dimanche 4 mai 2008
LE RIRE DE LA MER [Histoire d'une mise en scène|... ÉPILOGUE
Définitivement, l'aventure robervaloise s'est terminée dans le plaisir et l'émotivité... dans la mesure où je sais me laisser aller à ce sentiment!
La dernière représentation n'a pas la même magie que la première. Elle ne revêt plus, en coulisse, la même fébrilité. Comme si, pour la première fois, la lucidité, la sensation de prendre son personnage pour un dernier tour de piste et le plaisir de se retrouver tous ensemble jusuq'à un prochain rendez-vous encore inconnu, teintent ce spectacle d'une douceur, d'une extrême sensibilité qui se ressent même dans le public.
Et pour moi, c'est le rôle ultime du spectateur... car demain, pas de notes. Pas de retour. Pas de changements. Ce soir de dernière, pas de stress... juste un pincement au coeur qui prend de l'ampleur au même rythme que passent les tableaux pour faire place au vide et à l'absence.
Bien sûr, ce n'est pas parfait. Mais qu'importe. C'est la soirée de la reconnaissance, de la fierté, de la camaraderie exacerbée par la fatigue et le deuil de cette production.
Et maintenant que tout est fini, vient le moment du bilan... Bilan qui durera plusieurs jours, plusieurs mois, voire plusieurs années.
Oui. Je dois l'admettre. Le Rire de la mer fut une production éprouvante à différents égards (de ce fait, cette production est sans doute porteuse d'innombrables richesses à découvrir...): météo affligeante, distribution d'envergure qui augemente la discipline, tensions de toutes sortes, gestion de stress ardue (temps de répétitions, boîtes et changements de décors) et angoisse personnelle propre à la mise en scène. La machine fut parfois très lourde à porter. De tous mes projets, probablement le plus difficile que j'aie fait. Celui qui m'a le plus fait douté...
Tout au long des représentations, et ce malgré les critiques louangeuses, j'ai eu l'impression de n'avoir pas su transmettre la passion du projet à toute l'équipe. D'avoir frappé un stade que je n'ai pas su surmonter. D'avoir, en quelques sortes, perdu un temps précieux à des moments stratégiques, de n'avoir pas su aller là où on aurait dû se rendre...
Et pourtant...
Le Rire de la mer a permis, en même temps, l'éclosion de moments magiques. De véritables minutes, heures, journées de plaisir, de fous rires, de comédie pure. Des surgissements de folies incontrôlés et incontrôlables. De bonne entente et de confidences... Des liens se sont tissés (et raffermis) avec les gens du Mic-Mac. Des amitiés se sont consolidées. Et la complicité a su encore s'établir pour nourrir la construction de ce spectacle. Le travail y a été exigeant... ce qui, paradoxalement, laisse un sentiment de devoir bien accompli... de réussite...
Et pour tout cela, je remercie profondément tous mes acteurs qui m'ont suivis (plusieurs parmi eux depuis près de quatre ans), tous mes concepteurs qui se sont évertués à être imaginatifs et à répondre aux moindres de mes désirs, tous les intervenants autour de cette production pour leur confiance, leur soutien et leur dévouement. Merci à tous ces gens du Théâtre Mic Mac de m'avoir permis une nouvelle fois de m'investir dans un grand et beau projet en leur fidèle compagnie. Oui. L'instant présent appartient encore aux sourires et aux souvenirs. Et puissent-ils le demeurer encore longtemps...
Probablement des gens se demanderont pourquoi cette musique... C'était la musique finale du spectacle, l'apothéose, pendant la construction (littérale) du théâtre d'Épidaure...
samedi 3 mai 2008
Regards interposés...
Il y a quelque temps déjà, j’inscrivais un commentaire suite à l’article de Yoyo du 15 avril 2008, intitulé Recherche d’emploi. J’y demandais comment on crée de la richesse dans le milieu du théâtre.
Cette question est d'autant plus pertinente que ce nouvel article auquel je réponds parle d'économie et fait entendre l'idée que, parce que différente, la réalité du milieu culturel régional ne peut s'inscrire à l'intérieur des balises plus nationales, pour ne pas dire plus métropolitaines, des programmes de soutien et associations de toutes sortes (d'Emploi-Québec à l'UDA, en passant, par exemple, par le CALQ).
Si cette différence est bien réelle, quelqu’un peut-il m’expliquer alors pourquoi les compagnies d’ici m’apparaissent s’inscrire presque toutes à l’intérieur de ces balises que les artistes et les artisans, individuellement, rejettent ? Je ne dis pas que nos compagnies doivent disparaître, au contraire : elles réunissent une somme importante et précieuse d’expériences et de connaissances que je respecte. Je demande seulement : pouvons-nous imaginer le fonctionnement du théâtre à Saguenay davantage en accord avec cette réalité singulière dont tout le monde parle constamment ?
