lundi 20 juin 2016

Deux poids, deux mesures...


Extrait du Dictionnaire théâtral - Douze cent trente-trois vérités sur les directeurs, régisseurs, acteurs, actrices et employés des divers théâtres publié en 1824 qui montre que ce ne sont pas tous les artistes de la scène qui ont subi les foudres de l'Église... 

samedi 18 juin 2016

Farces médiévales [Carnet de mise en scène]


Le Combat de carnaval et de carême, Pieter Brueghel (1559)

Avec les farces, nous pénétrons dans le monde non officiel de la société médiévale; le théâtre des mystères, lié aux couches supérieures de la cité, n'est pas le théâtre populaire que l'on dépeint parfois aujourd'hui. Le théâtre populaire est le théâtre des farces, lui seul appartient aux couches «inférieures» de la population, constamment absentes de l'histoire. De ce fait, il nous propose une image unique de la configuration idéologique d'une collectivité qui a conscience d'elle-même lors des grands rassemblements de la foire ou du carnaval. [...] La farce a essayé d'étendre au-delà de ces jours de festivités autorisées le domaine de la liberté. Mais, à l'image même de ceux auxquels elle s'adresse, elle ne colporte pas une conscience politique des problèmes sociaux en cause. [...] Ce théâtre populaire n'a jamais visé les rassemblements gigantesques des mystères, il agissait par de multiples foyers, se donnant lui-même ses auteurs et ses acteurs. Il n'était pas question de faire oeuvre d'art, mais de donner lieu à un rire profanateur et fécond, porteur d'éléments d'origine lointaine dont les vertus et les modes n'étaient parfois plus perçus, mais dont l'effet libérateur était toujours obscurément et viscéralement senti.

C'est là un autre extrait fort éclairant (sur la farce médiévale, son public cible et ses visées) tiré de l'ouvrage de l'éminent spécialiste Michel Rousse, La scène et les tréteaux - Le théâtre de la farce au Moyen Âge, publié chez Paradigme en 2004.

Le rapprochement est un peu simpliste et pourtant... la farce est au mystère ce que le burlesque québécois (et le théâtre de variétés) est au théâtre d'ici: les thèmes se ressemblent... de même que les schémas dramatiques, les punchs, les archétypes et le type de jeux de scène. Oui. Du burlesque... six siècles avant le temps.

vendredi 17 juin 2016

Les éléments constituant le Comédien...

Ah... le Comédien. Quelle bête étrange qui doit donne de son être pour être quelqu'un d'autre... De tous temps on a écrit sur ce métier... Mais j'aime bien la description suivante, tirée d'un obscur ouvrage paru en l'an VIII (après la Révolution?): Les élémens de l'art du Comédien:


Dans cette approche, au diable le jeu, la nuance et l'interprétation! Une seule et unique chose compte: être beau... Tel est le fondement du Comédien!


Si seulement c'était aussi simple encore de nos jours...

jeudi 16 juin 2016

Farces médiévales [Carnet de mise en scène]


Hier, nous avons participé à la conférence de presse tenue par La Pulperie/Le Musée régional qui présentait ses activités estivales. C'est donc à ce titre que le Théâtre 100 Masques y était pour donner un bref aperçu de ce spectacle à venir. Pour l'occasion, les comédiens (sur la photo: Sophie Larouche, Gervais Arcand, Mélanie Potvin et Éric Chalifour) ont donné un petit extrait de La Farce du Pâté et de la Tarte

Le cadre du Jardins des vestiges est enchanteur, c'en est presque cliché! Et entendre un bout d'une farce médiévale dans cet espace grandiose est fort intéressant. Et il n'en faudrait pas beaucoup plus pour rêver de faire un spectacle extérieur... n'eût été des chaotiques conditions météorologiques de notre coin de pays...

En attendant la première (qui d'ici là verra encore 5 blocs de répétitions, une entrée en salle, une technique et deux générales), voici ce qu'on en a dit:

De drôles de personnages à la Pulperie (Daniel Côté, Le Quotidien).

mercredi 15 juin 2016

«Spread your wings»


Spread your wings. C'est la locution (toute anglophone que je n'ai pas vraiment comprise sur le coup) qu'on m'a servi samedi dernier, au cours d'une rencontre amicale (par quelqu'un de la grand'ville) pour me dire que je devrais exporter mon travail, ma pratique. Bref, que je devrais faire preuve de plus d'ambition et sortir du Saguenay. 

