jeudi 9 février 2012

Et d'une autre!


À toute l'équipe de la Société d'art lyrique du Royaume qui se lance, ce soir, dans les représentations de l'opérette Les Brigands sous la direction d'Éric Chalifour, aux concepteurs et aux chanteurs, aux musiciens et à tous les autres,

MERDE!!!

Mot(s) d'auteur(s) et mot(s) d'esprit


Petite définition avec exemples cocasses (et résolument théâtraux) de ce qu'est un mot d'auteur... définition tirée du Dictionnaire de la langue du Théâtre d'Agnès Pierron.

Mot d'auteur: C'est un mot d'esprit - souvent «facile» -, inséré dans un dialogue de théâtre, destiné à provoquer le rire chez le spectateur par l'effet de surprise dû à sa concision. S'il fait mouche , il déclenche les applaudissements du public. Sacha Guitry (1885-1957) était passé maître en «mots d'auteur».

Certains sont consignés par des comédiens dans leurs souvenirs. Citons-en un exemple: au cours d'une répétition, un auteur, agacé par le jeu de Réjane, dit à voix basse à Lucien Guitry:
-Cette Réjane, quel veau!
-Vous la rajeunissez, mon cher, répondit Guitry.

Il convient de ne pas confondre le mot d'auteur et le bon mot, même si la plupart des mots d'auteur sont de bons mots... Une comédienne, au XIXième siècle, s'est rendue célèbre pour ses bons mots; le foyer de la Comédie-française, lieu d'attente et de rencontres, est propice aux conversations toujours brillantes, souvent superficielles, parfois méchantes. Augustine Brohan s'était fait une notoriété de ses réparties. Ne disait-elle pas à son fils: «Si tu n'es pas sage, je vais te faire faire le tour de madame Allan!» ? Mme Allan, plutôt corpulente, avait été surnommée, avec deux autres comédiennes, l'une des «trois grasses».

Puis il y a le mot à effet et le mot de théâtre...  Et quand on écrit - notamment dans l'optique de faire rire... - il est si difficile de les contourner... et si facile de les forcer!

mercredi 8 février 2012

Un autre bout de l'histoire du théâtre au Québec



Je le réitère, la pratique du théâtre au Québec ne va pas de soi. Son implantation et son maintien fut difficile pendant près de trois siècles... quand il ne fut pas tout simplement mis de côté.

Le théâtre ne fait pas partie de l'imaginaire collectif québécois... ou si peu... comme art de divertissement. 

Dès le départ, en Nouvelle-France, les dés étaient jetés:

Aucun lieu public, écrivent Madeleine Greffard et Jean-Guy Sabourin dans la petite plaquette Le Théâtre québécois, n'a donc inscrit l'activité théâtrale dans l'espace de la cité. Les raisons qui expliquent cette situation ne manquent pas: la taille réduite de la colonie, les difficultés militaires et économiques, l'opposition de l'Église et ce fait banal, mais déterminant, qu'aucun comédien n'a émigré en Nouvelle-France; par contre, une troupe de 12 comédiens et comédiennes de Londres, sous la direction de William Hallam, est venue s'établir dans la colonie anglaise au sud. Tout le théâtre américain en est issu. Lors de la cession du Canada à l'Angleterre, même le théâtre collégial [ndr.: le seul toléré] est une pratique perdue. Le seul héritage théâtral de l'Ancien Régime sera l'hostilité de l'Église qui se maintiendra pendant près de 150 ans.

Ce dernier point sera la raison pour laquelle la rareté de l'activité théâtrale en français est incontestable. On recense, entre 1765 et 1858, 225 soirées de théâtre amateur francophone, contre 1450 soirées de théâtre anglophone, surtout professionnel.

La côte sera longue et ardue à remonter... mais elle le sera. Et le véritable essor du théâtre, dans les années 20, 30 et 40, se fera en compétition avec l'essor de la radio et du cinéma (et un peu plus tard, avec l'énorme machine qu'est la télévision). 
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Pour en connaître plus sur cette évolution, il y a ce site - assez bien fait - par L'Encyclopédie du Patrimoine Culturel de l'Amérique française.

Et d'une autre...


Nous sommes à un peu plus de douze heures avant la première de la toute nouvelle production de la Rubrique... C'est donc, j'imagine, jour de stress et de nervosité. Alors, à toute l'équipe de ce nouveau spectacle

Benoit Lagrandeur, Josée Laporte, Lyne L'Italien, 
Guylaine Rivard, Maud Côté, Monique Gauvin, Martin Gagnon, 
Serge Lapierre, Hélène Soucy, Jessyka Maltais-Jean, Andrée-Anne Giguère, 
Stéphane Boivin, Janine Fortin et tous les autres,

MERDE!

lundi 6 février 2012

Le trio infernal

 
Autre petit passage de François-Éric Valentin tiré de son Lumière pour le spectacle, en page 186 et 187 qui décrit assez bien les relations entre les différents concepteurs (et qui, du coup, complète assez bien mon billet du 2 février)...

