lundi 10 juin 2013

Théâtre d'été 2013... [Carnet de mise en scène]


Photographies en répétition prises par Patrick Simard

Aujourd'hui et demain auront lieu les dernières répétitions de La Jalousie du Barbouillé à proprement parler... puis, alors que nous ferons notre entrée dans la Salle Murdock pour  installer l'ensemble esthétique (scénographie et salle), nous entreprendrons également une longue série d'enchaînements et filages (une dizaine) jusqu'aux générales du début du mois de juillet. 

En date d'aujourd'hui, nous pouvons prévoir que la première pièce, Le Mariage forcé, aura une durée d'environ cinquante minutes. Le seconde devrait durer un peu plus de vingt minutes. Une pause sera aménagée entre les deux. 

Maintenant que la plupart des scènes sont bien construites (généralement dans un principe d'effet choral où priment l'action-réaction), il faut maintenir une certaine spontanéité tout en augmentant le coefficient de précision. Cette rigueur dans l'exécution est beaucoup plus difficile qu'elle n'y paraît. Ces deux pièces sont portées par un rythme infernal qui enlignent les personnages dans une suite ininterrompues d'entrées et de sorties (avec de belles courses en coulisses pour rattraper la suivante!). Le fil dramatique s'en trouve fragilisé,  soumis à un stress amplifié du aux changements de rôles en quelques secondes.

Ces considérations théorico-intellectuelles négligent toutefois une chose importante: le résultat est fichtrement drôle!

Le dernier grand dossier (le plus ardu... avec la campagne de financement!) qu'il reste sur notre bureau est la promotion de cet événement. Exister. Ressortir de la masse. Se faire voir. Attirer les spectateurs. Avec les maigres moyens à notre disposition...

Il faudra aussi penser à réserver parce que la jauge de la salle sera fixé, pour le confort, à 70 sièges seulement par représentation. Les réservations peuvent se faire par téléphone au 418-698-3895, par courriel à les100masques@hotmail.com ou enfin, par Facebook (en suivant ce lien).

vendredi 7 juin 2013

«La Jalousie du Barbouillé»... il y a 53 ans...

La dernière fois, à ma connaissance, que s'est jouée La Jalousie du Barbouillé de Molière (hors des cadres académiques, j'entends... et avant notre spectacle de cet été!), c'était le fait d'une toute jeune compagnie Les Apprentis de la Rampe dont la devise était Avant que d'être d'or, les blés sont verts... 

C'était en 1960. Ces jeunes, dynamiques et débrouillards (du haut de leur quinzaine d'années!), avaient loué une salle, l'Auditorium Beauchamp (sise à l'Hôpital de Chicoutimi) pour y donner une ou quelques représentations de ce spectacle.

En voici d'ailleurs une photographie qui s'est rendue jusqu'à mon bureau...


Parmi ces enfants (ou plutôt ces adolescents!) se retrouvent deux personnes qui sont toujours actives dans le milieu théâtral d'ici... 

À la droite de la photo, avec cette même carrure qui le caractérise encore aujourd'hui (dommage qu'il penche la tête...), on aperçoit Richard Desgagné, auteur et comédien qui a joué beaucoup avec les Têtes Heureuses au cours des années... alors qu'au centre, au sol, vêtu de blanc, lisant un livre avec toute sa science de docteur... eh oui... c'est Rodrigue Villeneuve!

Voilà donc leurs premiers pas dans ce monde théâtral! 

jeudi 6 juin 2013

Vers le troisième «Forum sur le théâtre au SLSJ»

Le troisième Forum sur le théâtre au Saguenay-Lac-Saint-Jean approche à grands pas! Il se tiendra, dans deux petites semaines, au Centre des arts et de la Culture de Chicoutimi.

Cette importante journée de concertation se divisera en deux parties.

Le matin sera réservé principalement au suivi des différents comités mis en place depuis quelques années et des différents projets qui les animent. Ce sera également l'occasion de faire un retour critique sur ce qui a été fait.