Cette vocation de rayonnement (dans le sens physique du terme), je ne l'ai pas vraiment. Pas que je souffre d'un manque de confiance ni par fausse humilité. Juste par une profonde envie de m'inscrire ici et de faire ma part dans la construction d'une identité culturelle forte régionale. (Même si certains jours, le doute s'insinue...)

Bien sûr, je ne dédaignerai jamais les offres venues de l'extérieur (comme des contrats) ou les opportunités de sorties (voire même des offres d'emplois). Certains défis méritent d'être relevés... mais mon temps et mes énergies, au jour le jour, se déploient sur un territoire, dans un milieu viable, qui n'est pas une sous-culture.

Si mon travail pouvait être valable ailleurs, il l'est tout autant ici.

Je ne me sens pas confiné au Saguenay. Je ne suis pas prisonnier. Je ne suis pas en attente de projets. Je ne suis pas riche - c'est vrai... - mais je gagne quand même ma vie - et parfois bien! - qu'avec le seul théâtre (et toutes autres tâches connexes). Enfin, je ne cours pas cette reconnaissance de l'extérieur (bien que je ne la rejette pas). Je n'ai pas à courir après elle. Si elle a à advenir, elle adviendra... même dans une région éloignée.

lundi 13 juin 2016

Une interprétation bien large...


Je poursuis encore ma quête de ce combat sans merci mené contre le théâtre par l'Église au fil du temps. Et à ce chapitre, les premiers Pères de celle-ci rivalisaient (comme il est possible de lire leurs opinions ici) en virulence et en intransigeance! 

Tertullien, dans son De spectaculis (écrit entre 197 et 202 après J.-C.), réussit à trouver - tiré, selon lui, de la Bible - un fondement à sa haine vis-à-vis du théâtre:

Sans doute nous ne trouvons nulle part cette interdiction: «Tu n'iras point au cirque ni au théâtre; tu n'assisteras point à des jeux ni à des représentations», explicitement formulée comme les commandements: «Tu ne tueras point; tu n'adoreras point d'image taillée; tu ne commettras point d'adultère; tu ne voleras point.» Mais c'est bien de cette interdiction qu'il s'agit dans les premiers mots du psaume de David: «Heureux l'homme qui n'est pas entré dans l'assemblée des impies, qui ne s'est pas arrêté dans la voie des pécheurs, et ne s'est point assis dans la chaire de corruption!»

Ainsi, David a parlé...

Ce qui m'intéresse le plus dans ces commentaires - outre la rhétorique fanatique - c'est toute cette charge négative qui s'est construite en parallèle avec l'évolution du théâtre au cours des siècles qui aboutit, de temps à autres, à des coups d'éclats (condamnations, excommunications, interdictions, censure)... et ce, jusqu'à des temps pas si lointains... 

samedi 11 juin 2016

De la confiance envers le public


Les directeurs culturels vous démontreront la frivolité des salles, leur absence de concentration, leur impatience, la dictature exercée par les habitudes télévisuelles sur leurs esprits, mais jamais leur goût pour le défi, la vérité ou le discernement. Le Public, cette invention, devient l'ennemi de l'Artiste, un bloc massif d'individus immuables en quête de divertissement, dont le nombre et conséquemment le pouvoir économique interdit toute intelligence. J'ai refusé que l'on décrive en ces termes le public.

Howard Barker, Arguments pour un théâtre

jeudi 9 juin 2016

Occuper l'espace...


Le personnage en scène n'occupe pas nécessairement le même espace que son interprète. Si l'un est objectif (celui de l'interprète, avec ses proportions réelles), l'autre est nettement plus subjectif (celui du personnage, avec ses dimensions qui sont théâtralisées).

L'espace devient dès lors un élément dynamique.

Cette dynamique spatiale appartient à l'interprète. C'est à lui d'user de l'espace selon les besoins de la scène, du personnage... à lui de l'agrandir ou le rapetisser par sa gestuelle, par sa posture, par ses enjambées, par ses déplacements... voire même par sa voix.

Du même espace, l'interprète peut, par son jeu, amplifier le côté intimiste comme il peut décupler l'impression d'étendue... il peut faire exister un lointain, un horizon, un univers... comme il peut en jouer concrètement les caractéristiques physiques au point d'en faire un principe moteur (par exemple, imposant une démarche aux pas très rapprochés ou en donnant l'impression d'enfermement).

Du coup, la contrainte spatiale, au théâtre, influence nécessairement le développement du personnage, sa gestuelle, sa posture, ses déplacements... voire même sa voix. 