Bon, j’en entends déjà certains dire « de quoi il se mêle, lui ? Il ne fait plus de théâtre, par quelle autorité ose-t-il parler… ». C’est vrai, je ne me considère plus comme étant un artiste. Je sais cependant ce qu’est l’être et je respecte infiniment cela. Je ne suis pas un artiste, mais, depuis 1991, je n’ai jamais cessé de m’intéresser au théâtre ; seulement, je ne l’envisage plus beaucoup dans ses aspects artistiques, je laisse ça à ceux qui en ont le talent, et il y en a beaucoup chez nous!
Cela dit, depuis huit ans, je regarde davantage le théâtre dans la région d’un regard historique, politique et économique. J’ai eu l’incroyable chance de travailler plus de deux ans au projet de sauvegarde des archives sonores de CBJ et d’entendre toute l’activité théâtrale des années 60 et 70. J’ai pu, par exemple, prendre connaissance de sa vitalité étonnante, au point de présenter devant salle comble, à l’Auditorium Dufour, pendant quatre soirs, un festival canadien de théâtre amateur.
En indexant ces archives, j’ai pu aussi entendre la naissance du théâtre professionnel à Saguenay : la création du théâtre la Rubrique, avec une mission sociale qui s’est passablement transformée avec les années, puis l’arrivée d’un programme de certificat en théâtre, à l’UQAC, et la constitution des Têtes heureuses. Bref, ces perspectives historiques m’apparaissaient si riches en enseignement que, depuis deux ans, le théâtre d’ici, de 1956 à nos jours, est devenu mon sujet de maîtrise en études et interventions régionales, pour laquelle j’entre en rédaction en 2009. J’ai joint également à cette maîtrise une particule en gestion des organisations afin de pouvoir envisager ces aspects en plus de l’histoire de notre théâtre régional. J’imagine que cela m’offre quelques compétences et je n’espère qu’une chose : en faire profiter les artistes et artisans de la région à court, moyen et long terme.
Ça me déchire de voir des talents s’arracher la vie, ou simplement abandonner. Ça m’attriste quand je vois des gens pleins de potentiel ne pouvoir l’exploiter à leur maximum, comme Yoyo, comme des dizaines d’autres d’ailleurs. Alors, j’ose rêver d’un Saguenay où toutes les salles de théâtre sont bondées comme pour un show des clowns noirs (le plus bel exemple de l’importance de s’inscrire symboliquement dans l’imaginaire de la ville, bravo !). J’imagine un milieu effervescent, où on retrouve encore plus d’artistes et d’artisans de la scène qu’actuellement, où l’offre de nouveaux spectacles est généreuse et permet l’émergence de nouveaux talents ET de plusieurs comédiens nationaux, d’auteurs, et de metteurs en scène rayonnant à travers le Québec et le monde.
Je vous propose alors ma vision. Ce n’est pas LA réalité du milieu théâtral ni LA solution. Si les deux existent, c’est collectivement, pas dans l’esprit d’un seul individu, ni dans la mission d’une seule compagnie. Je vous propose une vision qui est le fruit de mon analyse et où je ferai en sorte, après quelques digressions, que deux termes se rencontrent : amateur et professionnel.
En octobre 2006, je devenais administrateur du Théâtre 100 masques. Cette compagnie, dont la mission de base était alors le soutien à la relève, venait, depuis plus d’un an, de reprendre les activités pédagogiques abandonnées par l’Atelier de théâtre l’Eau vive. Cet aspect pédagogique m’intéressait vivement, car j’y voyais là un levier puissant de sensibilisation de notre collectivité au théâtre. J’y voyais aussi des possibilités de carrière d’appoint pour les artistes et artisans, un emploi régulier assorti d’un salaire décent qui leur permettrait de se concentrer sur des projets artistiques et d’envisager leur vie ici, sans être constamment aux abois financièrement.
Bien que j’y ai découvert une compagnie en piteux état, qui est d’ailleurs actuellement sous respirateur, parasitée par sa mauvaise réputation professionnelle, cette vision pour l’enseignement du théâtre ne m’abandonne pas, au contraire.
Une de mes propositions, donc, pour créer de la richesse est la suivante : mettre en place une véritable structure professionnelle vouée à la formation théâtrale, gérée par des artistes et artisans du milieu ; construire un programme pédagogique à partir des compétences que les artistes veulent partager, une offre de service que le client peut lui aussi construire à la carte, selon ses besoins et ses attentes ; soutenir cette structure par une équipe de gestionnaires et d’administrateurs capable d’en baliser le développement, dès l’incorporation.
