mercredi 22 mai 2013

Théâtre d'été 2013... [Carnet de mise en scène]


Une comédie est comme un véhicule
fait pour supporter
et transporter une certaine charge.
Un surcroît de cette charge la prive de son dynamisme.
Voyez Molière.
Sa discrétion.
Son infaillible faculté de répartition,
d'aération.
Son art de ménager le public,
de ne jamais offrir plus
qu'il ne peut absorber à la fois.

C'est le grand Jacques Copeau qui parle (enfin... écrit...) ainsi de Molière, en décembre 1934. Une citation qu'il fait bon se rappeler en pleine création...

mardi 21 mai 2013

Théâtre d'été 2013... [Carnet de mise en scène]



Molière - Je crois que je deviendrai fou avec tous ces gens-ci. Eh têtebleu ! Messieurs, me voulez-vous faire enrager aujourd’hui ?


Brécourt - Que voulez-vous qu’on fasse ? Nous ne savons pas nos rôles ; et c’est nous faire enrager vous-même, que de nous obliger à jouer de la sorte.

Molière - Ah ! les étranges animaux à conduire que des comédiens ![...] De grâce, mettons-nous ici et employons ce temps à répéter notre affaire et voir la manière dont il faut jouer les choses.

La Grange - Le moyen de jouer ce qu’on ne sait pas ?

Mademoiselle Du Parc - Pour moi, je vous déclare que je ne me souviens pas d’un mot de mon personnage.


Mademoiselle De BrieJe sais bien qu’il me faudra souffler le mien d’un bout à l’autre.

Mademoiselle BéjartEt moi, je me prépare fort à tenir mon rôle à la main.

Mademoiselle Molière - Et moi aussi.

Mademoiselle Hervé - Pour moi, je n’ai pas grand’chose à dire.

Mademoiselle Du CroisyNi moi non plus ; mais avec cela je ne répondrais pas de ne point manquer.

[...]

Molière - Vous voilà tous bien malades, d’avoir un méchant rôle à jouer, et que feriez-vous donc si vous étiez en ma place ?

Mademoiselle Béjart - Qui, vous ? Vous n’êtes pas à plaindre ; car, ayant fait la pièce, vous n’avez pas peur d’y manquer.
____________________________________________________

C'est là une partie de la première scène de L'Impromptu de Versailles de Molière où il se met lui-même en scène au milieu de ses comédiens... Une scène fort drôle qui peut parfois se répéter en salle de répétition... notamment lors du premier enchaînement... et hier soir, c'était le nôtre. 

Ces textes du XVIIième siècle sont plutôt complexes... d'abord pour la langue puis par le genre farcesque abordé qui fait nécessairement une large place aux jeux de scènes...

lundi 20 mai 2013

Quand Alisa Koonen joue Phèdre...


Parmi les grandes actrices de cette fabuleuse période qu'a été l'émergence du théâtre soviétique, il en est une que je trouve particulièrement fantastique: Алиса Георгиевна Коонен ou Alisa Koonen (1889-1974). Après avoir été formée par Stanislawski, elle fonde en 1914, le Théâtre Kamerny en compagnie de son époux, Alexandre Taïrov (qui sera un féroce adversaire de Meyerhold), où elle interprétera de très grands rôles féminins (comme la Salomé d'Oscar Wilde et l'Adrienne Lecouvreur de Scribe et Legouvé)... dont l'apogée sera marqué par cette anguleuse (cette première photographie étant peut-être la plus connue!) Phèdre de Racine! En voici d'autres images...


Ce spectacle, écrivait Jean Cocteau après une tournée parisienne au milieu des années 20, est à l'opposé de toutes mes recherches et de tous mes espoirs, mais il s'en dégage une si effrayante beauté, qu'il ôte toute possibilité de discussion. [...] C'est du moderne, et non pas ce faux modernisme, qui nous présente sur la scène des machines qui ne marchent pas. Les personnages sont comme des blocs. Les cothurnes donnent à leur démarche une sorte de noblesse animale. Une architecture profonde abolit le pittoresque facile.


Quelques règles du théâtre...

