mercredi 25 mai 2011

Variations sur la théâtralité...


La théâtralité est un concept flou, toujours un peu hermétique qui supporte mal les contours d'une définition concrète. En cliquant sur le libellé Théâtralité et performativité en fin de billet, il sera possible d'en lire plusieurs... Mais laquelle est la plus convaincante?

Patrice Pavis, dans l'ouvrage Vers une théorie de la pratique théâtrale réédité en 2007, à partir de la page 267, y va non pas d'une seul définition mais plutôt d'une série d'assertions à partir d'une série de spectacles qu'il a vu en 1998 pendant le Festival d'Avignon. Une série d'assertions (argumentées) qui, chacune ouvre une nouvelle voie sur le concept, le déconstruit, le retourne, le reconstruit... Comme elles sont nombreuses - dix-sept en tout! - je vais les publier ici en deux billets.

1. La théâtralité réclamée aujourd'hui consiste en une mise en spectacle des comédiens, elle ne se contente plus du regard porté sur une action dramatique intérieure, liée à la parole, et s'achevant dans la reconnaissance de la vérité. La théâtralité d'à présent est aux antipodes de l'antique regard sur la parole d'autrui. Elle aspire au spectacle.

2. Chassez la théâtralité, elle revient au galop.

3. La théâtralité montre l'intérieur des êtres, le fil ténu qui nous rattache à la vie et à l'amour, même avec un téléphone portable ou un appareil transplanté au cœur de l'action.

4. La théâtralité est un engin qui risque à tout moment de nous tomber dessus et d'étouffer la parole et la vie. C'est l'irruption de la fiction dans la réalité.

5. Théâtralité: façon d'atténuer le réel pour le rendre esthétique, ou érotique.

6. En intensifiant la théâtralité, que ce soit la fureur de dire ou la persuasion d'être, on risque toujours de se perdre ou de tourner en rond.

7. Théâtralité: choc des régimes de fiction. Attention: une théâtralité peut en cacher une autre.

8.Théâtralité: le réel du réel. Réel: la théâtralité de la théâtralité.

9. Toute théâtralité n'a de sens que pour qui sait la réfléchir aujourd'hui.

10. Théâtralité: la vitesse supérieure du couple, dans ses conflits, ses échanges, ses scènes de ménage.

11. La théâtralité du conteur: une parole linéaire et tendue mais qui revient toujours à son point de départ.

12. Théâtralité de la mise en scène: lorsqu'on n'est plus en mesure de distinguer le texte et la scène, l'origine du résultat, la parole du corps, lorsque les matériaux s'accordent et se consomment, mais sans se consumer dans un sens ultime, lorsque la scène est littérale.

13. La théâtralité consiste, dans un premier temps, à ouvrir un chantier, sans savoir si on aura les moyens de finir les travaux. Elle s'achève et se réalise lorsque les matériaux s'organisent en un système idéal qui complète et parachève l'extraction des matériaux. Ce système a pour nom: «mise en scène».

14. La théâtralité est une thérapie de choc pour connaître le réel, y compris politique.

15. La théâtralité ne peut se penser hors d'elle-même: l'envers de la théâtralité n'est encore que de la théâtralité.

16. La théâtralité ne se laisse pas transformer en une catégorie anthropologique universelle. Elle préfère s'effacer devant d'autres formes de performativités qui sont à découvrir dans les culturels extra-européens, ou dans des activités spectaculaires non liées à l'art.

17. Théâtralité: faculté de changer l'échelle, de suggérer et de fabriquer le réel avec la voix, la vue, les vocables, les sonorités, les images et autres bouts e ficelle. Théâtralité: parole incarnée.


Intéressant... Laborieux pour le mental... mais intéressant.

mardi 24 mai 2011

Tableau comparatif


Voici un autre petit tableau de ma conception (après celui du 20 novembre 2009) qui marque les différences entre deux mode de fonctionnement du théâtre... qui trace une ligne entre le théâtre dramatique et celui qu'on peut qualifier de postdramatique.

Bien entendu, la réalité n'est pas si manichéenne et il peut y avoir une certaine perméabilité entre les deux. Mais dans les grandes lignes, ça passe...