Quant aux clients, cette structure ne se contenterait pas des perspectives traditionnelles que sont les écoles et les services des loisirs. L’équipe de gestionnaires aurait également comme mandat de développer un produit pour les compagnies. Le but ultime serait la création d’un festival amateur annuel durant lequel on pourrait voir sur les planches, par exemple, les employés de Rio Tinto – Alcan, de Bell Canada, du Complexe hospitalier de la Sagamie, des restaurants Saint-Hubert de Saguenay, du Cégep de Jonquière, de la base de Bagotville, et cetera.
Redonner le droit au théâtre aux citoyens de Saguenay permettrait peut-être le retour de l’intérêt porté pour la discipline dans les années 60 et 70. Ce genre de manifestation aurait comme principal impact de réintroduire de façon significative le théâtre dans l’univers symbolique régional.
Imaginons maintenant qu’on mélange les deux : le talent dit naturel, mis en lumière, par exemple, dans le spectacle des travailleurs sociaux du CLSC de Chicoutimi, donnant la réplique à Marie Villeneuve, où encore une expérimentation du théâtre CRI avec 15 retraités d’Abitibi Consolidated ? Ne voyez-vous pas, comme moi, des salles pleines, une demande plus forte, des artistes et des artisans qui peuvent se développer pleinement ?
J’ai parlé un peu plus tôt du Théâtre du Faux-coffre. Au-delà de leur travail artistique, ce qui me fascine chez eux, c’est leur capacité à s’inscrire dans le tissu urbain, à devenir des personnages emblématiques auxquels une cohorte s’identifie, et à faire partie d’un imaginaire collectif qui dépasse le milieu du théâtre et son habituelle clientèle.
Ma proposition – qui n’a rien d’artistique – ne vise que cela : faire en sorte que l’ensemble des citoyens de Saguenay se sent aussi concerné par le théâtre que par son équipe de hockey junior majeur, que ses artistes et artisans soient supportés par lui, et que cette réalité singulière du monde du théâtre dont on se réclame depuis bientôt 30 ans ne soit plus nommée que par des gens de l’extérieur, jaloux de ce petit miracle économique et culturel.
Et vous, qu’en pensez-vous ?
jeudi 1 mai 2008
LE RIRE DE LA MER [Histoire d'une mise en scène|... ÉPILOGUE
Définitivement, l'aventure robervaloise s'est terminée dans le plaisir et l'émotivité... dans la mesure où je sais me laisser aller à ce sentiment!
La dernière représentation n'a pas la même magie que la première. Elle ne revêt plus, en coulisse, la même fébrilité. Comme si, pour la première fois, la lucidité, la sensation de prendre son personnage pour un dernier tour de piste et le plaisir de se retrouver tous ensemble jusuq'à un prochain rendez-vous encore inconnu, teintent ce spectacle d'une douceur, d'une extrême sensibilité qui se ressent même dans le public.
Et pour moi, c'est le rôle ultime du spectateur... car demain, pas de notes. Pas de retour. Pas de changements. Ce soir de dernière, pas de stress... juste un pincement au coeur qui prend de l'ampleur au même rythme que passent les tableaux pour faire place au vide et à l'absence.
Bien sûr, ce n'est pas parfait. Mais qu'importe. C'est la soirée de la reconnaissance, de la fierté, de la camaraderie exacerbée par la fatigue et le deuil de cette production.
Et maintenant que tout est fini, vient le moment du bilan... Bilan qui durera plusieurs jours, plusieurs mois, voire plusieurs années.
Oui. Je dois l'admettre. Le Rire de la mer fut une production éprouvante à différents égards (de ce fait, cette production est sans doute porteuse d'innombrables richesses à découvrir...): météo affligeante, distribution d'envergure qui augemente la discipline, tensions de toutes sortes, gestion de stress ardue (temps de répétitions, boîtes et changements de décors) et angoisse personnelle propre à la mise en scène. La machine fut parfois très lourde à porter. De tous mes projets, probablement le plus difficile que j'aie fait. Celui qui m'a le plus fait douté...
Tout au long des représentations, et ce malgré les critiques louangeuses, j'ai eu l'impression de n'avoir pas su transmettre la passion du projet à toute l'équipe. D'avoir frappé un stade que je n'ai pas su surmonter. D'avoir, en quelques sortes, perdu un temps précieux à des moments stratégiques, de n'avoir pas su aller là où on aurait dû se rendre...
Et pourtant...
Le Rire de la mer a permis, en même temps, l'éclosion de moments magiques. De véritables minutes, heures, journées de plaisir, de fous rires, de comédie pure. Des surgissements de folies incontrôlés et incontrôlables. De bonne entente et de confidences... Des liens se sont tissés (et raffermis) avec les gens du Mic-Mac. Des amitiés se sont consolidées. Et la complicité a su encore s'établir pour nourrir la construction de ce spectacle. Le travail y a été exigeant... ce qui, paradoxalement, laisse un sentiment de devoir bien accompli... de réussite...
