mercredi 15 juin 2016

«Spread your wings»


Spread your wings. C'est la locution (toute anglophone que je n'ai pas vraiment comprise sur le coup) qu'on m'a servi samedi dernier, au cours d'une rencontre amicale (par quelqu'un de la grand'ville) pour me dire que je devrais exporter mon travail, ma pratique. Bref, que je devrais faire preuve de plus d'ambition et sortir du Saguenay. 

Cette vocation de rayonnement (dans le sens physique du terme), je ne l'ai pas vraiment. Pas que je souffre d'un manque de confiance ni par fausse humilité. Juste par une profonde envie de m'inscrire ici et de faire ma part dans la construction d'une identité culturelle forte régionale. (Même si certains jours, le doute s'insinue...)

Bien sûr, je ne dédaignerai jamais les offres venues de l'extérieur (comme des contrats) ou les opportunités de sorties (voire même des offres d'emplois). Certains défis méritent d'être relevés... mais mon temps et mes énergies, au jour le jour, se déploient sur un territoire, dans un milieu viable, qui n'est pas une sous-culture.

Si mon travail pouvait être valable ailleurs, il l'est tout autant ici.

Je ne me sens pas confiné au Saguenay. Je ne suis pas prisonnier. Je ne suis pas en attente de projets. Je ne suis pas riche - c'est vrai... - mais je gagne quand même ma vie - et parfois bien! - qu'avec le seul théâtre (et toutes autres tâches connexes). Enfin, je ne cours pas cette reconnaissance de l'extérieur (bien que je ne la rejette pas). Je n'ai pas à courir après elle. Si elle a à advenir, elle adviendra... même dans une région éloignée.

lundi 13 juin 2016

Une interprétation bien large...


Je poursuis encore ma quête de ce combat sans merci mené contre le théâtre par l'Église au fil du temps. Et à ce chapitre, les premiers Pères de celle-ci rivalisaient (comme il est possible de lire leurs opinions ici) en virulence et en intransigeance! 

Tertullien, dans son De spectaculis (écrit entre 197 et 202 après J.-C.), réussit à trouver - tiré, selon lui, de la Bible - un fondement à sa haine vis-à-vis du théâtre:

Sans doute nous ne trouvons nulle part cette interdiction: «Tu n'iras point au cirque ni au théâtre; tu n'assisteras point à des jeux ni à des représentations», explicitement formulée comme les commandements: «Tu ne tueras point; tu n'adoreras point d'image taillée; tu ne commettras point d'adultère; tu ne voleras point.» Mais c'est bien de cette interdiction qu'il s'agit dans les premiers mots du psaume de David: «Heureux l'homme qui n'est pas entré dans l'assemblée des impies, qui ne s'est pas arrêté dans la voie des pécheurs, et ne s'est point assis dans la chaire de corruption!»

Ainsi, David a parlé...

Ce qui m'intéresse le plus dans ces commentaires - outre la rhétorique fanatique - c'est toute cette charge négative qui s'est construite en parallèle avec l'évolution du théâtre au cours des siècles qui aboutit, de temps à autres, à des coups d'éclats (condamnations, excommunications, interdictions, censure)... et ce, jusqu'à des temps pas si lointains... 

samedi 11 juin 2016

De la confiance envers le public


Les directeurs culturels vous démontreront la frivolité des salles, leur absence de concentration, leur impatience, la dictature exercée par les habitudes télévisuelles sur leurs esprits, mais jamais leur goût pour le défi, la vérité ou le discernement. Le Public, cette invention, devient l'ennemi de l'Artiste, un bloc massif d'individus immuables en quête de divertissement, dont le nombre et conséquemment le pouvoir économique interdit toute intelligence. J'ai refusé que l'on décrive en ces termes le public.

Howard Barker, Arguments pour un théâtre

jeudi 9 juin 2016

Occuper l'espace...


Le personnage en scène n'occupe pas nécessairement le même espace que son interprète. Si l'un est objectif (celui de l'interprète, avec ses proportions réelles), l'autre est nettement plus subjectif (celui du personnage, avec ses dimensions qui sont théâtralisées).

L'espace devient dès lors un élément dynamique.

Cette dynamique spatiale appartient à l'interprète. C'est à lui d'user de l'espace selon les besoins de la scène, du personnage... à lui de l'agrandir ou le rapetisser par sa gestuelle, par sa posture, par ses enjambées, par ses déplacements... voire même par sa voix.

Du même espace, l'interprète peut, par son jeu, amplifier le côté intimiste comme il peut décupler l'impression d'étendue... il peut faire exister un lointain, un horizon, un univers... comme il peut en jouer concrètement les caractéristiques physiques au point d'en faire un principe moteur (par exemple, imposant une démarche aux pas très rapprochés ou en donnant l'impression d'enfermement).