Au cours de cette matinée, il y aura, comme l'an dernier, la constitution de la saison régionale (d'ailleurs, il sera temps, pour tous ceux qui auront des projets, de les annoncer).

L'après-midi sera consacré aux principaux sujets de cette année: comment améliorer la circulation des oeuvres et des artistes sur le territoire et comment se positionner, collectivement, comme important centre théâtral hors des grands centres (qui décrivent les régions, plus souvent qu'autrement, comme de grands déserts culturels)...

Voici le plan de la journée (en cliquant sur l'image, la feuille devrait apparaître sous une forme plus lisible...):



Cette rencontre, comme toutes les autres, est importante d'une part parce qu'elle permet un espace d'échanges et de discussions... d'autre part, parce qu'elle met la table pour différents projets de concertation qui seront développés au cours de la saison suivante. Le tout, dans le but de consolider le milieu théâtral d'ici et de le positionner comme étant une véritable force. 

Il va sans dire que ce n'est pas le fait des seules compagnies mais que tous - auteurs, metteurs en scène, comédiens, concepteurs, administrateurs, professionnels, amateurs, professeurs et étudiants - sont nécessaires dans cet exercice. 

Au cours des prochains jours, nous (le comité organisateur comptant Lyne L'Italien, Guylaine Rivard, Véronique Villeneuve, Réjean Gauthier et moi) nous lancerons dans un blitz de téléphones et de courriels pour rappeler la tenue de cet événement.

Enfin, pour raisons purement logistique (montage de la salle et commande du dîner), il est important de confirmer sa présence auprès de Véronique Villeneuve, au 543-5941 poste 233.

mardi 4 juin 2013

Théâtre d'été 2013... [Carnet de mise en scène]

À moins d'un mois avant la première, voici ce à quoi ressemble l'atmosphère dans la salle de répétition (à noter que ces images ont été prises au tout début de la séance de travail de la scène 11...):


Ce n'est là qu'un bien petit fou rire... comparativement à d'autres qui ont eu lieu et d'autres qui viendront sûrement!

Sinon, en attendant le fameux soir où sonneront les trois coups (nous sommes très traditionnels!), voici d'autres images (des photographies, cette fois... de la scène 11 et de la scène 12!) prises ce matin, par Julie Bernier.





Les sources du personnage


Dans le théâtre conventionnel (et, dans une moindre mesure, dans le théâtre contemporain...), la création d'un personnage, son objectivation, naît de plusieurs sources subjectives... ce qui en fait un être, une figure particulièrement complexe. La création spontanée devient alors une vue de l'esprit.

Son fondement se retrouve nécessairement dans le texte, dans cette matrice de mots, de répliques, de monologues. Plus ou moins caractérisé (selon les époques et le genre), le personnage s'y retrouve de prime abord. Dans cette partition, se retrouve, ni plus ni moins, l'inspiration de l'auteur. Une image... ou plus précisément, un écho.

Cet écho se répercute par la suite dans la tête du metteur en scène. Au cours de cette «production d'imaginaire», le metteur en scène dresse (parfois précisément, parfois très grossièrement) les contours du personnage, le définit, le place dans un enchevêtrement de rapports (à lui-même, à l'autre, à l'espace, à l'intrigue). Puis il le communique de diverses façons au comédien. 

C'est à partir de ces deux cadres que s'amorce, à proprement parler, le travail d'interprétation du comédien... après tout, c'est lui qui portera le personnage sur scène. Un travail de propositions, dans un échange constant (selon différentes formules) avec le metteur en scène. Ce processus d'idéations, d'essais,  de reprises, cristallisera, d'une certaine façon, ses différents paramètres (débit et volume de la voix, corps, amplitude du geste, etc.)... tout en ménageant un espace de liberté pour l'interprète afin qu'il puisse réagir aux différents stimulis qui ne manqueront pas de surgir en cours de représentation.

