mardi 2 septembre 2008

Un pavé dans la mare

La Duse, par Repin, 1891

J'ai déjà parlé, dans un autre temps et un autre lieu, de la Duse... considérée comme l'une des plus grandes actrices de son temps et donc, rivale de Sarah Bernhardt, à qui elle voua cependant une admiration profonde. (Wikipédia) Elle a fasciné plusieurs générations de praticiens...
Immense talent, immense orgueil... et elle pratique son art dans une période charnière de l'histoire du théâtre: l'intense période de remise en question, de recherches, de naissance de la mise en scène, entre 1876 (son premier succès) et 1923.
Peut-être est-ce les conjonctures (ou conjectures?): l'illusionisme de l'époque (le culte de la vedette théâtrale contre lequel s'est acharné le naturalisme et autre mouvement en -isme); Henrich Von Kleist son manifeste Sur les marionnettes; Edward Gordon Craig et son concept de sur-marionnette; Meyerhold et la biomécanique... Toujours est-il que le rôle de l'acteur est repensé, restructuré, discuté.
Pourtant, de tout ce que j'ai trouvé sur le sujet, le point de vue le plus radical (si on y excepte Artaud) vient de cette dame magnifique: Pour sauver le théâtre il faut le détruire; il faut que tous les comédiens et toutes les comédiennes meurent de la peste... ce sont eux qui font obstacle à l'art.
Comme radicalisme, on ne peut guère faire mieux.

lundi 1 septembre 2008

Le baisser de rideau... anecdotes théâtrales

Il existe un recueil Le Baisser du rideau [Anecdotes théâtrales anciennes et modernes] publié par À la Librairie musicale en 1837, qui renferme une multitude d'anecdotes (sans quoi le titre serait un peu mensonger!) sur des comédiens fameux, sur des créations, des superstitions (on peut le trouver en lien, ici). En voici quelques extraits savoureux qui démontrent, finalement, que nous sommes assez sages, de nos jours:

Armand Gouffé, 1775

FICHET

Fichet était un acteur du Vaudeville qui se refusait à jouer un rôle dans une pièce de l'auteur Armand Goufé. Ce dernier, pour vengeance, fit cette chanson sur l'acteur précité :

Un marchand de colifichet,
Un jour qu'on affichait Fichet ,
Dit, voyant Fichet sur l'affiche:
«Quoi! toujours afficher Fichet!»
«Du public l'affiche se fiche,»
«Moi , je me fiche de Fichet !»

Au marchand de colifichet,
Alors, d'un ton poli, Fichet
Dit : «De vos cris , Fichet se fiche.»
«Car il faut bien, foi de Fichet,»
«Lorsque Fichet est sur l'affiche,»
«Avaler l'affiche et Fichet.»

Le marchand de colifichet,
Fichant l'affiche sur Fichet,
Chiffonna Fichet et l'affiche,
Et dit : «Fi donc! Fichet!»
«Fiche-moi le camp de l'affiche;»
«Car tu n'es frais qu'au lit, Fichet.»

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LES CLAQUEURS D'AUTREFOIS.

Un amateur payant au parterre vit un homme applaudissant à tout rompre et criant en même temps : «Ah ! que c'est mauvais !» Il lui demanda la raison de cette conduite. «C'est, répondit-il, que mes mains sont payées pour applaudir. J'ai promis, je tiens parole. Mais je suis connaisseur, et tout en battant des mains je dis que cela est mauvais !»
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Voici deux autres ouvrages intéressants à consulter...

Histoire anecdotique de l'ancien théâtre en France
Histoire du Théâtre en France (Les comédiens en France, au Moyen-Âge)

La semaine théâtrale...3

Tous les soirs, cette semaine (jusqu'à samedi), à 20h, le Théâtre du Faux Coffre présente (dernière chance pour un bout... à moins qu'il n'y ait des supplémentaires) sa quatrième production: Barabbas dans la Passion, les origines du premier clown noir... Spectacle intéressant à bien des égards, notamment dans le fait de voir une lente transition vers des spectacles plus autonomes avec une mise de côté assumée des clowns noirs, l'intégration à l'équipe d'un nouveau comédien (Christian Ouellet) et la prise en charge de ceux-ci par un metteur en scène extérieur. Pour réservations - s'il reste des places! - appelez au 698-3000 poste 6561.

Le cirque Akya est toujours sur la zone portuaire de Chicoutimi. Je n'ai malheureusement pas l'horaire des représentations.