Du coup, la contrainte spatiale, au théâtre, influence nécessairement le développement du personnage, sa gestuelle, sa posture, ses déplacements... voire même sa voix. 

Le travail ne sera pas le même selon ce que la scène est grande ou petite, selon ce que l'aire de jeu est vaste ou étroite. La compréhension (la conscience) et la maîtrise de l'espace deviennent une part essentielle du jeu de l'interprète, au même titre que le personnage, l'intention et le rythme. 

mercredi 8 juin 2016

Farces médiévales [Carnet de mise en scène]


Retour en salle de répétitions, aujourd'hui, pour un autre bloc de trois jours... Ça va vite. Il ne reste plus, avant les générales, que 10 rencontres (ce n'est que pour mettre un peu de pression parce que ça représente encore la moitié du temps imparti!)... soit environ 35 heures.

L'ensemble se précise de plus en plus et maintenant que les grandes lignes sont définies, il faut continuer à chercher la consolidation du texte (car c'est très difficile d'aborder ce type de théâtre avec une brochure à la main ou une mémorisation déficiente), l'efficacité scénique, le bon rythme (c'est souvent là le point d'achoppement dans les enchaînement.

Comme la même équipe de comédiens est impliqués dans chacune des trois farces, il faut aussi chercher à bien caractériser les personnages, varier les interprétations.

Nous ferons, cette semaine, le premier vrai enchaînement du tout.


Du réalisme à la cohérence


Je ne m'en suis jamais caché: je ne suis pas un grand fan du réalisme au théâtre, de la recherche de l'émotion juste. La vérité à laquelle j'adhère, c'est celle du comédien en scène, du texte qu'il modèle selon des paramètres concrets (débit, force, effets), de son articulation dans l'espace, de l'image qu'il peut créer. La vérité de la convention, du faire exprès

La vérité du théâtre, quoi... 

C'est peut-être la raison pour laquelle je suis assez attiré par ce type d'extrait:

C'est aller à l'encontre de l'art dramatique, je crois, que de viser seulement, exclusivement à la vérité, à la reconstitution exacte d'un milieu, à l'étude naturelle d'un caractère, au développement logique de la vie, puisque tout est factice au théâtre, depuis le sol, plancher vulgaire, juisqu'au ciel, vagues frises. [Tout est factice, sauf, justement, le comédien, le texte, la scène.]

[...] Le théâtre étant de l'humanité artificielle [soit les univers montrés], je bâtis franchement ma pièce en pleine convention, je l'échafaude avec des accessoires nécessaires, et malgré cela - ou plutôt, grâce à cela - j'espère produire une impression de réalisme dans l'esprit du spectateur.

Bon... Oui, cet extrait (de la plume d'Auguste Linert, homme de lettres... et anarchiste français que je ne connais guère plus...) date de la fin du XIXième siècle et et date un peu en pourfendant le naturalisme qui s'était installé sur les scènes françaises... Mais le fond conventionnel m'intéresse tout de même beaucoup. Être non pas en quête de réalisme... mais en quête d'une réalité théâtrale cohérente.



mardi 7 juin 2016

Les tribulations mortuaires d'Adrienne Lecouvreur...


Il y a un mois, je publiais un billet sur les obsèques rocambolesque de Mademoiselle Raucourt (qu'on peut lire ici) rejetée par l'Église... en 1815 

Quelques décennies auparavant, en 1730, le même type d'incident enflamma les passions autour, cette fois, du cadavre d'Adrienne Lecouvreur, immense actrice de l'époque, décédée dans des circonstances un peu nébuleuses au mortel parfum de poison, suite à une violente crise de dysenterie qui l'a sortie de scène et qui l'a vue se vider de son sang... Extrait de Grandes actrices - leur vie, leurs amours de Marcel Pollitzer:

[...] L'abbé Languet, curé de Saint-Sulpice, refusa d'accorder la sépulture chrétienne à celle qu'il était allé voir fréquemment de son vivant et qui, par son testament, avait laissé un legs pour ses pauvres. Non seulement il refusait l'entrée de son église à la dépouille de la tragédienne, mais il s'opposait à ce qu'elle fût ensevelie dans «l'endroit du cimetière réservé aux enfants morts sans baptême».

Maurice de Saxe et Voltaire [qui furent très proches d'elle] eurent beau faire entendre à l'abbé Languet qu'Adrienne Lecouvreur avait manifesté le désir de recevoir les derniers sacrements, mais qu'elle était morte avant qu'un prêtre ne fût arrivé, leurs supplications ne purent vaincre l'obstination du curé de Saint-Sulpice.

