vendredi 20 novembre 2020

Quand Lactance s'emporte contre le théâtre...

Oh. 

Il y avait longtemps que je n'avais trouvé un aussi beau petit morceau de rhétorique anti-théâtre! C'est le fait, cette fois, de Lucius Caecilius Firmianu (sa page Wikipédia) dit Lactance, au IIIe siècle de notre ère, dans le septième livre de son Divinarum institutionum


Je ne sais pas aussi s’il y a corruption plus vicieuse que celle des Théâtres comiques, car les fables des Comédies parlent ou de la défloration des Vierges, ou des amours des garces; et plus ceux qui ont inventé ces forfaits sont éloquents; d’autant plus sont-ils persuasifs par l’élégance de leurs sentences: et les vers nombreux et ornés, se retiennent plus facilement en la mémoire des auditeurs. Davantage les Histoires tragiques mettent devant les yeux des parricides, et des incestes des méchants Rois, et démontrent leurs méchancetés relevées. Et les mouvements très impudiques des bateleurs, qu’enseignent-ils ou à quoi incitent-ils, sinon à des convoitises vilaines?

jeudi 19 novembre 2020

À l'intérieur du Grand-Guignol...

Petite virée Pinterest à l'intérieur du Grand Guignol... à l'intérieur du bâtiment (ancienne chapelle et ancien atelier de peintre), impasse Chaptal, à Paris et non pas à l'intérieur du répertoire!

C'est l'oeuf ou la poule: qui a donné naissance à l'autre...




Le Grand Guignol... théâtre des excès! Et voici, en ce sens, une description rapportée par Agniès Pierron dans la préface de l'ouvrage dont il est question depuis quelques billets, Le Grand Guignol - Théâtre des peurs de la Belle Époque (p. IX):

Si le Grand Guignol est un théâtre populaire, au plein sens du terme - les gens du quartier comme les habitués de la Comédie-Française le fréquentent -, il n'est pas grand public. Aller au Grand Guignol, c'est moins un acte social qu'un acte privé, même si la salle est divisée: orchestre, loges, baignoires; c'est une jouissance dont il s'agit; le spectateur préfère venir accompagné. Non pas pour se montrer «avec sa légitime», mais pour s'encanailler. Aussi certains spectateurs préfèrent-ils ne pas être vus. L'espace comble les uns et les autres, ceux qui se cachent et ceux qui se montrent: «Un escalier de bois d'un joli dessin conduit à la galerie - bizarrerie à la mode: il n'est pas chic d'y monter. Le public, fort sélect - monde et demi-monde -, préfère se presser aux fauteuils du rez-de-chaussée dont les bras sont de chêne...» Des témoins disent que les loges grillées au fond autorisaient un jusqu'au-boutisme dans la jouissance, surtout pendant les séances du lundi après-midi. Les femmes de ménage retrouvaient, témoignent-elles, des sièges maculés... Mais ne nous égarons pas (bien que le Grand Guignol, ce soit ça aussi) et disons que la salle avait une géographie codée; mystérieuse, elle est propice aux sensations fortes: «... elle est étrange, cette salle toute en longueur, avec ses murs tendus d'étoffes sombres, ses boiseries sévères, avec des deux portes mystérieuses et toujours fermées, qui sont de chaque côté de la scène, et ces deux anges inattendus qui, du haut du plafond, nous adressent leur énigmatique sourire.» Plus rien ne subsiste de tout cela; la rage de M. Lupovici [l'un des derniers propriétaires du théâtre, en 1963] contre les sièges maculés a eu raison de l'insolite du décor.

Ça donne le ton! 

mercredi 18 novembre 2020

Incident grandguignolesque

 


Pourquoi j'aime le Grand Guignol? Parce que c'est un théâtre de l'extrême, adepte des effets spéciaux... un théâtre qui cherche à effrayer mais qui, en même temps, flirte toujours - consciemment ou pas! - avec la caricature, le parodique. 

