou aux hôpitaux et organismes de charité. Cette taxe portait le joli nom de sou du pauvre.


Dans les archives, cette taxe revient souvent... et souvent, parce qu'elle est décriée par les directeurs de théâtre ou par différents groupes qui auraient aimé mettre la main sur le petit pactole.

Mais ô surprise... il y a aussi ce type de controverse quand une congrégation religieuse refuse le montant qui leur est octroyée (par le gouvernement) sous prétexte que cet argent vient du sale théâtre! Ah l'Église... 

Une petite histoire rapportée par Le Franc-Parleur du 28 octobre 1916:


Admirez, en terminant, le beau jeu de mot... 

mardi 1 février 2022

Le sou du pauvre

 En 1915, la Cité (que je suppose être Montréal)bien qu'il semble que la pratique se se soit déployée dans d'autres villes) impose pour le bénéfice de l'Assistance publique, une taxe d'un sou - le sou du pauvre - par billet vendu dans les lieux d'amusements, comme les théâtres et les cinémas. Voici ce qu'en dit La Presse du 24 mars 1915:

Plus éclairant encore cet article paru dans Montréal qui chante, en mai 1915:

Cette pratique perdurera un bon bout de temps si je me fie aux articles où il en est encore question au milieu des années 30 et même dans quelques articles des années 50! 

Et tout ça n'est pas passé comme une lettre à la poste! Loin s'en faut!

En fait, je ne sais pas comment tout ça s'est terminé... Recherches à venir!

lundi 31 janvier 2022

Encore Ruz(z)ante

 


Dans le billet d'hier, je parlais de ma découverte de quelques oeuvres d'un célèbre auteur-acteur (comme Shakespeare, comme Molière) italien de la première moitié du XVIe siècle: Angelo Beolco dit Ruzante (ou Ruzzante), du nom de son personnage de paysan vif d'esprit et agile de corps qui inspirera, pour plusieurs, les contours du personnage d'Arlequin.

Toujours est-il que j'ai lu d'une traite son Anconitaine et Bilora. Deux courtes pièces dynamiques, proches du ton des farces françaises, amusantes, féroces, et d'une liberté assez prodigieuses. Autre temps, autres moeurs!

Aujourd'hui, la poste m'en apporte deux nouvelles (car oui, je suis un acheteur compulsif dans les bouquineries francophones un peu partout dans le monde au point où mon bureau est maintenant trop petit!): Les vilains (d'après Ruzante... mais je ne suis pas certain que ce soit de lui) et La Moscheta.

Une bonne découverte! 

Petit passage obligé par la bible du théâtre, Le Dictionnaire encyclopédique du théâtre de Michel Corvin:

Ruzante ou Ruzzante, pseudonyme d'Angelo Beolco (Padoue, vers 1502-1542). Auteur dramatique, acteur et metteur en scène italien.

[...]Un statut familial et social un peu marginal, une connaissance directe du monde paysan, telles sont les deux conditions qui vont déterminer le sens de son activité théâtrale; la troisième est l'expérience de la scène, car Beolco est aussi acteur et organisateur de spectacles, à la tête d'un groupe d'amis [...] qui constituent une troupe semi-professionnelle. Dans ce cadre Beolco «invente» et développe le personnage auquel son nom est associé [...].

[...] Beolco transcende ses modèles [note: des auteurs du passés] en conférant une évidence et une puissance scénique inouïes à l'univers paysan et à son protagoniste. Certes ce théâtre est fondamentalement ambigu de par sa finalité même: divertir un public citadin, aristocratique et cultivé aux dépens d'un monde et d'une langue (le dialecte padouan) subalternes. Mais cette ambiguïté même autorise une liberté de langage que l'auteur-acteur exploite jusqu'à dénoncer, parfois violemment, la misère des paysans et les vicissitudes historiques que traverse la campagne padouane (guerre, disette, épidémies).

Entre 1617 (dernière édition expurgée des pièces) et la fin du XIXe siècle [...], l'oeuvre connaît une longue éclipse [...]

[...] De toutes ces expériences [note: sur la langue, les dialectes, la forme en vers ou en prose, les monologues, les différents types de comédies], la plus originale est l'invention du «dialogue» dont le schéma souple et libre continue de fasciner les metteurs en scène contemporains.

Voilà. J'y retourne.

dimanche 30 janvier 2022

Ruzante ou le précurseur de la commedia dell'arte

Au fil de mes lectures thématiques portant sur la commedia dell'arte, je suis tombé à quelques reprises sur le nom d'un dramaturge italien du XVIe siècle: Angelo Beolco dit Ruzante (vers 1496-1542), du nom de son personnage fétiche qui revient de pièce en pièce.

Inutile de dire qu'il m'était parfaitement inconnu!

Mais s'il est important et significatif, c'est qu'il serait, en quelque sorte, l'auteur originel, le précurseur, à avoir donné, d'une certaine façon, les canevas et les personnages types qui feront la commedia dell'arte quelques années après sa mort, le 5 février 1545, à Padoue, quand huit comédiens signeront un contrat pour créer la première troupe de comédiens professionnels.

À bien des égards, Ruzante peut être considéré comme étant le premier à avoir posé les règles de la comédie « savante », professionnelle. En effet, en pleine Renaissance, seuls les dramaturges du théâtre antique et les grands auteurs contemporains ont pignon sur rue. Les farces populaires sont totalement méprisées, car « non parfaites ».

Ruzante, de son vrai nom Angelo Beolco, va alors écrire les premiers canevas de l’histoire. Ceux-ci vont refléter les nouveaux rapports entre les citadins, plus riches que jamais, et les paysans, évidemment plus pauvres. C’est ainsi qu’il va fixer les traits d’un des personnages les plus connus de la Commedia dell’arte : le paysan malin, une sorte de bouffon, fantasque, truculent, s’exprimant dans un dialecte padouan aux accents ridicules. L’on reconnaît là le célèbre Arlequin. (Commedia dell'arte: D'Arlequin à Molière)

Je me suis commandé quelques pièces de lui, dont L'Anconitaine et Bilora, écrites autour de 1530. C'est très drôle. Vif. Avec des personnages au fort potentiel comique, tenant des discours (en de longues répliques) qui frappent. Un peu comme le font ceux des farces médiévales et des premières comédies françaises de la Renaissance. Bien sûr, tout le jeu des dialectes ne passent guère la rampe de la traduction... mais ça donne quand même une bonne idée de la teneur de ses pièces!

Au théâtre, cette semaine! [Du 30 janvier au 5 février 2022]

 

Ça devrait être la dernière semaine de confinement du milieu théâtral alors que les salles pourront rouvrir à compter du 7 février 2022! Donc, pour les prochains jours, il n'y a encore rien à présenter au public... mais ça travaille!