samedi 15 mai 2021

Du jeu formel...


Voici ma définition du jeu scénique, de l'interprétation, telle que je le conçois.

Quand, dans le travail, je parle de jeu formel je ne veux surtout pas dire jeu raide ou jeu robotique, saccadé.

C'est plutôt formel dans le sens de mise en place de conventions, de codes. Formel dans le sens de penser les gestes et les mouvements comme une construction de motifs, de leitmotivs qui se déploient dans un rapport à l'espace le plus fluide possible et normalisé dans le sens où il y a, à travers toutes les directives qui ne manquent pas de s'accumuler, une certaine recherche de vérité: celle du comédien! Pas celle du personnage. Celle de l'exécutant. 

Pas d'imitation. Pas de faire semblant

JEU=TEXTE (PARTITION RYTHMIQUE)+CORPS (THÉÂTRAL ET SONORE)

Dans ce type de théâtre formel, le jeu part du texte et de lui s'échafaude un personnage, par un travail corporel et vocal proche de la danse (mise en mouvement selon un calcul de l'espace) et de la musique (mise en bouche, en son, en silence). Ainsi, le geste, le mouvement, la réaction, l'onomatopée... tout est matière à ponctuer le texte, à créer du rythme, du souffle.

D'où aussi l'extrême nécessité d'une bonne connaissance (voire d'une certaine maîtrise) du texte au début même des répétitions, d'une écoute et d'une concentration accrues du comédien sur scène qui doit alors ponctuer et son propre texte et celui du partenaire (et/ou de la situation dramatique en cours de réalisation).

C'est à travers ce jeu, ces échanges dynamiques, qu'émergera un personnage qu'il devra dès lors saisir et contrôler.

PERSONNAGE=TXT+CORPS MUSICIEN+CORPS DANSEUR

jeudi 13 mai 2021

Sommet sur les théâtres d'été

Ah, le théâtre d'été... Honni ou méprisé. Populaire. Décrié. Dynamique. Simpliste. Que d'épithètes peut-on lui accoler!

Au cours des années '60 et (surtout) '70, le théâtre d'été tel qu'on l'entend communément - comique, léger, convenu - connaît une expansion assez phénoménale au Québec. 

En 1978, pour répondre à différentes décisions gouvernementales (notamment des coupures budgétaires et des considérations esthétiques), différents projets d'infrastructures, différents autres enjeux (de production, de dramaturgie, de répertoire, de qualité, de popularité), le ministre culturel d'alors, Denis Vaugeois, convoque enfin (c'était attendu) un mini-sommet sur le théâtre d'été en novembre de cette année-là. 

La Presse, 22 juillet 1978 en donne les grandes lignes:

Le Devoir du 11 novembre 1978, dans un article titré Réflexions pour un mini sommet sur le théâtre d'été (qui se tiendra dans les jours suivants) y va de considérations un peu plus pointues... et un peu plus concrètes sur les problèmes et les récriminations des uns et des autres:



Le même journal, quelques jours plus tard (le 16 novembre), fera un compte-rendu de ce sommet:


Je trouve particulièrement intéressant cette petite histoire parce que le théâtre d'été est un pan important, encore aujourd'hui, du milieu professionnel. Du théâtre d'été qui, encore aujourd'hui, se question, est questionné.

Je me demande quel serait le résulta d'un tel exercice en 2021...

mercredi 12 mai 2021

L'expression de l'émotion par le regard et le geste

J'ai trouvé ce petit tableau que je trouve bien amusant. Il définit, selon des codes (au théâtre, tout est code!) bien précis, le geste et le regard de l'acteur dans l'expression des émotions:

Ce diagramme est tiré de L'uomo fisico, intelletuale e morale de Carlo Blasis (notice wikipédienne ici), publié en 1857 à Milan.

Dans ces petits dessins, il est facilement possible de retrouver ces poses (vues par les photographies) exubérantes et invraisemblables de convenances des grands acteurs de la fin du 19ième siècle!

mardi 11 mai 2021

Transcender la censure

 L'un des cas de censure le plus retentissant dans la petite histoire théâtrale québécoise (outre celui de la pièce Les Fées on soif) est celui vécu en 1967 par la troupe Les Saltimbanques et leur production Équation pour un homme actuel présentée au Pavillon de la Jeunesse de l'Expo internationale, jugée scandaleuse... au point où l'Escouade de la Moratlité est débarquée en pleine représentation pour mettre sous arrêt une partie de la distribution.

Un long procès fut suivi dans les journaux.

Pour un rappel de cette histoire, voir là et .

Le plus comique de cette histoire, c'est que cette pièce fut reprise en 1968 au Théâtre de l'Escale avec un immense succès, paraît-il (après tout, quelle publicité ce fût pour eux!). Mais le plus drôle, c'est que c'est ce projet qui représentera le Canada au Festival de Nancy! 