À preuve cette anecdote, rapportée par Agniès Pierron dans Le Grand Guignol - Théâtre des peurs de la Belle Époque (p.101): 

L'interprétation et la mise en scène ont joué un rôle déterminant dans le succès [de la pièce La dernière torture], faisant passer le texte du tragique le plus «empoignant» à l'hilarité la plus hystérique. Un exemple: au moment où les Boxers coupent les poignets de leurs prisonniers, l'un d'eux exhibe ses moignons en sang et hurle: «Ils m'ont coupé les mains! Ne vous laissez pas prendre vivants, je vous en supplie.» Cette scène qu'André de Lorde [surnommé le Prince de la terreur] avait voulue bouleversante ne le fut pas toujours. «L'homme aux poignets coupés utilisaient des morceaux bien rouge de mou de veau achetés à la triperie voisine, qu'il laissait dépasser des manches de sa capote militaire. Mais, un soir, le chat du théâtre, flairant la bonne odeur, entra en scène en miaulant de convoitise. Il se tailla aux dépens d'Harry Baur un joli succès personnel. Dès lors, le mou de veau disparut: des moignons de bois enveloppés d'un linge rougi à l'eau carminée firent tant bien que mal l'affaire.»

Petite note en terminant: du mou de veau (ou de porc ou d'agneau) c'est le petit nom poétique qu'on semble donner aux poumons. On me corrigera si je me trompe! 

mardi 17 novembre 2020

La bible du Grand Guignol

 

Je viens tout juste de recevoir ce bouquin... 

Il ne s'agit rien de moins que du plus gros recueil de pièces du Grand Guignol, publié en 1995 chez Laffont: 42 pièces d'épouvante, des photos et divers autres documents d'archives! Théâtre de l'horreur. Théâtre de l'angoisse. Théâtre du sang. Et tout ça, sous couvert d'une forte sensualité! Du théâtre spectaculaire (beaucoup plus que littéraire)! Un genre un peu méprisé. Un genre délaissé. Un genre oublié. 

Ce sera là un immense plaisir de lecture! 1435 pages de sensations! 

Et aussi, éventuellement, une belle matière à travailler! À venir... 

dimanche 8 novembre 2020

Au théâtre, cette semaine! [Du 8 au 14 novembre 2020]

 


Il n'y a rien de prévu, rien de prévisible à court terme dans ce monde théâtral (et culturel) qui se voit confiné à nouveau. 

Alors au lieu de poser ici les affiches des représentations à venir, voici une autre ghost light - la lumière laissée sur une scène entre deux représentations tant pour éclairer la scène dans un souci de sécurité que pour éloigner les esprits qui hanteraient les théâtre. En fait, il s'agit d'une chanson... qui m'intéresse moins que les fort belles images qu'elle présente.

Est-ce que je pratique cette tradition? Non. Mais je devrais car c'est la superstition théâtrale que je trouve le plus poétique.

dimanche 1 novembre 2020

Au théâtre, cette semaine! [Du 1er au 7 novembre 2020]

 


Un calendrier hebdomadaire plutôt simple à dresser: le milieu théâtral passe de nouveau en zone rouge et, du coup, j'imagine que la plupart des représentations sont annulées. 

À moins de faire erreur, la tournée du spectacle Bang! de Denis Bouchard qui devait se produire à Alma, à Dolbeau et au Saguenay passera à la trappe pandémique... tout comme l'accueil du Macbeth muet au Théâtre La Rubrique... 

Le monde de la scène va rallumer la ghost light dans l'attente de jours meilleurs... 


samedi 31 octobre 2020

Dans le bestiaire obscur des anciens géants

 


Soir d'Halloween... enfin presque (c'était hier soir, dans mon cas). Presque minuit au moment du départ. 23h20 pour être plus précis. Nous étions dans la voiture depuis déjà un bout, à écouter une radio complice, jeter les bases d'un parcours à venir pendant que tout autour s'activaient de nombreuses personnes, des ombres et des marionnettes. Une contextualisation à grand déploiement qui laisse présumer un colossal travail de mise en scène et de coordination.