DÉMONSTRATION

MONSTRATION

Théâtre conventionnel, théâtre dramatique

Théâtre post-moderne, post-dramatique

Théâtre = lieu où l’on voit

(où il y a incarnation)

Théâtre = lieu où l’on montre

(les quatre principes performatifs de Schechner : 1-being, 2-doing, 3-showing doing, 4-explication)

Texte spectaculaire

Texte performatif

Création du sens (unique) sur la scène transmis vers le public (réception collective)

Création du sens (pluriel) dans le public à partir de ce qui est sur scène (réception individualisée)

Règne du sens

Règne de l’expérience

lundi 23 mai 2011

Un dur constat

Un texte de Daniel Mesguish, en page 137-138 de L'Éternel Éphémère. Un texte senti et fichtrement «rentre-dedans». Un texte qui, bien qu'écrit en 1991, peut trouver un fort écho sous nos latitudes, dans notre temps.

... Je souffre parfois de voir le théâtre tomber pour ainsi dire en désuétude. Non, cette plainte n'est pas celle de celui qui a fait profession de l'art dramatique et qui, tel le petit commerçant voyant avec effroi s'installer à cinq mètres de sa boutique une «grande surface», se sentirait écrasé par la ruine et l'injustice, non, cette plainte n'est pas celle de l'archaïque devant l'industriel, cette plainte n'est pas nostalgique, fermée; au contraire: elle est ouverte vers le futur, elle est politique.

Depuis quelques années [...], le théâtre va mal. Le public le déserte, ou croit qu'il le fait, les médias l'ignorent ou le colonisent, la presse lui consacre une part de plus en plus restreinte, bien pis: les hommes et les femmes de théâtre eux-mêmes commencent à reculer, à obéir, recherchent les stars de cinéma ou de télévision, font des spectacles à durée standardisée; et le théâtre «populaire» - je le dis sans aucunement dénier les qualités intrinsèques et les vertus politiques de ce qu'on a parfois nommé ainsi - se transforme plus que jamais en grands shows qui miment les rassemblements populistes, en images qui singent celles de la pratique publicitaire.

[...] Non, non: il ne s'agit pas là de «la mort du théâtre», que l'on annonce périodiquement, annonces qui sont la scansion même de sa respiration, le bruit que fait son cœur; car c'est de toujours être sur le point de mourir que le théâtre vit, c'est sa faiblesse extrême qui fait sa force infinie. («Comment le théâtre pourrait-il mourir, lui qui n'a jamais été pleinement vivant, comment pourrait-il disparaître, lui qui n'est jamais tout à fait présent?» Comment un spectre pourrait-il mourir?)

Pourtant, aujourd'hui plus que jamais, [... alors qu'] il reste une activité, immémoriale, qui joue de la vérité comme on joue du couteau, qui annonce avant tout le Vide et l'Ouvert, qui est l'art de l'écoute avant d'être celui de la parole, et qui est le théâtre - aujourd'hui, donc, plus que jamais, cet art est minimisé, ridiculisé, ou pire, célébré à la manière de l'industrie cinématographique, c'est-à-dire colonisé, annoncé comme un produit marchand, et montré sous un jour amateur et folklorique [...] ou bien comme une vieillerie légèrement archaïsante et nostalgique [...].

Un constat dur, disais-je?

dimanche 22 mai 2011

Parlant de productions estivales...


L'été approche... même si le printemps semble résolument coincé dans le calendrier entre le 21 mars et la date d'aujourd'hui. Alors que les bourgeons peinent à sortir, que l'eau de ruissellement continue de gonfler les lacs et les rivières et que les fleurs ne sont encore qu'une vue de l'esprit (sur mon terrain, du moins), le théâtre dans la région se prépare lui aussi à émerger quand le soleil sera venu.

Voici, en vrac, les productions estivales à venir.

Les premiers à monter sur les planches seront les gens du théâtre du Complexe Touristique de la Dam-en-terre à Alma, avec leur pièce dans la plus pure tradition du genre, Un 18 trous pour quatre.

Suivra l'entrée en scène de La Fabuleuse histoire d'un Royaume pour un autre tour de piste après quatre ans de remisage (si ce n'est de quelques sorties anglophones...).

