mercredi 14 janvier 2009

Julian Beck et le Living Theater

Voici une petite vidéo d'extraits de Paradise Now du Living Theater (qui doit dater des années 60...), compagnie emblématique de la création collective, du théâtre politique, de la performativité théâtrale:

La liberté théâtrale

Le théâtre est exigent et j'imagine que la plupart de ses artisans se sentent parfois pris au piège... bien que vu de l'extérieur, cet art permet à qui le fait de vivre en toute liberté (euphémisme pour dire ne fait rien et que ce qu'il veut). Extrait d'un article d'Igor Ovadis paru en 1999 dans l'Annuaire Théâtral #25 dans lequel il traite de cette liberté théâtrale (l'acteur peut être remplacé par n'importe lequel autre métier de la scène...):

Pourquoi, dans une école de théâtre, donner l'illusion d'une liberté particulière et abstraite qui n'existe pas et qui ne peut exister dans la profession d'acteur? Je ne dis pas qu'il n'y a pas de liberté dans cette profession, j'irais plutôt jusqu'à dire que, sans liberté, la profession d'acteur n'existe pas. Il faut donc définir ici ce qu'on entend par liberté. La liberté, ce n'est pas l'anarchie. La liberté, c'est aimer et vouloir ce qui est nécessaire pour soi. C'est la possibilité de choisir. En choisissant librement la profession d'acteur, on se condamne à des exigences difficiles et déterminées, et plus ces exigences viennent de nous, plus on est libre. La liberté n'est pas donnée, il faut la prendre. Durant les années de formation, il faut apprendre à être libre dans la non-liberté totale de la profession. La liberté sur la scène, si étrange que cela paraisse, est la joie de la dépendance: la dépendance à l'égard de l'objectif, du partenaire, de la mise en scène, de l'analyse et du texte qu'il faut porter jusqu'au spectateur. Mais ce n'est pas la dépendance vis-à-vis du spectateur, au contraire, c'est plutôt un pouvoir sur lui. Et un pouvoir sur soi-même. Ce n'est pas non plus de la relaxation, c'est la maîtrise consciente de la tension. La liberté est le résultat d'une victoire sur les obstacles, et réussir donne la sensation d'être libre, la sensation de ses propres forces et de la croyance en soi-même; la sensation qu'il y a encore du chemin à parcourir avant d'atteindre ses propres limites...

mardi 13 janvier 2009

Dixit Fabrice Luchini


Si je fais du théâtre,
c'est pour passer un moment
de pure exigence d'intelligence,
de drôlerie et de vérité.

(Petite citation de Fabrice Luchini - du 29 décembre dernier! - qu'on m'a fait parvenir)

Rendez-vous Théâtre

(http://www.moulindesgondrillers.fr/theatre.htm)

Le 21 janvier prochain (soit mercredi de la semaine prochaine!) aura lieu le premier Rendez-vous Théâtre, une initiative conjointe du Théâtre C.R.I. et du Théâtre 100 Masques.

Pour l'occasion, les compagnies professionnelles de la région ont répondu à l'appel: tous les directeurs artistiques de celles-ci (Les amis de chiffon, La Rubrique, les Têtes Heureuses, le Théâtre C.R.I., le Théâtre 100 Masques, le Théâtre du Faux-Coffre, la Tortue Noire, le Théâtre Mic Mac) pour une soirée de rencontre avec le public. Une brève présentation de chacun des organismes sera suivie d'une table ronde animée par Jean-Paul Quéinnec (avec questions du public).

Cet événement permettra à qui aime les arts dramatiques de brosser un portrait exhaustif du milieu théâtral d'ici, d'en dégager les mandats artistiques et les dynamiques. Peut-être trouverons-nous les réponses aux questions suivantes: quelles sont les spécificités du milieu saguenéen? quel avenir pour le théâtre d'ici? y a-t-il trop d'offres pour la demande?

Le tout aura lieu au Petit Théâtre de l'UQAC à compter de 19h. L'entrée est gratuite... et plus il y aura de gens dans la salle, plus la discussion pourra être stimulante!

lundi 12 janvier 2009

Petite relation chicagoenne

Vue de Chicago du haut de la Sears Tower
Photographie: moi-même


Quoi dire de Chicago... Magnifique, grandiose, monumental, spectaculaire. Oui. Spectaculaire. C'est carrément l'urbanité qui se met en scène. Chicago est une ville d'architecture. C'est (ce fut...) la ville de l'avant-garde pour cet art. Et parmi cette merveille qui se déploie sur chaque rue, le théâtre... mais - réglons la question tout de suite! - je n'ai vu aucun spectacle!