C'est cette triple conjugaison (texte, mise en scène, jeu) que reçoit le spectateur. C'est lui qui, en dernier recours, boucle cette création en lui donnant l'ultime sens, en complémentarité ou en contradiction avec les créateurs précédents. Il fait ce dernier bout de chemin, selon son horizon d'attente, la résonance du discours, sa connaissance (ou non) de l'oeuvre, son niveau d'écoute, etc.

En fait, je n'invente rien là. Il s'agit, en d'autres termes, du théâtre de la ligne de Meyerhold (dont il est question ici) et du principe des quatre créateurs...


lundi 3 juin 2013

Théâtre d'été 2013... [Carnet de mise en scène]


Nous achevons la seconde révision en profondeur de la première pièce, Le Mariage forcé, nous appliquant à peaufiner la dynamique scénique et les différents caractères en jeu. 

Ces scènes sont vraiment très drôles et offrent de belles partitions aux interprètes qui y trouvent une matière propre au cabotinage et à la rigolade. Ce plaisir se conjugue toutefois avec une grande exigence physique, tant dans le corps que dans le rythme et la coordination! 

Les affiches et les tracts sont maintenant imprimés et sont peu à peu dispersés dans la ville. Le cahier de réservation est désormais ouvert. Il y aura un maximum de 80 sièges (et 80 sièges seulement!) disponibles par soir.

Il faut noter également, au passage, que suite à une modification à la distribution (pour diverses raisons), le calendrier de représentations s'est aussi ajusté, passant du «4 au 27 juillet 2013» au «3 au 26 juillet 2013» (soit du mercredi au vendredi en lieu et place du jeudi au samedi). Ce changement de jours se fait sans trop de regrets, les soirs de fin de semaine s'avérant généralement plus tranquille...

dimanche 2 juin 2013

«Circulaire de Mgr. L'Évêque de Montréal contre le théâtre»

Quelle belle occasion que le dimanche pour retourner en-arrière et constater comment le théâtre a longtemps été marqué du sceau de l'infamie. Dans cette catégorie, j'ai relevé les nombreux discours des Pères de l'Églises et autres prédicateurs (ici)... mais voici qu'aujourd'hui, je reviens de ce côté de l'Atlantique pour présenter de larges extraits (parce que je trouve son expressivité et sa démagogie fort intéressantes!) de cette Circulaire de Mgr L'Évêque de Montréal contre le théâtre (publiée par Monseigneur Ignace Bourget, non pas au Moyen Âge... mais bien le 29 août 1868 à la suite d'une grande tournée d'artistes européens comme toutes celles qui faisaient la vie culturelle de l'époque):



CIRCULAIRE DE MGR. L'ÉVÊQUE DE MONTRÉAL CONTRE LE THÉÂTRE.



Nos Très-chers Frères,

Les journaux de cette ville nous apprennent l'arrivée prochaine d'une troupe d'acteurs étrangers, et nous font en même temps connaître la nature des pièces qu'ils doivent représenter ici comme en France, en Angleterre et aux États-Unis.

Cette nouvelle a de quoi nous affliger tous, N. T. C. F., et doit nous inspirer des craintes plus sérieuses que si l'on nous annonçait une nouvelle apparition du choléra ou du typhus ou de ces affreux tremblements de terre qui, dans ces derniers temps, ont causé tant de ravages, englouti en un instant des villes entières et répandu partout la consternation et la frayeur. Car, il s'agit d'une calamité plus redoutable que tous ces maux ensemble, de la peste qui empoisonne les cœurs et d'un scandale public qui démoralise les sociétés et attire sur le monde des fléaux épouvantables.