Et pour tout cela, je remercie profondément tous mes acteurs qui m'ont suivis (plusieurs parmi eux depuis près de quatre ans), tous mes concepteurs qui se sont évertués à être imaginatifs et à répondre aux moindres de mes désirs, tous les intervenants autour de cette production pour leur confiance, leur soutien et leur dévouement. Merci à tous ces gens du Théâtre Mic Mac de m'avoir permis une nouvelle fois de m'investir dans un grand et beau projet en leur fidèle compagnie. Oui. L'instant présent appartient encore aux sourires et aux souvenirs. Et puissent-ils le demeurer encore longtemps...
mercredi 30 avril 2008
L'éthique, c'est l'esthétique du dedans (Pierre Reverdy)
La réponse sera, bien entendu, laissée au point de vue du lecteur...
Et moi?
Alors l'éthique...
mardi 29 avril 2008
La Duse
samedi 26 avril 2008
LE RIRE DE LA MER [Histoire d'une mise en scène]
Au gré des représentations, Le Rire de la mer évolue... et je n'en fais pas partie (ou si peu)... C'est vivre avec l'impression de devoir abandonner (façon de parler peut-être un peu drastique, mais bon...) le travail au moment même où le travail des représentations commence (le véritable travail théâtral puisqu'il prend soudainement en compte le caractère essentiel du théâtre: faire acte de communication avec le public!). C'est de ne pouvoir apporter qu'un soutien bien lointain.
J'étais à nouveau assis dans la salle lors de la représentation d'hier. Et, regardant le spectacle, je prenais des notes sur ce que je pourrais changer, modifier, ajuster... Je me suis pris mentalement à refaire de nouvelles entrées chorales, à recréer une mise en place imaginaire, à redessiner les contours de certains personnages, à en redresser la ligne dramatique... Et c'est là que le bât blesse. Je n'aurai ni le temps, ni l'occasion de pouvoir passer aux actes... Ce besoin de rester en contact direct avec la production, de maintenir actif ce corps-à-corps créatif, se manifeste en vain: je ne peux faire ce genre de travail par échange de courriels ou par téléphone... Il faut une présence effective. Une présence à l'écoute et à l'affût de toutes propositions. Une présence qui n'est pas de passage. Et de la volonté!
Ma plus intime conviction théâtrale m'affirme avec force qu'un spectacle doit demeurer un chantier jusqu'à la dernière représentation... jamais il ne doit être considéré comme étant un produit fini. Jamais il ne peut être fini.
Malgré tout, hier soir, j'ai regardé avec plaisir mes comédiens s'évertuer (avec succès) à tenir le fort... et dans ces moments, la fierté (toute aussi narcissique puisse-t-elle être!) prend le dessus et remise alors (heureusement!) tout autre questionnement.
lundi 21 avril 2008
Superstitions théâtrales... 2
Chapeau sur un lit: Il n'est pas recommandé de poser un chapeau sur un lit (il y avait systématiquement un lit dans les couchonnerires), que ce soit sur la scène ou dans une loge d'artiste. En effet, il y a encore quelques années, les hommes portaient des chapeaux lors des enterrements, et on le retirait dans la chambre mortuaire pendant les derniers hommages au mort. Poser son chapeau sur son lit signifie donc que la mort n'est pas loin.
Faire les ciseaux: Se croiser sur une scène pour des acteurs; c'est un interdit dans une mise en scène. De même que le fait de croiser des couverts sur une table est considéré comme portant malheur, se croiser sur une scène est à éviter.
Dire «Lapin» en scène est aussi néfaste que dire «Corde»: L'interdit est le même sur un bateau: la lapin est un rongeur qui s'en prend aux cordages... Ah bon!
En voici une petite dernière (qui est sans explication pour le moment...):
Ne pas proposer trois sources lumineuses dans un décor.
jeudi 17 avril 2008
Comédien ou acteur?
Voici ce qu'en dit le très subjectif Wikipédia: L’acteur est celui qui met en acte, en action, le texte écrit par le dramaturge, et les situations organisées par le metteur en scène. C'est lui qui agit et donne la vie au personnage. Aujourd’hui, par l'influence de l’anglais, l'usage tend à réserver parfois le terme « acteur » aux interprètes de cinéma et le terme « comédien » aux interprètes de théâtre. Littéralement, le comédien est un acteur plus particulièrement spécialisé dans la comédie (κωμῳδία), de même que le tragédien est davantage spécialisé dans la tragédie (τραγῳδία). Toutefois, le terme de « comédien » recouvre surtout une notion d'état, de métier, tandis que celui d’« acteur » recouvre une notion de rôle, de fonction.