Le Chicago Theater District
Photographie: moi-même

Le théâtre - du moins, pour la période où j'y étais et pour ce que j'en ai vu - est principalement (à première vue, dirais-je) comédie musicale... Outre un Hamlet au Shakespeare Theater (photo ci-dessous), je n'ai pas trouvé beaucoup dans les journaux et les revues d'autres expériences plus dramatiques... Ce sont plutôt (selon la chronique Theatre du Chicago Tribune) les Mary Poppins, Grease, Wicked, Xanadu, Jersey's Boys, Dirty Dancing, Miss Saïgon, Po Boy Tango et The Screwtape Letters qui tiennent le haut du pavé... et c'est fort cher. Par ailleurs, les (grands) théâtres (les bâtisses, du moins), sont regroupés principalement au centre du Loop, le quartier qu'on pourrait considérer comme le centre-ville... dans le Broadway de Chicago: le Chicago Theater District (encadré sur le trottoir par des plaques comme celle plus haut...)... qui reçoit, par ailleurs, des productions new-yorkaises. Parmi ces institutions qui illuminent la nuit citadine, le Chicago est devenu un incontournable... surtout depuis son passage dans le film du même nom réalisé par Rob Marshall.

Le Chicago Theatre
Photographie: moi-même

Le Shakespeare Theater (Navy Pier)
Photographie: moi-même

Mais j'y reviens... Si Chicago n'a pas été une destination de prime abord théâtrale, le théâtre (disons ma conception du théâtre!) fut stimulée par un architecte omniprésent dans cette ville: l'emblématique Frank Lloyd Wright... et ses prairie houses (dont celle photographiée ci-bas dans Oak Park qui en est un bel exemple).

Par une synthèse peut-être grossière, sa philosophie fondamentale pourrait s'inscrire de la sorte (et là j'y trouve matière à développer sur la scène et le théâtre): l'espace n'est pas construit par des cloisons mais par la façon qu'on y habite... Bref, le décor ne fait pas la pièce, ce sont les acteurs qui la détermine. Dans cet idéal, qui ne cherche pas spécialement à imiter la nature, la forme des parties la maison doit découler de leur(s) fonction(s), mais en même temps forme et fonction ne doivent faire qu'un (Wikipédia).

C'est tout... le reste demeure souvenirs... Je reviens au théâtre.

Ajout au calendrier précédent

Juste une petite note pour vous informer que ce vendredi-ci, le 16 janvier 2009, à 9h15, Jérémie Desbiens (Nono, Parents et amis sont invités à y assister) et Alexandre Larouche (La Cerisaie, La Noël de Gruntilda) prendront part aux auditions du Collège Lionel-Groulx pour y étudier en septembre prochain. (La semaine prochaine, ce sera, si j'ai bien compris, le temps des auditions pour l'École Nationale de Théâtre et pour le Conservatoire de Québec.)

Meilleure des chances à eux!
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Dans le même ordre d'idées, je crois que Valérie Tremblay (Trois femmes descendent vers la mer) et Émilie Bouchard-Jean (Nono, Le Déluge après) tenteront également leurs chances pour une ou l'autre de ces institutions...

Une semaine de théâtre en 2009

Bon, ça y est, je suis de retour! C'est donc par ce calendrier hebdomadaire que je reprends la place... le reste viendra plus tard.

De mercredi à vendredi (14 au 16 janvier 2009)
Studio-théâtre de l'UQAC
19h30
Un projet de Jean-Paul Quéinnec (voir le communiqué suivant), professeur de théâtre au B.I.A.

Préliminaires pour une recherche à plus long terme en création et en interprétation, DRAGAGE 00 interroge le lien entre l’écriture sonore et l’écriture scénique, pour expérimenter une nouvelle dramaturgie et manipulation du son au théâtre.

Une démarche dans laquelle étudiants au baccalauréat et à la maîtrise en art de l’UQAC, (théâtre, arts plastiques et arts numériques) et artistes professionnels sont partie prenante.

