dimanche 1 avril 2012

Nouvelles acquisitions...

Je viens de m'acheter (que j'avais commander il y a quelques semaines) deux nouveaux bouquins dans le cadre de ma recherche doctorale... Deux bouquins de mes deux théoriciens français favoris, par leur sujet, leur façon d'aborder le théâtre dans son ensemble, leur profondeur dans une langue et une pensée cohérente et parfaitement transmissible. des questionnements solides. Des pistes de travail cohérentes et stimulantes. Une analyse détaillée et précise. Avec eux, pas d'hermétisme ou de zone d'ombre. Seulement une clarté.


Le premier est de Patrice Pavis (auteur d'un dictionnaire du théâtre et de plusieurs ouvrages sur le théâtre dont le très utile Analyse des spectacles). Paru en 2007 réédité en 2010, il s'agit d'une étude sur - surprise! - la mise en scène contemporaine... dont j'ai déjà cité un chapitre il y a quelques temps (voir le billet du 8 mars dernier) Une vision beaucoup moins hermétique que celle postdramatique de Hans-Thuies Lehmann...

On croit savoir ce qu’est la mise en scène : n’est-ce pas la partie visible du théâtre, ce que les acteurs, les techniciens et le metteur en scène ont préparé pour nous ? N’est-ce pas ce supplément « spectaculaire » qui nous est offert et qui tantôt nous révèle la pauvreté interprétative de ce que nous avons appris des textes à l’école, tantôt remet violemment en question toute vérité de l’œuvre ? On a bien raison de se méfier de la mise en scène ! Mais plus raison encore d’interroger cette méfiance.

C’est ce que se propose la présente enquête. Elle porte sur de nombreux types de spectacles : mises en scène des classiques et des textes contemporains, performance, théâtre du geste, dramaturgie de l’acteur, lecture scénique, nouveaux médias, théâtre de la déconstruction, expériences interculturelles, etc. L’ouvrage s’ouvre sur l'étude de l’évolution historique de la mise en scène, il explore les frontières de l’exercice (lecture scénique, jeu improvisé), puis confronte mise en scène et performance.

Les grandes tendances de la scénographie en France et la mise en jeu des textes contemporains sont alors présentées. La dramaturgie du geste et de l’acteur est analysée à partir d’exemples concrets. La représentation des classiques donne l’occasion d’un bilan de l’interprétation et de ses méthodes de jeu. Ainsi le théâtre ne cesse de pousser la mise en scène dans ses derniers retranchements.Cet ouvrage s’adresse aux étudiants en théâtre, spectacles, médias et littérature ainsi qu’aux professionnels et aux amateurs de la scène.


 
Le second est de Jean-Pierre Sarrazac, éminent théoricien de l'écriture scénique actuelle (dont la maîtrise et les différentes composantes de recherche peuvent se retrouver dans sa Poétique du drame moderne et contemporain) et dramaturge, et porte un regard sans compromis et sans concession sur l'état du théâtre: La dernière idée que nous nous étions faite du théâtre et, singulièrement, de la création entre la scène et le spectateur, nous la tenions des années cinquante, de Vilar et de Brecht.

La leçon de Barthes, de Dort, de la revue Théâtre populaire - d'Althusser également - nous avait convaincu que le théâtre devait assurer le " Grand commentaire " de la société... Or on entend dire que cette utopie d'un " théâtre critique " et d'un " spectateur actif " a vécu ; qu'elle est morte en même temps que la religion de la " fable " et que quelques autres croyances " modernes "... Contribution au débat actuel sur la fonction du théâtre, sa dimension civique, ses pouvoirs, sa " nécessité ", le livre de Jean-Pierre Sarrazac fait l'archéologie de cette idée d'un théâtre critique.

Façon d'amorcer ce que les philosophes appellent la palinodie, l'histoire d'un changement d'idée. De choisir la contradiction plutôt que l'amnésie. De reprendre la toujours nécessaire critique du théâtre. Tout en poursuivant le rêve amoureux d'un théâtre qui " se situerait en dehors du jugement, dans le jeu des possibles ", qui " ne punirait ni ne consolerait " mais " offrirait simplement réparation ", " entendons : un lieu et un temps pour se refaire des forces ".


Nul doute que les jours et semaines à venir me verront plonger dans ces pages et réflexions... et que celles-ci se répercuteront dans de futurs billets...