(Télé-radiomonde, 16 mars 1968)


lundi 10 mai 2021

Un critique théâtral en cour!

Voici un bref compte-rendu judiciaire, tiré du Journal de Québec (qui a précédé de longtemps celui de PKP) du 21 janvier 1875. S'il a attiré mon attention, c'est qu'il s'agit d'un jugement suite à une mauvaise critique théâtrale. Le directeur du théâtre Saint-James (dans le vieux Montréal), piqué au vif, a traîné le journaliste devant la justice! 


 

dimanche 9 mai 2021

Au théâtre, cette semaine! [Du 9 au 15 mai 2021]

Voici ce qui est au calendrier, cette semaine, dans le milieu théâtral, cette semaine:

DERNIÈRE SEMAINE
(JUSQU'AU 13 MAI 2021)
EN VIRTUEL SUR LE SITE https://radiogestessansbord.com/
CHAIRE DE DRAMATURGIE SONORE


C'est un événement/colloque international pour marquer les dix ans de la Chaire de recherche sur la dramaturgie sonore, menée par Jean-Paul Quéinnec. Les participant.es [des collaborateurs au cours des ans, sont invités] à former des duos réunissant un.e praticien.ne et un.e théoricien.ne. d’une autre discipline. À l’image du processus en recherche-création, leur balado (parce que ce sera la forme privilégiée) agencera réflexion théorique et création artistique. Cette formule originale représente une occasion de découvrir des territoires pluriels et inexplorés, et de produire des résultats inattendus. Pour connaître tous les détails de ce qui s'en vient, visitez le site de la Chaire

DERNIÈRE SEMAINE
VENDREDI À DIMANCHE - DU 14 AU 16 MAI 2021
(JUSQU'AU 16 MAI 2021)
19H (15H DIMANCHE) - SALLE LIONEL-VILLENEUVE
THÉÂTRE MIC MAC


Le Théâtre Mic Mac de Roberval présente ENFIN! sa production Bonne retraite, Jocelyne, un texte de Fabien Cloutier mis en scène par Bruno Paradis, qui devait prendre l'affiche l'an dernier. Jocelyne convoque les siens à une réunion familiale. Mais la nouvelle qu'elle désire annoncer tombe à plat. Les convives semblent davantage intéressés à donner leur avis sur le TDAH du collègue de Brigitte, la maltraitance des dauphins ou la peine d'amour de Keven qu'à nouer de véritables échanges. La rencontre sous tension revêt rapidement des allures de tribunal populaire. Dès lors, de vieux démons ressurgissent. Une confrontante rencontre de famille qui, dans un humour cinglant, questionne la culture du vide, les conversations futiles et les troublantes conséquences d'un monde pétri de jugements décomplexés. Une charge contre l'ignorance qui n'épargne personne. Tous les détails ici.

TOUT LE MOIS DE MAI 2021
UN PEU PARTOUT
EN REPRÉSENTATIONS SCOLAIRES


Enfin, je sais que le Théâtre À Bout Portant a ressorti son ambulance pour entreprendre, tout au long du mois, une série de représentations scolaires de Sortie de secours.

samedi 8 mai 2021

Recycler au théâtre

 

Au théâtre, il n'est pas rare, après une production, de devoir jeter beaucoup de matériel de construction, de morceaux de murs ou de planchers, de meubles, d'accessoires ou de costumes par manque cruel de lieux d'entreposages. À chaque fois, c'est un peu un coup au coeur. 

Ceci étant, beaucoup de compagnies font tout ce qu'elles peuvent pour conserver le plus d'éléments possibles, surtout ceux qui pourront être réutilisés. Car la réutilisation, la transformation, bref, la récupération est monnaie courante... quand on peut avoir la chance de conserver des choses entre les spectacles.

Le problème étant, encore une fois, le manque d'espaces de rangement. Ce qui pousse vers les containeurs des pans entiers de décors dès la tombée du rideau.

À l'automne 2018, à Montréal, quatre femmes aux horizons variés reliés aux arts de la scène, ont voulu répondre à ce problème en fondant Écoscéno. Il s'agit d'une entreprise d'économie sociale aux valeurs environnementales, qui permet notamment de récupérer et de remettre en vente, pour d'autres utilisateurs, des objets scéniques de toutes sortes: des rideaux de scène aux escaliers et aux mécanismes d'envergure, en passant par différents mobiliers ou matériaux spécialisés. 

Bien sûr, Écoscéno est concentré à Montréal. Mais je sais, pour avoir échangé avec quelqu'un de là-bas, qu'ils font aussi affaire, parfois, avec des acheteurs de Québec et des régions.

