mercredi 13 avril 2016

Ah... se maquiller...

Comment se maquiller? C'est souvent une question qui arrive, en production, vers la toute fin, alors que le stress est presque à son comble. Plus de raisons maintenant pour se casser la tête... avec ce petit fascicule de la collection Jeux, Tréteaux et Personnages qui porte le juste titre de Comment se maquiller? et qui fut publié en 1937.

Que de trucs et de conseils! 

Comme sur l'importance du peignoir:

L'acteur, à plus forte raison l'actrice, aura eu soin de se munir d'un peignoir. Il arrive donc au théâtre, se dévêt. Il endosse son peignoir. Car c'est une fâcheuse négligence que de s'asseoir devant sa tablette à maquillage en ayant gardé un vêtement de ville qui sera fatalement sali [...]. Faisons cette autre confidence pour ceux qui aiment vraiment le théâtre, que cet intervalle, cette neutralité, - en ayant dépouillé le vêtement qui vous est personnel, pendant que se prépare, que prend forme le personnages qui  tout à l'heure recevra de son costume un corps - sont bien favorables au recueillement particulier qui doit précéder la création. [...] Négligence encore que de se mettre en costume avant de se maquiller, il aura l'aspect d'un déguisement au retour du carnaval. Ajoutons enfin, en vieux comédiens, que si le théâtre est parfois privé de public, il ne l'est jamais de courant d'air: le peignoir défendra contre  cet ennemi votre voix, et il vous permettra, Mesdemoiselles, de circuler dans les couloirs à la recherche éperdue d'une perruque ou d'un soulier. 

Ou sur ce qu'il faut dans toute bonne trousse qui se respecte:

Vous devez vous approvisionnez de:
fonds de teint;
crayons gras;
crayons secs dermatographes;
rouges à lèvres;
poudre de riz;
fards sec compacts (les femmes);
rimmels;
une grosse houppe en laine;
une houppe de cygne;
une brosse douce à poudre;
une patte de lapin;
des estompes;
du démaquillage;
du crêpé, du vernis (les hommes).

La boîte doit encore contenir:
un chiffon, pour s'en essuyer les doigts qui touchent une couleur après un autre, ou pour s'en démaquiller, à moins que vous ne préfériez le papier à démaquiller ou le coton hydrophile;
une glace à main; certaines ont, si cela vous amuse, un côté grossissant
une lime à ongles;
peigne et brosse à cheveux;
brosse à habit;
du savon et une essuie-main;
un ruban large de deux doigts pour enserrer le front et préserver les cheveux
du blanc gras en bouteille, rosé ou rachel, pour mains et bras (les femmes)

Ou encore, pour tout apprendre sur la Nomenclature des fonds de teints à employer couramment!




mardi 12 avril 2016

«Les Farces médiévales» [Carnet de mise en scène]


Dimanche dernier, nous avons travaillé quelques heures sur La Farce du Pâté et de la Tarte, Très Bonne et Fort Joyeuse à Quatre Personnages. Un premier débroussaillage pour mettre en évidence quelques points afin que les interprètes (et le metteur en scène!) puissent avoir une certaine base pour poursuivre leur cheminement dramaturgique. 

De cet exercice (qui s'est fait et à la table et dans l'aire de jeu), donc, ont émergé des constatations:

Sur la langue
  • La langue de la farce n'est pas à proprement parlé une langue littéraire. C'est plutôt une langue populaire (dans le sens d'issue du peuple), de jargon, de patois, d'accents prononcés, de répliques vives dont les sonorités colorent les différentes expressions. 
  • Même si la versification est présente (ce sont des vers octosyllabiques), elle doit exister sans trop que nous en fassions de cas pour ne pas faire tomber cette oralité nécessaire. C'est un outil rythmique plus qu'une forme.
  • Du coup, pour garder ce côté populaire et pour amplifier les effets comiques inhérents à ce genre théâtral, il faut pouvoir se donner le droit d'intercaler entre les mots du textes des interjections... voire même de brefs commentaires.
Sur les personnages
  • De l'exécution de la pièce sans mise en place, des caractères se sont dessinés: le pâtissier et son épouse qui passent de la suspicion à l’irascibilité; les deux coquins (dont nous faisons un couple) qui derrière leurs bravades cachent des gestes de poltrons. Ces deux couples, malgré les heurts et les sournoiseries, sont fondés sur des ressemblances et une certaine complicité.
Sur le jeu
  • Comme cet espace sera relativement petit (16 pieds de large avec une profondeur de 8 pieds), il faut trouver les moyens de le maximiser et de donner toutes les informations nécessaires à la bonne compréhension de l'intrigue. Ce premier essai donne une certaine méthode d'utilisation de l'espace, mettant à profit les rideaux de fond.
  • Enfin, déjà des éléments de jeux, des effets comiques sont identifiés... et ça promet!
Dimanche prochain, nous nous attaquerons aux deux autres farces pour en explorer aussi les possibilités et avoir en tête les incontournables scéniques à venir.