C'est donc pour nous, N. T. C. F., un devoir impérieux d'élever la voix pour vous avertir que les pièces qui doivent être représentées, dans ce théâtre et par cette troupe de Comédiens venus de l'étranger, sont d'une immoralité révoltante, et qu'il n'y a vraiment que des cœurs tout-à-fait dépravés qui puissent n'y pas trouver de mal. Car, tout y est calculé pour opérer sur tous les sens des impressions sensuelles et charnelles. Les gestes des acteurs sont, on ne peut plus, immodestes; leurs discours, leurs paroles, leurs chants, en blessant les oreilles tant soit peu chastes, excitent les passions les plus honteuses, avec une malice vraiment infernale.


Nous pouvons donc et nous devons vous dire, N. T. C. F., avec St. Pierre Chrysologue, dans une occasion toute semblable, que c'est vouloir s'amuser avec les démons que de se permettre de tels divertissements; et que c'est par conséquent renoncer au bonheur que promet Jésus-Christ à ses vrais serviteurs que de se livrer à ces joies profanes et criminelles. [...] Comment qualifier la conduite de ceux qui iraient se ranger au pied d'un théâtre, qui est l'école du vice le plus détestable aux yeux même des honnêtes païens et des protestants qui se respectent?


Le temps et l'espace ne nous permettent pas de citer beaucoup d'autres autorités et de les confirmer par des exemples éclatants. Qu'il nous suffise de vous rapporter ici un fait terrible, que nous lisons dans un ouvrage de St. Alphonse de Liguori, un des plus célèbres écrivains du dernier siècle. Pour prouver à ses lecteurs les dangers du spectacle, il raconte que, dans une des villes d'Italie où il y avait un célèbre pèlerinage à l'honneur de la Bienheureuse Vierge, il se trouvait malheureusement un grand théâtre à côté du sanctuaire de Marie. Or, un jour qu'une foule insensée encombrait ce lieu de plaisirs mondains, le feu éclata tout à coup et avec tant de violence que tous ceux qui assistaient au spectacle furent consumés par les flammes. Un seul échappa, et il assure avoir vu la sainte Vierge, une torche ardente à la main, mettant elle-même le feu à un édifice où il se commettait tant et de si grands crimes, en face du temple où elle avait établi son séjour, pour exercer ses miséricordes en faveur de ses enfants.


Or, notre ville n'est-elle pas toute entière consacrée à l'honneur de l'auguste Mère de Dieu? [...] Or, n'est-il pas à croire qu'elle ne souffrira pas que sa ville chérie soit exposée aux scandales et aux immoralités du théâtre ? Vous vous souvenez sans doute comment fut dévoré par les flammes le théâtre qui avait été élevé à côté de N. D. de Bonsecours.


Nous l'espérons, N. T. C. F., et nous demandons, avec d'instantes prières, que cette bonne et tendre Mère éloigne de nous toutes les causes qui pourraient nous attirer la colère du Ciel; et qu'elle fasse pour cette ville ce qu'elle fit pour celle d'Amalphi. St. Alphonse, dont Nous venons de vous parler, y avait donné une grande retraite avec des fruits merveilleux. A la clôture de cette belle mission, il dit au peuple, après l'avoir béni: Veillez sur vous-mêmes, mes frères; après notre départ il tombera de la montagne un démon qui vous exposera au malheur d'oublier toutes vos résolutions, et vous attirera le châtiment d'un tremblement de terre. En effet, le lendemain, lorsque les missionnaires étaient déjà partis, on vit descendre ce démon : c'était un buffle qu'on avait lancé pour donner au peuple le spectacle d'un jeu profane. Mais, à peine cet animal est-il arrivé sur la principale place que toute la ville est ébranlée par un affreux tremblement de terre. Aussitôt le jeu cesse, le peuple effrayé se rend à l'Eglise où l'Archevêque monte en chaire pour annoncer la pénitence et rappeler aux habitants les promesses qu'ils avaient faites durant la mission.