Le travail ne sera pas le même selon ce que la scène est grande ou petite, selon ce que l'aire de jeu est vaste ou étroite. La compréhension (la conscience) et la maîtrise de l'espace deviennent une part essentielle du jeu de l'interprète, au même titre que le personnage, l'intention et le rythme. 

mercredi 8 juin 2016

Farces médiévales [Carnet de mise en scène]


Retour en salle de répétitions, aujourd'hui, pour un autre bloc de trois jours... Ça va vite. Il ne reste plus, avant les générales, que 10 rencontres (ce n'est que pour mettre un peu de pression parce que ça représente encore la moitié du temps imparti!)... soit environ 35 heures.

L'ensemble se précise de plus en plus et maintenant que les grandes lignes sont définies, il faut continuer à chercher la consolidation du texte (car c'est très difficile d'aborder ce type de théâtre avec une brochure à la main ou une mémorisation déficiente), l'efficacité scénique, le bon rythme (c'est souvent là le point d'achoppement dans les enchaînement.

Comme la même équipe de comédiens est impliqués dans chacune des trois farces, il faut aussi chercher à bien caractériser les personnages, varier les interprétations.

Nous ferons, cette semaine, le premier vrai enchaînement du tout.


Du réalisme à la cohérence


Je ne m'en suis jamais caché: je ne suis pas un grand fan du réalisme au théâtre, de la recherche de l'émotion juste. La vérité à laquelle j'adhère, c'est celle du comédien en scène, du texte qu'il modèle selon des paramètres concrets (débit, force, effets), de son articulation dans l'espace, de l'image qu'il peut créer. La vérité de la convention, du faire exprès

La vérité du théâtre, quoi... 

C'est peut-être la raison pour laquelle je suis assez attiré par ce type d'extrait:

C'est aller à l'encontre de l'art dramatique, je crois, que de viser seulement, exclusivement à la vérité, à la reconstitution exacte d'un milieu, à l'étude naturelle d'un caractère, au développement logique de la vie, puisque tout est factice au théâtre, depuis le sol, plancher vulgaire, juisqu'au ciel, vagues frises. [Tout est factice, sauf, justement, le comédien, le texte, la scène.]

[...] Le théâtre étant de l'humanité artificielle [soit les univers montrés], je bâtis franchement ma pièce en pleine convention, je l'échafaude avec des accessoires nécessaires, et malgré cela - ou plutôt, grâce à cela - j'espère produire une impression de réalisme dans l'esprit du spectateur.

Bon... Oui, cet extrait (de la plume d'Auguste Linert, homme de lettres... et anarchiste français que je ne connais guère plus...) date de la fin du XIXième siècle et et date un peu en pourfendant le naturalisme qui s'était installé sur les scènes françaises... Mais le fond conventionnel m'intéresse tout de même beaucoup. Être non pas en quête de réalisme... mais en quête d'une réalité théâtrale cohérente.



mardi 7 juin 2016

Les tribulations mortuaires d'Adrienne Lecouvreur...


Il y a un mois, je publiais un billet sur les obsèques rocambolesque de Mademoiselle Raucourt (qu'on peut lire ici) rejetée par l'Église... en 1815 

Quelques décennies auparavant, en 1730, le même type d'incident enflamma les passions autour, cette fois, du cadavre d'Adrienne Lecouvreur, immense actrice de l'époque, décédée dans des circonstances un peu nébuleuses au mortel parfum de poison, suite à une violente crise de dysenterie qui l'a sortie de scène et qui l'a vue se vider de son sang... Extrait de Grandes actrices - leur vie, leurs amours de Marcel Pollitzer:

[...] L'abbé Languet, curé de Saint-Sulpice, refusa d'accorder la sépulture chrétienne à celle qu'il était allé voir fréquemment de son vivant et qui, par son testament, avait laissé un legs pour ses pauvres. Non seulement il refusait l'entrée de son église à la dépouille de la tragédienne, mais il s'opposait à ce qu'elle fût ensevelie dans «l'endroit du cimetière réservé aux enfants morts sans baptême».

Maurice de Saxe et Voltaire [qui furent très proches d'elle] eurent beau faire entendre à l'abbé Languet qu'Adrienne Lecouvreur avait manifesté le désir de recevoir les derniers sacrements, mais qu'elle était morte avant qu'un prêtre ne fût arrivé, leurs supplications ne purent vaincre l'obstination du curé de Saint-Sulpice.

[...] Comme l'écrit M. G. Rollet, «c'était son droit, comme jadis on avait fermé l'Église à la dépouille de Molière, mais pouvait-il lui refuser l'entrée du cimetière, accordée même à l'auteur de Tartuffe et à bien d'autres comédiens? Et non seulement la sépulture religieuse, mais toute sépulture fut refusée à Adrienne Lecouvreur, qui n'eut même pas une bière pour dernier lit.