Puis quelques coups toqués à la fenêtre nous intime l'ordre de sortir et de commencer: un moine nous attend... Ils seront plusieurs tout au long du chemin, guidant le spectateur toujours sans un mot, dans une atmosphère lourde de mystère. Ils se feront passeurs entre les mondes et les personnages fantastiques, tant réels que marionnettiques. 

Et les univers se succèderont dans tout autant de conceptions esthétiques, toutes plus magnifiques les unes que les autres. Ils dématérialisent littéralement le Centre culturel du mont Jacob, recréent un labyrinthe  déboussolant où il est impossible de rebrousser chemin. Chaque détour, chaque porte, chaque corridor, chaque escalier devient source d'attente, de curiosité. Le potentiel événementiel s'accroît à chaque pas alors que la trame narrative laisse, finalement, toute la place à la magie visuelle qui opère.

Parmi mes coups de coeur il y a ce joueur d'orgue troublant, ce scientifique obnubilé par sa connaissance, cette concierge furtive, ce Gorla et sa maîtresse... et tant d'autres tableaux! Avec des incarnations intenses et hypnotisantes, avec des manipulations sensibles... avec du théâtre qui sait, encore une fois, se faire spectaculaire!

Mais au sortir de ce déambulatoire à sensations, l'angoisse change de forme alors que pointe une empathique pensée pour tous les artistes et artisans de cet événement qui de leur zone sinistrée fictionnelle passeront sous peu dans l'inquiétante zone rouge bien réelle...

dimanche 25 octobre 2020

Au théâtre, cette semaine! [Du 25 au 31 octobre 2020]

Cette semaine - aujourd'hui, pour être plus précis - j'entame, avec le Théâtre 100 Masques, les répétitions pour la treizième création de Noël! Alors que mon équipe plongera dans l'univers des Fêtes, d'autres s'activeront sur d'autres projets! 

Voici donc ce qui est au calendrier (encore une fois, il se peut que des événements, des rencontres, des prestations, des conférences me passent sous le nez, en quel cas on pourra ajouter les informations dans la section commentaire plus bas):

HAVRE
MERCREDI 28 OCTOBRE, 19H30
SALLE LIONEL-VILLENEUVE, ROBERVAL


Le Théâtre Mic Mac donne sa seconde lecture publique de la saison... Il y en aura quatre en tout. Ces activités permettent d'une part aux membres de la troupe de faire du théâtre, de jouer, de concevoir, de mettre en scène... et d'autre part, de découvrir de nombreux textes qui ont fait partie de leur comité de lecture. Une fort belle initiative! (Les informations se retrouvent sur l'image.)

LE BESTIAIRE OBSCUR DES ANCIENS GÉANTS
VENDREDI ET SAMEDI, 30 ET 31 OCTOBRE 2020, 21H
CENTRE CULTUREL DU MONT-JACOB, JONQUIÈRE
COMPLET!


Le Théâtre La Rubrique et le FIAMS convient la population a un parcour immersif, à l'intérieur des murs du Centre Culturel. Une centaine de participants! Des marionnettes géantes! Une mise en scène de Dany Lefrançois! Ça promet! Mais pour ça, il aura fallu réservé plus tôt car c'est maintenant complet! 

samedi 24 octobre 2020

Le péril moral du théâtre... eh oui, encore!

Dans la littérature journalistique des dix-neuvième et vingtième siècles qui pourfend le théâtre,  il est généralement question de ce théâtre malsain - épithète accolé par ailleur à tant d'autres choses! - venu de France. Le journal (ultramontain) La Vérité du 30 novembre 1907 y va d'une thèse un peu différente en intégrant un autre péril: le théâtre américain! 



Il est à noter que l'auteur en question est le fondateur même de ce journal qui m'a fourni, jusqu'à présent, beaucoup de matériel pour ce blogue! 

mercredi 21 octobre 2020

Du rapport aux textes...