Le Prélat parlait encore, lorsqu'une secousse beaucoup plus violente ébranla horriblement l'Eglise et renversa les chandeliers et tous les objets qui se trouvaient sur le Maître-Autel. On sortit incessamment avec l'Archevêque qui, continuant à prêcher sur la place publique, parla en ces termes de la menace prophétique: L'homme de Dieu, dit-il, nous avait prédit ce grand châtiment, si parmi nous il s'en trouvait qui ne voulussent point se convertir. Prions, mes frères, pour ces pécheurs endurcis, et daigne le Dieu des miséricordes toucher leurs cœurs!

C'est ce que nous allons faire tous ensemble, N. T. C. F., pour empêcher que Dieu ne soit si horriblement offensé, comme il le serait incontestablement, si le théâtre qui doit s'ouvrir était malheureusement fréquenté par nos Catholiques. Pour notre ville, l'Opéra Bouffe est ce qu'était pour Amalphi le buffle qui, en jetant le peuple dans la dissipation d'un plaisir profane, faillit causer sa ruine.

A cette fin, nous réglons ce qui suit, pour qu'il y ait dans les différentes Eglises de cette cité et de sa banlieue, des exercices communs; afin que les pieux fidèles puissent s'unir facilement à leurs pasteurs, pour obtenir de la divine bonté que le théâtre ne soit pas fréquenté, et qu'ainsi Dieu ne soit point offensé.

L'on fera, dans chaque Église ou Chapelle, la neuvaine préparatoire à la fête de la Nativité de la Sainte-Vierge, qui commence le trente Août et se termine le sept Septembre. Nous accordons le salut solennel et la Bénédiction du St. Sacrement. On y chantera entr'autres l'invocation Maria Refugium peccatorum, etc., répétée trois fois, avec l'Oraison Deus, in cujus passione, etc., et le Parce Domine populo tuo, répété trois fois avec l'Oraison Omnipotene sempiterne Deus, qui vivorium dominaris, etc. On y fera aussi une amende honorable avant le Tantum ergo,etc. Les prières de la Neuvaine se feront aussitôt que l'on aura fait l'exposition du St. Sacrement, en la manière ordinaire. Il y a 300 jours d'indulgence à gagner, chaque jour de la Neuvaine, et une indulgence plénière, aux conditions requises, à la fête de la Nativité ou un des jours de l'Octave. Cet exercice serait convenablement placé vers les 7 heures du soir, pour favoriser le concours des bonnes âmes à l'heure à peu près où l'on se rend au théâtre, afin que pour eux les chants sacrés et les prières ferventes remplacent les chants lassifs et les paroles dissolues qui attirent les mondains au spectacle. Cette Neuvaine sera d'ailleurs une préparation à la fête du Saint Nom de Marie.

Ce sera, N. T. C. F., en faisant, avec ferveur, ces pieux exercices, que nous obtiendrons les lumières intérieures qui nous sont si nécessaires, pour mieux comprendre nos vrais intérêts pour ce monde et pour l'autre. N'est-il pas en effet visible qu'il se fait des dépenses extraordinaires au théâtre pour le luxe, la toilette et autres objets de vanité et de curiosité, qui finissent par être des causes de ruine et de renversement de fortune? Les sommes énormes qui y sont englouties n'occasionnent-elles pas dans beaucoup de familles, des souffrances qui en bannissent le bonheur et la paix? Ce que l'on donne à des acteurs, qui démoralisent les grandes villes et les pays entiers, n'est-il pas enlevé au pauvre infirme, à l'enfant abandonné, au vieillard décrépit, à la veuve et à l'orphelin? Mais les cris que poussent vers le ciel ces membres souffrants de Jésus-Christ, leurs souffrances et leurs gémissements ne font-ils pas nécessairement tomber, sur ceux qui se livrent, à leurs dépens, à des plaisirs criminels, des anathèmes qui se font sentir sur les enfants et les petits enfants, jusqu'à la dernière génération? Si l'on employait à doter et à soutenir nos établissements de charité et à en créer d'autres, à mesure que le besoin s'en fait sentir, les grosses et énormes sommes que viennent chercher des acteurs et des comédiens, n'en serait-on pas plus béni du Ciel et plus heureux sur la terre?