Bref, cet acteur que nous trouvons si bon est peut-être, en fait, un comédien...
vendredi 11 avril 2008
LE RIRE DE LA MER [Histoire d'une mise en scène]
Jeudi soir passé (soit hier...), je suis allé à Roberval pour assister à la reprise des représentations du Rire de la mer au Mic-Mac.Quand le metteur en scène devient spectateur...
J'ai déjà annoncé mes couleurs: j'ai beaucoup de difficulté à regarder mon travail sans vouloir, à tout coup, remonter sur la scène, arrêter les comédiens, les faire reprendre, ajuster des réactions. J'aime le spectacle, oui. Je suis très content des critiques et de ce qui se dit à son propos, bien entendu (qui ne le serait pas?). Cependant, je dois avouer que plus les critiques sont bonnes et positives (euphémisme!), plus mes exigences se font insistantes.
Donc, me voilà dans la salle (dans la régie pour être plus précis... ce qui doit quand même stresser un peu le jeune régisseur, Sébastien, gagnant d'Expo-Science 2008, qui s'en tire, par ailleurs, fort bien). Je vis littéralement avec les acteurs. Un peu plus et je bougerais comme eux. Je remarque tout: les accrochages de texte, les répliques sautées, les manques dans les éclairages, dans les déplacements, la façon dont ils manipulent les boîtes, les intentions floues, les baisses d'énergie. Je deviens en fait, un sur-spectateur. Je connais le spectacle intimement. Tel qu'il a été fait, tel qu'il est, tel qu'il devrait être... Bref, je ne regarde pas, je scrute! Et les idées affluent... seulement, je n'ai pas le temps de les concrétiser...
C'est d'autant plus vrai que dans le cas du Mic-Mac, je suis loin et ne peux assister à toutes les représentations. Quand la chance se pointe, je tente de maximiser mon temps là-bas. Et mes comédiens reçoivent, dès le lendemain, une série de notes. J'espère qu'ils les reçoivent avec plaisir (!) et non en bougonnant! Je ne leur ai jamais vraiment demandé je crois... C'est comme un rappel constant que je suis avec eux. Que je ne les laisse pas tomber... Ça ressemble à cela (ne soyez pas perdus, c'est presque un langage codé qu'eux devraient comprendre!):
Bonjour tout le monde (ou plutôt, bonsoir)! Encore une fois, j'ai passé une belle soirée hier. C'était relativement une bonne représentation (compte-tenu du fait que c'est la première reprise!). Voici donc mes quelques notes:
Généralement, les choeurs se sont foutument améliorés... Il reste encore cependant deux endroits où ça accroche: 1- le choeur venant tout de suite après le cimetière: après «4ème histoire», vous enlevez vos casquettes... mais ça se fait toujours tellement dans un vide... essayez d'y mettre un peu de vie. Je vous l'ai déjà dit, à ce moment, vous vous interrogez sur votre rôle... 2- les choeurs avant et après le tatoueur: tout y est un peu mou, décousu, et surtout pas précis!!! Ce n'est pas une régression que de prendre 10 minutes, dans la salle, s'il le faut, pour vérifier ensemble, sur scène, toutes vos réactions de cette partie. Le spectacle y gagnerait, croyez-moi! Plus le temps va passer, plus vos réactions entreront dans une mécanique (et plus vous en oublierez... ou bien vous allez juste cesser de les marquer...) qu'il vous faudra surveiller. Je vous en conjure, prenez le temps d'une italienne s'il le faut, mais réviser, tableau par tableau, ce que le choeur fait, à quel mot, à quelle vitesse...
Pour rester dans ce thème choral, je trouve que toutes les réactions dans les tableaux devraient être revues (dans le sens de repasser une par une). Elles doivent être vives, brèves, surprenantes. Ce sont des «flashs», des ponctuations! Hier, je trouvais que vous les étiriez un peu. C'était légèrement languissant. De ces ponctuations, vous en faisiez presque des phrases. Donc, attention.
Sinon, les personnages en tant que tels furent plutôt bien contrôlés hier soir. Attention encore une fois à ceux qui ont tendance à baisser le volume... C'était parfois limite. Surtout lorsque vous êtes seulement deux (ex.: docteur-Péné., Alex-Péné., Tatoueur-Péné.)
Les changements de décors semblent bien se dérouler. Ils m'apparaissent assez fluides. Je le redis et le répète, voyez-les comme des défis que vous vous lancez aux autres, au public. (d'ailleurs, pendant que j'y pense, Claude... durant le mur des bretons, ne dis surtout pas au public «soyez patients...». Il ne faut en aucun cas que ça ait l'air long ou que ça sonne comme une excuse. Vas-y d'un «ils sont bons, hein...» ou d'un «c'est plutôt joli» ou que sais-je!). Ne précipitez rien. Ce n'est jamais un concours de vitesse. Quelques remarques de boîtes:
Construction cimetière: la petite tombe à jardin était longue à faire... Les deux petites tombes devraient se terminer en même temps...