Par la suite, coup sur coup, quatre productions prendront l'affiche.

Ça commencera par Couples, au Théâtre d'été de St-Félicien, un texte de Frédéric Blanchette mis en scène par Christian Ouellet.

Viendra ensuite, à trois jours d'intervalles (et pour marquer le centenaire de la naissance de l'homme) La Légende d'Arthur Villeneuve, une production de Ville Saguenay (de la Pulperie, en fait) confiée au Théâtre C.R.I.. Le texte est de Martin Giguère alors que Guylaine Rivard en signera la mise en scène.

Le surlendement, ce sera au tour du Théâtre 100 Masques de déployer sa production 2011, L'Affaire de la rue Lourcine, une incursion chez le maître du vaudeville, Eugène Labiche.

Quelques minutes plus tard, le Collectif À Tour d'Rôle, en collaboration avec le Côté-Cour de Jonquière, en sera à son troisième cabaret estival, Le Oh! Cabaret, une nouvelle création par rapport aux deux années antérieures.

Quand les productions de juillet s'épuiseront, le Théâtre du Faux Coffre s'amènera dans la salle Murdock pour une série de représentations. Qu'est-ce que nous y verrons? Les paris sont ouverts.

J'imagine qu'à travers ces «grandes» productions, d'autres plus petites viendront. Il y aura notamment l'animation sur le site de Val-Jalbert.

Au théâtre, cette semaine! (du 22 au 28 mai 2011)


À l'agenda, il n'y a, à ma connaissance, qu'un seul rendez-vous et c'est aujourd'hui. Il en sera de même (la vacuité de l'offre) pour quelques semaines... le temps que ne se préparent les productions estivales.

Aujourd'hui - 22 mai 2011
Salle Murdock (Chic.), 20h

DERNIÈRE REPRÉSENTATION


C'est la dernière représentation de Trac, ma vie en théâtrascope du Théâtre du Faux Coffre.

C'est tout je crois...

samedi 21 mai 2011

Du potentiel événementiel


Pendant la semaine qui vient de se terminer - pendant la présentation d'une série de performances -, j'en suis venu à réfléchir au geste, à l'action... à l'aune d'une notion que j'aime bien (voir ce billet du 3 septembre 2008): le POTENTIEL ÉVÉNEMENTIEL (une meilleure dénomination pourrait éventuellement lui être accolé).

Une notion assez proche, dans les faits, de la biomécanique meyerholdienne.

Chaque geste de l'interprète fonctionne un peu comme la foudre. Il se construit par l'accumulation d'une charge, le potentiel événementiel. Ce potentiel crée un horizon d'attente chez le spectateur. Du coup, l'intérêt de toute action (ou inaction) se concentre dans celui-ci, dans ce qui peut ou non advenir, dans ce qui advient et n'adviendra jamais.

Le potentiel événementiel agit donc comme un ressort qui créera, tant chez le comédien que chez le spectateur, une tension de plus en plus palpable jusqu'à son dénouement soudain. Dès qu'il se réalisent, le geste et l'action perdent aussitôt leur force d'impact jusqu'à la remise en place d'un nouveau potentiel.

vendredi 20 mai 2011

Jouer.

Jouer
c'est s'engager
au nom d'une vérité immédiate
qui ne peut plus se taire,
qui doit se dire et faire entendre.
Georges Banu, Solitude du dos et frontalité chorale*
________________________________________________

*article paru dans Alternatives théâtrales no.76-77

jeudi 19 mai 2011

Vers le premier «Forum sur le théâtre au SLSJ»


Les invitations sont lancées (enfin je crois) par le biais du CRC. Du coup, tous les artistes et artisans du milieu théâtral de toute la région les recevront ou l'ont reçu: fiche d'inscription, document préparatoire, détails sur la carte privilège (lancée le même jour).

Nous comptons sur les réponses - rapides! - pour mettre en place les derniers besoins (notamment pour commander le dîner). Nous comptons aussi sur le bouche-à-oreille pour que l'information circule.

La table est mise pour les discussions que nous espérons nombreuses, fortes, efficaces, dynamiques, franches.

Nous vous y attendons.