Équipe / Jeu et Son : Janine Fortin, Élaine Juteau, Josée Laporte, Luis Felipe Ortega Gil, Guillaume Ouellet, Kevin Sauvageau - Lumière : Alexandre Nadeau - Archivage : Patricia Brière - Consultant : Carol Dallaire - Texte et Mise en scène : Jean-Paul Quéinnec

Résumé de la pièce : Cette pièce traite du flux de migrants toujours dans l’en-cours de leurs déplacements. Des récits s’emboîtent et se retournent sur eux-mêmes. Du naufrage de boat-peoples à la vie de noyés sous l’eau, on assiste à l’arrivée de quatre immigrants sur une terre du nord étrangère. Pendant un moment, l’action se déroule sur un lac gelé où tout paraît possible pour se refaire. Mais le lac finit par se briser.

L'intention Dans une perspective interdisciplinaire, nous cherchons sur scène à ce que la manipulation de « corps sonores » (du logiciel à l’instrument, de l’objet usuel à la voix de l’acteur) et la projection du texte provoquent un déplacement de compétences (et de hiérarchie) entre l’auteur, le metteur en scène, l’acteur et le concepteur sonore. Cette présentation c'est aussi impliquer le spectateur dans le mouvement expérimental. Cet « œil qui écoute » (Mervant-Roux) influe tout autant dans la recherche et la création de ces écritures théâtrales.

Et voilà... ce n'est qu'un début!

mercredi 31 décembre 2008

De retour le 10 janvier!


À tous, je souhaite une très bonne et merveilleuse année 2009 emplie de théâtre, de projets et de subventions!!! Bon, la paix sur la terre serait tout aussi justifiée... mais ça sort du cadre de mon blogue...

Pour ma part, je pars vers Chicago pour quelques jours... avec, au retour, une multitude de visites à raconter!

BONNE ANNÉE 2009!!!

De retour le 10 janvier (du moins, je l'espère bien!)...

lundi 29 décembre 2008

Tremblements de terre théâtral...

Deux nouvelles d'importance sont venues ébranler le monde théâtral mondial en cette fin d'année 2008.

Caricature de Peter Brook trouvée sur ce site.

Il y a, tout d'abord, l'annonce par Peter Brook de son départ prochain de la direction des Bouffes-du-Nord à Paris, véritable institution théâtrale contemporaine. (Vous pouvez lire cet article pour plus de détails.) Importance parce que pour qui souhaite faire des études théâtrales, il y a comme un passage obligé par ce praticien-théoricien qui laissera sa marque avec des titres d'essais comme L'espace vide ou Points de suspension...

Harold Pinter dans La dernière bande de Beckett en 2006
(pièce qui a d'ailleurs été présentée ici, à Jonquière, par la Rubrique,
avec Gabriel Gascon dans le rôle titre)


Par ailleurs, tout récemment, est décédé Harold Pinter, l'un des grands dramaturges (et acteur...anglais) de son époque, récipiendaire du prix Nobel de littérature en 2005. (Voici un article concernant cette nouvelle.) Il y a quelques années, en 2001 ou en 2002, dans le cadre des Séries Cartes Blanches des Têtes Heureuses, Sophie Larouche avait mis en scène L'Amant de cet auteur, avec Éric Laprise et Sonia Desmeules (et moi, qui jouait un laitier!). Dans quelques semaines, Pinter sera, en quelques sortes, de retour sur la scène régionale avec la présention de Le Retour, une production du TNM, dans une mise en scène de Yves Desgagné.

Souhaits pour 2009


La période des Fêtes bat son plein... alors je profite de cette accalmie pour replonger un instant dans ce blogue pour offrir mes souhaits pour l'année qui vient!

Pour le Théâtre 100 Masques: la consolidation et le développement!
Pour les Têtes Heureuses: idem, si on l'on peut dire!
Pour la Rubrique: du succès avec leur nouvelle production et en tournée!
Pour les Amis de Chiffon: idem, si l'on peut dire aussi!
Pour le Faux Coffre: la poursuite de leur folie!
Pour le C.R.I.: un développement à la mesure de son potentiel!
Pour le Mic-Mac: du plaisir avec leur production annuelle!
Pour les étudiants du B.I.A.: de l'intérêt et de la curiosité!
Pour Jean-Paul Quéinnec: de l'entrain et de l'enthousiasme!
Pour Alexandre Nadeau: tout plein de projets, même si...!
Pour Jérémie Desbiens et Alexandre Larouche: de bonnes auditions!
Pour tous les autres artisans: du succès et des projets!
Pour le Théâtre du Saguenay: un auditorium... zzz zzz zzz!
Pour les journalistes culturels: de l'espace!
Pour le Voir SLSJ: idem!
Pour le milieu culturel en général: du courage et de la détermination!
Et de l'argent!!!!!!!!!!!!!!!