lundi 11 avril 2016

De la forme et de la tradition

Le pouvoir du théâtre 
devrait être bien plus grand 
qu'il ne l'est dans le monde contemporain 
mais il a délibérément choisi 
de s'émasculer lui-même 
en imitant les façons de faire de ses rivaux.

Cette toute simple assertion qui fustige notamment le théâtre réaliste et l'imitation de la vie (tant dans le jeu que dans la forme esthétique) vient de Howard Barker, dans ses Arguments pour un théâtre. Tout ce bouquin (par ailleurs fort passionnant!) est construit de ce type de coup de poing rhétorique qui plaide pour un retour à la tragédie comme seule forme valable au théâtre. De la forme et de la tradition!

dimanche 10 avril 2016

Semaine théâtrale - 10 au 16 avril 2016


C'est une petite semaine qui s'en vient... avec, officiellement, qu'une offre venue de Roberval! C'est donc le temps d'en profiter!

Jeudi à samedi, 14 au 16 avril 2016
Salle Lionel-Villeneuve (Roverbal), 20h
TROISIÈME SEMAINE DE REPRÉSENTATIONS

Le Théâtre Mic Mac présente sa grande production annuelle, Les Manuscrits du déluge... une pièce de Michel-Marc Bouchard mise en scène d'Émilie Gilbert-Gagnon. Voici ce qu'en on dit Hélène Gagnon de L'Étoile du LacLouis Potvindu Progrès-Dimanche et moi... ici-même! Plus de détails sur le site web de la troupe.

samedi 9 avril 2016

[Carnet de mise en scène] Les farces médiévales


Demain, nous entreprenons le début des répétitions pour la production estivale 2016 du Théâtre 100 Masques, qui se tiendra à la Pulperie de Chicoutimi, du 5 juillet au 24 août, tous les mardis et mercredis (pour 16 représentations). 

Pour jouer ce trio de farces médiévales (La farce du pâté et de la tarte, La farce du cuvier et La farce du pet) qui demandera engagement, inventivité et abnégation de l'amour-propre (!), j'ai fait appel à une distribution plus qu'expérimentée. Des comédiens de grand talent. Drôles. Qui sauront assurément composer avec ces personnages déjantés, nourris à même les rires du peuple du XVième siècle, qui ne reculent devant aucune grossièreté, aucune obscénité. 

En voici une courte présentation (les photographies, qui serviront à la promotion de la production, ont été prises par Patrick Simard... les costumes ayant été prêtés par le Théâtre La Rubrique):


Mélanie Potvin... Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai travaillé avec elle sur des productions estivales et/ou sur des productions de Noël, profitant à maintes reprises de la plasticité (!) de son visage et de son corps! C'est, en quelques sortes, la comique fétiche de la compagnie. 


Sophie Larouche...  C'est l'une des trois fondatrices du Théâtre 100 Masques (pour qui elle donne toujours de la formation). Si j'ai travaillé beaucoup avec elle, je l'ai rarement dirigée. C'est une comédienne redoutable qui n'a peur de rien. Elle a déjà montré son savoir-faire, notamment avec Les Têtes Heureuses, tant dans le drame que la comédie.


Eric Chalifour... J'ai peu travaillé avec lui (qui est aussi metteur en scène) à venir jusqu'à maintenant sinon avec le Théâtre CRI une fois et l'an passé, pour Le Revizor. Ce n'est pas à proprement parlé une découverte parce que je l'ai vu joué ailleurs à de nombreuses reprises... mais c'est un immense plaisir que de pouvoir compter sur son expérience pour ces farces!


Gervais Arcand... De toute cette distribution, c'est le second avec lequel j'ai le plus collaboré (souvent comme comédien mais aussi comme concepteur d'éclairages) ! À Roberval, au Théâtre Mic Mac. C'est un comédien solide, impliqué, qui fait preuve d'une grande aisance en scène. Une autre valeur sûre.

