dimanche 17 avril 2016

Semaine théâtrale - du 17 au 23 avril 2016


Voici ce qui se passera sur les différentes scènes régionales au cours des prochains jours... Ça bougera! Ça bougera! 

Jeudi à samedi, 21 au 23 avril 2016
Salle Lionel-Villeneuve (Roverbal), 20h
AVANT-DERNIÈRE SEMAINE DE REPRÉSENTATIONS

Le Théâtre Mic Mac présente sa grande production annuelle, Les Manuscrits du déluge... une pièce de Michel-Marc Bouchard mise en scène d'Émilie Gilbert-Gagnon. Voici ce qu'en on dit Hélène Gagnon de L'Étoile du Lac, Louis Potvin du Progrès-Dimanche et moi... ici-même! Plus de détails sur le site web de la troupe.

Jeudi à samedi, 21 au 23 avril 2016
Petit Théâtre (UQAC), 19h30

Les étudiants du cours Atelier de création théâtrale (dirigés par Jean-Paul Quéinnec) présentent Moi chui moi, pis toi t'es toi qui présentera plusieurs textes contemporains québécois sous le signe du comique dans tout ses états ! À partir des textes de Tranche-cul de Jean-Philippe Baril Guérard, Comment je suis devenue touriste et Napoléon voyage de Jean-Philippe Lehoux  et  Princesses de Catherine Léger. L’entrée est gratuite mais il est nécessaire de réserver votre place au 418 545 5011 # 4708 ou directement sur la page Facebook de l’événement. Il faut voir ce que font les étudiants de l'Université!

Vendredi, 22 avril 2016
Théâtre du Palais-Municipal (La Baie), 20h

Diffusion Saguenay présente 50 Shades! La parodie musicale... un mélange entre spectacle d'humour, comédie musicale et théâtre...  se moque abondamment des personnages du livre à succès 50 Shades of Grey par le biais d'un "club de lecture" fréquenté par trois femmes de banlieue qui découvrent le roman érotique. Le texte hilarant ainsi que les chansons franchement irrésistibles en font un spectacle à ne pas manquer! Mais attention, il y a de fortes chances que vous ne voyiez plus Christian Grey de la même façon! N'oubliez pas votre boite de mouchoirs... Vous allez rire à en pleurer! Plus de détails ici.
Vendredi et samedi, 22 et 23 avril 2016
Salle Murdock (Chicoutimi), 20h
PREMIÈRE SEMAINE DE REPRÉSENTATIONS

Le Théâtre du Faux Coffre nous revient avec une nouvelle production, L'Enterrement de Grossomodo! À l'aide d'une quantité impressionnante d'archives, l'intellectuel Diogène revisite les événements troublants de l'été 1995 qui ont failli priver le monde des prouesses du clown noir Grossomodo. Documents inédits, correspondances émouvantes, archives audio, archives vidéo, reconstitutions, entrevues avec des témoins, vulgarisation avec des experts, tout sera mis à profit pour raconter avec justesse et rigueur ce drame terrifiant qui coïncide avec le tout premier rôle au théâtre du révolutionnaire Trac. Un travail journalistique époustouflant. À la tombée du rideau, vous aussi vous direz : c'est incroyable ! Pour réserver, il est possible de le faire par téléphone au 418-698-3000 poste 6561 ou via la page Facebook de l'événement. 

C'est ce que j'ai pu trouver en furetant un peu partout sur les internets! Comme d'habitude, il se peut que j'oublie des trucs... 

samedi 16 avril 2016

«Les farces médiévales» [Carnet de mise en scène]


La farce, au Moyen Âge (principalement entre le XIIe et le XVIe siècle), se développera et définira peu à peu ses grandes caractéristiques qui se retrouveront de l'une à l'autre.