[...] Comme l'écrit M. G. Rollet, «c'était son droit, comme jadis on avait fermé l'Église à la dépouille de Molière, mais pouvait-il lui refuser l'entrée du cimetière, accordée même à l'auteur de Tartuffe et à bien d'autres comédiens? Et non seulement la sépulture religieuse, mais toute sépulture fut refusée à Adrienne Lecouvreur, qui n'eut même pas une bière pour dernier lit.

M. de Maurepas dut donner des ordres au lieutenant de police pour faire enlever le corps pendant la nuit. Guidés par M. de Lubinière, deux portefaix l'enterrèrent dans un chantier près de la Seine, à proximité du faubourg Saint-Germain. Le cadavre fut recouvert de chaux.

On ne sait pas où reposent les restes d'Adrienne Lecouvreur, car l'emplacement exact ne put jamais être identifié [...]

[...] Lorsque le scandale des funérailles clandestines de la tragédienne fut connu, il suscita de divers côtés des mouvements d'indignation. Voltaire assista à l'Assemblée extraordinaire que les Comédiens [de la Comédie-Française] tinrent le 22 mars. Il les exhorta à protester contre le traitement dont Adrienne avait été victime, et à décider qu'ils «n'exerceraient plus leur profession, si, en qualité de pensionnaires du Roi, ils ne pouvaient être assurés d'être traités comme les autres citoyens qui n'avaient pas l'honneur d'appartenir à Sa Majesté». Les Comédiens l'approuvèrent, mais par la suite renoncèrent à toute action.

Indigné par un tel traitement fait à la tragédienne adulée en son temps, Voltaire composera un poème de récriminations: La Mort de Mlle Lecouvreur:

Que vois-je ? Quel objet ! Quoi ! Ces lèvres charmantes,
Quoi ! Ces yeux d’où partaient ces flammes éloquentes,
Eprouvent du trépas les livides horreurs !
Muses, Grâces, Amours, dont elle fut l’image,
O mes dieux et les siens, secourez votre ouvrage !
Que vois-je ? C’en est fait, je t’embrasse, et tu meurs !
Tu meurs ! On sait déjà cette affreuse nouvelle ;
Tous les cœurs sont émus de ma douleur mortelle.
J’entends de tous côtés les Beaux-Arts éperdus
S’écrier en pleurant : « Melpomène n’est plus ! »
Que direz-vous, race future,
Lorsque vous apprendrez la flétrissure injure
Qu’à ces Arts désolés font des hommes cruels ?
Ils privent de la sépulture
Celle qui dans la Grèce aurait eu des autels.
Quand elle était au monde, ils soupiraient pour elle ;
Je les ai vus soumis, autour d’elle empressés :
Sitôt qu’elle n’est plus, elle est donc criminelle ?
Elle a charmé le monde, et vous l’en punissez !
Non, ces bords désormais ne seront plus profanes ;
Ils contiennent ta cendre ; et ce triste tombeau,
Honoré par nos chants, consacré par tes mânes,
Est pour nous un temple nouveau !
Voilà mon Saint-Denis ; oui ; c’est là que j’adore
Tes talents, ton esprit, tes grâces, tes appas :
Je les aimai vivants, je les encense encore
Malgré les horreurs du trépas,
Malgré l’erreur et les ingrats,
Que seuls de ce tombeau l’opprobre déshonore.
Ah ! Verrai-je toujours ma faible nation,
Incertaine en ses vœux, flétrir ce qu’elle admire,
Nos mœurs avec nos lois toujours se contredire,
Et le Français volage endormi sous l’empire
De la superstition ?
Quoi ! N’est-ce donc qu’en Angleterre
Que les mortels osent penser ?
O rivale d’Athènes, O Londres ! Heureuse terre !
Ainsi que les tyrans vous avez su chasser
Les préjugés honteux qui vous livraient la guerre.
C’est là qu’on sait tout dire, et tout récompenser ;
Nul art n’est méprisé, tout succès à sa gloire,
Le vainqueur de Tallard, le fils de la victoire,
Le sublime Dryden et le sage Addison,
Et la charmante Ophils, et l’immortel Newton,
Ont part au temple de mémoire :
Et Lecouvreur à Londres aurait eu des tombeaux
Parmi les beaux esprits, les rois, et les héros.
Quiconque a des talents à Londres est un grand homme.
L’abondance et la liberté
Ont, après deux mille ans, chez vous ressuscité
L’esprit de la Grèce et de Rome.
Des lauriers d’Apollon dans nos stériles champs
La feuille négligée est-elle donc flétrie ?
Dieu ! Pourquoi mon pays n’est-il plus la patrie
Et de la gloire et des talents ?








lundi 6 juin 2016

Scène?

