dimanche 22 mars 2009

La semaine théâtrale

Bon, bon, bon... Quoi de neuf sur nos scènes saguenéennes en cette première semaine du printemps...

Vendredi - 27 mars 2009
Place du Royaume (près de la fontaine), 19h


En ce jour de la Journée Mondiale du Théâtre, le Théâtre C.R.I. vous convie (de même que toute la population) à venir célébrer le théâtre en assistant, à une lecture de textes par une équipe de 10 comédiens: Guylaine Rivard, Patrice Leblanc, Josée Gagnon, Josée Laporte, Marie-Noelle Lapointe, Mélanie Potvin, Serge Potvin, Patrick Simard, Sara Moisan et Maryline Renaud.

Et c'est tout... ?!

samedi 21 mars 2009

«Lettre à une jeune comédienne» par Gaston Baty


Voici une lettre parue (trouvée dans L'Art du théâtre d'Odette Aslan) en 1953 par Gaston Baty - grand metteur en scène français membre du fameux Cartel qui a réformé l'art dramatique en France - qui, tout en s'adressant à une jeune femme intéressée par la scène, n'en demeure pas moins une grande illustration de ce qu'implique une vie théâtrale...

Petite mademoiselle,

Votre mère était mon amie d'enfance, vous vous souvenez de m'avoir vu quand vous étiez toute petite, et là-dessus vous me témoignez d'emblée une confiance qui m'embarrasse autant qu'elle me touche. Je ne la mériterai qu'en vous répondant comme je l'aurais fait à votre mère, sans hésiter à risquer de vous faire quelque peine.

Vous avez joué Esther au Sacré-Coeur, Les Romanesques chez les Ligier-Deschamps et La Bergère au pays des loups pour les oeuvres de Mme de Sibeins; vous avez pris des leçons de diction avec le brave père Montorgueil, «ex-artiste des théâtres de Paris»; la société de notre petite ville vous reconnaît du talent et le nom «d'artiste» ne lui cause plus l'horreur que je lui ai connue quand je l'ai quittée il y a quelque quarante ans; vous avez lu tous les classiques de la bibliothèque et la Petite Illustration; vous avez rêvé les plus belles représentations du monde. Il est normal que vous soyez intoxiquée et ne pensiez plus qu'au théâtre.

Il n'est pas carrière plus incertaine. Je ne crois guère au génie méconnu. Un écrivain, un menuisier, un peintre sont seuls devant leur tâche: leur oeuvre ne dépend que d'eux-mêmes. Mais le comédien dépend des autres, il faut qu'il soit distribué pour avoir la possibilité de s'affirmer; il faut ensuite que le metteur en scène ne se trompe pas sur lui, ne l'aiguille pas à tort vers un emploi auquel, s'il y était simplement convenable, il resterait condamné. Il y a peut-être des acteurs inconnus qui avaient autant de talent que les plus illustres et n'ont jamais pu le montrer. Le hasard joue chez nous, plus souvent qu'ailleurs, un rôle assez affreux.

Vous n'avez pas peur, bien sûr, et vous êtes prêtes à courir votre chance? Voyons un peu ce qu'est cette «chance» là.

Vous êtes de trop bonne souche pour être attirée par quelque désir, même inconscient, d'exhibitionnisme. Vous êtes trop cultivée - et les poèmes que vous m'envoyez prouvent trop de dons littéraires - pour que vous n'ayez pas d'autres moyens de vous exprimer que de jouer la comédie. C'est donc un troisième mobile qui vous pousse, le plus authentique et celui qui fait les plus grands: vous vous sentez trop au large dans votre peau et vous avez besoin de vous ajouter des personnages imaginaires: trop-plein de sensibilité dans une personnalité déficiente.

Supposons que tout aille pour le mieux. Vous jouez très vite des rôles important et qui vous conviennent. Vous voilà en pleine euphorie. Mais à chaque création nouvelle, votre personnalité déjà bien mince s'amenuise chaque fois davantage. Vos créatures vivent de vous, et plus votre talent est vrai, plus complètement vous vous donnez à elles! Joyeusement d'abord. Puis pour avoir trop joué de scènes d'amour, vous serez incapable d'aimer dans la vie; si vous vous y appliquez, ce ne sera qu'un rôle encore, votre moins bon sans doute, et vous ne l'ignorerez pas. Quand vous aurez conscience que vos personnages vous auront absorbée vous serez prise de panique: les vedettes ont souvent mauvais caractère parce qu'elles croient affirmer ainsi une personnalité, qu'elles savent bien ne plus avoir. Leurs exigences saugrenues, leurs volontés toujours changeantes et toujours impératives, camouflent leur indécision; autoritaires et inconstantes, leur vanité n'est qu'un aveu qu'elles ne peuvent plus avoir d'orgueil. On les trouve odieuses ou ridicules; au vrai, elles sont pitoyables.