Déconstruction cimetière (construction mur breton): Gervais, aide Ursule à débarrasser le monument central avant de défaire ta petite tombe, pour faire une symétrie agréable à regarder. Quand vous vous lancez des boîtes pour construire le mur, assurez-vous qu'il y ait un receveur parce que voir valser des boîtes qui atterriront n'importe où ne me plaît guère...
Construction tatoueur: les filles (Sonia et Jocelyne)... assurez-vous que votre devant soit placé au centre du bloc de derrière... Attendez, s'il le faut, que ceux de derrière aient placés leur base avant de sortir, juste pour vous assurer que tout est en ordre. Hier encore, le divan du tatoueur était tout croche (et quand il n'est pas centré, je le répète, la scène d'après, «Ste-Rose», n'est pas dans son éclairage...).
Construction Épidaure: C'est bien! Quand la musique arrête et que vous regardez Sébastien, pouvez lui crier: «Hey! On n'a pas fini!»... Sinon, n'oubliez pas que c'est l'apothéose ce changement. C'est la finale du spectacle. Ça doit se faire dans l'allégresse, tout le monde s'aime, tout le monde il est bon, tout le monde il est beau.
Tout d'abord, Céline, n'oublie pas que tu dois t'amuser, que tu dois te nourrir de toutes ces démesures sorties de l'imagination de Pénéloppe. Ce n'est pas un personnage simple et banal: elle est en face de grandes figures historiques, dans des contextes un peu fous et tordus... au grand jamais elle n'est dans un réel, un quotidien fade... Vie et plaisir! Go Céls go! Tu es au centre de tout. Dresse-toi au milieu d'eux comme la maître(sse)-d'oeuvre de l'imagination!
Prologue: c'est bien. Un peu vite mais très bien.
Docteur: belle scène. Hier, à mon avis, c'était le meilleur docteur... Le mur manquait un peu d'élégance quand il s'est construit mais bon...
Musée: C'était bien. Réjean, essaie de faire une entrée en douceur... et juge si c'est mieux... Attention Céline et Réjean, vous étiez un peu trop dans le fond. Réactions du choeur un peu hésitantes... et un peu déphasée par moment. Au «TAXI!», sursaut... et le changement pour aller vers le taxi doit être plus rapide que ça... vous le languissez un peu aussi celui-là.
Taxi: ok... un peu long votre entrée Gervais et Marie...
Lit: demande spéciale: les filles, accordez-vous pour la mise du drap rouge... essayez, du moins, de chanter le même air. Réactions du choeur trop longues (et lentes quand il ne s'agit que de mouvements).
Cauchemard: Tête de lit, vous commencez trop vite et trop fort votre musique distordue et effrayante. Laissez à Péné. le temps de dormir... et le rêve s'insinue doucement, pas brusquement! Sonia, quand t passes sous les arches, n'hésite pas à commenter ton beau jeu (de croquet!)... et Céline, pendant que ta soeur passe sous ses arches, sois complètement éberluée... pour combler un peu les temps morts.
Cimetière: Gardien et choeur manquaient de complicité... C'est si beau quand la chimie passe entre vous... Ensemble, révisez vos actions. Molière manque définitivement de vivacité. Il est bien présentement... alors imagine quand il est extravagant! La fatigue peut-être...
Bretons: Chers Bretons, ça marchait assez bien. N'oubliez pas la tenue de vos personnages, les gestes «toutous»... ne jouez pas trop avec la table, parce qu'elle brasse beaucoup... «Q» pour Sébastien (et pour vous les Bretons: les «blacks» dans les entre-scènes sont peut-être un peu trop longs...
Ulysse: Attention au texte... Il y a eu plusieurs répliques escamotées... Outre ces accrocs, j'aimais bien. Toutefois, ça piétine un peu... Ulysse et Télémaque. Euryclée crie un peu trop sur «Il va falloir tout nettoyer». Beau Tit-Coq, un peu trop à cour par exemple...
Tatoueur: J'ai trouvé cette scène un peu confuse: les choeurs surtout (et le décor). C'était très très mou. Rien n'était synchro... Céline, quand tu arrives, tu ne dois pas rester près de la colonne, tu es dans le noir! Ange ok. Pendant Dieu, le choeur semblait à cours d'énergie!
Ste-Rose: Belle scène encore les amis. Sauf que vous ne parliez pas assez fort.
Finale: Elle était très bien.