Encore une fois, ce matin, je retourne fureter dans Google Books, à la recherche de perles extraites de l'histoire du théâtre... principalement de ce théâtre du XIXième siècle. C'est ainsi que je me retrouve tout à coup avec cet ouvrage de 1829, le Code théâtral : physiologie des théâtres, manuel complet de l'auteur, du directeur, de l'acteur et de l'amateur contenant les lois règles et applications de l'art dramatique par James Rousseau (dont il a déjà été question ici).

Des répétitions...



Des mises en scènes...


Des habitués...

dimanche 19 mai 2013

Théâtre d'été 2013... [Carnet de mise en scène]


Voici, en primeur, l'affiche de la production estivale 2013 du Théâtre 100 Masques (une réalisation de Patrick Simard). 

Décidément, le temps passe vite!

Hier matin, nous avons terminé la mise en place de la seconde pièce, La Jalousie du Barbouillé. Et demain soir, nous nous payerons le luxe d'un premier enchaînement des deux textes. Bien que précoce (à plus d'un mois et demi avant la première...) - et ô combien laborieux! - cet exercice permettra d'avoir une vue d'ensemble sur le résultat: énergie, dynamique, forces, faiblesses.

Certaines scènes trouvent une surprenantes vitalités dans leur exécution scénique... 

Esthétiquement parlant, les dossiers cheminent également. La scénographie et les accessoires nécessaires se précisent. Un plan d'action sera mis en branle d'ici quelques jours... Les costumes sont en chantier (et nous voyons de temps en temps un morceau de vêtement apparaître!) et promettent beaucoup! Une rencontre avec le concepteur de lumière est à prévoir...

Encore une fois, toutefois, j'ai beaucoup de difficultés à me faire une tête au sujet d'une éventuelle conception sonore... En fait, je suis de plus en plus convaincu de son inutilité dans ce cadre-là... d'autant plus que le son produit directement sur scène s'avère plutôt efficace...

À compter du milieu de la semaine, on remet tout sur le métier pour des répétitions concentrées!








vendredi 17 mai 2013

De classes et de castes...

Du même ouvrage que celui cité dans le billet précédent (), voici une description qui - en faisant abstraction de la situation toute française qu'elle décrit et en lui donnant une valeur métaphorique - pourrait définir une certaine réalité: le positionnement de l'un par rapport à l'autre, les jeux d'egos, les jugements de valeur. 

Des directeurs de théâtre...



Extrait tiré de Recherches sur les causes de la décadence des théâtre et de l'art dramatique en France, publié en août 1841 sous la plume de J. P. Vallier. À tous mes collègues directeurs, tenez-vous le pour dit! :)

jeudi 16 mai 2013

Au théâtre, cet été...


Dans quelques semaines à peine, l'été prendra le relais et apportera, avec lui, les nombreuses productions estivales qui prendront l'affiche, les unes à la suite des autres! En voici, ce matin, un petit tour d'horizon quasi exhaustif. Si j'oublie quelque chose, ce sera possible de l'ajouter par le biais des commentaires...

Au Saguenay, les spectateurs auront à se séparer en quatre pour tout voir (en cinq, si on inclus à cette liste le retour de La Fabuleuse Histoire d'un Royaume pour sa vingt-sixième année)...

Le Collectif À tour d'rôle revient, pour une cinquième saison, avec une nouvelle mouture de son cabaret burlesque: La Commission Cabaret! Une équipe aguerrie qui saura assurément nous en mettre plein la vue sur la petite scène du Côté-Cour, à Jonquière, du 3 au 27 juillet (du mercredi au samedi).

Le Théâtre 100 Masques revient, pour son quatorzième été, avec non pas une mais deux pièces de Molière! Ce duo moliéresque, Le Mariage forcé suivi de La Jalousie du Barbouillé, est mis en scène par moi-même avec une distribution réduite à quatre comédiens - et quels comédiens! - qui évolueront sur les tréteaux (en costumes d'inspiration «époque des années») installés dans la Salle Murdock du Centre des arts et de la Culture de Chicoutimi, du 4 au 27 juillet (du jeudi au samedi).

À La Pulperie de Chicoutimi, Jimmy Doucet proposera une nouvelle aventure sur un mode «théâtre d'été traditionnel»: Bienvenu à Cayo Banano! Des rires aux accents du Sud! Encore une fois, les représentations s'échelonneront du 9 juillet au 28 août, à raison de deux soirs par semaine, les mardis et mercredis.