L'âge viendra vite. Vos rôles les plus jeunes ne serons pas longs à ne plus vouloir de vous. Le public, qui va perdant en qualité ce qu'il gagne en nombre - le plus élégant est le plus grossier, et le plus cérébral le moins sensible - a de cruelles exigences que lui a données le cinéma. Mlle Mars jouait Agnès, la soixantaine passée; une salle d'aujourd'hui emboîterait Mlle Mars. Un soir, on rira parce qu'une réplique dira que vous avez vingt ans. Un rôle mort. Une autre soir, une plaisanterie fusera parce qu'une réplique dira que vous êtes belle. Un autre rôle mort. Un autre, un autre, un autre. Et quand vous serez une grosse dame alourdie de graisse ou une maigre - tête de momie sur faisceau de tendons - quand vos rôles qui vous tenaient lieu de vous-même, vous auront tous abandonnée, vous ne serez pas seulement seule, vous ne serez plus personne.

Réalisez bien cela, petite Mademoiselle. Se vouer au théâtre - si l'on n'est pas seulement une employée, un rouage, mais une vocation - c'est accepter cette fin-là. Ce qu'on appelle une «bête de théâtre», c'est une victime marquée pour le sacrifice.

Cela dit comme je le devais, si, sachant bien ce que vous faites, vous décidez de le faire, comptez que je vous aiderai de mon mieux à monter à l'autel.

Disposez de votre vieil ami.
Gaston Baty

P.S. - Je me relis e tout n'est que trop vrai. Une vie au théâtre, surtout d'une femme, va vers cette fin-là. Mais en dehors du théâtre, est-il une vie?

Paroles, paroles...


Petite citation de Charles Gounod (trouvée dans le recueil d'Aslan, L'Art du théâtre dont j'ai déjà parlé), compositeur français (1818-1893) et auteur de nombreux opéras... et qui s'y connaît donc en expression vocale... base de l'opéra comme du théâtre!

L'articulation est la forme extérieure et sensible du mot; la prononciation en est la forme intérieure et intelligible. C'est l'oreille qui perçoit le mot articulé; c'est l'esprit qui perçoit le mot prononcé. Il est facile, par là, de comprendre tout ce que la négligence en matière de prononciation enlève d'expression et, par conséquent, d'intérêt à une phrase musicale. En un mot, l'articulation est le squelette de la parole, c'est la prononciation qui en est l'âme et la vie.
(Mémoires d'un artiste)

Petit hommage à ce compositeur avec cette version de 1950, par Mark Osipovich Reizen, de son Faust (Acte II) composé en 1859...

vendredi 20 mars 2009

Intention de recherche pour les études doctorales (présentée - et en attente! - à l'Université Laval)


NÉO-MANIÉRISME MEYERHOLDIEN : conjugaison de la théâtralité et de la performativité pour répondre aux questions soulevées par la mise en scène de l’écriture actuelle

Problématique de recherche

Le bouleversement qu’a connu le théâtre de la fin du XIXième siècle remodela le visage de la dramaturgie de l’époque par la mise en crise de tous les éléments constitutifs du drame absolu[1] – fables, actions, personnages – et posa nombre de questions aux praticiens de ce temps :

- Comment aborder le texte «nouveau» ?
- Comment celui-ci doit-il ou saura-t-il entraîner un renouvellement de la pratique ?
- Comment le faire entendre ?
- Comment lui donner un sens, une portée forte ?
- Comment le rattacher à la scène ?
- Comment former l’acteur pour atteindre de tels objectifs ?
- Comment concevoir le travail de tous les artisans d’un spectacle régi par cette nouvelle écriture ?
- Comment, finalement, combler le gouffre qui sépare le texte de sa réalisation scénique ?