C'est donc avec eux que le Théâtre 100 Masques (et moi, en l’occurrence!) se lancera dans l'exploration de ces textes férocement comiques, vieux de quelques centaines d'années, qui laissent, chacun à leur façon, une large part au génie de l'acteur!

vendredi 8 avril 2016

De la mise en scène meyerholdienne

Meyerhold, devant un portrait de sa femme, comédienne dans sa troupe, Zinaïda Reich

À quelques jours d'entreprendre les répétitions de la prochaine production estivale du Théâtre 100 Masques (à partir de trois farces médiévales), il est de bon ton de revenir un peu aux sources théoriques de la mise en scène meyerholdienne que j'apprécie particulièrement.

Il faut d'abord garder à l'esprit que la trinité meyerholdienne pour aborder la scène réunit souci du rythme, priorité de l'ensemble et maîtrise gestuelle.

C'est un théâtre de l'image... non pas au sens technologique: l'espace, la présence, le jeu (et donc les corps) sont construits, architecturés. Le temps (tempos, ralentis, silences) sert à créer des tensions, des pulsions, des contrastes. 

Une telle pratique s'élabore sur deux éléments essentiels.

D'abord le texte. Un texte-matériau... un texte qui est un puissant outil de jeu, un texte qui se doit de servir le spectacle en cours de création: On a peut-être torturé le texte, mais on ne le méprise point; il est tout, on l'exalte. On accentue son rythme et chaque phrase est une mélodie; les intentions deviennent gestes et la physionomie déifie le mot.

Puis (et surtout!), l'acteur, véritable clé de voûte de cette conception. Un acteur qui évolue sur scène à travers différentes mises en rapport dynamiques qui se conjuguent l'une à l'autre: mise en rapport de l'acteur avec le texte, mise en rapport de l'acteur avec le partenaire, mise en rapport de l'acteur avec l'objet, mise en rapport de l'acteur avec l'espace, mise en rapport de l'acteur avec le rythme.

C'est là tout un programme théâtral!

jeudi 7 avril 2016

Un point de vue sur le théâtre du XIXe et du début du XXe siècle

Jean Béraud (à ne pas confondre avec son homonyme, peintre)

C'est euphémisme de dire que le théâtre au Québec a pris du temps pour s'ancrer au territoire. Pas qu'il était absent pendant les 350 premières années. Non. Juste que sa pratique - et au premier chef, son écriture - était calquée sur des pratiques étrangères (européennes et américaines). Le théâtre québécois (ou, à cette époque, canadien) a eu une fort longue gestation. 

Pourtant, au cours des décennies, de nombreux auteurs de théâtre ont atteint une certaine reconnaissance: Joseph Quesnel, Pierre Petitclair, Félix-Gabriel Marchand, Antoine Gérin-Lajoie et Louis Fréchette, Henri Letondal,Henry Deyglun... pour ne nommer que ceux-là (et en mettant de côté le théâtre burlesque). Auteurs qui, par ailleurs, ont vu leurs oeuvres traverser le temps beaucoup plus par intérêt historique plus que par valeur dramatique.

Car il suffit de jeter un oeil sur ces textes pour vite se rendre compte que le ton, la forme, la langue tendent et cherchent à se rapprocher des canons français. 

Au milieu des années 1930, certains réclament un répertoire véritablement (et enfin!) national... comme Jean Béraud, qui publie en 36, Initiation à l'art dramatique... où il y va d'un réquisitoire sévère sur la production dramatique de cette époque:

J'ai entendu en ces dernières années plusieurs pièces d'auteurs canadiens. J'ai fait surtout les constatations suivantes: d'abord qu'il ne faudrait pas dire que ce sont des pièces canadiennes, ensuite que nos auteurs manquent remarquablement d'audace. 

Pourquoi dit-on d'une pièce qu'elle est française, allemande, italienne ou américaine? Parce qu'évidemment elle porte des traits distinctifs; une amoureuse française ne raisonne pas comme une américaine, et il est bien certain que placés dans la même situation, un personnage italien et un personnage allemand l'envisageront différemment. Leur esprit et leur langage ne seront pas les mêmes, parce qu'il y a chez chacun un atavisme contre lequel on ne se défend pas, que leur esprit a été moulé dans des circonstances nationales ou domestiques qui diffèrent.

La première observation qui m'est venue en entendant ces pièces écrites chez nous, c'est que leurs personnages parlent comme parleraient des personnages français. Il n'y a pas chez eux un trait de caractère, une pensée, un cri qui révèlent l'empreinte de notre façon de vivre ou de notre «mentalité». Ces personnages subissent leur sort ou s'en défendent, parlent et agissent comme des êtres sans attaches nationales [...].

Je me demandais, en écoutant ces pièces, si reprises dans une cinquantaine d'années, elles allaient apporter à cette génération-là un portrait bien caractérisé de notre époque. Eh bien! non. Ces personnages-là sont de tous les temps, en ce sens qu'ils n'ont ni âge ni identité précise. [...]

