dimanche 21 septembre 2008

Qu'est-ce que la culture?


C'est désespérant de voir (de lire) à quel point la Culture est sous-estimée. Pour la plupart des gens, elle se limite aux émissions de télévisions (et ses vedettes) et aux disques... et mérite tout le mépris et le fiel qu'ils savent porter.
Il y a, bien entendu, sous le très global dénominatif, ces deux items... mais s'y retrouvent également tous les autres arts, qu'ils soient divertissements, recherches, expérimentaux, accessibles ou non.
C'est l'âme d'une collectivité, d'un peuple, d'une nation... et son moyen d'expression (pour dire ses valeurs, ses ambitions) tant sur son territoire qu'à l'international. Et pourtant, certains (beaucoup!) se lèvent pour crier jusqu'à son abolition... Une incompréhension résistante existe. Quoi faire?
Chaque argument apporté, chaque tentative pour garder le débat sur un terrain calme et posé, chaque explication se bute sur le désormais très général: "ce sont mes taxes, à moi, travailleur acharné, qui paient ces quêteux que sont les artistes, véritables sangsues de l'argent public".
Franchement, les idéaux s'envolent morceaux par morceaux et la déception s'en nourrit.

La semaine théâtrale... 6


Qu'y a-t-il de bon dans nos salles cette semaine...

Le Festival des Arts de la Marionnette entre dans sa dernière journée d'activités etpour l'occasion, ManiGanses (en co-production avec La Rubrique) présente Pépé e Stella à 14h, à la Salle Pierrette-Gaudreault... Quelques autres spectacles sont encore peut-être à l'horaire... s'agit de vérifier.

Ce vendredi-ci, le 26 septembre, c'est la Grande Nuit de la Culture à Saguenay dans les trois pôles de la ville: La Baie (Musée du Fjord), Jonquière (Mont-Jacob) et Chicoutimi (Centre des arts et de la Culture). Plusieurs organismes, plusieurs artistes, une nuit complète d'activités, transport gratuit (pour le plus grand plaisir de cette population qui aime tant la Culture). Les porte-paroles de l'événement sont les Clowns Noirs. Leur slogan: Aux arts compagnons!!! Cette année, avec les coupures, le climat anti-culture qui s'installe et les élections, cette Nuit revêt un tout autre caractère, me semble-t-il...

Et c'est tout.

samedi 20 septembre 2008

De l'amour et des griffes [Journal d'une mise en scène]

Larmes, Man Ray, 1932

Alors, comme prélude au texte Les Boulingrins de Courteline (mis en scène dans le cadre de la troisième production du Théâtre Mine de Rien), je me suis rabattu sur ce qu'il serait intéressant de nommer son héritier, tant par le ton que par le style, René de Obaldia (élu à l'Académie Française en 1999), avec la pièce Le Défunt.

Cette dernière donne la parole à deux amies qui se retrouvent dans un parc et évoquent le douloureux souvenir d'un proche défunt, Victor. Un dialogue caustique s'ensuit alors entre la veuve éplorée et l'ancienne maîtresse.

Ce prologue donnera donc le ton à la pièce suivant qui, avec l'adaptation (rendue nécessaire pour combler les personnages sans travestissement), mettra au prise d'une part un homme, pique-assiette de son état et charmeur devant l'éternel, et deux veilles filles qui se battront ses attentions. Une guerre domestique avec toute la verve du maître du vaudeville.

Les liens seront tissés en ce sens pour atteindre une tentative de fusion.

Mes objectifs, outre le fait de donner le goût du théâtre à des gens, sont de poursuivre l'apprentissage d'une maîtrise de la chorégraphie scénique, de la forme réduite et, le défi serait d'intégrer, pour une fois, la musique à ce travail.

Avec Marilyn Chamberland, Martine Chapados, Marilou Simard, Mélissa Valiquette et Nicolas Virahleguy.

Futur antérieur

Si je me fie aux petites écritures du générique d'ouverture, ce truc daterait de 1992... Voici donc une réponse (qui fout les jetons) à tous les dénigreurs de la Culture et à tous les gouvernements obscurantismes... une suite au vidéo publié un peu partout depuis hier, Culture en péril...

vendredi 19 septembre 2008

Culture en péril

Famous Puppet Death Scenes

Dans le cadre du Festival International des Arts de la Marionnettes, ManiGanses présente Famous Puppet Death Scenes de The Old Trout Puppet Workshop au Petit Théâtre de l'UQAC, ce soir et demain à 20h30.

Ce spectacle est composé d'une multitude de petites scènes présentant des marionnettes qui subissent les assauts incessants de la Mort... ou des morts. Spectacle funèbre... après tout, nous somme tous entrain de mourir un peu, non?

Suicide, cannibalisme, meurtre, maladie, décapitation, écrapouttissage et autres sorties sont mis en scène sur les modes humoristique, réaliste, absurde, furturiste, poétique. Un ensemble percutant qui libère l'esprit des idées noires qui pourraient s'y glisser.