Ces fluctuations dramatiques s’accélérèrent et se bousculèrent tout au long du XXième siècle (réalisme, naturalisme, symbolisme, absurde, etc.) jusqu’à aujourd’hui, où le texte, complètement décloisonné, semble subir et/ou tirer sa force d’un éclatement radical de chacune de ses composantes – alliant désintégration et recomposition des personnages[2], de la fable, de l’action[3] – ce qui place les metteurs en scène contemporains devant la même problématique que leurs prédécesseurs : comment transposer ces «décombres» littéraires dans une réalité scénique cohérente ou, à tout le moins, sémiologique?

Et reprend la ronde des questions…

L’une des réponses possibles réside, selon moi – et ici s’inscrit mon champ de recherche pour les études doctorales (tant pratique que théorique) – en une formalisation scénique systématique de l’argument écrit, en l’exacerbation signifiante et concrète de la théâtralité et de la performativité.

Théâtralité versus performativité

La théâtralité… Barthes la définit ainsi : «C’est le théâtre moins le texte, c’est une épaisseur de signes et de sensations qui s’édifie sur la scène à partir de l’argument écrit[4]

En d’autres termes, c’est le langage concret de la scène. C’est le discours visible qui s’élabore en mimétisme, en complémentarité, en parallèle ou en opposition avec le discours audible. Elle englobe un grand nombre de vecteurs différents[5] concentrés en un même lieu pour une stylisation de la vérité scénique.

Enfin, «on peut aussi parler de théâtralité à propos de la présence, dans la représentation, de signes qui disent clairement la présence du théâtre[6]».

D’autre part, dès que la scène fait place à la présence de l’acteur, la performativité – qu’on pourrait minimalement définir par la réalisation d’une idée par les sens – prend le pas. L’acte performatif s’inscrit contre la théâtralité qui crée des systèmes, du sens et renvoie à la mémoire. Là où la théâtralité est davantage liée au drame, à la structure narrative, à la fiction, à l’illusion scénique qui l’éloigne du réel, la performativité (et le théâtre performatif) insiste davantage sur l’aspect ludique du discours sous les multiples formes visuelles ou verbales. […] Elle impose le dialogue le dialogue des corps, des gestes et touche la densité de la matière.[7]

Il s’agit donc, par cette intention de recherche, de concilier les deux notions en une structure scénique simple, forte et efficace.

Position personnelle dans l’espace de la pratique actuelle

C’est dans une perspective de formalisation radicale - soutenant le passage du texte contemporain à sa mise en scène performative - que ma pratique s’élabore, prenant principalement appui sur les écrits et les conceptions artistiques de Vsevolod Emilievitch Meyerhold.

S’insurgeant contre ce qu’il considérait, à l’époque, comme un cul-de-sac artistique, soit le naturalisme, il s’est attaché à rehausser la performativité de l’acteur[8] et à jeter les bases d’un théâtre de la convention consciente pour redonner à la scène ce qu’elle avait délibérément mis de côté : sa théâtralité.

Il peut donc être question, dans ce cas, de maniérisme : une recherche formelle avec exacerbation de la réalité, de la couleur, de l’effet.

Et si les notions de ce praticien, valables dans les années du symbolisme et de ses suites (1920-1930), étaient toujours des réponses convenables aux problèmes dramatiques actuels ? Et si ce que je considère être l’une des réponses possibles à la pratique contemporaine puisait sa source dans ce passé bouillonnant ? Et s’il s’agissait de néo-maniérisme meyerholdien ?

Le néo-maniérisme meyerholdien

Le néo-maniérisme meyerholdien devrait être, en quelques sortes, un renouvellement et/ou un dépassement des théories d’avant-garde du metteur en scène russe.

Bien que tous les éléments scéniques traditionnels devraient s’y retrouver, ceux-ci seraient tout d’abord au service du plateau, de la forme, de la plasticité, de l’effet (c’est-à-dire de signe et non pas d’illusionnisme) créateur de sens… à partir essentiellement de l’argument textuel et d’un nouveau rapport performatif de l’acteur.

Il reviendrait globalement, à l’instar de sa source, à concevoir le texte contemporain comme tissu émotif générateur de théâtralité, le corps et l’acteur comme principaux émetteurs et exécuteurs de celle-ci (donc soutenus par la performativité) et la scène comme support physique servant à les mettre en valeur.

Mais où se situe alors le glissement, le dépassement, le renouvellement qu’on est en droit d’attendre de celui qui s’inscrit dans un courant vieux de cent ans ?