Bref, une belle soirée... et comme le dis notre Rita de Verdun dans le tatouer: «J'étais quasiment ému, câl...»... Ce soir, amusez-vous encore une fois, rester à l'écoute de ce qui se passe. Ne prenez rien pour acquis, c'est le pire ennemi du théâtre! MERDE MERDE ET REMERDE!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Je suis très fier d'eux, de ce qu'ils accomplissent... Ce n'est pas facile, c'est un spectacle de longue durée qui demande beaucoup physiquement.
mardi 8 avril 2008
Curiosité des Temps modernes
Pendant l'élaboration et la documentation de ce projet, j'ai trouvé ceci (comme quoi, ce qui peut sembler original n'est qu'une bien pâle copie de quelque chose d'antérieur!): le Théâtrophone...
"Terrors of the Telephone" paru dans le magazine new-yorkais Daily Graphic du 15 mars 1877
Comment fonctionne le Théâtrophone ?
L'opératrice, assise devant le tableau effectue les liaisons entre les lignes des téléphones des abonnés et les microphones disposés sur une rampe au devant de chaque scène.
La qualité d'écoute reste variable du fait de l'affaiblissement du signal et il faudra attendre la fin de la première guerre mondiale pour bénéficier d'un meilleur son grâce aux amplificateurs à lampe (1923).
Pour d'autres informations:
Théâtrophone (wykipédia... en anglais)
lundi 7 avril 2008
De la danse au théâtre...
- Nicolas est fort habile dans la création comique. Souvent, ses numéros (particulièrement le premier) deviennent de véritables numéros de stand-ups gestuels qui savent provoquer rires et sourires. J'ai bien hâte qu'il s'y consacre plus profondément. Une force qui est rarement utilisée, du peu que je connais de la danse contemporaine...
- La section la plus intéressante, à mon avis, fut «La chaise». Une chaise est placée au centre et est aussitôt convoitée par tous les autres. Les mouvements se font languissants, insistants. Les interprètes tournent autour, rivalisant de vitesse et de vivacité d'esprit (je sais, ça fait sonne un peu paradoxal!) pour conquérir cet accessoire qui donne lieu, dès lors, à différentes manifestations. La chaise est alors déplacée... et se poursuit le jeu de convoitise. Finalement elle est enlevée. Les interprètes s'enlignent tous, au fond de la salle, et chacun, sur une musique soutenue, marchent, refont les mouvements sur une chaise imaginaire, et reculent aussitôt... et ainsi de suite durant 5 minutes environ... Une puissance et une force hors du commun émergent de ce numéro... L'émotion (laquelle? je l'ignore) passe... Tout devient poignant. Ce qui est frappant, dans ce numéro, c'est le contraste, le passage de la théâtralité (tout le jeu de la chaise) à la performativité (le numéro sans l'accessoire)... Cette réflexion émane quasi du Théâtre post-dramatique de Lehmann...
- En fait, ce qui me gêne le plus, dans son travail, est la présence du texte parlé (du moins, dans cette forme)... en fait, il ne s'agit justement pas de texte, mais bien d'improvisations. Que ce soit des mots, des phrases, des narrations... La teneur en vocabulaire est parfois suspecte, le message (pour autant qu'il y en ait un!) y est un peu simpliste... Bien que je comprenne l'intérêt pour cette spontanéité, je ne suis pas certain, pour ma part, de la puissance de ces évocations personnelles. Oui, il y a une intimité réelle qui peut s'installer... mais parfois, cette installation se fait dans le convenu et le cliché... Le risque est grand. Par exemple, à un moment donné, tous s'assoient. Un interprète se lève alors et raconte une anecdote de son choix... et bougent tout au long de ce récit. Oui, c'est drôle... Oui, des choses intéressantes peuvent sortir de cet exercice... Mais en soi, comment intégré cette partie dans une oeuvre? Quelle place lui donner? Quel est l'intérêt réel de ce genre spontané?
- Tout au long de cette présentation, je me suis toutefois posé une (et plusieurs!) question (s): sur quoi Nicolas travaille-t-il? Quel est l'objectif? Quel en est le thème, si thème il y a? Quel en est la recherche formelle s'il s'agit bien de cela? Est-ce entièrement une page blanche? Vers quoi se dirige-t-il, finalement? Je suis bien conscient qu'il s'agissait d'un atelier. Que c'est le processus en lui-même qui est questionné. Or, le processus ne se nourrit-il pas à la thématique (et vice versa)? Les isoler l'un de l'autre (particulièrement le processus!) ne les affaiblit-il pas? N'est-ce pas patauger dans le vide?