Voici, tirée de L'art de la comédie, une explication (se référant à celle de l'Abbé d'Aubignac) de l'origine étymologique de ce qu'on appelle une scène... la découpure d'une pièce ou l'espace où elle se joue? À la lecture du chapitre entier, c'est un peu confus... 







dimanche 5 juin 2016

Au théâtre, cette semaine! (du 5 au 11 juin 2016)



Voici ce qui se passera, cette semaine, dans le milieu théâtral régional...

Mercredi à samedi, du 8 au 11 juin 2016
Alma (48 Rue St-Joseph), 19h

Tenue de l'événement Kiviv - Ralliement international de théâtre d'improvisation  (des improvisations de longues durées), organisé par le collectif IKréa et IQ L'Atelier, sous la présidence d'honneur de Jimmy Doucet. La première soirée est confiée à une équipe québécoise, la seconde à une équipe belge, la troisième sera dirigée par Jimmy Doucet et le dernier soir laissera la place à un workshop. Pour plus d'informations, consultez la page Facebook de l'événement, ici ou l'article paru dans le Quotidien le 12 mai dernier, .

Samedi, 11 juin 2016
Auberge de l'Île du repos (Ste-Monique), 21h

Le Théâtre du Faux Coffre présente Correspondance, les nouvelles lectures de Diogène, ce spectacle où il est question des échanges entre le célèbre Clown Noir et un arnaqueur web. Plus de détails ici.

samedi 4 juin 2016

Farces médiévales [Carnet de mise en scène]

Billet éminemment théorique... et schématique! Voici ma demande aux comédiens comme type(s) de jeu(x) dans ces farces médiévales. Ça semble aller de soi... mais pour atteindre ces trois états, ça demande bien du travail car l'un ne va pas sans l'autre et c'est dans ce triumvirat que s'acquiert l'efficacité scénique.


vendredi 3 juin 2016

Un autre blogue en théâtre...


L'une des plus récentes initiatives du groupe de compétence en théâtre (piloté par Culture Saguenay-Lac-Saint-Jean) est la mise en place d'un blogue pour présenter, dans des billets mensuels, le milieu théâtral d'ici et/ou différentes facettes de cet art. Un blogue moins personnalisé que le mien. Moins pointu. Plus accessible.

Déjà deux articles (l'auteure est Lucie Murray) ont été mis en ligne: un premier en avril (Il est temps de se RÉVEILLER: il y a du théâtre au Saguenay-Lac-Saint-Jean pour tous les goûts!) et un autre en mai (Top 10 des trucs pour apprendre son texte).

Voilà. Le lien vers ce blogue sera maintenant en permanence sur le mien, dans la colonne de droite,

jeudi 2 juin 2016

L'«oreille absolue» de l'acteur...


[...] L'acteur doit avoir l'oreille absolue. L'oreille absolue de la vie.

Comment y parvenir? C'est un problème. Pas pour le metteur en scène, pour l'acteur. S'il y parvient, on peut faire des miracles avec cet acteur, ou sinon il faut attendre que l'acteur ait soixante-dix ans, là, le sentiment de la vie chez lui s'impose de lui-même...

L'«oreille absolue» n'est pas donnée à tout le monde. Tout simplement parce qu'il n'est pas donné à tout le monde de jouer.

Et parfois, cette oreille absolue est détruite - ou cachée; pour parler grossièrement, l'acteur chante faux, parle faux, alors qu'il pense parler juste, vrai. À ce moment-là, on ne peut pas lui dire: «Tu chantes faux!» Il ne comprendrait pas. Il faut le mettre dans une situation de jeu telle que lui, en lui-même, entende une autre vérité. Il suffit d'une seule fois pour que, sous la violence de cette impression, il dise: «Mais je n'ai rien joué du tout!» Effectivement, il n'a rien joué

Pour lui, c'est incroyable, effrayant; pour la première fois, il sent qu'il n'a rien fait, qu'il n'a rien joué. Et on lui dit qu'à ce moment-là il était dans la position maximale, qu'il était «dedans»; il lui a semblé qu'il n'était pas expressif, qu'il ne sentait rien; et on lui dit: «Tu es l'expressivité même, tu débordes de sentiments...» [...]

C'est là une belle tentative d'explication de ce phénomène du jouer juste ou du jouer faux... l'une des choses les plus difficiles (parce que presque ésotérique!) à indiquer (concrètement!) à un comédien!

L'extrait est tiré de Sept ou huit leçons de théâtre d'Anatoli Vassiliev (metteur en scène soviétique puis russe), publié en 1999 chez P.O.L. éditeurs