lundi 4 juillet 2016

«Les Farces médiévales» [Carnet de mise en scène]

Photographie: Alexandre Nadeau

Ça y est... c'est aujourd'hui jour de générale... que les comédiens considèrent comme une première parce que public il y aura. Et pourtant...

L'échéance n'est pas aujourd'hui.

C'est là l'ultime répétition, même avec des spectateurs. Le dernier moment de préparation même avec des regards tournés vers la scène. Le terme d'un travail amorcé il y a quelques mois, en vase clos.

Dans cinq heures (soit à 20h30), les comédiens fouleront les planches. Les premières réactions se feront entendre... permettant les ajustements de dernière minute d'ici demain. Puis viendra la mise en place des saluts... comme un point final sur un chapitre qui se termine. 

Le travail de représentation pourra maintenant commencer. Mais pas avant.


dimanche 3 juillet 2016

Une histoire de billets...

Je viens d'enrichir ma collection théâtrale personnelle d'une série de billets de théâtre (et d'opérettes) du Saguenay, datant du tout début des années '80. (Comme je devrais garder les miens!)

Ces petits bouts de carton sont révélateurs du caractère éphémère du genre... avec des compagnies aujourd'hui disparues (avec au premier plan, le Théâtre Populaire d'Alma (1965-1994) qui fut une institution culturelle dans la région, le Théâtre Populaire du Québec (1963 à 1996), le Théâtre à la Carte)... ou des pratiques oubliées comme  celle du Théâtre d'été du Mont Jacob...


Des lieux qui ne sont plus que souvenirs... comme l'Auditorium-Dufour (devenu depuis le Théâtre Banque Nationale), l'Auditorium Beauchamp, la Salle François-Brassard (qui accueille de moins en moins de spectacles) et le Café Théâtre Virovent (en fait, ce n'est pas trop clair si c'est un lieu ou une compagnie... mais c'est à La Baie)...


Des commanditaires qui ont transformé leur image quand ils ne sont tout simplement pas disparus (ah... si on pouvait ravoir des Nordiques pour commanditer la culture...)...


Puis des considérations d'ordre plus techniques (qu'on peut voir en regardant les photos de cet article)... comme les heures de représentations plus tardives qu'aujourd'hui (du moins, dans cette sélection de billets), variant entre 20h (surtout 20h30) et 22h30... les tarifs compris entre 5.00$ et 12.00$... 

Il y a aussi des incontournables... comme ce billet pour une représentation de Broue de mai 83, spectacle qui fut créé quelques années auparavant (et qui viendra encore pour les Xièmes représentations, à l'hiver prochain)...


... et comme ces billets pour les opérettes du Carnaval-Souvenir qui donneraient naissance, en 1987, à la Société d'art lyrique du Royaume...


Oui. Les billets de spectacles sont une vraie source de renseignements et peuvent dénoter, en quelques sortes, l'évolution du milieu théâtral... À ce titre, je tiens à souligner que l'ex-journaliste culturelle (et sportive!), Denise Pelletier, a élaboré, il y a quelques années, un site où se retrouvent ses propres billets de spectacles (et certains de ses articles) entre 1993 et 2013: Billets de concert



samedi 2 juillet 2016

Maudit soit le spectateur!


Je continue de fouiner dans les collections en ligne de la Bibliothèque et Archives Nationale du Québec à la recherche de petits morceaux de littérature oubliés portant sur le théâtre, sa place dans la communauté, ses artistes et artisans. Et voici que je tombe sur cet article paru dans L'Écho du cabinet de lecture paroissial de Montréal (une petite revue qui paraît deux fois par mois entre 1859 et 1874, dirigée par les prêtres sulpiciens et destinée à parfaire l'instruction chrétienne des familles), dans l'édition du 5 juillet 1860:

Rien peut-être ne nous parait plus propre à inspirer de l'horreur pour les théâtres que la sévérité des lois Romaines pour cette classe d'hommes appelés vulgairement comédiens, comédiennes. [...] C'est l'Église toujours dirigée par le Saint-Esprit qui les a faites, ces lois; ce sont les princes les plus religieux comme les plus grands qui les ont établis. Ce sont les Romains, c'est-à-dire le peuple dont les lois ont été les plus sages et les plus admirées. [...]

Y a-t-il rien de plus odieux, de plus révoltant et de plus lâche qu'un honnête homme à la comédie, faisant tantôt le rôle d'un voleur, d'un assassin; tantôt celui d'un adultère ou d'un incestueux? Qu'y a-t-il de plus choquant qu'un honnête homme à la comédie, au théâtre, déployant tout son talent pour faire valoir de criminelles maximes pour lesquelles il n'a lui-même que de l'horreur? [...]