Et vlan.


De retour encore une fois avec des anecdotes de coulisses, de théâtre... comme il ne s'en fait plus aujourd'hui. Peut-être en ai-je déjà publié. Peu importe. J'en remets encore. J'aime bien cette espèce de cruauté. D'échanges entre la salle et la scène. De cette place si grandiose qu'occupait le théâtre dans la vie sociale... Peut-être faudrait-il s'y remettre!!! Tout ce qu'il faut, c'est un petit pot de fiel!



Au théâtre, cette semaine! (du 1er au 7 avril 2012)


Me revoici avec un billet calendrier après avoir négligé cette catégorie - voyage oblige - pendant une petite semaine où il s'en est passé des choses. Plus que pour la semaine à venir... parce que, oui, il n'y aura pas grand chose (de public!) de théâtral... sinon la religion catholique qui se donnera en spectacle encore une fois dans sa semaine sainte.


samedi 31 mars 2012

De la biomécanique... concrètement...

 Voici une petite vidéo (trouvée sur Youtube) montrant quelques exercices de biomécanique meyerholdienne. Une belle démonstration...


Toute la première partie avec les bâtons (que nous avions un peu explorée), c'est pour développer l'objet comme le prolongement du corps humain, acquérir une aisance et une maîtrise telle que les deux éléments (corps et objet) ne fassent plus qu'un.

À les voir, ça donne envie de ravoir une autre formation sur le sujet (comme celle reçue en mars 2010 avec M. Robert Reid de l'Université Concordia)...

Un cours de mise en scène par Meyerhold...

Portrait de Meyerhold par l'artiste Ilya Broido (pris sur ce site)

Alors que mon cours d'atelier de production se voit un peu troublé par la grève de l'association des étudiants en art et que l'échéance des représentations approches, je retrouve, chez Meyerhold (dans un sténogramme d'un cours donné le 3 juillet 1918 et reproduit dans la petite plaquette Vsevolod Meyerhold de la collection Mettre en scène parue aux éditions Acte-Sud Papier), plusieurs notions que j'aurais aimé transmettre, discuter, explorer dans un cadre plus officiel.

Voici donc, en rafale, ce qu'il dit de la mise en scène (toutes des idées qui me plaisent, il va sans dire... mais je soulignerai tout de même des points qui me semblent fondamentaux dans une approche néo-meyerholdienne):

[...] Le metteur en scène [est] l'auteur des compositions scéniques. L'activité du metteur en scène réunit celle de tous les créateurs du plateau: acteurs, auteur dramatique, peintre-décorateur*, etc., pour matérialiser une idée artistique unique.

[...] Son activité précède l'arrivée du décorateur: il s'agit d'un travail d'organisateur qui lui est propre. Il doit élaborer un plan qui réunit le travail de tous les travailleurs du plateau sans exception. Il doit établir les conditions qui permettront de coordonner l'activité de tous les métiers de la scène. Et c'est précisément en ce travail unificateur que consiste la création du metteur en scène.

[...] Ensuite le metteur en scène indique aux acteurs la mélodie de leur discours, il indique les mesures, les pauses. Il élabore toute la structure du spectacle, ses accents. Il indique ou il doit y avoir intensifications et réductions. Il expose aux autres son interprétation de la pièce, la façon dont il la comprends. Il la considère du point de vue de la littérature, du style, etc. [... La] pièce d'un auteur donné n'est ici pour lui qu'un motif. Et son travail est de développer les didascalies de l'auteur qui sont toujours relativement peu nombreuses. Sa tâche est d'y introduire toutes les didascalies qui manquent. [...] À côté des didascalies indiquées par l'auteur, le metteur en scène a donc le droit d'en introduire de nouvelles qui sont le résultat d'une construction édifiée par lui au-dessus de la pièce - tout ce qui est suscité par telle ou telle interprétation de la pièce par le metteur en scène. Dans ce domaine, il jouit d'une totale liberté de création.

[...] Le metteur en scène est celui qui, dans la sphère de la mise en scène, est autant auteur que le dramaturge dans sa sphère - celle de l'écriture de la fable. Il interprète et élabore la pièce du point de vue théâtral.