Peut-être les nuages s'accumulent-ils à l'horizon, mais bon...



Bonne année 2009!

lundi 22 décembre 2008

Théâtre vs cinéma... dixit Guitry


Le théâtre, c'est du présent.

Le cinéma, c'est du passé.

Au théâtre, les acteurs jouent.

Au cinéma, ils ont joué.

Au théâtre, vient le public.

Au cinéma, entre la foule.

Au théâtre, c'est le dessin.

Le cinéma n'en est encore qu'à la lithographie.

Le théâtre, c'est positif.

La pellicule est négative!.


Sacha Guitry, Le cinéma et moi

dimanche 21 décembre 2008

De vous à moi


Pauline Carton, Les théâtres de Carton, Éditions J'ai Lu, Paris, 1965:


En vérité, je vous le dis, vous les clients et nous les vendus, nous nous aimons bien.

Nous nous aimons de la façon la plus propice à la bonne entente: nous nous aimons par-dessus un mur. vous aviez envie de nous voir, puisque vous avez payé pour ça, - nous sommes heureux de vous sentir là, car vous flatter notre amour propre.

[...] Vos marques d'approbation nous touchent, et vos blâmes nous gèlent.

Si une représentation se passe sans qu'aucun des deux camps fasse autre chose que ce qui est prévu dans le marché (jouer l'oeuvre et assister à son exécution) c'est une très mauvaise représentation, et toute l'assemblée se retire consternée.

Mais si, vous et nous, nous commençons à nous faire des signes, à nous exprimer par des rumeurs, des sourires, du bruit, de l'abandon, des claquements de mains et des petits bonjours que nous sommes contents les uns des autres: la vie est belle et l'auteur est sauvé.

[...] Mais si, tout chauds d'avoir été liés et plus heureux durant trois heures, nous avons l'imprudence, vous ou moi, de chercher à nous regarder de plus près, une affreuse et double déception nous punit.

Vous franchissez la petite porte des coulisses, et nous vous décevons parce que notre maquillage est laid, parce que nous suons, parce que nos loges, sauf pour quelques altesses, sont des cabines de bains et des lavabos, parce que les comiques ne passent pas toute leur vie civile à éclater de rire, ni les ténors leur répit à attendre l'âme soeur.

La fatigue d'avoir été reluisants nous rejette dans la coulisse en proie au repos animal. [...] Notre sans-gêne, entre nous, vous choque. vous admettez que des laïques se contemplent mutuellement en paletot, dans une rue, et en caleçon court sur une plage, - mais, juste à l'heure où vous êtes en grande toilette, notre débraillé vous étonne.

[...] Nous vous décevons parce que ce sont les pages de l'auteur que vous venez d'entendre, et que vous découvrez, à notre langage, que nous n'aurions probablement pas été capables de les écrire.

[...] Vous nous décevez parce que vous entrez dans nos cases comme dans des moulins. Vous nous parlez avec l'intimité qu'on a pour ceux dont on connaît bien les visages alors que nous sommes entrain de faire connaissance du vôtre. [...]

Vous nous décevez parce que, bien que sachant que nous ne pouvons guère dormir avant deux heures du matin, vous nous traitez de paresseux si nous ne nous levons pas à l'aube.

Vous nous décevez parce que nous voudrions naïvement qu'après l'audition d'une pièce, vous soyiez, par prodige céleste, au fait et au courant de tout ce qui nous y a été pénible ou précieux depuis le jour de la première lecture; que vous deviniez le mouvement tournant dont nous désirions enjoliver notre sortie en tapinois, et ne trouviez pas aucun talent au camarade qui nous est antipathique.

[...] Quand vous ne voulez plus de nous, il y a un retraité de plus et un cabot de moins.

[...] Tant qu'il y aura une bicoque théâtrale où je serai figurante, souffleuse ou régisseure en second, je ne serai pas entièrement malheureuse.

Et tant qu'un de Vous fera: "Ah! Ah!" d'une petite voix obligeante, après que j'aurai dit: "Madame est servie", je serai plus comblée qu'un chien gavé de sucre qui se chauffe au soleil.