De formation en formation


Toujours appliqué à assister (jusqu'au 3 juin) aux activités de la Chaire pour une nouvelle dramaturgie sonore - décidément, il faudra un jour que je retienne le nom en entier de cette entreprise! - de l'UQAC qui, depuis lundi, se lance dans un nouveau volet de recherche. Après le cycle Dragage, elle se penche sur le duo.

Avant de prendre le taureau par les cornes, un détour par deux périodes d'explorations intensives.

Après trois jours de formation avec Philippe Lambert, vocalist (ou performeur vocal ou compositeur-improvisateur du son) de son état et dont la mission était d'aborder l'improvisation sonore (j'y reviendrai quand j'aurai mis de l'ordre dans mes notes!), les participants-collaborateurs-chercheurs sont, à partir d'aujourd'hui, confié aux bons soins de Éric Létourneau, performeur qui lui aura à explorer les possibilités des objets sonores à travers le hasard et l'imprévu.

Déjà, la matière est abondante et n'attend qu'un peu plus d'attention. Des questions se posent. Des réponses surgissent. Et pendant ce temps... J'y viendrai bientôt.

mercredi 18 mai 2011

Le calomniateur calomnié


J'aime bien les placets, les épigrammes, les petites stances écrits, à l'époque, contre les grands auteurs et les grandes oeuvres. Une pratique très forte au XVIIième et XVIIIième siècle. Des mots qui suintent le fiel, la fausse moralité, l'envie et la jalousie... et qui ne font pas souvent preuve de clairvoyance sur la postérité de ceux-ci!

Le dernier épigramme en date que j'ai trouvé est celui de Chevalier de Langeac, datant de 1784... et vilipendant Beaumarchais et son Mariage de Figaro:

Je vis hier, du fond d'une coulisse,
L'extravagante nouveauté
Qui, triomphant de la police,
Profane des Français le spectacle enchanté.
Dans ce drame effronté chaque acteur est un vice:
Bartholo nous peint l'avarice,
Almaviva, le séducteur,
Sa tendre moitié l'adultère,
Et Doublemain un plat voleur.
Marceline est une mégère;
Basile un calomniateur;
Franchette l'innocente est trop apprivoisée
Et le page d'amour, au doux nom Chérubin,
Est, à vrai dire, un fieffé libertin,
Protégé par Suzon, fille plus que rusée;
Pour l'esprit de l'ouvrage, il est chez Bridoison.
Mais Figaro?... Le drôle à son patron
Si scandaleusement ressemble
Il est si frappant, qu'il fait peur;
Et pour voir à la fin tous les vices ensemble,
Le parterre en chorus a demandé l'auteur.

Voilà, ce me semble, une fort belle description assassine d'un spectacle vu par un spectateur visiblement agacé... Je me demande ce qu'il écrirait de nos productions locales...

mardi 17 mai 2011

L'Affaire de la rue Lourcine [Carnet de mise en scène]

Les circonstances font en sorte que ce soir, nous prendrons de l'avance sur l'agenda en entamant (et terminant...) les deux dernières scène de la pièce. Tout de suite après, nous ferons le premier filage.

Cette première étape étant franchie, à compter de la semaine prochaine, chacune des scènes sera revue en profondeur, avec, en tête, les dernières trouvailles pour chacun des personnages, la dynamique globale de la production. Une par une, elles seront revisitées, améliorées, ajustées, nettoyées, précisées, ciselées. Un travail de minutie... comme l'horloger qui se penche sur ses délicats mécanismes.

Une pièce de corps, de rires et d'accessoires!

Pendant ce temps, le matériel pour la scénographie arrive.

lundi 16 mai 2011

Nouveau départ.

Ce matin débute un nouveau volet exploratoire à la Chaire de recherche pour une nouvelle dramaturgie sonore (du moins, quelque chose comme ça) de l'UQAC.

Pour cette fois, j'y suis, avec, comme mandat, d'assister au travail en cours et d'y réfléchir, de construire autour de lui une pensée théorique et de le rendre éventuellement. Ce sera, pour moi, une première parce que je suis habitué de bâtir un argumentaire autour de ma propre recherche.

J'y reviendrai sûrement dans les jours à venir.