[...] Sachez-le bien, en allant au spectacle, vous contribuez à faire embrasser un état qui déshonore, qui pervertit et qui réprouve ceux qui l'exercent. En vain vous vous croiriez innocents, c'est pour vous qu'ils représentent, c'est pour votre plaisir qu'ils excitent en eux-mêmes les orages des passions; vous le savez, ou du moins vous devez le savoir; vous y consentez, vous êtes donc d'accord avec eux; vous les encouragez par votre présence, par vos applaudissements, par votre argent, comment ne sauriez-vous pas coupables des désordres et du malheur éternel de vos frères? [...] Or vous qui les aurez autorisés par votre présence, vous serez responsables non-seulement des péchés que vous y aurez commis, mais encore, de ceux des acteurs eux-mêmes, et de ceux, innombrables peut-être, qu'ils feront commettre aux autres!

[...] Courage donc, jeunesse canadienne, l'espoir de notre beau pays! À vous de donner l'exemple d'une sainte croisade contre un nouveau fléau non moins dévastateur que l'intempérance, le luxe et l'usure [...]

Jurons donc tous ensemble, non seulement de ne jamais assister au théâtre, mais de constamment faire tous nos efforts pour en détourner les autres. Regardons comme une lâcheté et une espèce de déshonneur d'y aller. 

jeudi 30 juin 2016

«Une page de conseils pour les amateurs»

Le Québec a une grande tradition de théâtre amateur. Au début du XXième siècle, il se fait dans les Cercles dramatiques. À cet égard, les rédacteurs de l'Annuaire Théâtral (paru en 1908 sous la direction de Georges-Henri Robert) ont pris la peine de rédiger une page de conseils pour les gens épris de la scène! La voici... avec quelques points que j'ai ciblés pour leur teneur parfois surprenante!


mercredi 29 juin 2016

Un avis plutôt direct!

Voici un avis paru en première page d'un journal hebdomadaire, Le Théâtre (du 2 janvier 1895) qui n'y va pas avec le dos de la cuillère!



À noter que cette Grandeur qui a refusé est passée (à moins que je ne me trompe sur la personne) sur le trône épiscopal de Chicoutimi quelques années auparavant...

mardi 28 juin 2016

Nouvelle acquisition


Je viens de recevoir par la poste ce qui devait se classer dans mes lectures estivales (enfin... de vacances...) mais qui sera probablement lu avant même que le rush de fin de saison ne se termine! Il s'agit d'un ouvrage (une autobiographie professionnelle, je dirais) qui traite du parcours de Lorraine Pintal tant comme metteure en scène que comme directrice artistique (depuis plus de 25 ans...) de la plus grande maison théâtrale du Québec: le TNM

Voici ce qu'en dit la quatrième de couverture: 

Lorraine Pintal a consacré sa vie entière au théâtre. Sa carrière, étroitement liée au Théâtre du Nouveau Monde (TNM), est à l’image du feu sacré qui l’anime : brûlante, débordante et grandiose. Son livre est un récit de vie qui n’obéit pas aux règles de l’autobiographie ou des mémoires. Elle y livre ses réflexions sur le théâtre tel qu’elle le connaît et le pratique depuis le début des années 1970, son histoire, ses enjeux et son devenir dans un contexte en plein essor. Elle témoigne du métier de comédien, des exigences de la mise en scène et des défis de la direction d’une compagnie théâtrale.

Aux personnes qui aiment le théâtre, le fréquentent et veulent mieux le comprendre, elle révèle quelques-unes des ficelles de cet art vivant, sans rompre l’enchantement dans lequel il nous plonge. À ces jeunes qui se découvrent une passion pour le théâtre et rêvent d’y consacrer leur vie, elle dévoile les moteurs de son intelligence créative et fait voir que le théâtre est un maître à la fois exigeant et passionnant.

Telle une Ariane, qui supplanterait les Cassandre qui prédisent la mort du théâtre, Lorraine Pintal nous mène hors du labyrinthe pour nous permettre de nous envoler vers la lumière, comme Icare, munis d’ailes indestructibles.

Bien hâte de voir ce que ça va donner... 

dimanche 26 juin 2016

Dans «L'Annuaire Théâtral»

Il y a une revue savante qui se consacre aux arts de la scène, réunissant des articles de divers universitaires et praticiens-théoriciens, publiée par la SQET (Société Québécoise d'Études Théâtrales): L'Annuaire théâtral.

Mais ce n'est pas d'elle que je veux parler. 