L'éclairagiste ne travaille pas seulement sur l'«extérieur»; il doit aussi être conscient des rapports dans le triangle - metteur en scène, décorateur, éclairagiste -, et savoir ce qu'il peut demander, et obtenir, comme modifications dans ce que les deux autres ont réglé [...].

Cela dépend des rapports de confiance existant dans le trio. Si l'éclairagiste dit que tel élément de costume empêche la réalisation de tel effet, lui faudra-t-il passer de longues heures à le prouver ou sera-t-il cru sur parole, à cause de son savoir-faire et de son expérience reconnue?

Quelle que soit l'attitude du metteur en scène, la première compétence nécessaire à l'éclairagiste est de sentir les problèmes, de les cerner et de les exposer clairement aux yeux des deux autres, même s'il ne leur trouve pas une réponse immédiate. Cela permet de ne pas partir sur une fausse piste. [...]

Il est aussi possible de relire en interchangeant les titres...

Et c'est dans ces relations que je suis présentement... pour tenter de rendre compte qui fait quoi et comment le fait-il (ou doit-il le faire). Établir, finalement, un modus operandi efficace et dynamique qui laisse la place à chacun des concepteurs tout en ayant, en tête, une ligne directrice stimulante...

dimanche 5 février 2012

Au théâtre, cette semaine! (du 5 au 11 février 2012)


Deux productions d'importances prennent l'affiche cette semaine...

Mercredi à samedi - 8 au 11 février 2012
Salle Pierrette-Gaudreault (Jonq.), 20h
PREMIÈRE SEMAINE DE REPRÉSENTATIONS

Le Théâtre La Rubrique donne sa toute nouvelle production, Une heure avant. Ce texte de Micheline Parent, mis en scène par Josée Laporte, fait une incursion dans l'univers des proches aidants. Dans le croisement de cinq voix circule un récit. Par fragments, par des biais insoupçonnés, par agglomérats, une histoire se construit, apparaît, se détaille: celle d’une femme au mitan de sa vie qui accueille chez elle sa mère malade de vieillesse. Au-delà de l’intimité imprévue des corps, des sentiments exacerbés, des rires inévitables et de l’observation effarée du travail de la mort, se trame pourtant une autre histoire, bien imprévue celle-là, mais tout aussi fatale.

Jeudi à samedi - 9 au 11 février 2012
Salle François-Brassard (Jonq.), 19h30

La Société d'art lyrique du Royaume présente son opérette annuelle, Les Brigands (d'Offenbach), mise en scène par Éric Chalifour. La bande de brigands de Falsacappa projette d’enlever la Princesse de Grenade qui doit épouser le Duc de Mantoue pour s’emparer de la dot. Pour réussir leur méfait, les brigands se transformeront en marmitons et même en gardes espagnols. Seront-ils crédibles et réussiront-ils à voler les trois millions de la dot. À travers péripéties et courbettes, les brigands sont, malgré tout, de bien bons garçons.

 C'est comme ça que sera ponctuée la semaine théâtrale... Si j'oublie des trucs (ce qui peut arriver...), on peut me le faire savoir via les commentaires.






samedi 4 février 2012

Un «groupie» au Père-Lachaise (2)

(suite du billet du 15 novembre 2011)

Vidant mon appareil-photo, je viens de mettre la main sur ces quelques autres photos prises lors de mon passage à Paris en novembre dernier...

Comme ces deux autres clichés tirés au Père-Lachaise... devant le monument à Molière...


et devant le caveau de la grande tragédienne Rachel (dont il a été question dans le billet du 20 octobre 2011)...



«Pour une dramaturgie de la lumière»


Pour me donner une petite idée de ce que peut être la «dramaturgie de la lumière» en vue d'un atelier d'éclairage à venir, je fais un petit passage par l'ouvrage l'édition révisée (paru en 1994) de Lumière pour le spectacle de François-Éric Valentin (dont le site est là).

[...] Le metteur en scène, souvent, ne voit pas les différents buts que se propose l'éclairagiste, mais il met l'accent sur la beauté des images, et sur la création des ambiances, en attribuant plus ou moins d'autonomie à la lumière. À l'éclairagiste de faire le lien entre le désir du metteur en scène et son savoir-faire personnel, avec les exigences qu'il s'impose.