Tels sont, N. T. C. F., les avis charitables que Nous avions à vous adresser, pour prévenir, s'il est possible, l'invasion de l'immoralité des théâtres, dont notre ville est menacée. La glorieuse Vierge Marie, notre tendre Mère, notre puissante Patronne à tous, au nom de laquelle nous vous les donnons, nous secourra dans ce danger imminent, et nous obtiendra la fidélité, la force et la docilité qui nous sont si nécessaire», pour opérer notre salut avec crainte et tremblement. C'est à ses pieds sacrés que Nous déposons cette Lettre avant de vous l'envoyer; c'est par son cœur compatissant que Nous la faisons passer, afin qu'elle daigne, en la bénissant, lui faire produire des fruits de salut. Toutes les vierges innocentes et pures lèveront leurs mains suppliantes vers son trône, afin d'implorer son assistance dans ces jours mauvais.

Cette Circulaire sera lue au prône de toutes les Eglises de la ville et de la banlieue où se fait l'Office public, et au chapitre de toutes les communautés, et commentée au besoin. Nous vous bénissons tous, N. T. C. F., au nom de Notre Seigneur et de son Immaculée Mère, qui, ayant écrasé la tête du serpent infernal, au premier moment de sa conception pure et sans tache, voudra bien aussi nous préserver du venin infect qu'il cherche à répandre dans notre heureuse et paisible société.

IG., ÉV. DE MONTKÉAL.

Montréal, le 29 août 1868.

samedi 1 juin 2013

Nouvelles acquisitions!

Je viens tout juste de recevoir deux bouquins, commandés il y a quelques semaines, destinés d'une part à mon plaisir personnel... d'autre part à l'approfondissement de mes connaissances et de mon travail (de mise en scène, de recherche, de billet sur ce blogue).


Le premier, Et Molière devint Dieu, publié en 2009 aux éditions Domens sous la plume de Claude Alberge, raconte, dans une intéressante histoire anecdotique et richement illustrée, comment s'est construite la postérité de Molière, de sa mort à la grande période du XIXième siècle, de l'indifférence quasi généralisée à l'adulation. Comme cette histoire (vraie ou fausse?) publiée dans un journal en 1898, qui expliquerait peut-être la raison pour laquelle aucun manuscrit et très peu de papiers attribués à Molière n'ont été retrouvés:

Un paysan, conduisant  une charrette attelée d'un âne, s'arrête, rue de Richelieu, devant la porte de la Bibliothèque Nationale. Il demande à parler au directeur. «J'ai chez moi, depuis des années, une grosse malle pleine de papiers très vieux, les papiers de Monsieur Molière; il y a des lettres, des comptes, des pièces de comédie... Ma foi, comme ça m'encombre, plutôt que d'en allumer mon feu, je viens les lui montrer et lui demander s'il m'en donnerait bien une pièce de vingt francs.» La réponse est laconique: «Les bureaux sont ouverts le jeudi, de trois à cinq.» Et notre charretier se retire. Avec quelques retards, les autorités s'inquiètent et, ne le voyant pas revenir, lancent des appels dans la presse; les préfets mobilisent la maréchaussée sur la piste du mystérieux équipage. En vain.

L'autre essai qui vient d’atterrir sur ma table de chevet (enfin, sur n'importe quelle autre table de la maison!) est le fait de Anne-Françoise Benhamou, Dramaturgies de plateau, publié en 2012 aux Solitaires Intempestifs. 