M. de Maurepas dut donner des ordres au lieutenant de police pour faire enlever le corps pendant la nuit. Guidés par M. de Lubinière, deux portefaix l'enterrèrent dans un chantier près de la Seine, à proximité du faubourg Saint-Germain. Le cadavre fut recouvert de chaux.

On ne sait pas où reposent les restes d'Adrienne Lecouvreur, car l'emplacement exact ne put jamais être identifié [...]

[...] Lorsque le scandale des funérailles clandestines de la tragédienne fut connu, il suscita de divers côtés des mouvements d'indignation. Voltaire assista à l'Assemblée extraordinaire que les Comédiens [de la Comédie-Française] tinrent le 22 mars. Il les exhorta à protester contre le traitement dont Adrienne avait été victime, et à décider qu'ils «n'exerceraient plus leur profession, si, en qualité de pensionnaires du Roi, ils ne pouvaient être assurés d'être traités comme les autres citoyens qui n'avaient pas l'honneur d'appartenir à Sa Majesté». Les Comédiens l'approuvèrent, mais par la suite renoncèrent à toute action.

Indigné par un tel traitement fait à la tragédienne adulée en son temps, Voltaire composera un poème de récriminations: La Mort de Mlle Lecouvreur:

Que vois-je ? Quel objet ! Quoi ! Ces lèvres charmantes,
Quoi ! Ces yeux d’où partaient ces flammes éloquentes,
Eprouvent du trépas les livides horreurs !
Muses, Grâces, Amours, dont elle fut l’image,
O mes dieux et les siens, secourez votre ouvrage !
Que vois-je ? C’en est fait, je t’embrasse, et tu meurs !
Tu meurs ! On sait déjà cette affreuse nouvelle ;
Tous les cœurs sont émus de ma douleur mortelle.
J’entends de tous côtés les Beaux-Arts éperdus
S’écrier en pleurant : « Melpomène n’est plus ! »
Que direz-vous, race future,
Lorsque vous apprendrez la flétrissure injure
Qu’à ces Arts désolés font des hommes cruels ?
Ils privent de la sépulture
Celle qui dans la Grèce aurait eu des autels.
Quand elle était au monde, ils soupiraient pour elle ;
Je les ai vus soumis, autour d’elle empressés :
Sitôt qu’elle n’est plus, elle est donc criminelle ?
Elle a charmé le monde, et vous l’en punissez !
Non, ces bords désormais ne seront plus profanes ;
Ils contiennent ta cendre ; et ce triste tombeau,
Honoré par nos chants, consacré par tes mânes,
Est pour nous un temple nouveau !
Voilà mon Saint-Denis ; oui ; c’est là que j’adore
Tes talents, ton esprit, tes grâces, tes appas :
Je les aimai vivants, je les encense encore
Malgré les horreurs du trépas,
Malgré l’erreur et les ingrats,
Que seuls de ce tombeau l’opprobre déshonore.
Ah ! Verrai-je toujours ma faible nation,
Incertaine en ses vœux, flétrir ce qu’elle admire,
Nos mœurs avec nos lois toujours se contredire,
Et le Français volage endormi sous l’empire
De la superstition ?
Quoi ! N’est-ce donc qu’en Angleterre
Que les mortels osent penser ?
O rivale d’Athènes, O Londres ! Heureuse terre !
Ainsi que les tyrans vous avez su chasser
Les préjugés honteux qui vous livraient la guerre.
C’est là qu’on sait tout dire, et tout récompenser ;
Nul art n’est méprisé, tout succès à sa gloire,
Le vainqueur de Tallard, le fils de la victoire,
Le sublime Dryden et le sage Addison,
Et la charmante Ophils, et l’immortel Newton,
Ont part au temple de mémoire :
Et Lecouvreur à Londres aurait eu des tombeaux
Parmi les beaux esprits, les rois, et les héros.
Quiconque a des talents à Londres est un grand homme.
L’abondance et la liberté
Ont, après deux mille ans, chez vous ressuscité
L’esprit de la Grèce et de Rome.
Des lauriers d’Apollon dans nos stériles champs
La feuille négligée est-elle donc flétrie ?
Dieu ! Pourquoi mon pays n’est-il plus la patrie
Et de la gloire et des talents ?








lundi 6 juin 2016

Scène?

Voici, tirée de L'art de la comédie, une explication (se référant à celle de l'Abbé d'Aubignac) de l'origine étymologique de ce qu'on appelle une scène... la découpure d'une pièce ou l'espace où elle se joue? À la lecture du chapitre entier, c'est un peu confus...