La première chose à trouver, c'est évidemment, à mes yeux une structure logique cohérente avec le lieu ou le décor, et la mise en scène. Il faut concevoir la structure en pensant aux différentes zones, plutôt que calculer les zones puis essayer de les lier pour trouver le plein-feux. Il s'agit de créer un éclairage équilibré, logique, que l'intervention de la lumière-clef va - le plus souvent - déséquilibrer.

À partir du moment où existent cette logique et cette structure cohérente, et où les projecteurs sont réglés en fonction de cette structure, les effets se mettent en place d'eux-mêmes autour de la lumière-clef. La lumière racontant sa propre histoire servira utilement le propos de la pièce sans en faire pléonasme. L'éclairagiste peut alors jouer à volonté pour en arriver à une création personnelle, entre le décorateur et le metteur en scène, et en accord avec eux, donner plus ou moins d'importance au décor ou au lieu, créer une ambiance dans laquelle l'acteur va se glisser - il sera toujours suffisamment éclairé -, utiliser la couleur, ou seulement les variations d'intensité, des effets subtils et coulés insensiblement, ou des effets violents et venant brutalement donner l'importance à des contre-jours très puissants ou à un éclairage latéral accentué. Tout lui devient possible. Et ce n'est pas une question de nombre de projecteurs - on est plus riche avec trente correctement installés et réglés qu'avec quatre-vingts dont la moitié est placée pour boucher les trous de lumière que les autres mal réglés laissent entre eux.

Intéressant.

vendredi 3 février 2012

Une histoire de la mise en scène

Décidément, c'est le thème de la semaine... mais j'assume. Voici la définition historico-artistique de la mise en scène (son apparition, son évolution et les différents acceptions de cette locution) tirée du Dictionnaire de la langue du théâtre par Agnès Pierron.


C'est, pour reprendre la définition du premier metteur en scène français, André Antoine (1858-1943), «l'art de dresser sur les planches l'action et les personnages imaginés par l'auteur dramatique». On peut ajouter: à partir d'une idée directrice. Si l'expression date de 1820, la mise en scène, telle qu'on l'entend aujourd'hui, ne s'est constituée qu'à partir de 1887, c'est-à-dire lorsque André Antoine fonde le Théâtre-Libre.

[...] À l'âge classique, la mise en scène était impossible: les spectateurs sur le théâtre (voir ici), placés sur deux ou trois rangs de chaque côté de la scène, empêchaient tout décor et tout mouvement des acteurs. Leurs entrées se confondaient avec celles des «gens du bel air» [...].

[...] Jusqu'à la Première Guerre Mondiale, la mise en scène (jusque là, souvent le fait des directeurs de troupes, des régisseurs ou des comédiens eux-mêmes...) se contente de placements; quand il s'agit de reprises, c'est l'acteur jouant le rôle principal qui indique aux nouveaux venus dans la distribution, places, gestes et intonations. En outre, les pièces imprimées signalent: «La mise en scène est en vente chez l'auteur». Les photos de scènes publiées dans la revue L'Illustration avec le texte des pièces servent à la plantation du décor comme aux placements. La «vérité» naturaliste au théâtre ne peut plus se satisfaire de stéréotypes et de conventions. Avec l'arrivée du Cartel [...], «rien» ne pourra plus être comme avant. Non seulement l'acteur travaille à ne plus reprendre à son compte intonations et gestes plaqués, mais le metteur en scène adopte un point de vue sur l’œuvre qui lui sert de fil rouge, de fil conducteur. L'objectif est de servir le texte de l'auteur. Peu à peu, le metteur en scène prenant davantage de pouvoir, il tire la couverture et s'engage sur la voie du «dépoussiérage» des classiques. Il n'hésite pas à les revisiter, voire à les «mettre en pièces». [...]

On mesure le chemin parcouru depuis cette définition donnée par un dictionnaire du milieu du XIXième siècle: «On appelle mise en scène l'ensemble de toutes les dispositions relatives à l'action, aux mouvements isolés ou concertés des acteurs, aux incidents qui doivent se produire autour d'eux».

Voilà

jeudi 2 février 2012

«Maître ou métreur?»

 
Dans la suite du billet précédent (et, d'une certaine façon, en parfaite opposition...), voici une partie d'un chapitre, titré comme ce billet, écrit par Patrice Pavis - dans son excellent (et nécessaire) ouvrage L'analyse des spectacles, en page 283 - portant sur la mise en scène, le metteur en scène et leur rôle et fonction...

En opposition? Oui et non... 