Pour le moment, c'est tout.

samedi 30 août 2008

Harpies


Outre la grisaille météorologique de ce samedi, les bulletins de nouvelles matinaux rajoutent à l'ennuagement canadien: les Harpies du gouvernement fédéral s'acharnent à nouveau sur la mise en lambeaux de la Culture.

Le couperet est tombé sur un programme de Téléfilm Canada, soit les 14 millions de dollars dédié aux nouveaux médias... En somme, c'est presque 60 millions de moins pour les artistes...
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À ce sujet, un autobus partira de Chicoutimi, des bureaux du CRC, en direction de Québec pour rejoindre la manifestation prévue le 3 septembre.

vendredi 29 août 2008

Les anniversaires


Le Théâtre Mic-Mac de Roberval, l'aîné des organismes théâtraux dans la région, souffle, cette année, sur 43 bougies d'existence.

Le Théâtre des Amis de Chiffon, quant à lui, marquera son 35ième anniversaire de fondation... fondation qui a eu lieu, soit dit en passant, à Alma... en présentant un tout nouveau spectacle: Carton rouge sur fond blanc.

Le Théâtre la Rubrique fêtera son entrée dans la famille peu nombreuse des trentenaires.

Les Têtes Heureuses auront, pour leur part, 27 ans sous les auspices de Tchekhov...

Le Théâtre C.R.I. commence sa douzième année en répétant activement pour sa prochaine création de novembre...

Le Théâtre 100 Masques aura réussi à traverser ses dix premières années et se croise les doigts pour les dix prochaines.

Le Théâtre du Faux Coffre fête sa quatrième année de créativité sur le succès de leur dernier opus.

Enfin, ManiGanses aura 20 ans...

À eux, à nous...
BONNE FÊTE ET
BONNE SAISON 2008-2009!

jeudi 28 août 2008

Glissements sémantiques

Théâtre grec de Syracuse

Qu'est-ce que le théâtre? Cette question si simple s'avère, finalement, d'une complexité universitaire fort surprenante.

(Denis Guénoun, Le Théâtre, le Peuple, la Passion, Solitaires intempestifs, Besançon, 2006, p. 109-111.):

Il me paraît nécessaire d'interroger notre étrange familiarité avec [«le théâtre»]. Et de s'étonner que, lorsque nous disons «le théâtre», nous ayons le sentiment d'un objet clairement repéré, croyant à peu près savoir de quoi nous parlons. Or, cette assurance peut être perturbée par quelques constats qui m'arrêtent depuis assez longtemps. Et d'abord, celui-ci: que les Grecs classiques ne semblent pas disposer d'un mot pour désigner ce que nous appelons «le théâtre».

[...] Les Grecs de l'époque classique (...) paraissent manquer d'un vocable commun, unifiant, permettant d'inclure ce que nous englobons sous ce terme. Ils parlent de la tragédie, de la comédie, et quand il s'agit de l'une et de l'autre ensemble, ils écrivent souvent: la tragédie et la comédie. C'est le cas de Platon, ou d'Aristote - qui pourtant nous servent d'introducteurs à peu près inévitables dès qu'il s'agit de penser «le théâtre».

[...] Les Grecs disposent pourtant d'un mot qu'ils attribuent aux différentes sortes du théâtre: «le drame»... d'où le dénominateur dramatique toujours employé de nos jours: texte dramatique, art dramatique, etc.

Intéressant, non?
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Dans la Grèce antique (donc étymologiquement), theatrôn signifie lieu d'où l'on regarde. Ça ne concerne donc que l'espace public, l'espace citoyen.

Avec notre contemporanéité postmoderne, selon Castelluci, le théâtre n'est plus le lieu où l'on regarde mais bien le lieu où l'on montre.

C'est en quelque sorte un glissement du théâtre de l'auteur, de l'acteur (de la vedette), de la performance, du spectateur vers un théâtre de l'artiste, du metteur en scène, de l'image.


mercredi 27 août 2008

Le cynisme mis en scène


Il faut être de l'intérieur même de la bête pour constater (et vivre!) une chose étonnante: le milieu théâtral est un générateur constant de gênes, de frictions... qui plus est, de cynisme...

D'une part, c'est un milieu d'une telle fragilité que le moindre soubresaut prend des allures de tremblement de terre... C'est un milieu d'une telle pauvreté (dans le sens littéral) que les montants en jeu (et leur distribution) ne créent que malaise et douleur... C'est un milieu qui clame sa force et son utilité devant un parterre qui ne recherche que divertissement... C'est un milieu où l'individualisme (qu'il soit personnel ou institutionnel) règne en maître... Et c'est sans compter sur les modes de fonctionnement sans avenir des OSBL, de subventions non-récurentes, d'aides gouvernementales, de portes fermées pour cause d'expérience (!) qui rendent vite paumés quiconque tente de survivre.