En fouillant sur internet, je suis tombé dans les archives de la BAnQ sur une autre revue du même nom (qui aurait été une inspiration pour la première citée dans ce billet), datant de 1908-1909, éditée à Montréal par Georges-H. Robert. 


C'est là une mine importante d'informations (avec ses 270 pages!) sur le théâtre du début du XXième siècle: adresses, accessoires, biographies, bibliographies, curiosités, croquis,  portraits, pensées, réflexions, souvenirs, anecdotes, critiques, chronologies, caricatures, histoire, monographies, spectacles en cours, etc. 

Assurément, j'y reviendrai abondamment dans les prochains jours parce qu'il y a dans cette revue de nombreux points d'intérêts. Mais ce matin, je m'arrête dans la section promotionnelle pour mettre ici publicités tentant de lier les produits en question avec le théâtre. Je ne sais pas, par contre, si cette tentative des publicistes de l'époque a porté fruit... 



vendredi 24 juin 2016

Farces médiévales [Carnet de mise en scène]

Les jours passent...

Bien que quelques répétitions sont encore au programme de mes activités régulières, mon attention et mes énergies se déploient surtout pour l'entrée en salle qui se fera lundi, le 27 juin. 

D'ici là, la place est aux marteaux, perceuses, pinceaux et technique. Car j'aime bien mettre un peu de côté la mise en scène et m'occuper activement des décors et accessoires, toucher la matière. Participer à la réalisation de l'espace et répondre aux exigences de la scène, de la construction, à mesure qu'elles se présentent.

C'est la partie du travail où l'ensemble est à portée de main... mais en pièces détachées! C'est la partie du travail où il est un peu ardu de prioriser les dossiers, les besoins, les urgences... Tout s'emmêle et se confond.

En même temps, dans une production de ce type, l'apport esthétique n'occupe qu'une mince part du labeur. L'essentiel reste le texte, les comédiens, leur jeu.


jeudi 23 juin 2016

Quand le fiel canadien-français (de Québec) coule sur Sarah Bernhardt...

Sarah Bernhardt en Cléopâtre... en 1891

Parmi les dithyrambes qui s’amoncelaient aux passages remarqués de Sarah Bernhardt au Canada(-Français) à la fin du XIXième et au début du XXième siècle se glissaient parfois des couacs bien sentis... comme celui-ci, tiré du journal La Vérité de Québec (journal fidèle aux enseignements de l'Église... il va sans dire... qu'on peut voir ici), en date du samedi 18 avril 1891, et titré Paganisme moderne (en page 299): 

La comédienne juive Sarah Bernhardt vient de faire une tournée au Canada. 

Nous regrettons de le dire trop de Canadiens-Français oubliant ce qu'exige la dignité chrétienne et les simples convenances se sont traînés aux pieds de cette femme qui, si la bêtise mondaine ne l'eût décorée du titre d'artiste, porterait un tout autre nom que la pudeur défend d'écrire.

Cet empressement fiévreux autour d'une actrice dévergondée a été un spectacle honteux. L'encens qu'on a brûlé en l'honneur de cette comédienne a une odeur fétide.

Le paganisme antique n'est pas détruit; ou plutôt il ressuscite en ce siècle de prétendues lumières. Le joug ignoble de la lubrique Vénus, que les siècles de foi avaient brisé, s’appesantit de nouveau sur les peuples, les avilit, les rends mûrs pour l'esclavage. C'est profondément triste. 

M. Fréchette (Louis Honoré), qui ne manque jamais une occasion de se répandre en injures contre la monarchie française, s'est constitué le cornac [cornac: celui qui guide et soigne un éléphant!] de la Bernhardt. Pourtant, au temps de la monarchie française, si l'on fréquentait les théâtres, on avait au moins assez de bon sens et de dignité pour mépriser les comédiennes. Aujourd'hui, on les adore!

Et vlan. 

Pour terminer ce billet un peu dans le même sens, voici, en lien, l'audiofil d'une capsule d'À rebours d'André Martineau (sur la visite de la «Voix d'Or») produite par ICI Radio-Canada.

mercredi 22 juin 2016

Farces médiévales [Carnet de mise en scène]




   
Voici quelques notes générales données aux comédiens suite aux répétitions des derniers jours… des notes qui vaudront pour l'ensemble des ultimes répétitions (il en reste officiellement six incluant les deux générales) et des représentations. 

