samedi 12 décembre 2020

Les dangers du théâtre... eh oui! il y en a d'autres!

Voici, glanés dans un petit ouvrage paru en 1919, Comédiens et amateurs : le théâtre et ses dessous, sous la plume d'Eugène Lasalle, fondateur et directeur du Conservatoire Lasalle (avec des cours axés sur l'art oratoire, l'art dramatique, la musique et le chant, ouvert de 1907 à 2016), à Montréal... institution du début du XXième siècle... des petits extraits significatifs!

S'il est un partisan et un défenseur du (bon) théâtre, l'auteur garde manifestement un regard critique sur le métier. Et la lecture laisse un peu dubitatif... 

Ainsi est-il question, dans  un des premiers chapitres, des dangers qui guettent ceux et celles qui se destinent au théâtre. Est-ce pour décourager les aspirations ou pour les consolider? Dur à dire! 







lundi 7 décembre 2020

Nouvelle acquisition!

 


À moi de moi! 

Ce bouquin vient tout juste de paraître aux Presses de l'Université de Montréal! Une grosse brique de 600 quelques pages... réunissant la plupart des penseurs et historiens du théâtre québécois... pour dresser l'évolution théâtrale sur notre territoire! 

Vraiment, une lecture qui s'annonce passionnante, dans un ouvrage magnifique qui se découpe en cinq volets: 

Le temps des réformes (1945-1959)
Du renouveau théâtral à l'éclatement des pratiques (1960-1979)
Du théâtre postcolonial aux scènes postmodernes (1980-1989)
Percées internationales et horizons incertains (1990-1999)
Porosité des frontières et défis de transmission (2000-2015). 

Ce qui est fort intéressant, ce sont principalement les deux derniers chapitres. D'expérience (lorsque je donne le cours d'Analyse dramaturgique du théâtre québécois, à l'UQAC), il est toujours difficile d'avoir un bon recul sur les années 90-2000... Ce sera donc là un outil efficace et complet! 

Vivement la plongée dans ce livre!

samedi 5 décembre 2020

Le fil ininterrompu du théâtre québécois...



Ce sont là deux passages éloquents d'un article (tiré d'un colloque sur la mémoire du théâtre) de Jean-Marc Larrue, paru dans le no.5-6, automne 88-printemps 89, de l'Annuaire Théâtral, qui reste, à mon sens, l'une des très bonnes revues spécialisées sur les arts de la scène. 

(Par ailleurs, la revue est désormais titrée, par souci de contemporanéité - ...! -  Percées - exploration des arts vivants...)

C'est un beau point de vue sur l'histoire du théâtre au Québec... Une belle mise en perspective sur ces nombreux recommencements qui sont, en fait, à l'en croire - et c'est fort intéressant! - une continuité évolutive!


vendredi 4 décembre 2020

Le «déshonorant» état de comédien... Soupir!

C'est définitivement dans L'Écho du cabinet de lecture paroissial de Montréal que j'ai retrouvé, au fil du temps, les plus belles pages de sermons contre le théâtre: de longs réquisitoires qui se déversent en fiel et en anathèmes, qui condamnent sans appel et vouent aux plus terribles gémonies tous ceux et celles qui assistent au spectacle. 

L'édition du jeudi 5 juillet 1860 (disponible sur BaNQ) n'est pas en reste et y va d'une charge à fond de train contre le déshonorant état de comédien. Je n'en publie ici que quelques (longs) extraits les plus marquants: 


Et le travail de condamnation commence!


Je tiens à souligner, dans le passage suivant (3ième ligne), l'analogie entre comédienne et prostituée... 




Et après tout cette logorrhée, la faute incombe finalement au spectateur:


jeudi 3 décembre 2020

Une bénédiction papale!

Petite entorse à la règle, ce matin... 