D'autre part, c'est un milieu où personne n'ose élever la voix - et encore moins se faire entendre... Tout est tut... réfréné... pour ménager la chèvre et le chou... protéger ses arrières. C'est un milieu où les jugements se font à l'aune de la comparaison entre praticiens... C'est un milieu dans lequel la confiance ne se donne souvent qu'avec soupçon et réserve... C'est un milieu où le don de soi prend tout son sens (négatif).

Il est des jours, comme ça, où le milieu théâtral est une plaie qui s'ouvre sans cesse.

mardi 26 août 2008

Entre le texte et la scène


On s'est parfois questionné sur ma relation au texte dans ma production... sur ma fidélité (ma loyauté envers cette horripilante voix de l'auteur) à celui-ci. Dans les faits, je respecte l'oeuvre de l'écrivain au plus haut point. Celui-ci n'est pourtant pas intouchable.

Lorsque vient le moment de passer à la scène, le texte devient, pour moi et pour le bien du spectacle, un matériau - essentiel... mais matériau tout de même - générateur de théâtralité. Un moteur dramatique. Plus que sa fable, son histoire, c'est à son mécanisme intrinsèque que je m'accroche... sur lequel je m'appuie. Le texte est, en quelques sortes, un espace sonore. Une partition matérielle accentuée par le propre langage du théâtre (car la mise en scène est définitivement écriture... et non simple reproduction) qui le contredit, l'appuie, le soustrait ou l'amplifie.

Il y a le texte de l'auteur. Et il y a le texte de la scène. Le spectacle devient un tressage de ces deux systèmes que je soutiens perméables l'un à l'autre.
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Dans le même ordre idée, voici un extrait du Théâtre de la Mort de Tadeusk Kantor, publié aux éditions de l'Âge d'Homme:

La réalité scénique n'est pas l'illustration du texte. Le texte dramatique ne représente pas qu'une partie du processus de la transformation totale, qui s'effectue sous les yeux des spectateurs. (p.207)

[...] Ce n'est pas à la littérature d'empiéter sur le terrain théâtral. c'est au théâtre de prendre des risques - en l'occurence, s'aventurer en dehors de sa sphère propre. Empiéter sur le domaine de la littérature.

J'attache au texte de la pièce une importance beaucoup plus grande que ceux qui prônent la fidélité au texte, qui l'analysent, qui le considèrent officiellement comme point de départ... et s'en tiennent là. Je considère le texte (bien évidemment le texte «choisi», «trouvé») comme le but final, une «maison perdue» à laquelle on revient. (p.211)

dimanche 24 août 2008

La semaine théâtrale [2]

Image tirée du site ArmenBlog

Cette semaine (demain!) marque (enfin!) le retour des étudiants en arts dans la vie saguenéenne. La reprise de la formation, la fermentation artistique, l'ébullition sociale, le renouveau... Bonne rentrée à eux et à tous ceux qui les encadrent! Un souhait pour l'année: que les liens se tissent entre eux (cégeps et université) et le milieu professionnel... après tout, ne sont-ce pas des vases communicants?

Pendant ce temps, au théâtre...

C'est ce soir, à 19h, sur la zone portuaire de Chicoutimi, que Schème Danse donne la dernière présentation publique de l'événement Osez!... C'est gratuit et ça vaut la promenade.

C'est ce soir également (jusqu'à mardi soir....) que le Théâtre du Faux Coffre entame sa seconde semaine de représentations. Pour voir Barabbas dans la Passion, les origines du premier clown noir, reportez-vous à la Salle Murdock du Centre des arts et de la culture à 20h... Peut-être vaudrait-il mieux réserver (le spectacle se termine le 6 septembre et jouera, par conséquent, tous les soirs de la semaine prochaine...), quand l'enthousiasme augmente, il devient difficile de trouver une place: 418-698-3000 poste 6561.

Si vous n'avez pas encore vu le spectacle Les Rois pêcheurs de Jimmy Doucet et de sa bande à la Vieille Pulperie, il ne vous reste que deux chances (à moins qu'il n'y ait des supplémentaires...): mardi et mercredi soir, à 20h. Je dirais que ça vaut le coup pour voir comment un auteur et metteur en scène peut être en symbiose avec son public.