DU PUBLIC 
  • Je n'insisterai jamais assez sur cet élément: la farce est un genre théâtral éminemment public. C'est du burlesque avant la lettre. C'est fait pour faire rire. Pour atteindre rapidement le spectateur. 
  • Du coup, méfiez-vous de jouer vos personnages de façon trop psychologique, de fermer l'univers dramatique à la seule petite histoire alors que l'ouverture vers la salle doit être omniprésente. Vous devez jouer avec la salle. Écouter la salle. Cultiver la salle. C'est sa complicité que vous devez chercher et travailler.
  • Votre principal partenaire de jeu doit être le public. Plus que bien d'autres types de pièces de théâtre. 
DE LA COMPRÉHENSION DES ENJEUX
  • C'est toujours un peu étrange d'y revenir, mais relisez bien vos textes et portez bien attention à ce que vous dites. Car à force de répéter, il arrive qu'on prenne pour acquis certaines phrases, certaines actions qui demanderaient plus d'attention pour celui qui écoute la pièce pour la première fois.
  • Portez une attention particulière aux débuts des scènes et à la fin de celles-ci pour bien dessiner la situation. Attention de ne pas les escamoter. 
DE L'ESPACE 
  • Vous jouez dans un espace qui rappelle les tréteaux (aire de jeu étroite coupée par des rideaux). Il demande que vous en preniez conscience et que vous agissiez avec théâtralité.
  • Il vous appartient de bien maîtriser ce lieu scénique et de bien intégrer la dynamique qu'il impose. Il vous faut comprendre les zones de chaque pièce et les zones dans les pièces elles-mêmes, comprendre comment faire les déplacements et les mouvements pour contrer l'impression de petitesse.
DES ACCESSOIRES 
  • C'est un peu cliché… mais les accessoires doivent être comme des prolongements du corps. Ils ne peuvent être utilisés avec indifférence.
  • Qu'il s'agisse des manteaux de laine, du pâté, de l'étal, du balai, du banc, du parchemin, de la plume, du drap, etc., il faut que l'objet/accessoire ait de la présence… voire même du caractère. 
  • C'est d'autant plus important, dans les farces, qu'il n'y a pas de scénographie à proprement parlé. 
DES COSTUMES 
  • Un peu comme le point précédent, il faut que les costumes acquièrent une présence, qu'ils collaborent aux personnages. 
DU TON 
  • Depuis le début, il a été convenu, pour rapprocher les farces de leur contexte «populaire», que vous deviez amener le texte à une langue elle aussi «populaire». Plus vous vous mettez ces vers en bouche et le plus c'est efficace. 
  • Attention par contre de ne pas exagérer les syllabes et entraver ainsi la compréhension des mots. 
DU RYTHME
  • L'un de vos principaux outils dans les farces est le rythme. Vous devez savoir jouer avec lui… et c'est de la conjugaison des pauses, des ralentis, des accélérations, des chuchotements, des cris, des ruptures que le rythme s'imposera. 
  • En aucun cas le rythme se confond avec la précipitation.
  • Le rythme est multiple. Il y a le rythme général de la pièce. Le rythme de chaque situation. Le rythme de chaque personnage. Le rythme de chaque réplique. 
  • Pour bien soutenir le rythme, il n'y a que trois choses: le travail personnel, la concentration et l'écoute. L'attention doit être sans faille. 
  • Dans ces farces, c'est l'un des éléments capitaux, l'un des éléments qui fait parfois le plus défaut. 
DE LA FOLIE
  • Ces trois textes demandent à être portés par une énergie vive (sans être précipitée!), dynamique… voire même par une certaine folie! La moindre hésitation, le moindre relâchement paraît et nuit au bon déroulement de la suite.
  • La farce, c'est du théâtre de transgression. Du théâtre de défoulement qui se permet de rire de tout. C'est du théâtre comique. Du théâtre d'ironie. Du théâtre comme un grand éclat de rire.





mardi 21 juin 2016

La Nuit...



Voici une belle description de la Nuit théâtrale... tirée du même bouquin que celui cité hier: 

NUIT: Un demi-tour de clef donné au conduit du gaz; un quart de conversion imprimé aux lumières des coulisses; un voile de mousseline bleue devant la rampe; des verres de couleur aux quinquets, des sourdines à tous les instruments à corde; à l'orchestre, des traits de harpes, de quintes ou de violoncelles; sur la scène, un silence solennel; et dans les loges, des conversations en rapport avec la clarté mystérieuse dont la salle est enveloppée, tels sont les moyens, les indications et les conséquences de la nuit au théâtre. 

lundi 20 juin 2016

Deux poids, deux mesures...


Extrait du Dictionnaire théâtral - Douze cent trente-trois vérités sur les directeurs, régisseurs, acteurs, actrices et employés des divers théâtres publié en 1824 qui montre que ce ne sont pas tous les artistes de la scène qui ont subi les foudres de l'Église...