Contrairement à un déploiement de tous les artifices susceptibles de provoquer la théâtralité, le néo-maniérisme meyerholdien tend, selon moi, en cette ère de mutation technologique et d’interdisciplinarité des arts, vers une recherche de pureté, un fondamentalisme artistique. Être néo-maniériste, dans mon cas, c’est marquer et imprimer à la représentation la présence constante et créatrice de la théâtralité simple (articulée par le comédien-performateur) et efficace, amplificatrice de la littéralité. En d’autres mots, le recours aux spécificités du théâtre (comme par exemple, la maîtrise du jeu corporel, du jeu choral, de la diction, du corps dans l’espace, de sa plasticité) comme canevas pour le texte contemporain permet à ce dernier de se faire entendre sans autre distorsion provoquée par les «arts annexes» (musique, vidéo, peinture, danse, photographie, cinéma, infographie, etc.), de passer directement de la scène au spectateur.

Le néo-maniérisme meyerholdien c’est, en quelques sortes, une réduction à l’essentiel qui passe par une élaboration du vide.

Notez que néo-maniérisme peut se rapprocher (et se rapprochera sûrement !) d’un concept plus actuel[9], plus contemporain, celui de théâtre post-dramatique que Hans-Thuies Lehmann définit ainsi : «Le théâtre post-dramatique, au lieu de représenter une histoire avec des personnages qui apparaissent et disparaissent en fonction de la psychologie de la narration, combine des styles disparates, fragmentaires. Il s’inscrit dans une dynamique de la transgression des genres.[10]»

Même engouement pour la plastique de la scène et des corps. Même enthousiasme pour l’éclatement, la reconstruction, l’emprunt et l’unification de systèmes de conventions disparates. Même passion pour la recherche de solutions physiques qui donnent un souffle scénique au texte contemporain. Toutefois, si le théâtre post-dramatique se veut être une quête de l’absolu de l’être dans la foulée d’Antonin Artaud, une mise en scène des pulsions, une «combustion de la chair et des phantasmes», le néo-maniérisme meyerholdien se trouve encore résolument ancré dans le champ dramatique (et en cela peut-être plus proche du concept de théâtre performatif tel que définit par Féral), de la mise en scène des forces en action, de mécanismes internes du théâtre. Si l’un est porté vers l’intériorité, l’autre s’extériorise pour s’offrir au spectateur.

Avant-projet de recherche-création

Avec la constitution d’une troupe permanente rompue à la recherche et à l’exploration et par le biais de la production de trois spectacles à partir de textes contemporains[11] (et d’une thèse s’y adjoignant), j’approfondirai et jetterai les bases de ce néo-maniérisme meyerholdien – qui sous-tend possiblement une nouvelle dénomination, le maniérisme pouvant, à la longue, subir un glissement sémantique qui lui serait défavorable – et je démontrerai son articulation et les réponses qu’il apporte pour la mise en scène de l’écriture actuelle par l’exploration/exploitation des mécanismes de la théâtralité et de la performativité.

Chacune de ces productions illustrera, à leur manière, une façon de poser le néo-maniérisme meyerholdien pour la création des textes contemporains. Ainsi, les champs de spécialisation de ce doctorat pourraient se définir de la sorte : le texte contemporain, la mise en scène, la théorie.

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Notes:
[1] Tel que défini par Jean-Pierre Sarrazac in Poétique du drame moderne et contemporain, Études théâtrales no.22.
[2] Ryngaert, Jean-Pierre (et Julie Sermon), Le personnage théâtral contemporain : décomposition, recomposition, Éditions théâtrales, Paris, 2006.
[3] Comme par exemple, dans les textes de F.-Xaver Kroetz, de Sarah Kane, de Howard Barker, de Jean-Luc Lagarce, de Jan Fabre, etc.
[4] Cité dans Les termes clé de l’analyse du théâtre, Mémo Seuil, Paris, 1996, p.83.
[5] Nous y retrouvons, entres autres, la mise en scène, les types de jeu, la scénographie, les éclairages, la musique, les accessoires, les costumes, etc.
[6] Ubersfeld, Anne, Les termes clé de l’analyse du théâtre, Mémo Seuil, Paris, 1996, p.83.
[7] Féral, Josette, Entre performance et théâtralité, le théâtre performatif in Théâtre/Public no.190, automne 2008.
[8] La biomécanique (entraînement pour l’acteur) en est l’exemple le plus frappant.
[9] Il peut également, outre sa source originelle, se nourrir de écrits de différents praticiens contemporains comme les Kantor, Castelluci, Barba, Régy, etc.
[10] Lehmann, Hans-Thuies, Le théâtre post-dramatique, L’Arche, Paris, 2001, p.5.
[11] Pour le moment, quelques auteurs sont retenus pour la complexité de leur écriture comme Edward Bond (Naître, 2006), Daniel Keane (Moitié-moitié, 2003), Gao Xingjian (Quatre quatuors pour un week-end, 1999).