Et j'en viens à ma seconde constatation: le manque d'audace. [...] Non seulement ces personnages ne disent-ils rien qui nous éclaire sur l'esprit de notre temps, mais ils ne risquent pas une parole qui ne soit du banal bavardage de tous les jours. Pas la moindre esquisse de thèse ou d'opinion; tous ces personnages parlent comme des petits enfants bien sages. La forme de leur conversation est celle de personnages déjà entrevus ailleurs, au théâtre ou entre les couvertures d'un livre. Il y manque une vie nouvelle, des idées d'aujourd'hui et d'ici. Ils parlent bien, ces gens, très bien, mais hélàs! ils ne disent rien ou du moins rien de neuf.

[...] On doit se mettre à écrire pour le théâtre, mais à la condition expresse d'avoir quelque chose à dire et de savoir comment le dire.

À partir des années 40, la dramaturgie québécoise se développera rapidement, en réussissant à se mettre en phase avec le peuple d'où elle émergera.

mardi 5 avril 2016

Lectures...


Je suis dans une quête plutôt agréable... bien qu'elle prenne un temps fou et qu'elle se compare à chercher une aiguille dans une botte de foin: trouver le texte de la production estivale 2017 du Théâtre 100 Masques (oui, oui... 2017... dans un an et demi...). Ce texte devra être assez fort pour stimuler l'équipe, ouvrir les possibilités et la créativité, donner un résultat intéressant. 

Le but est de trouver la perle rare. Trouver le texte original et l'intrigue surprenante. Proposer un projet qui fera découvrir un autre pan de l'histoire du théâtre...

Pour le moment, je me suis plongé à fond dans l'oeuvre de Georges Feydeau, le grand maître du théâtre de Boulevard. C'est un répertoire que j'apprécie beaucoup: féroce, mécanique, qui broie le rire dans un cynisme violent. 

Une autre oeuvre m'attire aussi (et que je ne connais pas tant que ça): celle de Goldoni. Marqué par la commedia dell'arte. Du théâtre de masques... 

Pourtant, mes lectures ne me convainquent pas encore... 

Du coup, j'aimerais aussi lorgner du côté des auteurs russes... ou du moins à l'extérieur du répertoire français. J'ai songé à aller vers Shakespeare... mais c'est là un répertoire bien lourd... 


dimanche 3 avril 2016

Semaine théâtrale - du 3 au 9 avril 2016


Voici ce qui se passera sur les différentes scènes théâtrales de la région au cours des prochains jours...

Mercredi, 6 avril 2016
Côté-Cour (Jonquière), 18h

Les Clowns Thérapeutiques Saguenay font un cabaret pour le dévoilement des résultats du Diagnostic 2016 où les talents de ses artistes seront mis à profit. Il en coûte 10$ pour assister à l'événement (argent qui va à une bien bonne cause)!

Jeudi à samedi, 6 au 8 avril 2016
Salle Lionel-Villeneuve (Roverbal), 20h
SECONDE SEMAINE DE REPRÉSENTATIONS

Le Théâtre Mic Mac présente sa grande production annuelle, Les Manuscrits du déluge... une pièce de Michel-Marc Bouchard mise en scène d'Émilie Gilbert-Gagnon. Voici ce qu'en on dit Hélène Gagnon de L'Étoile du Lac, Louis Potvin du Progrès-Dimanche et moi... ici-même! Plus de détails sur le site web de la troupe.

Vendredi, 8 avril 2016 (en représentation scolaire)
Samedi, 9 avril 2016 (grand public)
Salle Pierrette-Gaudreault (Jonquière), 13h30

Le Théâtre La Rubrique reçoit Gretel & Hansel, une production de l'illustre compagnie de théâtre pour enfants Le Carrousel (et ses partenaires). Un texte de Suzanne Lebeau, mis en scène par Gervais Gaudreault. L'arrivée de Hansel, dans la vie de Gretel, en a bouleversé l'équilibre. Ce petit frère dérange tout. Lorsque leurs parents les abandonnent en forêt et qu'ils finissent chez la sorcière, la tentation est forte de le pousser dans le four avec leur geôlière et de s'en débarrasser à tout jamais... Par quel chemin tortueux devient-on une grande soeur? Plus de détails sur le site web de la compagnie.
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Note extra-régionale! Par ailleurs, cette semaine, pour ceux qui sont ou seront à Québec, Vicky Côté et le Théâtre À Bout Portant donnera 2 représentations de Strict Minimum dans le sous-sol du Cercle (par ailleurs, un très bon endroit où manger!), à 20h, les 5 et 6 avril.
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Ce sont là les informations que j'ai sur les activités théâtrales de la semaine. Peut-être en oublie-je... Et comme d'habitude, ce sont là les activités publiques... les ateliers suivent leur cours et plusieurs projets sont en développement au sein des différentes organisations. 