Une oeuvre dramatique, même celle d'un génie comme Shakespeare, n'est pas encore une oeuvre théâtrale.

Elle le devient seulement au moment où elle est transfigurée ou, si vous voulez, «défigurée» [...] par la création du théâtre.

Le théâtre n'est pas seulement un art qui interprète ou qui paraphrase. Non. Le théâtre est un art souverain, un art premier, portant une valeur en soi. Sa mission n'est pas d'interpréter ou de concrétiser le dessein du dramaturge sur la scène; il prend le texte dramatique comme matériau et avec lui crée une oeuvre d'art théâtral, nouvelle et indépendante.

C'est pourquoi le théâtre est absolument libre dans son approche d'un auteur et de son oeuvre; si cette approche en soi, par rapport au théâtre, art vivant, n'est pas sans talent, le théâtre a absolument raison. 

C'est là le point de vue exprimé d'Alexandre Taïrov, metteur en scène russe de la première moitié du vingtième siècle. L'idée est partagée, à l'époque, par plusieurs... dont Meyerhold (mon maître à penser) qui ira d'expériences radicales de coupures, collages et réécritures.

Bien sûr, cela soulève d'emblée la question des droits de l'auteur (de l'auteur vivant ou de sa succession courante), de la propriété intellectuelle. 

Pourtant j'aime bien cette idée du texte comme matériau. Du théâtre comme art de création à partir de celui-ci et non pas juste de concrétisation. Je suis plutôt partisan, dans ma pratique (à partir des textes anciens), de cette option: chercher la voix du théâtre avant celle de l'auteur.



dimanche 18 octobre 2020

Au théâtre, cette semaine! [Du 18 au 24 octobre 2020]

 Je reprends après une première publication où il n'y avait rien d'annoncé! Comme quoi je ne peux pas tout savoir! 


Café Royal
Vendredi et samedi, 23 et 24 octobre 2020
Salle Lionel-Villeneuve (Roberval), 19h 


Dans le cadre des Journées de la Culture, Étienne Genest donnera deux nouvelles représentations de son projet de fin bacc, Café Royal, présenté en février dernier. Il s'agit d'un théâtre-documentaire touchant et efficace sur sa famille, dont j'avais brièvement parlé ici. Si vous ne l'avez pas vu, faites le détour! Les informations nécessaires se retrouvent sur l'événement Facebook.

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Voici mes principales sources de consultations pour établir le calendrier:
  • sites web des compagnies d'ici: Théâtre Mic Mac, Théâtre des Amis de Chiffon, Théâtre La Rubrique, Théâtre CRI, Théâtre 100 Masques, Théâtre du Faux Coffre, Théâtre À Bout Portant, Théâtre de la Tortue Noire, Théâtre du Mortier;
  • sites web et des programmations des diffuseurs: Diffusion Saguenay, Côté-Cour, Théâtre La Rubrique, Ville d'Alma Spectacles, Ville de Roberval, Vieux Couvent de Saint-Prime, Comité des spectacles de Dolbeau-Mistassini;
  • informations des cégeps et de l'UQAC;
  • réseaux sociaux;
  • Vitrine culturelle du Saguenay.
Si vous avez des projets, des annonces (théâtrales) à faire, vous pouvez me les envoyer à mon adresse courriel personnelle ou par Messenger!

vendredi 16 octobre 2020

L'économie du théâtre

Souvent, sur ce blogue, je reviens avec des billets sur les embûches qui se sont élevées devant le théâtre et je reviens très souvent aussi avec des personnages dont la verve n'existe que pour conspuer cet art. La fin du dix-neuvième et le début du vingtième siècle en regorgent! 

Pourtant, certains le défendront, ce théâtre. Comme Etienne Henriot, dans l'Annuaire théâtral (p.26) publié en 1908 et qui y attaque sous un angle inattendu: l'économie! 

Les bienfaits du théâtre sont nombreux!