mercredi 18 mars 2009

Seconde étape

Appris à travers les branches virtuelles (soit par MSN et/ou par FaceBook!): Alexandre Larouche et Jérémie Desbiens (les deux messieurs qui illustrent ce billet et qui ont fait leur audition ensemble) ont été retenus pour la seconde audition de l'École Nationale de Théâtre qui aura lieu ce samedi-ci, en après-midi... Bonne chance à eux!
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Par ailleurs, une pensée pour toutes celles qui ont tenté aussi le coup (et dont je suis sans nouvelle): Valérie, Émilie, Geneviève, Catherine...

Le Grand-Guignol... du sang et des cris!


Je vogue depuis quelques jours dans l'exploration d'un genre fort particulier, le Grand-Guignol (désolé, mais ce site - le plus intéressant! - est en anglais)... à la recherche d'un sujet, d'un style théâtral, d'une façon de faire pour la prochaine année...

Ce genre - bien inscrit dans ce début provocateur et plein de promesses du XXième siècle - est aussi connu sous le nom de théâtre de l'épouvante (certains parlent plutôt d'un théâtre érotique sous le couvert de la frayeur)... et dont le succès des pièces était mesuré à l'aune des évanouissements dans la salle! Il s'agit donc d'un théâtre des peurs de l'époque: la peur de l'autre, de la contagion, de la science, de la folie. En cela, il pourrait toujours résonner efficacement de nos jours. Sans compter qu'il s'agit là, à l'instar d'un certain théâtre contemporain, d'une mécanique qui, avec la déhiérarchisation du texte, met l'emphase sur le corps et l'acteur (la présence!) et sur la mise en scène et les effets (la théâtralité!).

Le Grand-Guignol est caractéristique à plusieurs égards: brièveté des pièces (donc juxtaposition de plusieurs textes entrecoupés de comédies - de Courteline! - pour préparer au drame), peu de dialogues au profit d'un véritable corps à corps (yeux révulsés, contorsions, démarches lentes, etc.), exiguïté des espaces...

Malheureusement, les pièces que je lis (pour le moment, du moins) n'ont pas la force dramatique qu'exigerait un passage à la scène fort et troublant. Je recherche toujours, dans ce répertoire de l'impasse Chaptal (Paris), des textes sur lesquels élaborer un projet complet!

Dommage...
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Quelques titres pour donner une idée du genre:

LE SYSTÈME DU DOCTEUR GOUDRON ET DU PROFESSEUR PLUME
LA DERNIÈRE TORTURE
LA MASCARADE INTERROMPUE
LE CHIRURGIEN DE SERVICE
UN CONCERT CHEZ LES FOUS
L'HORRIBLE EXPÉRIENCE
L'ALOUETTE SANGLANTE
LE LABORATOIRE DES HALLUCINATIONS
L'ATROCE VOLUPTÉ
L'AMANT DE LA MORTE
et LE JARDIN DES SUPPLICES

lundi 16 mars 2009

Programmation 2009-2010


Je commence à préparer la programmation 2009-2010 du Théâtre 100 Masques... Pour le coup, je me relance, avec délices!, dans mes livres à la recherche de la perle rare, du sujet, du texte qui me feront craquer... Qu'est-ce qu'il nous serait intéressant de porter à la scène? Comment? Pourquoi?

Je me replonge également dans mes notes, mes questionnements, mes réflexions pour me donner une ligne claire, une piste de travail... pour ne pas dire un cadre structurel!

Par le fait même, je tente surtout de raffermir notre direction artistique autour de projets solides et porteurs d'une certaine idéologie.