Comme je ne l'ai pas encore feuilleté et que je l'ai acheté sur le simple intérêt du résumé de la quatrième de couverture, le mieux que je peux faire est de copier celui-ci: Je ne crois pas qu’on puisse chercher quelque chose au théâtre sans un cadre de pensée. Encore faut-il que ce cadre permette l’expérimentation de la répétition‚ et même la favorise‚ la provoque‚ la rende nécessaire ; autrement dit‚ que la réflexion dramaturgique conserve une ouverture qui appelle sa transformation par la scène. C’est ce processus de contamination de la pensée par le jeu‚ et réciproquement‚ que je nomme dramaturgie de plateau.

mercredi 29 mai 2013

Théâtre d'été 2013... [Carnet de mise en scène]


Je me cherchais une façon d'entamer les représentations de la production estivale... quand m'est revenue à l'esprit l'ouverture du Poenulus de Plaute (qu'on peut lire ici). Cette jonction de ce prologue avec l'oeuvre de Molière est significative à plus d'un égard... 

D'abord, l'objet même de ce texte est le spectateur. Il s'agit là d'une adresse directe, bien tournée, excessive... ancêtre antique des annonces contemporaines concernant les sorties et les sonneries de téléphones! Un morceau littéraire parfait pour débuter un spectacle. 

Par ailleurs, Plaute a été une source importante pour Molière qui y a puisé des personnages, des intrigues (dont ceux qui ont donné L'Avare). Cette filiation est, en quelque sorte, naturelle.

Puis, enfin, ça crée une certaine continuité avec la production 2012 de La Marmite (de Plaute!)... Un clin d’œil tout théâtral à l'équipe qui travaillait, à la même date l'an dernier, sur cet auteur.

Tout ça pour dire que, ce matin, c'est ce qui sera mis en chantier dans la salle de répétition.

mardi 28 mai 2013

Théâtre d'été 2013... [Carnet de mise en scène]

Ce billet pourrait aussi s'appeler L'art d'élever le cabotinage au rang de style théâtral... parce qu'au fond, c'est un peu la ligne directrice de ces deux mises en scènes moliéresques. 

La multiplicité des personnages, la simplicité de l'intrigue, le rythme effréné des scènes commandent, en quelque sorte, un soutien physique et comique de la part des interprètes. Qui plus est, le choix de les placer sur des tréteaux, sans véritable apport scénographique (sinon trois malles), demande un jeu peut-être plus exubérant, plus stylisé, plus assumé... 

Alors retour au cabotinage (après ce billet du 6 novembre 2008). 

Ce principe est définit ainsi dans Le Dictionnaire de la langue du théâtre d'Agnès Pierron: C'est l'art, tout de paraître et d'exhibition de soi, du  CABOT ou CABOTIN. Intéressant: se montrer pour montrer. 

Le comédien qui entre en scène doit, dès lors, tout faire pour tenter d'attirer l'attention du spectateur. Si cela se fait avec un bon auto-contrôle et un équilibre définit en équipe, le résultat peut être amusant. 

jeudi 23 mai 2013

Qui donc est Molière... ?


Voici trouvé sur le site Tout Molière:

Comme Molière est mort sans laisser ni la moindre lettre, ni le plus petit fragment de manuscrit d’une pièce, phénomène troublant mais non pas unique dans l’histoire de la littérature, les légendes ne manquent pas à son sujet. On connaît ainsi la thèse du vaste complot ourdi par ses ennemis dévots pour regrouper et détruire tous ses papiers personnels, ou encore celle d’Anatole Loquin, membre de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux, qui fait de Molière le Masque de Fer, dont il a fallu détruire les documents pour raison d’État.

On connaît aussi le vieux serpent de mer selon lequel Molière, simple farceur quasi-inculte, ne serait pas l’auteur de ses œuvres et aurait utilisé les services d’un "nègre", Pierre Corneille lui-même, qui, pour sa part, avait le talent, la culture et surtout le temps nécessaire à la conception et à l’écriture d’une telle œuvre. C’est Pierre Louÿs, grand expert en supercherie littéraire - il avait fait croire à l’authenticité grecque de ses Chansons de Bilitis - qui présente cette idée comme une énigme ("Molière est un chef-d’œuvre de Corneille", Comedia, 7 novembre 1919), ouvrant ainsi la voie à quelques sporadiques publications ultérieures : Henry Poulaille (Corneille sous le masque de Molière, Grasset, 1957), Hippolyte Wouters et Christine de Ville de Goyet, deux avocats bruxellois (Molière ou l’auteur imaginaire, éd. Complexe, 1990), et enfin Dominique et Cyril Labbé (Journal of Quantitative Linguistics, vol. 8, n°3, décembre 2001).

