Molière et les caractères de ses comédies
par Edmond Geffroy, sociétaire de la Comédie-Française
Huile sur toile 158 x 170 cm. En bas à gauche, Molière, «le contemplateur»

La biomécanique repose sur une rationalisation du comportement scénique de l’acteur, véritable « laboratoire physico-chimique ». [...] Meyerhold règle, en effet, ses comptes avec l’intériorité et « envisage d’emblée sa pratique comme distance prise par rapport au stanislavskisme, dont il conteste aussi bien le régime de travail que l’aboutissement : l’atténuation de la théâtralité. [...] Là où Stanislavski s’adresse à la mémoire individuelle, nourrie d’un passé limité aux frontières du « je », Meyerhold fonde son enseignement sur le rappel d’une mémoire collective, mémoire du théâtre et de la scène.
Comme il l’expliquera plus tard, « la loi fondamentale de la biomécanique est très simple : le corps tout entier participe à chacun de nos mouvements. Le reste n’est que perfectionnement, exercices, études. »
La biomécanique ajoute à la forme théâtrale un « quatrième créateur », le spectateur, véritable caisse de résonance de ce qui se joue sur scène, prolongeant de façon créative les actions qui lui font face : « Ne forcez pas ! Faites confiance au spectateur ! Il est beaucoup plus intelligent que nous le pensons. » Le spectateur est celui en qui se définissent les lignes de forces du théâtre, celui à travers qui s’invente une nouvelle scène, sur les débris de la « scène boite » et du quatrième mur. Car l’acteur ne joue pas seul, portes et fenêtres closes, il « doit être capable de se voir toujours mentalement dans un miroir. » :
Tu n'es pas dans la vie, que diable... Tu n'es pas dans la réalité ; on te place sur une plate-forme scénique et tu fais ton entrée en tant qu'acteur... Alors si tu ne sais pas entrer en scène, apprends à te déplacer. Il n'y en a pas que pour le mot !
[...] Meyerhold exprime l’esprit de cette technique en une formule aussi dense que concise : « d'abord le mouvement, ensuite la pensée, enfin le mot. » Mais l’on doit se garder de faire de la mécanique autre chose qu’une méthode d’entraînement de l’acteur. Et Meyerhold le rappellera à plusieurs reprises :
(tiré du site agon.ens-lsh.fr)« Ce n'est pas quelque chose que l'on peut transporter sur scène, c'est un entraînement élaboré sur la base de mon expérience du travail avec les acteurs. Il y a 12 ou 13 séquences que le comédien doit posséder pour savoir mobiliser tous ses moyens et pour savoir les diriger vers le spectateur de façon à ce que les idées qui sont posées à la base du spectacle atteignent le public...»

Théâtre 100 Masques: Nono de Sacha Guitry (été 2008)D'ailleurs...tant qu'à y être, à propos du «mot de Cambronne» (extrait de la source wikipédienne):
Selon une légende très populaire, commandant le dernier carré de la Vieille Garde à Waterloo, sommé de se rendre par le général britannique Colville, Cambronne aurait répondu : « La garde meurt mais ne se rend pas ! » Puis, devant l'insistance du Britannique, il fait une réponse aussi énergique que concise, aujourd'hui connue comme le « mot de Cambronne » qu'il nia cependant toute sa vie avoir faite: « Merde ! »
Soigné par Mary Osburn, une infirmière d'origine écossaise, durant sa captivité, Cambronne l'épousa, et lui aurait alors juré ne pas être l'auteur de cette réplique. Ce qui lui aurait valu de recevoir une montre en cadeau.
Cette grossièreté héroïque a inspiré une pièce à Sacha Guitry : Le Mot de Cambronne. Comme elle est en vers et que le mot en question ne possède qu'une seule rime (« perde »), l'oreille du spectateur est évidemment aux aguets.
Et comme le mot est censé porter chance à celui à qui on le dit, Tristan Bernard a eu cette constatation désabusée :
Cambronne, on y pense avec peine,
Ne se montra pas bien français :
Crier aux ennemis le mot qui porte veine,
C'était fatalement assurer leur succès.