[...] La tâche du metteur en scène est de redresser la pièce en ce sens qu'il doit y mettre au jour l'élément théâtral. Il apparaît ainsi comme celui qui traduit librement un texte livresque en une langue vivante, celle du récit scénique.

En fait, tous ces points (et il est plus clair de s'en rendre compte en lisant l'intégralité de ce texte) peuvent se résumer en trois concepts nécessaires: cohérence, choix, liberté de création.
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* Le peintre-décorateur correspond, en quelque sorte, au scénographe d'aujourd'hui.

vendredi 30 mars 2012

Page blanche...


 C'est terrible, le commerce des grandes œuvres;
où trouver l'énergie et la certitude 
d'avoir encore à écrire 
quand on fréquente Sophocle et Shakespeare? 

Ces mots sont de Jacque Lasalle, grand metteur en scène français contemporain... et ils reflètent assez bien ce qu'on peut ressentir tant quand on s’assoit devant une page blanche (ou, pour plus de contemporanéité, devant un clavier et un écran!) pour écrire... et, par extension, quand on s’assoit dans une salle de répétition pour écrire scéniquement...

jeudi 29 mars 2012

Les arts de la scène ont la cote?


 
 Voici un article paru dans l'édition d'hier du Devoir... sous la plume de Frédérique Doyon. À noter que le sondage dont il est question dans ce texte peut être consulté (en anglais seulement...) en suivant ce lien.

Sondage - Les arts de la scène ont la cote
Le spectacle l'emporte sur la fréquentation des musées et des événements sportifs

Les Canadiens sont de fervents consommateurs d'art de la scène, conclut un sondage de la firme Ekos mené auprès de 1031 répondants pour le compte de l'Association canadienne des organismes artistiques.

Une grande majorité d'entre eux (75 %) ont assisté à un spectacle professionnel au cours de la dernière année. Le tiers de la population a vu de deux à quatre productions scéniques, et un Canadien sur cinq est même allé voir cinq spectacles ou plus.

Près de la moitié estiment personnellement «important» d'assister à des pièces de théâtre, à des concerts de musique ou à des spectacles vivants en général. La fréquentation des arts vivants l'emporte même sur celle des musées et des événements sportifs.

Ombre au tableau: le Québec est le champion de l'abstinence en matière d'arts de la scène, avec l'Alberta, alors que 30 % des répondants de ces deux provinces n'ont assisté à aucun spectacle en 2011. (C'est 37 % pour toutes les provinces de l'Atlantique réunies!)

Le théâtre est plus populaire que les autres formes scéniques, avec 44 % des citoyens qui l'ont fréquenté (voir le tableau).

Le sondage signale en outre l'importance d'Internet dans la diffusion des arts vivants, alors que 45 % des répondants se servent de ce nouveau véhicule pour visionner un spectacle. Sans trop de surprise, la télévision en rallie 71 %.

Si la grande majorité des répondants (75 %) s'est rendue dans un théâtre, la moitié ont dit fréquenter les arts vivants en plein air. Suivent les centres communautaires (39 %), les bars et les restaurants (34 %), le stade (27 %), les musées ou les galeries (25 %) et les lieux de culte (20 %). En fait, la proximité des lieux de diffusion se révèle un élément clé de la fréquentation assidue des arts vivants selon le sondage, qui établit une corrélation entre celle-ci et le fait d'habiter la ville ou ses environs.

Ce portrait rejoint les chiffres de 2010 d'un récent sondage de la firme Hill Stratégies Recherche qui montrait que 72 % des Canadiens avaient assisté à au moins un spectacle ou un festival culturel en 2010. Il fait partie d'une plus vaste étude destinée à mieux définir le rôle des diffuseurs d'arts scéniques à l'heure des technologies numériques et de la fragmentation des publics.

***

Des arts bien vivants
Fréquentation des arts de la scène par les Canadiens


Théâtre: 44 %
Concert de musique populaire: 42 %
Festival artistique ou culturel: 29 %
Concert classique ou symphonique: 20 %
Spectacle ethnoculturel de danse, de musique ou de théâtre: 19 %
Tout autre type de spectacle culturel: 19 %
Danse: 15 %
Aucun: 26 %

Source: Association canadienne des organismes artistiques

Et d'une autre!


C'est ce soir que le Théâtre Mic Mac débute les représentations de sa toute dernière production, Albertine en cinq temps! J'ai été parmi eux si souvent à ces mêmes périodes au cours des années précédentes que je me sens très près aujourd'hui. 