Ces principales caractéristiques (qui se retrouvent dans les trois farces choisies pour la production estivale du Théâtre 100 Masques) sont les suivantes:

  • La forme est fixée: versification octosyllabique, brièveté (entre 200 et 500 vers... à part quelques exceptions comme La farce de Maître Pathelin qui en enligne 1500), peu de personnages.
  • La farce ne se gêne pas pour faire intervenir grossièreté et obscénité... c'est un espace de liberté et de défoulement.
  • Elle est très souvent construite sur une intrigue simple où règne(nt) la tromperie, la ruse, l'équivoque ou la mystification et met en scène des personnages quasi archétypaux: le benêt, le mari cocu, l'épouse rusée, le médecin incapable, le dupeur dupé, la belle-mère acariâtre, etc.
  • Ses personnages sont généralement aux prises avec des préoccupations de base (qui désacralisent le corps): boire, manger, dormir, évacuer (tout ce qui peut sortir du corps!), baiser, faire de l'argent.
  • Du coup, trois grandes thématiques peuvent se dégager: les amours quotidiennes avec tout leurs aléas (chicanes, infidélités, contrôles); la friponnerie et les mauvais tours; la vantardise et la fanfaronnade.
  • Les procédés comiques sont nombreux et font la part belle au jeu de l'acteur, se séparant entre jeux de mots et de langage (quiproquos, surabondance des répétitions) et jeux de scènes (coups de bâtons, acrobaties, mimes).
  • Les farces mettent en scène, outre les personnages, des objets (peu nombreux mais qui acquièrent du coup une importance) qui seront abondamment utilisés.
Derrière ces considérations théorico-littéraires se cache l'élément primordial qui a traversé les siècles: faire rire! Et ça marche!

vendredi 15 avril 2016

La tradition de l'Église sur la comédie & les spectacles

Je continue ici à recenser l'histoire du théâtre du point de vue de l'Église... par intérêt et parce que j'estime qu'il est indispensable de bien saisir ce contexte qui a perduré pendant des siècles (et ici au Québec, jusqu'à tout récemment). 

Voici, tiré d'un Traité de la comédie et des spectacles selon la tradition de l'Église publié en 1669 sous la plume de Armand de Bourbon Conti, quelques canons historiques (dont certains seront observés jusqu'au XIXième siècle!) promulgués lors des premiers conciles qui donneraient sa forme au catholicisme.

Pour une meilleure lecture, j'en réécris les courts textes en français contemporain sous chacune des images.



Si des comédiens veulent embrasser la foi chrétienne, nous ordonnons qu'ils renoncent auparavant à leur exercice; et qu'ensuite ils y soient admis, de sorte qu'ils n'exercent plus leur premier métier. Que s'ils contreviennent à ce décret, qu'ils soient chassés et retranchés de l'Église. 


Il faut défendre aux femmes, et aux filles fidèles, ou catéchumènes, d'épouser des comédiens. Que s'il y en a qui en épousent, qu'elles soient excommuniées. 


Quant aux comédiens, nous ordonnons qu'ils soient excommuniés tant qu'ils feront ce métier. 


Que les personnes infâmes, tels que sont les comédiens, ne soient point reçus à former des accusations.


Les prêtres doivent s'éloigner de tous les objets qui ne font que charmer les oreilles, et surprendre les yeux par des apparences vaines, et pernicieuses, et ils ne doivent pas seulement rejeter et fuir les comédiens, les farces et les lieux déshonnêtes; mais ils doivent encore représenter aux fidèles, l'obligation qu'ils ont de les rejeter et de les fuir. 


jeudi 14 avril 2016

Mort antique


La légende veut que Eschyle, le premier  des grands tragédiens antiques soit mort (en 456 avant Jésus-Christ) d'avoir reçu, sur la tête, une tortue. Juste ça.

Il faut savoir que cette tortue avait été arrachée du sol par un rapace qui voulait la manger. Mais pour y arriver, le volatile devait à tout le moins parvenir à briser la carapace... et le meilleur moyen était de laisser tomber la lente bête sur un caillou... 

Il volait donc en réfléchissant... si tant est que cela se puisse.

Pendant ce temps, dessous lui, était Eschyle. Peut-être écrivait-il une pièce? L'histoire ne le dit pas. Mais elle dit, par contre, qu'il était là, portant le crâne chauve. 

Quiproquo burlesque!

L'oiseau - qui ne brillait pas d'intelligence - confondit la tête de l'auteur avec une roche et desserra les griffes pour libérer la tortue. 