Enfin, faisant suite aux années antérieures, le Théâtre du Faux Coffre profite de la saison pour remettre en piste l'un des épisodes marquants des aventures de ses célèbres Clowns Noirs. Cette année, place au Clown Noir et le Masque de Fer. Comme d'habitude, ce spectacle sera présenté en août-septembre (les dates restent à confirmer) à la Salle Murdock du Centre des arts et de la Culture de Chicoutimi. 

Pendant ce temps, au Lac Saint-Jean...

Le Complexe touristique de la Dam-en-Terre, à Alma, revient, après un arrêt l'an dernier, à leur habituel théâtre d'été venu de l'extérieur: Le dîner de cons, de Francis Veber. Du 27 juin au 24 août, du mardi au samedi.

La Route des milles et une histoires se concentre, cette année, sur un seul spectacle, Le secret des Pères, présenté du 4 au 27 juillet, à la halte routière du parc de la Pointe-des-Pères de Dolbeau-Mistassini.

Ça fait le tour, je pense... Le Théâtre Mic Mac, dans le cadre de la Traversée, présentera sûrement quelque chose (un spectacle invité) et peut-être Jimmy Doucet fait-il un truc dans le haut du Lac... Mais dans l'ensemble, c'est ça qui est ça.



mardi 14 mai 2013

Nostalgie risquée


Dans mon bureau, sur ma grande bibliothèque, trône un objet... banal en apparence... Il s'agit d'un coffre. En carton. De taille moyenne. Pas vraiment beau. Qui passe fort probablement inaperçu à travers une pile de livres de théâtre, entre Meyerhold et d'autres bouquins théoriques. Et pourtant...

Cette boîte renferme toutes les cartes, les mots de comédiens et de collaborateurs que j'ai reçus à la suite de productions. Depuis le tout premier spectacle que j'ai fait (comme comédien!, à l'UQAC) au tout dernier... Une quinzaine d'années de rencontres ponctuelles, de rencontres récurrentes, d'amitiés sur des bouts de papiers. Des noms et des projets oubliés. D'autres, inoubliables. 

Mon émotive mémoire théâtrale (et mon plus précieux - et le plus irremplaçable! - bien relié à mon travail)... Ma ghost light personnelle... 

Une lecture (oh... très rare... sauf les jours de grand ménage comme aujourd'hui!) qui rend nostalgique... et qui, devant tant d'épithètes positifs écrits dans la fébrilité d'une première ou d'une dernière, rend prétentieux l'ego créateur!

samedi 11 mai 2013

Entre l'illusion et la vérité...


Cette magnifique description du théâtre, de son lien infrangible entre la vérité et l'illusion, a été écrite par un autre des grands acteurs de la seconde moitié du XIXième siècle, Constant Coquelin (dans son bouquin L'Art du comédien). Une description toute simple mais ô combien sensible...

vendredi 10 mai 2013

Un autre départ...

Le milieu théâtral perd une grande figure avec le décès d'Huguette Oligny (voir l'article sur Cyberpresse). Pour un métier comme le théâtre qui a peu de mémoire, le deuil n'en est que plus grand. Parce qu'avec ces grands noms qui nous quitte, c'est toute une génération de créateurs - ceux là même qui ont fondé le théâtre professionnel au Québec - qui disparaît.

Exo-... Endo-...


Ce que je cherche, ce n'est pas tant un interprète qui créera un personnage cohérent en l'enrobant d'une pensée et d'une vie intérieure mais plutôt un technicien du jeu qui sera en mesure de créer des effets scéniques et des chorégraphies qui eux, constitueront une figure proche du personnage. C'est une préférence pour l'exopersonnage, son extérieur, son image, sa forme (par rapport à  l'endopersonnage qui passe par un travail intérieur).

Je préfère une interprétation exécutoire à une interprétation psychologique. 

Si, au final, le résultat peut sembler être du pareil au même pour le spectateur, il en va tout autrement du type de travail en salle de répétition. 

Il peut être question de distanciation, oui. Il peut être question de jeu mécanique, oui (sans aller jusqu'au robotique!). Il peut être question de control freak de ma part, oui.