Deux dangers semblent guetter le metteur en scène: être un «maître en scène» ou un simple métreur. Depuis toujours, on se récrie contre sa prétention à tout régir [...]. Par réaction contre cette maîtrise, on ramène souvent son rôle à celui d'un simple métreur, d'un subalterne chargé de la mise en place des objets et des acteurs, d'un arpenteur et d'un manutentionnaire qui se borne à mesurer leurs distances, leurs placements ou déplacements.

[...] À présent, le metteur en scène tend à perdre sa responsabilité globale, artistique au «profit» d'une simple responsabilité technique [...]. L'ancien maître universel délègue fréquemment son pouvoir à divers agents de maîtrise, aux responsables des différentes composantes du spectacle (son, lumière, musique, technologie, etc.). La mise en scène est décentralisée et déléguée: elle ne regroupe ni ne compose plus rien, elle se borne à juxtaposer sons, bruits, images, corps.

Pavis parle ici de déhiérarchisation... et je suis assez d'accord. Le metteur en scène-roi n'est plus, d'accord... mais il est remplacé par le propos, la ligne directrice.


De la mise en scène



Donner ce cours de Dramaturgie et mise en scène, c'est réfléchir sur des notions qui semblent évidentes... mais qui demeurent complexes. Comme la mise en scène...

Faire une mise en scène (comme pour tout projet collectif...), c'est d'abord  (bon... ça reste ma propre définition...) s'approprier une œuvre. Élaborer un discours. Donner (après avoir bosser avec les différents concepteurs) les paramètres du travail à venir... 

Puis c'est ensuite veiller à ce que tout ce qui se crée (esthétique, jeu, promotion) suive ce discours (en complémentarité), lui réponde (en écho, en opposition ou en confrontation). Ce propos (incarné, dans le théâtre traditionnel, par le metteur en scène) devient en quelque sorte le centre d'un univers scénique autour duquel tourne les différents satellites... 

Mais un univers fragile.

Pour en préserver l'intégrité, le metteur en scène doit dès lors devenir psychologue et négociateur.

Psychologue parce qu'il lui faut tenter de comprendre les différents points de vue (sans y laisser le sien), de saisir les angoisses, les doutes, les problèmes de tout ordre qui peuvent surgir et qui peuvent vite miner l'atmosphère... Comprendre les autres tout en restant convaincu (sans être  borné). Le théâtre, quoi qu'on en pense, demeure encore un art d'ego... et c'est ce qui fait son charme!

Négociateur parce que, comme leader de ce type de groupe (généralement ponctuel), c'est à lui à convaincre, à appuyer, à faire comprendre les choix esthétiques et les besoins. Il lui revient de nourrir  (au sens figuré, bien sûr) les concepteurs et les comédiens, de les accompagner... en restant ouvert aux propositions. Et de voir à ce que les écarts entre celles-ci et les demandes initiales ne soient pas des incompréhensions mais de nouvelles approches riches et fécondes, discutées et choisies.

Art du compromis? Assurément. De part et d'autre. Pour des raisons économiques. Pour des raisons de manque de temps. Pour des raisons d'espaces. Pour des impossibilités physiques (quand il s'agit du jeu). Parce que l'idée amenée va plus loin et ouvre de nouvelles pistes. Etc. Et ici arrive l'image sublime du souque-à-la-corde. De la véritable émulation d'idées. Du «Voici ce que tu dis» et du «Voici ce que j'apporte». C'est là tout le côté grisant du travail esthétique, de la direction d'acteur, du théâtre: assister à l'évolution d'une idée jusqu'à sa concrétisation, colorée par l'apport de chacun...

Négociateur donc pour présider aux compromis (qui implique des échanges entre les collaborateurs, entre les comédiens... des échanges constructifs qui amèneront nécessairement ailleurs) sans tomber pour autant dans l'abandon.

Le metteur en scène est, en bout de ligne, le gardien du propos et en ce sens, il doit guider tout un chacun vers l'étape des représentations.

Bref, la psychologie et la négociation sont les deux éléments qu'il faut maintenir en équilibre, comme metteur en scène, pour que chacun donne le meilleur de lui-même, pour que la création se fasse dans l'enthousiasme et l'ouverture

Facile à expliquer. Maintenant, c'est une autre chose que de le faire!

mercredi 1 février 2012

Découverte



Tiens...

Il y a une rue Antonin-Artaud dans le quartier des écrivains de l'arrondissement de Chicoutimi. Je me demande combien de résidents savent qui est cet homme, quelle est son œuvre (poétique, oui... mais aussi dramatique), quel est son apport considérable au théâtre moderne et contemporain?