samedi 2 avril 2016

Production d'imaginaire

La mise en scène n'est pas 
qu'organisation et combinaison, 
elle est aussi production 
d'imaginaire.
Anne-Françoise Benhamou
Dramaturgies de plateau

Quand Lactance met en garde contre le théâtre...


Tout au cours de sa grande Histoire, le Théâtre occidental  voit (à compter bien sûr de début du premier millénaire) se dresser devant lui une puissante adversaire: l'Église. 

Je ne m'en cache pas: j'aime bien relever les coups qui ont été assénés aux spectacles par les prédicateurs de toutes les époques (ici). J'aime bien cette rhétorique enfiévrée qui dépeint la scène comme un mal qui s'insinue dans l'âme du spectateur. 

Je pensais avoir fait le tour des Pères de l'Église... mais il semble que non. Je viens d'en trouver un autre: Lactance (en voici une courte biographie), qui s'est pris aussi au jeu de décrier le théâtre en des termes, somme toute modérés en comparaison avec les autres (en cliquant sur le texte suivant, vous vous retrouvez dans l'ouvrage - vive Google Books - d'où est extrait ce passage):


vendredi 1 avril 2016

«Les Manuscrits du Déluge»


J'ai assisté, hier soir, à la première représentation (ou l'avant-première... c'est selon...) des Manuscrits du Déluge de Michel-Marc Bouchard, une production du Théâtre Mic Mac de Roberval. 

C'était d'abord une rencontre avec un texte d'une douzaine d'années que je ne connaissais pas. Un texte étrange qui, malgré quelques références à une certaine réalité, résonne comme une fable hors du temps, une métaphore, une figure de style.  Un texte qui prend pour objet même le papier, l'écriture et le mode narratif.  Un texte déroutant.

Un petit village éloigné déserté par sa population jeune et active. Un Déluge survient et l'eau et la boue dévastent tout, y compris la salle d'écriture du vieux Sam, point névralgique de cette petite communauté, où les aînés s'assemblent, sous le regard envieux d'un jeune homme mystérieux, pour mettre sur papier l'ensemble de leurs souvenirs, pour laisser la trace d'une vie qui passe. Tout reprendre? Faire table-rase du passé? Réinventer les anecdotes? Ou alors se laisser emporter librement au gré de la débâcle, loin... très loin?  

Ces différents enjeux se déploieront au gré de fragments de récits, de reprises, de quête du souvenir précis. 

Émilie Gilbert-Gagnon signe (et c'est peut-être là sa signature la plus reconnaissable) une mise en scène qui amplifie le côté quasi fantasmagorique de cette pièce. Elle est soutenue en ce sens par Christian Roberge à la scénographie qui crée ici un espace irréel aux teintes d'eaux chargées de boue, entre la cour intérieure et le cimetière, surchargé de plastique, de troncs d'arbres et de papier. Vicky Tremblay, pour sa part, donne aux costumes une allure résolument théâtrale, empilant les couches de vêtements grisâtres qui laissent entrevoir diverses matières, divers vécus. 

Dans ce lieu aux accents mythologiques s'amène alors une distribution signifiante (et osons, le mot, émouvante) réunissant, en ce cinquantième anniversaire de la troupe, les anciens comédiens par ailleurs toujours très actifs - Francine Joncas (qui, par sa présence depuis pratiquement la fondation du Mic Mac, force l'admiration!), Réjean Gauthier, Jocelyne Simard, Gervais Arcand et Céline Gagnon.

Peut-être sans le savoir, le spectateur entend alors s'emmêler des voix fortes qui portent la troupe depuis des décennies. Des voix (au ton, au débit, à la diction) différentes mais remplies d'expériences scéniques. Des voix qui se sont promenées dans des répertoires variés.  Des voix qui ont fait le Théâtre Mic Mac.

Et au milieu d'eux, le jeune comédien Alexis Gauthier (par ailleurs fort prometteur) répond avec assurance et sensibilité.

L'engagement est profond. La passion n'a pas d'âge.

Et derrière ce conte (parce que c'en est un!) sur le souvenir et la transmission, le Théâtre Mic Mac peut affirmer qu'il a su choisir la voie de la pérennité.