Il s'agit aussi de la dernière semaine avant la tombée de rideau sur L'espace entre nous de La Rubrique, présenté à la Salle Pierrette-Gaudreault (Mont-Jacob) à 20h30... ces mercredi, jeudi, vendredi et samedi...

Alors que les activités estivales tirent à leur fin, le Cirque Akya, le plus grand petit cirque!, s'installent sur la zone portuaire de Chicoutimi, à compter du 29 août jusqu'au 7 septembre pour saluer une rentrée digne de ce nom! L'horaire de cette semaine: vendredi à 20h, samedi à 14h et à 20h).

Bon théâtre!


samedi 23 août 2008

Osez!


Chicoutimi, le Vieux Port... une douzaine de danseurs, une rivière, un paysage magnifique et un coucher de soleil pour une lumière chaude et orangée...

Dans le cadre de l'événement Osez! la compagnie Schème Danse présente - gratuitement et quotidiennement, jusqu'à dimanche soir, 19h! - à la population, le résultat de ce laboratoire intensif sous la direction dynamique d'Hélène Blackburn (chorégraphe réputée originaire de la région, à la tête de la compagnie Cas Public qui se promène un peu partout dans le monde).

Osez! c'est un projet novateur et dynamique qui a vu le jour à Saint-Jean-Port-Joli, il y a 8 ans. Né de l’imagination de la jeune chorégraphe Karine Ledoyen, le concept vise à créer un spectacle de danse contemporaine dans un endroit inédit, en plein air, avec la nature comme décor, dans la lumière du jour tombant, sur le bord d’un cours d’eau. Le défi de cette démarche est de rassembler un groupe de jeunes danseurs, un chorégraphe de métier et des compositeurs-interprètes afin qu’ils créent ensemble une courte forme chorégraphique évolutive en cinq jours.

J'ai assisté à la présentation du jour 3, hier soir. C'est tout simplement fantastique... et pendant 20 minutes - la température estivale aidant... - Chicoutimi semble s'être donné rendez-vous pour un événement attirant.

Tout d'abord le lieu... en quelque sorte le joyau (artificiel) de Chicoutimi, mis en valeur par ce groupe de danseurs fébriles tout de bleu vêtu, lien entre l'eau, le ciel et nous. Puis arrive la chorégraphe au charisme enchanteur, au regard perçant, scrutant chacun des gestes effectués, corrigeant les placements, l'expression, le rythme... sous les tests de sons de deux compositeurs, Guillaume Thibert et Pascal Beaulieu qui donneront le ton à l'ensemble dans des tonalités aqueuses portées par un tempo de vagues et de marées montantes. Et le spectacle commence!

Création appelée à évoluer, à se métamorphoser, à se nourrir de l'éphémère, cette représentation résonne comme une ôde à la vie, à la liberté... et au plaisir de la ville, du plein-air et du contact avec ce public de tout horizon. Déferlement de légèreté et d'appel au dépassement de soi.

Les danseurs: Joanie Boivin-Truchon, Mélisha Dawe, Jérémie Desbiens, Noëlle-Émilie Desbiens, Dany Desjardins, Julie Dubois-Gravel, Philippe Dufresne, Alexandra Jean- Savard, Émilie Girard, Georges-Nicolas Tremblay et Stéphanie Tremblay.

Il reste deux présentations... à ne pas manquer! Ce soir et demain soir, à 19h!

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Vous pouvez lire le compte-rendu publié dans Le Quotidien de ce matin, Exercice relâché, rythmé et urbain, par Isabelle Labrie.

vendredi 22 août 2008

Clin d'oeil aux TH

Il y a quelques jours, Les Têtes Heureuses ont commencé a répéter pour leur nouvelle production, La Cerisaie de Tchekhov, qui sera présentée à compter du 16 octobre 2008... Ce même jour se terminait, à Québec, La Cerisaie du Théâtre des Fonds de Tiroir, mise en scène par le très connu metteur en scène Frédéric Dubois. Il s'agissait alors, si j'ai bien compris, d'une relecture drastique... jouée en plein air (sur le mode déambulatoire). En voici la publicité, pour l'esprit:

Suite de la suite de la suite...

Lu dans La Presse d'hier... Le premier article donne une synthèse de la chose culturelle canadienne... tandis que de l'autre émergent les soupçons et les questions.

Programmes culturels: au-delà des recommandations
(Hugo de GrandPré, La Presse, 21 août 2008)

L'argent de la culture pour faire parader la flamme olympique
(Marc Cassivi, La Presse, 21 août 2008)