Un projet fort intéressant... avec des propositions qui sont parfois fort inspirantes! Il est possible de visiter leur site et/ou de s'abonner à leur page Facebook pour voir passer les offres. 

vendredi 7 mai 2021

Anatomie de l'acteur [Nouvelle acquisition]


Mon pusher de livres sur le théâtre a trouvé ce bouquin (paru en 1985) sur la rue Saint-Jean, à Québec et le voici maintenant rendu dans ma bibliothèque... ou du moins, il  s'en rapproche. Quand j'en aurai fini la lecture.

Il s'agit d'un dictionnaire qui, comme le titre l'indique, dissèque, en quelques sortes, le corps de l'acteur. Une recherche poussée, à partir de laboratoires, d'ateliers, au sein de l'International School ao Theatre Anthropology.

Il faut savoir que Barba a été, à une époque, disciple de Jerzy Grotowski pour qui l'acteur est le tout du théâtre et le théâtre est là pour favoriser son passage à un degré d'humanité plus vrai que le degré quotidien. Tout se [joue] donc sur l'extraordinaire intensité dramatique et physique d'acteurs supérieurement entraînés, sur les qualités expressives de leur voix, et sur leur présence presque insoutenable dans l'espace. (réf.: Wikipédia)

C'est donc, dans ces quelques deux cent pages richement illustrées, un concentré de réflexions et d'articles sur la physicalité de l'acteur. 

En voici, à titre d'exemple, la table des matières:



Il va sans dire qu'étant donné que ce livre sera ma lecture des prochains jours, les prochaines entrées sur ce blogue risquent fort d'en être teintées!

jeudi 6 mai 2021

Quand Jouvet vint au Canada


Louis Jouvet est un grand metteur en scène français de la première moitié du vingtième siècle (et aussi un grand acteur) - membre du Cartel avec les Dullin, Pitoëff et Baty qui ont consolidé la place du metteur en scène dans l'oeuvre théâtrale - qui a couché sur papier plusieurs réflexions sur le théâtre, dont le fort intéressant essai Le Comédien désincarné.

Son théâtre est fortement axé sur le texte, sur le mot. Un grand parmi les grands dont la notoriété (principalement portée par ses apparitions dans de grands films) s'est rendue au Québec. 

Voici donc que le 5 décembre 1950, le journal Le Quartier Latin annonce sa venue imminente à Montréal: 


Toutefois, cette visite ne se fera que quelques mois plus tard. L'édition du Radiomonde du 15 mars 1951 détaille sa visite par diverses petites notes qui dresse un portrait de l'artiste tout en donnant quelques idées générales sur le théâtre d'alors:


Quelques jours plus tard (le 17), le Radiomonde publie un autre petit article qui affirme que Jouvet reviendra bientôt:


Malheureusement, il décédera le 17 août de cette année-là...

mercredi 5 mai 2021

Du théâtre au Tibet...

Voici une description d'une cérémonie théâtrale au Tibet (orthographié Thibet) telle que rapportée par Le bulletin: politique, littérature, nouvelles du 4 février 1906:


Voici une photo de ces fameux masques de démons dont il est question:

mardi 4 mai 2021

L'électricité au théâtre

 

De nos jours, nous travaillons, au théâtre, avec la lumière électrique... ça va de soit! Un outil tellement intégré, qu'on en oublie facilement que son intégration est somme toute récente.

Voici un article tiré du journal La Justice du 15 juillet 1887 qui fait un résumé de l'implantation de cette nouveauté dans les théâtres parisiens:

lundi 3 mai 2021

Une autre sage parole (théâtrale) de Zeami... sur l'«habile» et le «malhabile»

 


L'habile a ses défauts. Le malhabile a certainement aussi ses qualités. Mais cela, personne ne le remarque. L'intéressé lui-même l'ignore. L'habile se repose sur son renom et, aveuglé par son brio, ignore ses défauts. Quand au malhabile, puisque, par nature, il manque de ressources, et que, par conséquent, il ignore ses défauts, il ne comprend pas davantage qu'il peut avoir par chance quelque qualité. Donc, l'habile comme le malhabile devraient consulter les autres. 

[...]

C'est en vous disant que l'habile est l'exemple du malhabile, et le malhabile l'exemple de l'habile, qu'il vous faut déployer vos efforts. S'emparer des qualités du malhabile et les intégrer dans le répertoire de l'habile, voilà le principe suprême. Le seul fait d'observer les défauts d'autrui, c'est déjà s'en faire un exemple.

C'est là une belle leçon pour tout comédien tirée du troisième livre du Fûshi-kaden - Livre de la transmission de la fleur de l'interprétation.