LE RIRE DE LA MER [Histoire d'une mise en scène]
Un autre commentaire est paru dans le journal Le Quotidien, de ce même samedi, sous la plume de Louis Potvin:
ROBERVAL - Tant qu'à mourir, vaut mieux que le théâtre y mette son nez pour rendre la mort acceptable. Fou. Joyeux. Touchant. Ingénieux. Enfin... c'est l'amour du théâtre et de la vie qui résume le mieux «Le Rire de la mer», la 58e production du Théâtre Mic-Mac. Un spectacle éblouissant!
Un texte de Pierre-Michel Tremblay savoureux et sarcastique. Une mise en scène astucieuse et terriblement inventive de Dario Larouche. Des comédiens à l'énergie débordante , au jeu inspiré. Trois ingrédients qui font de cette comédie une délectable réussite.
Pénéloppe a le cancer. Elle s'invente donc des histoires fantaisistes, mais aussi cauchemardesques pour cheminer et accepter la mort. À la manière des tragédies grecques, un choeur vient fixer son destin, sauf que le choeur en question est plutôt cabotin et désinvolte.
«Le Rire de la mer», comédie grinçante avec un soupçon de gravité, se veut un voyage dans le monde fantastique du théâtre. Durant son chemin de Dams, Pénéloppe rencontre des personnages hilarants et grotesques ainsi que des figures marquantes du théâtre telles Molière, Ulysse et Tit-Coq. À la fin, elle découvre même Dieu. Un Dieu complètement fou braque, absurde comme les pesrsonnages d'Ionesco.
Une mise en scène efficace
Pendant toute la pièce, les treize comédiens restent sur scène. Ils forment un choeur ponctuant et amplifiant la drôlerie des tableaux. Chacun y va de son numéro d'acteur dans les rêves/histoires de Pénéloppe.Que ce soit dans le bureau du médecin, dans un musée d'histoire naturelle, chez Alice au pays des «Flamands roses», au cimetière du Père-Lachaise ou dans la Grèce antique, l'ambiance est toujours surréaliste.
Le texte de Pierre-Michel Tremblay est mordant et drôle. Les jeux de mots réussis ou douteux qu'il prête à Molière font mouche. «Une n'attend pas l'autre», comme le fait ironiquement remarquer Pénéloppe. L'impasse de la souveraineté trouve son écho chez les Bretons. Deux marins indépendantistes bretons veulent en savoir plus sur le FLQ. Cette scène clownesque est la plus brillante de la pièce.
Dario Larouche déploie tout son talent dans cette production. Sa direction d'Acteur est judicieuse et parfaitement maîtrisée. Mais c'est surtout dans l'uilisation des centaines de boîtes que les comédiens manipulent qui démontre la grande créativité du metteur en scène. En un tour de main, les boîtes servent à planter le décor du cimetière du Père-Lachaise à Paris ou à reproduire un taxi londonien. Une chorégraphie relevée avec brio par les acteurs.
Un jeu inspiré
Les comédiens en mettent plein la vue. Ça prend beaucoup de rigueur pour rester immobile de longues minutes pour simuler les clients d'un boui-bui breton. D'ailleurs, les trois Bretons personnifiés par Denis Lavoie, Stéphane Doré et Marie Bergeron sont hilarants. Alain Bilodeau surprend dans un Ulysse ubuesue qui a l'air un peu «paqueté». Le Molière de Gervais Arcand est à la hauteur de son talent. Le crooner de Réjean Gauthier est craquant. L'énergie de Sonia Tremblay offre un Dieu hystérique et exalté. Ursule Garneau propose un fossoyeur irrésistible. Joan Lespérance, Jocelyne Simard et Joan Tremblay complètent le tableau avec des personnages loufoques très bien campés.
Parmi ses personnages complètement déjantés, Céline Gagnon incarne une Pénéloppe nuancée et naturelle contrastant parfaitement avec le jeu survolté des autres comédiens. Son chum Alex, discret Claude Ouellet, frappe juste dans les moments plus dramatiques.
Le Théâtre Mic-Mac réussit encore une fois à nous faire découvrir un auteur moins connu de la dramaturgie québécoise, par surcroît originaire de la région.
Oui, ça fait plaisir. Et ça stimule les comédiens... Pour ma part, je prends ce compte-rendu avec un grain de sel... et comme metteur en scène, sans rien enlever au travail et à l'effort de personne, je considère encore (avec mes exigences élevées) que ce spectacle possède des moments critiques à redéfinir... des poses à modifier... du travail de profondeur à faire... des correctifs à apporter... Maintenant que le test du public est passé, j'aimerais pouvoir retourner en salle de répétition avec, comme base principale, les réactions des spectateurs.
Rien n'est acquis et il faut tous rester vigilants.
Le théâtre est un art éphémère instable. Et si oui il faut de la confiance en soi, celle-ci doit être attentive pour ne pas devenir aveugle et ainsi laisser carte blanche aux écueils de la scène.