Après avoir publié ici des dizaines de billets dénotant l'opposition de l'Église face au théâtre, voici - une fois n'est pas coutume, j'espère! - un soutien important (pour une Union catholique du théâtre et le théâtre religieux... mais quand même) venu, au milieu du vingtième siècle du Souverain Pontife lui-même, Pie XII (rapporté ici par Le Devoir du 24 octobre 1950):


Un soutien venu peut-être du fait que ce pape ne semblait pas particulièrement dédaigner de se mettre en scène de façon spectaculaire:




Par ailleur, un de ses successeurs, Jean-Paul II, sera aussi un amateur de théâtre... allant plus loin que l'empremier: il participa à des spectacles et se commit même à l'écriture de pièces dramatiques dont Frère de notre Dieu (1949) et La Boutique de l'Orfèvre (1960). Plus de détails ici.

mercredi 2 décembre 2020

La bêtise de la censure théâtrale

En cette époque un peu trouble où le couperet de la censure ne semble jamais très très loin, il est aussi bon de jeter un oeil derrière nous pour voir ce qu'il en fut, par le passé... comme cette petite Note encyclopédique tirée dans le magazine Le Samedi du 21 octobre 1933:

mardi 1 décembre 2020

Schéma de positionnement des metteurs en scène

Je tente de me trouver un outil simple (et idéalement efficace) pour discuter, notamment dans le cadre de charges de cours, des différents metteurs en scène dans l'histoire. Un outil me permettant de les catégoriser, les positionner, les uns par rapports aux autres. Pour l'instant, le schéma que j'utilise est celui-ci:


Le positionnement sur ce schéma ne se fait, toutefois, que sur deux paramètres: le rapport au corps/personnage/texte et le rapport à la scène/scénographie/musique. 

Je l'utilise présentement. Il fonctionne assez bien. Et il me permet d'expliquer, en quelques mots, l'histoire de la mise en scène et ses différentes révolutions/théories. Un meilleur diagramme existe sûrement. 

dimanche 29 novembre 2020

Le théâtre comme un divertissement dangeureux

Je reviens régulièrement à ce sujet sans fin (qui s'est quand même fortement matérialisé dans notre petite histoire): la haine de l'Église pour le théâtre. Parce que ça explique, en bonne partie, l'évolution du théâtre au Québec. Parce que ça donne les raisons, les conséquences des choix qui ont été faits, des combats qui ont été menés, des différents obstacles qui ont été franchis.








C'est là le préambule d'un sermon publié en mars 1915 dans le feuillet La Bonne Parole (organe de la Fédération Nationale Saint-Jean-Baptiste), qui y va ensuite d'un long plaidoyer pour expliquer son point de vue (et dont je ne publierai ici que quelques extraits):




Et pendant ce temps, pendant ces péroraisons de toutes sortes, au début du vingtième siècle, que faisait le peuple? J'ai bien peur, pour les accusateurs du théâtre, qu'il se présentait en masse dans les salles!

samedi 28 novembre 2020

Le Grand Guignol : théâtre de la lessive!

 

Au Grand Guignol, l'acteur ne simule pas: il est entamé, décomposé, dans un autre état. S'il ne transpire pas forcément avec excès, il doit, par contre, se laver, laver ses vêtements toujours tachés de carmin et d'hémoglobine. Théâtre des humeurs, des liquides, le Grand-Guignol est aussi celui de la lessive... Tout se retrouve taché, dans l'histoire: le costume des comédiens comme le fauteuil du «bon» spectateur. En fait l'acteur du Grand Guignol prend des risques physiques: il peut développer des allergies à certains composants du sang, mélange de gouache vermillon, de glycérine, de sucre en poudre et d'eau, gelée de groseilles ou mixture secrète. Les instruments pointus qui peuvent être utilisés ne sont pas factices: ils risquent de blesser.

C'est là une autre belle description du Grand Guignol... par Agnès Pierron, spécialiste du genre. 

dimanche 22 novembre 2020

Comment réaliser l'implantation du théâtre au Saguenay... en 1962

Un des questionnements qui revient constamment, dans les articles sur le théâtre, au fil des ans, dans les décennies 50-60-70-80 et même 90, c'est la possibilité... ou non (et généralement, les gens penchent pour cette option)... d'établir et/ou de maintenir un théâtre professionnel dans la région.