Une telle succession de tableaux souffre toutefois de faiblesses... dont la lourdeur technique et le manque de clarté (peut-être langue oblige!) de la ligne de ce (long) spectacle... N'empêche que les trouvailles y sont légions: comme ce zoom in illustré par un livre objet; ce naufrage dans une valise; ce papillon suceur agrandi à la loupe. Ce travail dénote un immense souci du détail. Chacun des tableaux tenant à l'intérieur du castelet vaut le détour pour la qualité esthétique... de véritables petits studios de cinéma. Qu'il s'agisse de l'homme-tronc qui pend ses jambes au grand dam de sa famille, de l'enfant perdu dans une ruelle qui révélera une bête, du vieillard qui se fond littéralement au paysage ou de l'homme qui s'envole dans l'espace (le vidéo - avec les défauts de toute captation - ci bas...)... toutes ces séquences marque le professionnalisme (tant comme manipulateurs que comme concepteurs) de ce collectif albertain.

Du grotesque bien maîtrisé: la mort côtoie la vie alors que l'horreur se frotte au rire. Certains ont évoqué, dans les couloirs post-représentation, une familiarité avec l'univers des Monty Python... avec les mécanismes grand-guignolesque (dont je faisais mention dans ce billet)... et d'autres encore, avec les capsules annonçant Teletoon en soirée...

Un spectacle à voir...



The Old Trout Puppet Workshop



Je sors du Petit Théâtre de l'UQAC où je suis allé fouiner, voir les décors, les marionnettes... du spectacle Famous Puppet Death Scenes de The Old Trout Puppet Workshop arrivant tout droit des plaines albertaines.

S'il est un spectacle qu'on m'a (personnellement) conseillé de voir, c'est celui-ci: pour son thème dominant, la Mort... son humour, son esthétique... En gros, 25-30 petits tableaux illustrant différentes morts de marionnettes...

Le coup d'oeil est plein de promesses.

Trois représentations: ce jourd'hui, 14h et 20h30; demain à 20h30... J'aurai au moins vu celui-ci!

jeudi 18 septembre 2008

Attention... dérapages!



Ce matin, j'ai écrit sur la liberté de créer et son engagement économique... pour affirmer que les créateurs savaient ce qu'ils faisaient, ce que ça impliquait de travail et que l'argent ne tombait pas du ciel mais était attribué selon des critères précis. Que bref, le tollé anti-culture qui s'élève est biaisé et mal interprété...

Pour preuve, j'ai donné en exemple les commentaires reçus sur le blogue de Richard Martineau. Sébastien Bouchard, artisan du SarCabaret y a inscrit son opinion (dans les derniers...) et se fait littéralement ramassé... jusqu'à recevoir des insultes sur le blogue du Théâtre de la Sarbacane.

Attention aux dérapages... Le débat se teinte soudainement d'une subjectivité malsaine, de mauvaise foi et les ponts sont foutument coupés entre le public et son milieu culturel. Des deux côtés, les couteaux volent bas...

La succession des commentaires sur le blogue cité plus haut donne froid dans le dos... autant pour les pro- que les anti-artistes...

Il faut un débat intelligent. Calme. Posé. Les perceptions sont faussées de partout avec la personnalisation de la problématique, les plaintes des uns et la fermeture des autres... Les compressions peuvent se justifier (si elles sortent de l'obscurantisme... ce qui n'est malheureusement pas le cas!) et les subventions ne sont pas une façon de se faire entretenir, obligation de résultats et justifications sont à la ligne...

Voici un extrait du rapport publié par le Conference Board of Canada en août dernier:

Le rapport Valoriser notre culture : mesurer et comprendre l'économie créative du Canada présente le secteur culturel comme une pierre angulaire de l'économie créative.

Les industries artistique et culturelle jouent un rôle crucial, celui d'attirer des personnes, des entreprises et des investissements, et de faire connaître le Canada comme un pays dynamique et stimulant où il fait bon vivre et travailler.

Le Conference Board estime que l'empreinte économique du secteur culturel canadien s'élevait à 84,6 milliards de dollars en 2007, soit 7,4 p. 100 du PIB réel total du pays, en tenant compte des contributions directes, indirectes et induites. Plus de 1,1 million d'emplois étaient attribuables au secteur culturel en 2007.

Pour la suite, allez sur ce site.

Comment en sommes-nous venus là? Battons-nous pour les bonnes choses!

mercredi 17 septembre 2008

Le pouvoir de création rime-t-il avec liberté?

Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple, 1830
Huile sur toile 260 cm x 325 cm

Les coupures fédérales - et les récriminations des artistes et artisans sur la place publique - sont la source d'une vague d'opinion assez généralisée venant de la population: les artistes sont des enfants gâtés qui se permettent des voyages sur le bras des contribuables, qui gaspillent l'argent public pour des oeuvres qui ne sont ni compréhensibles, ni accessibles, ni jolies, qui n'ont qu'à faire comme tout le monde et travailler. Du moins, c'est ce qu'on peut lire ad nauseam dans sur les blogues journalistiques (voir celui-ci du Quotidien), dans les lettres ouvertes et les billets d'opinions (voir celui de Richard Martineau).