Un monument du théâtre québécois, une équipe de passionnée... tout pour passer une (des quinze!) soirée agréable. À tous ces artisans (même si certains détestent ce terme!),

Réjean Gauthier, Lise Ouellet, Vicky Tremblay (et ses jeunes!), Christian Roberge, Gervais Arcand, Francine Joncas, France Donaldson, Joan Tremblay, Mélanie Tremblay, Sonia Tremblay et Jocelyne Simard,

je vous souhaite beaucoup de plaisir (c'est tout ce qui compte!), beaucoup de monde et un succès prodigieux!

Merde!

mercredi 28 mars 2012

Une brève histoire du metteur en scène...


 On ne se tanne pas (enfin... je ne me tanne pas!) de lire et de tenter de comprendre les définitions de grands concepts théâtraux donnés par les théoriciens-praticiens qui nous ont précédé... De ces mots qui traversent les ans, il nous restera toujours quelque chose par leur(s) aptitude(s) à nous faire réfléchir. Comme cette définition historique du metteur en scène donné par Gaston Baty dans Rideau baissé, paru en 1949 (et cité dans le Dictionnaire de la langue du théâtre d'A. Pierron):

Qu'est-ce que le metteur en scène? Sa fonction est aussi ancienne que le théâtre lui-même. Dans le lointain des âges, au fond d'un sanctuaire égyptien, un prêtre faisait évoluer les récitants qui figuraient la famille divine d'Osiris, tandis que les pleureuses se lamentaient autour d'Isis et que des chanteurs commentaient l'action. C'était déjà un metteur en scène. Mille ans plus tard, lorsque Eschyle élargit la table primitive sur laquelle était juché Thespis, pour y faire monter un second acteur, lorsqu'il dresse les portes du logeion pour leurs entrées, la baraque de la skéné pour leurs changements de costumes, et déblaie l'orchestre pour les évolutions du chœur, c'est une metteur en scène. Les livres de conduite, les mystères, les miniatures de manuscrits nous font connaître le maître de jeu, qui, son rollet et son bâton à la main, circulait d'un bout à l'autre du parloir dont il avait disposé les échafauds, surveillait les acteurs qu'il avait instruits, veillait au fonctionnement des machines qu'il avait préparées; le maître du jeu, c'est le metteur en scène [...]. Enfin, il faut bien reconnaître que les deux plus grands génies qui dominent l'histoire du théâtre, Shakespeare et Molière, ne sont pas de purs intellectuels, mais vraiment des metteures en scène qui, à côté de leur métier principal et en fonction de lui, ont écrit des pièces pour leurs maisons et des rôles pour les comédiens, sans perdre de vue les ressources de leurs plateaux. Seulement le mot appartenait à l'argot des planches, et le public ne s'en servait pas. Le terme aujourd'hui s'est popularisé, grâce, en partie d'ailleurs, à l'emploi abusif qu'en a fait le cinéma pour l'appliquer aux metteurs en écran.

C'est là une synthèse complète!

mardi 27 mars 2012

Journée mondiale du théâtre

Théâtre gallo-romain à Lyon
 
Je profite de la Journée mondiale du théâtre - l'édition 2012 - pour reprendre mon blogue en main après un passage à Lyon (sur lequel je reviendrai dans les prochains jours...).

Voici le message québécois - décapant et lucide - écrit par Annabel Soutard, directrice artistique du Théâtre Porte-Parole (traduit ici par Fanny Britt, dramaturge qui fait de plus en plus sa marque sur les scènes d'ici):