Voici une lettre d'opinion publiée le 7 juin 1962 dans le Progrès du Saguenay. L'auteur y dresse le (pauvre) portrait théâtral du Saguenay et y va de quelques réflexions sur les éléments qui devraient soutenir une plus grande vitalité... amateure.


Il est toujours intéressant, de jeter un oeil sur ces considérations de l'époque... de les remettre en perspectives et de voir, finalement, tout le chemin parcouru depuis.

vendredi 20 novembre 2020

Quand Lactance s'emporte contre le théâtre...

Oh. 

Il y avait longtemps que je n'avais trouvé un aussi beau petit morceau de rhétorique anti-théâtre! C'est le fait, cette fois, de Lucius Caecilius Firmianu (sa page Wikipédia) dit Lactance, au IIIe siècle de notre ère, dans le septième livre de son Divinarum institutionum


Je ne sais pas aussi s’il y a corruption plus vicieuse que celle des Théâtres comiques, car les fables des Comédies parlent ou de la défloration des Vierges, ou des amours des garces; et plus ceux qui ont inventé ces forfaits sont éloquents; d’autant plus sont-ils persuasifs par l’élégance de leurs sentences: et les vers nombreux et ornés, se retiennent plus facilement en la mémoire des auditeurs. Davantage les Histoires tragiques mettent devant les yeux des parricides, et des incestes des méchants Rois, et démontrent leurs méchancetés relevées. Et les mouvements très impudiques des bateleurs, qu’enseignent-ils ou à quoi incitent-ils, sinon à des convoitises vilaines?

jeudi 19 novembre 2020

À l'intérieur du Grand-Guignol...

Petite virée Pinterest à l'intérieur du Grand Guignol... à l'intérieur du bâtiment (ancienne chapelle et ancien atelier de peintre), impasse Chaptal, à Paris et non pas à l'intérieur du répertoire!

C'est l'oeuf ou la poule: qui a donné naissance à l'autre...




Le Grand Guignol... théâtre des excès! Et voici, en ce sens, une description rapportée par Agniès Pierron dans la préface de l'ouvrage dont il est question depuis quelques billets, Le Grand Guignol - Théâtre des peurs de la Belle Époque (p. IX):

Si le Grand Guignol est un théâtre populaire, au plein sens du terme - les gens du quartier comme les habitués de la Comédie-Française le fréquentent -, il n'est pas grand public. Aller au Grand Guignol, c'est moins un acte social qu'un acte privé, même si la salle est divisée: orchestre, loges, baignoires; c'est une jouissance dont il s'agit; le spectateur préfère venir accompagné. Non pas pour se montrer «avec sa légitime», mais pour s'encanailler. Aussi certains spectateurs préfèrent-ils ne pas être vus. L'espace comble les uns et les autres, ceux qui se cachent et ceux qui se montrent: «Un escalier de bois d'un joli dessin conduit à la galerie - bizarrerie à la mode: il n'est pas chic d'y monter. Le public, fort sélect - monde et demi-monde -, préfère se presser aux fauteuils du rez-de-chaussée dont les bras sont de chêne...» Des témoins disent que les loges grillées au fond autorisaient un jusqu'au-boutisme dans la jouissance, surtout pendant les séances du lundi après-midi. Les femmes de ménage retrouvaient, témoignent-elles, des sièges maculés... Mais ne nous égarons pas (bien que le Grand Guignol, ce soit ça aussi) et disons que la salle avait une géographie codée; mystérieuse, elle est propice aux sensations fortes: «... elle est étrange, cette salle toute en longueur, avec ses murs tendus d'étoffes sombres, ses boiseries sévères, avec des deux portes mystérieuses et toujours fermées, qui sont de chaque côté de la scène, et ces deux anges inattendus qui, du haut du plafond, nous adressent leur énigmatique sourire.» Plus rien ne subsiste de tout cela; la rage de M. Lupovici [l'un des derniers propriétaires du théâtre, en 1963] contre les sièges maculés a eu raison de l'insolite du décor.

Ça donne le ton!