C'est assez désolant... et c'est nier aussi un fait indéniable: les montants accordés à chaque artiste et organisme ne sont pas dû au hasard - et encore moins sont-ils une manne tombée du ciel! Ils sont étudiés, validés par un jury de pairs. C'est un processus long (qui, de la demande de subvention à la réponse, peut s'étaler sur plusieurs mois) et complexe (pour la dite demande de subvention même) qui s'appuie sur une démarche artistique soutenue, un projet cohérent et original, des objectifs précis, un montage financier sans faille, un nom et, oui, un barème de statistiques parfois contraignantes (parlez-en aux Têtes Heureuses pour qui se dernier point fut un écueil imparable au cours de leur dernière évaluation!).

Les artistes et organismes deviennent, en quelques sortes, une micro-entreprise qui, bien que subventionnée (parfois!) par les gouvernements, n'en demeure pas moins une structure encadrée (et transparente) par un projet déjà fixé à l'avance, qui fournit de l'emploi à des concepteurs, des techniciens, des comédiens, des diffuseurs, etc. L'argent reçu n'est pas un cadeau, mais bien un outil de création... et participe à l'économie de marché. Outil qui souvent, malheureusement, entrave pourtant le travail:

La société a changé. Elle a profondément modifié son système de fonctionnement en s'appuyant sur la seule économie de marché comme référent. Avoir le pouvoir artistique impose désormais des exigences de bonne gouvernance, donc de gestion financière, ainsi qu'une justification de l'utilisation des fonds alloués. Ce qui est tout à fait normal, mais l'économie de marché attend d'autres résultats que ceux non-quantifiables, de l'éducation des populations, de l'avancée de la pensée, du plaisir de côtoyer une oeuvre d'art. Elle préfère s'atteler à soutenir les loisirs rémunérateurs, calculer la quantité de personnes touchées, et elle s'appuie sur des critères commerciaux de marketing et d'images dont les gens de culture sont bien loin.
(François Campana, Pouvoir de création ou pouvoir de production)

Le pouvoir de création que revendique les artistes et les organismes subventionnés n'est pas carte blanche... C'est une liberté qui se gagne et qui se mérite...

En retard... empêtré dans mes fils!


Bon... je suis en retard, je sais... je n'ai pas encore enfilé les parfaits habits du festivalier amoureux de la puppet! Ils sont sur mon lit et attendent... Mon horaire ne me l'a pas encore permis (ni l'argent... mais ça, c'est une autre histoire!), mais je compte bien me reprendre dans les jours qui suivent! Si vous voyez de bons trucs, faites-le moi savoir!

Un comédien errant... ?

Claude Gillot (1673-1722)
Quatre études de costumes de la Commedia dell'arte
avec une esquisse du troisième
Plume et encre noire, lavis - 15,2 x 20,1 cm
Genève, collection Jean Bonna

Glané dans Arts du spectacle, métiers et industries culturelles, essai publié sous la direction conjointe de Laurent Creton, Michael Palmer et Jean-Pierre Sarrazac, aux Presses Sorbonnes Nouvelles en 2005.

L'extrait qui suit concerne nommément les comédiens/interprètes... mais peut fort bien s'adapter à tous les artisans "indépendants" de la scène: Dans le monde du spectacle, l'absence d'intégration de l'immense majorité des artistes interprètes dans des organisations stables conduit à s'interroger sur les mécanismes régulateurs d'un système de production artistique structuré par des interdépendances éphémères. Si, pour les comédies qui, au gré des engagements, contractent avec de multiples employeurs, l'activité ne se situe en effet pas au sein d'une unique forme, elle ne s'apparente pas non plus à des tribulations errantes sur un marché atomisé de transactions anonymes et non-répétées, mais à l'intersection des deux: les comédiens qui réussissent sont des bâtisseurs de réseaux professionnels qui accumulent les engagements en gérant la multiplicité de leurs liens avec les metteurs en scène et les professionnels.
(Pierre-Michel Menger, p.103)

mardi 16 septembre 2008

L'actualisation des classiques...

Actualiser un classique... Donner une résonnance contemporaine à un texte daté...

C'est, en quelques sortes, ce que les Têtes Heureuses feront de La Cerisaie de Tcheckov (à un niveau moindre...).

Ce ne sera rien, pourtant, comparé au parti pris radical de la Schaübhune de Berlin (LE lieu mondial du théâtre contemporain, du postdramatique) sous la direction éclatée de la sensation européenne, Thomas Ostermeier, pour cette mise en scène du Songe d'une nuit d'été de Shakespeare:

Thomas Ostermeier © Linus Lintner / TIP Billdarchiv