PAF!

Il en était fait d'Eschyle.

La légende ne dit malheureusement pas ce qu'il advint de la tortue... 


mercredi 13 avril 2016

Ah... se maquiller...

Comment se maquiller? C'est souvent une question qui arrive, en production, vers la toute fin, alors que le stress est presque à son comble. Plus de raisons maintenant pour se casser la tête... avec ce petit fascicule de la collection Jeux, Tréteaux et Personnages qui porte le juste titre de Comment se maquiller? et qui fut publié en 1937.

Que de trucs et de conseils! 

Comme sur l'importance du peignoir:

L'acteur, à plus forte raison l'actrice, aura eu soin de se munir d'un peignoir. Il arrive donc au théâtre, se dévêt. Il endosse son peignoir. Car c'est une fâcheuse négligence que de s'asseoir devant sa tablette à maquillage en ayant gardé un vêtement de ville qui sera fatalement sali [...]. Faisons cette autre confidence pour ceux qui aiment vraiment le théâtre, que cet intervalle, cette neutralité, - en ayant dépouillé le vêtement qui vous est personnel, pendant que se prépare, que prend forme le personnages qui  tout à l'heure recevra de son costume un corps - sont bien favorables au recueillement particulier qui doit précéder la création. [...] Négligence encore que de se mettre en costume avant de se maquiller, il aura l'aspect d'un déguisement au retour du carnaval. Ajoutons enfin, en vieux comédiens, que si le théâtre est parfois privé de public, il ne l'est jamais de courant d'air: le peignoir défendra contre  cet ennemi votre voix, et il vous permettra, Mesdemoiselles, de circuler dans les couloirs à la recherche éperdue d'une perruque ou d'un soulier. 

Ou sur ce qu'il faut dans toute bonne trousse qui se respecte:

Vous devez vous approvisionnez de:
fonds de teint;
crayons gras;
crayons secs dermatographes;
rouges à lèvres;
poudre de riz;
fards sec compacts (les femmes);
rimmels;
une grosse houppe en laine;
une houppe de cygne;
une brosse douce à poudre;
une patte de lapin;
des estompes;
du démaquillage;
du crêpé, du vernis (les hommes).

La boîte doit encore contenir:
un chiffon, pour s'en essuyer les doigts qui touchent une couleur après un autre, ou pour s'en démaquiller, à moins que vous ne préfériez le papier à démaquiller ou le coton hydrophile;
une glace à main; certaines ont, si cela vous amuse, un côté grossissant
une lime à ongles;
peigne et brosse à cheveux;
brosse à habit;
du savon et une essuie-main;
un ruban large de deux doigts pour enserrer le front et préserver les cheveux
du blanc gras en bouteille, rosé ou rachel, pour mains et bras (les femmes)

Ou encore, pour tout apprendre sur la Nomenclature des fonds de teints à employer couramment!




mardi 12 avril 2016

«Les Farces médiévales» [Carnet de mise en scène]


Dimanche dernier, nous avons travaillé quelques heures sur La Farce du Pâté et de la Tarte, Très Bonne et Fort Joyeuse à Quatre Personnages. Un premier débroussaillage pour mettre en évidence quelques points afin que les interprètes (et le metteur en scène!) puissent avoir une certaine base pour poursuivre leur cheminement dramaturgique. 

De cet exercice (qui s'est fait et à la table et dans l'aire de jeu), donc, ont émergé des constatations:

Sur la langue
  • La langue de la farce n'est pas à proprement parlé une langue littéraire. C'est plutôt une langue populaire (dans le sens d'issue du peuple), de jargon, de patois, d'accents prononcés, de répliques vives dont les sonorités colorent les différentes expressions. 
  • Même si la versification est présente (ce sont des vers octosyllabiques), elle doit exister sans trop que nous en fassions de cas pour ne pas faire tomber cette oralité nécessaire. C'est un outil rythmique plus qu'une forme.
  • Du coup, pour garder ce côté populaire et pour amplifier les effets comiques inhérents à ce genre théâtral, il faut pouvoir se donner le droit d'intercaler entre les mots du textes des interjections... voire même de brefs commentaires.
Sur les personnages
  • De l'exécution de la pièce sans mise en place, des caractères se sont dessinés: le pâtissier et son épouse qui passent de la suspicion à l’irascibilité; les deux coquins (dont nous faisons un couple) qui derrière leurs bravades cachent des gestes de poltrons. Ces deux couples, malgré les heurts et les sournoiseries, sont fondés sur des ressemblances et une certaine complicité.
Sur le jeu
  • Comme cet espace sera relativement petit (16 pieds de large avec une profondeur de 8 pieds), il faut trouver les moyens de le maximiser et de donner toutes les informations nécessaires à la bonne compréhension de l'intrigue. Ce premier essai donne une certaine méthode d'utilisation de l'espace, mettant à profit les rideaux de fond.
  • Enfin, déjà des éléments de jeux, des effets comiques sont identifiés... et ça promet!
Dimanche prochain, nous nous attaquerons aux deux autres farces pour en explorer aussi les possibilités et avoir en tête les incontournables scéniques à venir.


lundi 11 avril 2016

De la forme et de la tradition

Le pouvoir du théâtre 
devrait être bien plus grand 
qu'il ne l'est dans le monde contemporain 
mais il a délibérément choisi 
de s'émasculer lui-même 
en imitant les façons de faire de ses rivaux.

Cette toute simple assertion qui fustige notamment le théâtre réaliste et l'imitation de la vie (tant dans le jeu que dans la forme esthétique) vient de Howard Barker, dans ses Arguments pour un théâtre. Tout ce bouquin (par ailleurs fort passionnant!) est construit de ce type de coup de poing rhétorique qui plaide pour un retour à la tragédie comme seule forme valable au théâtre. De la forme et de la tradition!

dimanche 10 avril 2016

Semaine théâtrale - 10 au 16 avril 2016


C'est une petite semaine qui s'en vient... avec, officiellement, qu'une offre venue de Roberval! C'est donc le temps d'en profiter!

Jeudi à samedi, 14 au 16 avril 2016
Salle Lionel-Villeneuve (Roverbal), 20h
TROISIÈME SEMAINE DE REPRÉSENTATIONS

Le Théâtre Mic Mac présente sa grande production annuelle, Les Manuscrits du déluge... une pièce de Michel-Marc Bouchard mise en scène d'Émilie Gilbert-Gagnon. Voici ce qu'en on dit Hélène Gagnon de L'Étoile du LacLouis Potvindu Progrès-Dimanche et moi... ici-même! Plus de détails sur le site web de la troupe.

samedi 9 avril 2016

[Carnet de mise en scène] Les farces médiévales


Demain, nous entreprenons le début des répétitions pour la production estivale 2016 du Théâtre 100 Masques, qui se tiendra à la Pulperie de Chicoutimi, du 5 juillet au 24 août, tous les mardis et mercredis (pour 16 représentations). 

Pour jouer ce trio de farces médiévales (La farce du pâté et de la tarte, La farce du cuvier et La farce du pet) qui demandera engagement, inventivité et abnégation de l'amour-propre (!), j'ai fait appel à une distribution plus qu'expérimentée. Des comédiens de grand talent. Drôles. Qui sauront assurément composer avec ces personnages déjantés, nourris à même les rires du peuple du XVième siècle, qui ne reculent devant aucune grossièreté, aucune obscénité. 

En voici une courte présentation (les photographies, qui serviront à la promotion de la production, ont été prises par Patrick Simard... les costumes ayant été prêtés par le Théâtre La Rubrique):


Mélanie Potvin... Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai travaillé avec elle sur des productions estivales et/ou sur des productions de Noël, profitant à maintes reprises de la plasticité (!) de son visage et de son corps! C'est, en quelques sortes, la comique fétiche de la compagnie. 


Sophie Larouche...  C'est l'une des trois fondatrices du Théâtre 100 Masques (pour qui elle donne toujours de la formation). Si j'ai travaillé beaucoup avec elle, je l'ai rarement dirigée. C'est une comédienne redoutable qui n'a peur de rien. Elle a déjà montré son savoir-faire, notamment avec Les Têtes Heureuses, tant dans le drame que la comédie.