Sans entrer dans le détail d’une réfutation rigoureuse et définitive, faite récemment par de grands spécialistes tels que Georges Forestier, Patrick Dandrey, et Roger Duchêne (à ce sujet, voir les articles de Georges Forestier et Roger Duchêne), le simple bon sens, la connaissance du théâtre, celle des mœurs de l’époque ainsi que de l’histoire littéraire suffisent à balayer les arguments avancés par cette lignée d’"enquêteurs".

Ainsi, pourquoi aucun des nombreux ennemis de Molière, contre lequel ils ont pourtant fait flèche de tout bois, n’a-t-il émis une telle hypothèse ? Pourquoi Molière n’aurait-il pas eu le temps matériel d’écrire ses œuvres, alors que ses contemporains étaient si prolixes (Alexandre Hardy auquel on prête quelque six cents œuvres) ? Pourquoi le grand Corneille aurait-il accepté d’être un "nègre", alors qu’il n’avait pas, contrairement à une légende tenace, de difficultés d’argent.

Quant aux approches récentes de linguistique quantitative de C. et D. Labbé, dont il faut dire un mot puisqu’elle revêtent un manteau de scientificité, elles conduisent à des non sens liés à une méconnaissance patente de la littérature du temps : leur méthode, utilisée de manière partielle, ne tient aucun compte en effet des spécificités du théâtre de l’époque, de l’histoire des formes littéraires, et surtout des pratiques d’écriture. Cette imprudence méthodologique les conduit à s’intéresser aux occurrences des mots, pour y relever des "signatures" ou des "empreintes digitales", alors que le vocabulaire ne constitue pas, pour le théâtre du XVIIe siècle, un critère pertinent : car les contraintes esthétiques et poétiques (la question des registres, la rigoureuse détermination des genres, et les règles de la métrique) sont telles qu’elles limitent nécessairement la "liberté d’expression" des auteurs telle que nous la concevons aujourd’hui en mettant à leur disposition un lexique relativement limité et fixé par une convention stabilisée. Elles contribuent ainsi à estomper leur personnalité propre, de sorte qu’on ressent légitimement une certaine uniformité à la lecture des millions d’alexandrins écrits à l’époque. Ainsi, les différences existant entre les auteurs ne tiennent pas au choix des mots, mais à leur disposition, et à la façon, propre à chacun, de rythmer le vers ; d’ailleurs tout lecteur un tant soit peu sensible à l’écriture remarque rapidement que Corneille dispose d’une rythmique et d’une "respiration" qui lui sont propres. Il s’agit donc ici d’une question de rhétorique et non de lexique.

À quand le prochain (faux) scoop ? Laissons le mot de la fin, en le parodiant, à George Bernard Shaw qui raillait les tenants d’une thèse identique au sujet de Shakespeare : "Molière n’est pas l’auteur de ses œuvres. Celles-ci ont été écrites par un inconnu qui se nommait Molière »

mercredi 22 mai 2013

Théâtre d'été 2013... [Carnet de mise en scène]


Une comédie est comme un véhicule
fait pour supporter
et transporter une certaine charge.
Un surcroît de cette charge la prive de son dynamisme.
Voyez Molière.
Sa discrétion.
Son infaillible faculté de répartition,
d'aération.
Son art de ménager le public,
de ne jamais offrir plus
qu'il ne peut absorber à la fois.

C'est le grand Jacques Copeau qui parle (enfin... écrit...) ainsi de Molière, en décembre 1934. Une citation qu'il fait bon se rappeler en pleine création...