Donc, de quoi sera composé la prochaine saison? Je l'ignore encore... même si déjà, j'ai une bonne idée de là où se dirige la compagnie. Si tout se place comme je l'espère, nous aurons une année fort remplie!

dimanche 15 mars 2009

La semaine théâtrale

Lesquels théâtres et comédies se déploieront sur les scènes du Royaume cette semaine? Voici un petit tour d'horizon:

Mardi - 17 mars 2009
Salle François-Brassard (Cégep de Jonquière), 19h30



Le Théâtre du Faux Coffre présente son Barabbas dans la Passion, les origines du premier clown noir. Il en coûte toujours 16$ pour les adultes, 11$ pour les étudiants... et cette fois-ci, 8$ pour les étudiants dudit Cégep! Pour d'autres informations, consulter le site de cette compagnie au www.fauxcoffre.ca!

Mardi et mercredi, 17 et 18 mars 2009
Auditorium d'Alma, 20h

Bonne chance aux intéressés! Fred Pellerin est de passage dans la région, à Alma, avec son nouveau spectacle, L'arracheuse de temps... S'il reste des billets... (Il sera à Chicoutimi ce samedi et ce dimanche... mais c'est complet depuis belle lurette!)

Samedi - 21 mars 2009
Salle Pierrette-Gaudreault, 20h

Photographie: Dominique Chartrand

Le Théâtre La Rubrique présente Je voudrais me déposer la tête de Jonathan Harnois, une production du Théâtre Pàp. Voici un spectacle traitant du sujet délicat du suicide avec beaucoup de sensibilité. On y raconte la mort précipitée de Félix et tous les sentiments qui se bousculeront pendant des semaines dans la tête et le coeur de son bon ami, Ludovic.Une mise en scène de Claude Poissant.

Euh... Je pense que c'est tout... S'il y a autre chose, qu'on me le fasse savoir...

Je rappelle à tous, en terminant, que c'est ce vendredi, 20 mars 2009, la date limite pour le dépôt des demandes de subventions aux Projets spéciaux du CAS!

samedi 14 mars 2009

Le risque au théâtre...

Le risque cultive le décloisonnement ENTRE les arts.
La révolte engage dans le mouvement VERS.
Georges Banu

Le monde est au risque.
Le monde sera demain à qui risquera le plus,
prendra plus fermement son risque.
George Bernanos

Le problème, c'est que si l'on ne prend pas de risque,
on risque encore davantage.
Erica Jong

Pour beaucoup, le théâtre contemporain et les arts en général ne peuvent se faire sans «risque,» sans qu'il n'y ait une perte potentielle, identifiée et quantifiable (Wikipédia) pour l'artiste. La création doit se faire sans filet, dans le doute, le questionnement, la torture intérieure... La valeur de la production contemporaine doit se mesurer à l'aune de ce «risque». Peut-être...

Je n'ai rien contre cette notion risquée... en autant qu'elle soit une amorce au travail de recherche/exploration... et non pas une fin en soit!

Mais comment doit-on se poser cette question épineuse du «risque»?

Voici, tirées du no.85-86 d'Alternatives Théâtrales (été 2005), quelques axes de réflexion interrogeant sur les enjeux de l'épreuve du risque... dont les plus intéressantes, à mon avis, concerne les questions 3 à 6:

1. La notion de risque vous semble-t-elle présente ou non sur les scènes [théâtrales contemporaines]?

2. Est-ce que la notion de risque occupe un rôle particulier dans votre pratique actuelle?

3. Est-ce que, pour vous, la prise de risque s'inscrit d'emblée dans l'élaboration et la production du spectacle?

4. En prenant des risques, quelle liberté prend-on? Par rapport à soi et son image? Par rapport au public? Par rapport à l'institution?

5. Par la prise de risque, que voulez-vous briser? Que voulez-vous atteindre?

6. Le renouvellement de la forme passe-t-il forcément par la prise de risque?

7. Le risque est-il un acte de rupture? Peut-il se pérenniser?

8. Est-ce que la prise de risque répond à une pulsion?

9. La prise de risque s'opère-t-elle de manière différente dans un art collectif?


vendredi 13 mars 2009

Image de contemporanéité


Le théâtre contemporain doit-il nécessairement être post-dramatique? Bon... quelques mots sur ce concept de Lehmann qui n'obtient pas l'unanimité:

Le théâtre post-dramatique, au lieu de représenter une histoire avec des personnages qui apparaissent et disparaissent en fonction de la psychologie de la narration, combine des styles disparates, fragmentaires. Il s'inscrit dans une dynamique de la transgression des genres.
(LEHMAN Hans Thuies, Le Théâtre Post-dramatique, L'arche, Paris, 2001)

Ce théâtre post-post-moderne en est un de présence, d'énergie, d'interdisciplinarité. C'est le règne de la recherche, de la performance sur scène... C'est, pour beaucoup, LE théâtre du XXIième siècle. Fi donc des textes (dits dramatiques) des conventions, des règles dramatiques, de la représentation telle qu'elle est codifiée depuis des millénaires.