Eric Chalifour... J'ai peu travaillé avec lui (qui est aussi metteur en scène) à venir jusqu'à maintenant sinon avec le Théâtre CRI une fois et l'an passé, pour Le Revizor. Ce n'est pas à proprement parlé une découverte parce que je l'ai vu joué ailleurs à de nombreuses reprises... mais c'est un immense plaisir que de pouvoir compter sur son expérience pour ces farces!


Gervais Arcand... De toute cette distribution, c'est le second avec lequel j'ai le plus collaboré (souvent comme comédien mais aussi comme concepteur d'éclairages) ! À Roberval, au Théâtre Mic Mac. C'est un comédien solide, impliqué, qui fait preuve d'une grande aisance en scène. Une autre valeur sûre.

C'est donc avec eux que le Théâtre 100 Masques (et moi, en l’occurrence!) se lancera dans l'exploration de ces textes férocement comiques, vieux de quelques centaines d'années, qui laissent, chacun à leur façon, une large part au génie de l'acteur!

vendredi 8 avril 2016

De la mise en scène meyerholdienne

Meyerhold, devant un portrait de sa femme, comédienne dans sa troupe, Zinaïda Reich

À quelques jours d'entreprendre les répétitions de la prochaine production estivale du Théâtre 100 Masques (à partir de trois farces médiévales), il est de bon ton de revenir un peu aux sources théoriques de la mise en scène meyerholdienne que j'apprécie particulièrement.

Il faut d'abord garder à l'esprit que la trinité meyerholdienne pour aborder la scène réunit souci du rythme, priorité de l'ensemble et maîtrise gestuelle.

C'est un théâtre de l'image... non pas au sens technologique: l'espace, la présence, le jeu (et donc les corps) sont construits, architecturés. Le temps (tempos, ralentis, silences) sert à créer des tensions, des pulsions, des contrastes. 

Une telle pratique s'élabore sur deux éléments essentiels.

D'abord le texte. Un texte-matériau... un texte qui est un puissant outil de jeu, un texte qui se doit de servir le spectacle en cours de création: On a peut-être torturé le texte, mais on ne le méprise point; il est tout, on l'exalte. On accentue son rythme et chaque phrase est une mélodie; les intentions deviennent gestes et la physionomie déifie le mot.

Puis (et surtout!), l'acteur, véritable clé de voûte de cette conception. Un acteur qui évolue sur scène à travers différentes mises en rapport dynamiques qui se conjuguent l'une à l'autre: mise en rapport de l'acteur avec le texte, mise en rapport de l'acteur avec le partenaire, mise en rapport de l'acteur avec l'objet, mise en rapport de l'acteur avec l'espace, mise en rapport de l'acteur avec le rythme.

C'est là tout un programme théâtral!

jeudi 7 avril 2016

Un point de vue sur le théâtre du XIXe et du début du XXe siècle

Jean Béraud (à ne pas confondre avec son homonyme, peintre)

C'est euphémisme de dire que le théâtre au Québec a pris du temps pour s'ancrer au territoire. Pas qu'il était absent pendant les 350 premières années. Non. Juste que sa pratique - et au premier chef, son écriture - était calquée sur des pratiques étrangères (européennes et américaines). Le théâtre québécois (ou, à cette époque, canadien) a eu une fort longue gestation. 

Pourtant, au cours des décennies, de nombreux auteurs de théâtre ont atteint une certaine reconnaissance: Joseph Quesnel, Pierre Petitclair, Félix-Gabriel Marchand, Antoine Gérin-Lajoie et Louis Fréchette, Henri Letondal,Henry Deyglun... pour ne nommer que ceux-là (et en mettant de côté le théâtre burlesque). Auteurs qui, par ailleurs, ont vu leurs oeuvres traverser le temps beaucoup plus par intérêt historique plus que par valeur dramatique.

Car il suffit de jeter un oeil sur ces textes pour vite se rendre compte que le ton, la forme, la langue tendent et cherchent à se rapprocher des canons français. 