J’aimerais bien pouvoir vous livrer aujourd’hui un message enthousiaste sur le rôle déterminant que joue le théâtre dans nos vies. Mais ce ne sera pas le cas. Présentement, un acteur ou un autre artiste de la scène vous transmet ces mots.
Le fait que vous soyez ici, dans un théâtre, témoins de sa présence sur scène, en dit long sur la valeur que vous accordez à son travail.
Je serais emballée de m’imaginer que la société en général partage votre point de vue, mais je ne peux pas me l’imaginer, parce que je sais que presque tous les artistes de la scène gagnent un salaire dérisoire pour leur travail.
Je serais émue de croire que vous considérez ce lieu, ce théâtre, comme un espace universel et essentiel au dialogue humain – un lieu qui aurait un impact réel sur l’imagination morale et politique de notre société. Mais je n’y crois pas, parce qu’en comparaison des autres médias, le théâtre est généralement perçu comme une forme d’art marginale et élitiste.
Je ressens un profond conflit intérieur à l’idée de travailler en théâtre, parce que partout autour de moi, j’observe une déconsidération des valeurs que le théâtre incarne à mes yeux. De manière très concrète, je trouve difficile de gagner ma vie comme artiste de théâtre. Et je ne crois pas être la seule.
Mais de quelles valeurs parle‐t‐on ? Commençons par la vérité.
La vérité, en théâtre, est le résultat d’années de collaboration entre des artistes qui aspirent à comprendre les comportements humains puis à donner vie à ces idées devant un public. Pourtant, les foules ne se pressent pas au théâtre pour découvrir la vérité sur notre monde. Nous lui préférons plutôt des histoires préfabriquées, gonflées de doses quotidiennes de vérité enrobée de détails sensationnalistes – incluant souvent des informations intimes sur les malheurs de l’humanité, obtenues de manière douteuse, et vendues à profit.
Et que dire de la liberté ? Aujourd’hui, nous sommes libres d’aller où bon nous semble et de choisir la forme de divertissement que nous préférons pour occuper nos heures de loisir. Pourtant, nous choisissons souvent de rester cloisonnés chez nous et de consommer des histoires qu’on nous injecte par l’intraveineuse de nos câblodistributeurs. Le monde extérieur, après tout, peut se révéler hostile – il n’y a jamais de stationnement, la météo est imprévisible, et l’autobus ne passe jamais à l’heure. Lorsque nous allons au théâtre, nous avons l’impression de prendre un détour risqué.
« Mais si je traverse la ville pour aller à un endroit où je ne reconnais pas le nom des rues, où je ne parle pas la langue des habitants, pour voir une pièce qui ne met pas en vedette un acteur connu ou un auteur bardé de prix ? Et si, après avoir fait tout ça – après avoir toléré tous ces désagréments – je n’aime pas ce que je vois ? J’aurais dû le savoir ! Le critique de théâtre de mon journal favori n’a même pas couvert cette production ! »
Mon esprit est‐il véritablement libre ?
Certains d’entre vous se disent sans doute : « c’est injuste, ce qu’elle nous dit là. Après tout, ne suis‐je pas ici, moi ? Je vais au théâtre, et mes amis y vont aussi. » Mais vous êtes‐vous demandé pourquoi vous constituez une telle minorité ? Parce que vous êtes une minorité. Qu’on se le dise, vous l’êtes. Nous le sommes.
Le théâtre n’est plus une forme d’art populaire. Évidemment, cette affirmation ne surprendra personne, et nous avons tous développé des mantras intérieurs pour nous protéger de ce constat déprimant — que nous consacrons nos vies à un médium qui ne rejoint pas beaucoup de gens : « la qualité vaut mieux que la quantité », « seuls les plus brillants me comprennent », « l’art véritable n’est jamais populaire », « chaque médium finit par céder le passage à d’autres technologies, avec le temps. »
Mais ces énoncés faussement rassurants ne tiennent pas la route lorsque nous nous rappelons les deux grandes époques du théâtre occidental – la Grèce antique et l’Angleterre élisabéthaine – qui ont toutes deux produit une forme de divertissement populaire également considérée comme du grand art. Sans compter que deux mille ans séparent ces deux époques, période pendant laquelle une quantité considérable de nouvelles technologies ont vu le jour.
Je crois profondément que le théâtre devrait être un médium populaire. Et je l’entends dans le sens le plus simple du terme – le théâtre doit être peuplé par les masses parce que le théâtre constitue l’un de ces lieux, rares et précieux, où la masse peut se défragmenter en une saine communauté d’individus qui se nourrissent d’histoires racontées collectivement.
Ensemble.
Ceux d’entre nous qui se battent encore pour créer des spectacles et remplir les salles de théâtre ont la capacité de le rendre populaire à nouveau. Mais nous n’y arriverons que si nous commençons à faire la promotion du théâtre comme étant le moyen le plus efficace pour contrer le pire fléau de notre époque : l’inaction humaine devant les crises politiques, sociales et environnementales. À mon avis, ceux d’entre nous qui travaillent en théâtre doivent commencer à admettre que l’acteur de théâtre est mieux préparé à lutter pour la paix que l’ambassadeur aux Nations Unies, que les bons dramaturges et metteurs en scène sont des experts en justice sociale, que les arts vivants locaux peuvent être aussi mobilisateurs qu’une campagne internet mondiale, et – et c’est là ce qui compte le plus – que le public de théâtre va croître librement et
abondamment lorsqu’on s’adressera à lui comme à un citoyen engagé, et non pas comme à un amoncellement aléatoire de consommateurs.
Mon amour du théâtre prend racine dans ma conviction que cet art devrait être essentiel au dialogue politique et moral de nos communautés. Si c’était le cas, nous pourrions nous attendre à ce que l’acteur soit payé décemment, que l’auteur soit respecté comme un juge, et que le producteur de théâtre soit considéré comme l’un des plus ardents défenseurs de la justice sociale. Aujourd’hui, cependant, nous sommes bien loin d’avoir vu naître cette vision.
J’ose croire que les choses changeront. Car les choses doivent changer.