Alors, le théâtre contemporain doit-il nécessairement être post-dramatique? Personnellement, je crois que non. Il peut encore (et mon dogmatisme ambiant me ferait dire «doit encore!») s'ancrer dans la théâtralité dramatique sans pour autant devenir archéologique! Le théâtre conventionnel - tout aussi performatif soit-il! - a encore un rôle à jouer et peut-être est-il, au fond, le véritable gardien de cet art éphémère...

Pourquoi notre langue est-elle celle «de Molière»


Je suis entrain de lire un livre (puisque je suis désormais membre de la Bibliothèque municipale de Chicoutimi... après 12 ans!) fort intéressant: Molière et le roi, l'affaire Tartuffe (ed. du Seuil, Paris, 2007) écrit sous forme de dialogues entre François Rey, moliériste intrépide (et aussi metteur en scène?) et Jean Lacouture, écrivain et biographe internationalement reconnu... selon la quatrième de couverture...

Dans le prologue, les deux hommes font un tour d'horizon de l'auteur dont le nom imagera la langue française, et s'arrête sur les raisons possibles de ce surnom qui a quasi relégué aux oubliettes Jean-Baptiste Poquelin...

[...] F.R.: Certains comédiens non nobles (car il y en avait aussi beaucoup d'autehntique noblesse) ajoutaient à leur patronyme bourgeaois un nom aux allures de fief qui leur servait de nom de scène. On trouve ainsi, parmi les fondateurs de l'Illustre-Théâtre, Joseph Béjart sieur de la Broderie, Germain Clérin sieur de Villabé et Georges Pinel dit La Couture. [...] D'autes sont plus célèbres: Bellerose, Montfleury, Montdory, Floridor, du Parc... Ce pourrait être le cas de «Molière», qui est le nom de beaucoup de villages ou lieux-dits situés à proximité d'une «carrière à pierre dure d'où on tire les meules de moulin» (nda: dictionnaire de Furetière, article
molière). Bien des hypothèses ont été émises pour expliquer le choix de ce pseudonyme, dont celle que je crois être la bonne, mais à laquelle peu d'historiens se sont arrêtés, par une étrange indifférence à la signification possible d'un tel choix.

En 1644, l'année même où le jeune Poquelin signe pour la première fois, semble-t-il, «De Molière», deux des principaux libraires de Paris mettent en vente une nouvelle édition (la quatrième édition depuis 1623) d'un roman-fleuve dans le goût de
L'Astrée, publié chaque fois sous le même titre: La Polyxène de Molière. On y trouve un prince Alceste, d'une jalousie morbide, un Philinte, un fleuve Oronte, et cette Polyxène à qui la «spirituelle» Magdelon des Précieuses ridicules empruntera son nom.

L'auteur, François de Molière, sieur d'Essertines, est mort vingt ans plus tôt exactement, assassiné à l'âge de vongt-quatre ans. Poète, romancier, traducteur, épistolier, son style, d'une grande beauté, est donné en modèle dans les recueils de lettres qui fleurissent à l'époque. [...] Dans ses
Mémoires posthumes, le père Garasse appelle Molière d'Essertines «un vrai diable incarné, tant il avançait de propositions contre la sacrée humanité de Jéss-Christ». Trente ans plus tard, un autre prêtre fanatique dénoncera dans l'auteur du Tartuffe «un démon vêtu de chair et habillé en homme». [...]

J.L.: Il est curieux que le jeune Poquelin, qui va se faire comédien de campagne, se mette à l'enseigne d'un romancier-essayiste plutôt que d'un homme de théâtre.

F.R.: C'est un des paradoxes du personnage, modèle de tous les comédiens français, que sa vie professionnelle ait été entièrement vouée au théâtre, alors que ses amitiés, ses attachements, ses goûts, ses intérêts intellectuels, pour ce qu'on en sait, le portaient vers les salons et les compagnies savantes, vers des poètes, des traducteurs, des philosophes, des médecins, des physiciens, des voyageurs...

Voilà... Si j'écris dans la langue «de Molière», je le dois, en quelques sortes, à un aujourd'hui obscur auteur du début du XVIIième siècle.