Au milieu des années 1930, certains réclament un répertoire véritablement (et enfin!) national... comme Jean Béraud, qui publie en 36, Initiation à l'art dramatique... où il y va d'un réquisitoire sévère sur la production dramatique de cette époque:

J'ai entendu en ces dernières années plusieurs pièces d'auteurs canadiens. J'ai fait surtout les constatations suivantes: d'abord qu'il ne faudrait pas dire que ce sont des pièces canadiennes, ensuite que nos auteurs manquent remarquablement d'audace. 

Pourquoi dit-on d'une pièce qu'elle est française, allemande, italienne ou américaine? Parce qu'évidemment elle porte des traits distinctifs; une amoureuse française ne raisonne pas comme une américaine, et il est bien certain que placés dans la même situation, un personnage italien et un personnage allemand l'envisageront différemment. Leur esprit et leur langage ne seront pas les mêmes, parce qu'il y a chez chacun un atavisme contre lequel on ne se défend pas, que leur esprit a été moulé dans des circonstances nationales ou domestiques qui diffèrent.

La première observation qui m'est venue en entendant ces pièces écrites chez nous, c'est que leurs personnages parlent comme parleraient des personnages français. Il n'y a pas chez eux un trait de caractère, une pensée, un cri qui révèlent l'empreinte de notre façon de vivre ou de notre «mentalité». Ces personnages subissent leur sort ou s'en défendent, parlent et agissent comme des êtres sans attaches nationales [...].

Je me demandais, en écoutant ces pièces, si reprises dans une cinquantaine d'années, elles allaient apporter à cette génération-là un portrait bien caractérisé de notre époque. Eh bien! non. Ces personnages-là sont de tous les temps, en ce sens qu'ils n'ont ni âge ni identité précise. [...]

Et j'en viens à ma seconde constatation: le manque d'audace. [...] Non seulement ces personnages ne disent-ils rien qui nous éclaire sur l'esprit de notre temps, mais ils ne risquent pas une parole qui ne soit du banal bavardage de tous les jours. Pas la moindre esquisse de thèse ou d'opinion; tous ces personnages parlent comme des petits enfants bien sages. La forme de leur conversation est celle de personnages déjà entrevus ailleurs, au théâtre ou entre les couvertures d'un livre. Il y manque une vie nouvelle, des idées d'aujourd'hui et d'ici. Ils parlent bien, ces gens, très bien, mais hélàs! ils ne disent rien ou du moins rien de neuf.

[...] On doit se mettre à écrire pour le théâtre, mais à la condition expresse d'avoir quelque chose à dire et de savoir comment le dire.

À partir des années 40, la dramaturgie québécoise se développera rapidement, en réussissant à se mettre en phase avec le peuple d'où elle émergera.

mardi 5 avril 2016

Lectures...


Je suis dans une quête plutôt agréable... bien qu'elle prenne un temps fou et qu'elle se compare à chercher une aiguille dans une botte de foin: trouver le texte de la production estivale 2017 du Théâtre 100 Masques (oui, oui... 2017... dans un an et demi...). Ce texte devra être assez fort pour stimuler l'équipe, ouvrir les possibilités et la créativité, donner un résultat intéressant. 

Le but est de trouver la perle rare. Trouver le texte original et l'intrigue surprenante. Proposer un projet qui fera découvrir un autre pan de l'histoire du théâtre...

Pour le moment, je me suis plongé à fond dans l'oeuvre de Georges Feydeau, le grand maître du théâtre de Boulevard. C'est un répertoire que j'apprécie beaucoup: féroce, mécanique, qui broie le rire dans un cynisme violent. 

Une autre oeuvre m'attire aussi (et que je ne connais pas tant que ça): celle de Goldoni. Marqué par la commedia dell'arte. Du théâtre de masques... 

Pourtant, mes lectures ne me convainquent pas encore... 

Du coup, j'aimerais aussi lorgner du côté des auteurs russes... ou du moins à l'extérieur du répertoire français. J'ai songé à aller vers Shakespeare... mais c'est là un répertoire bien lourd...