Bonne journée mondiale du théâtre à tous... aux auteurs, aux comédiens, aux metteurs en scène, aux concepteurs, aux directeurs, aux administrateurs, aux spectateurs, aux subventionneurs!!!

lundi 19 mars 2012

Bon voyage!


À tous les théâtreux et théâtreuses qui prendront l'avion dans le courant de la journée ou qui sont déjà rendus dans les vieux pays... À:

Rodrigue Villeneuve, Hélène Bergeron, Janine Fortin, Geneviève Mercier-Bilodeau, Émilie Gilbert-Gagnon, Jeannot Boudreault, Benoît Lagrandeur, Lyne L'Italien, Guillaume Ouellet, Guylaine Rivard, Serge Potvin, moi-même, Isabelle Boivin, Marc-André Perrier, Patrice Leblanc, Martin Giguère, Dany Lefrançois, Martin Gagnon, Sara Moisan et Vicky Côté (et aux autres que j'oublie peut-être...)

je souhaite un bon voyage!

dimanche 18 mars 2012

Au théâtre, cette semaine! (du 18 au 24 mars 2012)


Cette semaine, le milieu théâtral régional ne prend pas de pause... même si la plupart des directions des compagnies d'ici décolleront, ce lundi, pour un périple lyonnais de deux semaines, avec, dans leurs valises, des productions (petites formes), des extraits, des ateliers...

Pendant qu'eux (enfin, nous... parce que j'y serai quand même quelques jours...) feront connaître la vitalité qui nous caractérise, ici, il y aura:

Mercredi - 21 mars 2012
Café Yé (Roberval), 19h

Le Théâtre Mic Mac poursuit ses activités de découverte du répertoire québécois par ses mises en lecture. Cette fois, c'est la pièce Tom à la ferme, la dernière création de Michel-Marc Bouchard (un des auteurs fétiches de la troupe) qui a été choisie. C'est ouvert à tous et c'est gratuit.

Vendredi - 23 mars 2012
Salle Michel-Côté (Alma), 20h

et

Samedi - 24 mars 2012
Salle Pierrette-Gaudreault (Jonq.), 20h

L'Auditorium d'Alma et le Théâtre La Rubrique reçoivent Le Grand Cahier... une production (qui avait fait sensation) réalisée à partir du roman du même nom d'Agotha Kritof. La pièce nous révèle des enfants d’une rare candeur,  à l’intelligence rusée et inventive. Sur fond de guerre, elle raconte le parcours de deux jeunes garçons abandonnés à une grand-mère du genre marâtre. Rapidement, les jumeaux Klaus et Lukas établissent que, pour s’en tirer, ils doivent se constituer une carapace. Ils se livrent donc à des exercices parfois cruels d’endurcissement du corps et de l’esprit, destinés à les rendre insensibles à la douleur, aux insultes et… à toutes formes d’affection.
 
Par ailleurs, de l'autre côté de l'océan, seront en intenses activités les Amis de Chiffon, la Rubrique, les Têtes Heureuses, le C.R.I., le Théâtre 100 Masques, le Faux Coffre, la Tortue Noire et le Théâtre À Bout Portant.

Si j'oublie des trucs, il est possible de les ajouter par le biais des commentaires....