vendredi 16 janvier 2009

LES PLEUREUSES mélopée pour huit femmes et un malaise identitaire

Cette session-ci, le Théâtre 100 Masques propose aux adultes de participer à une production de plus grande envergure que les ateliers habituels. Huit femmes ont répondu à l'offre.

En tant qu'animateur (et metteur en scène), il me fallait dès lors trouver un texte pour tant de personnes du même sexe... Après plusieurs nuits blanches à me creuser la tête, j'ai choisi de ressortir un de mes vieux texte, Les Pleureuses (texte écrit à partir d'une pièce antérieure datant de 1996), que j'ai déjà présenté dans le cadre des Cartes Blanches des Têtes Heureuses en octobre 2001.

À l'époque, je n'avais que trois personnages. Du coup, les derniers jours, je me suis remis à l'écriture, éclatant la distribution, corrigeant, affinant, rajoutant, révisant ces lignes rythmiques (parce que ce texte est écrit en vers irréguliers) pour en faire une nouvelle partition pour huit interprètes, avec un titre nouveau: Les Pleureuses [mélopée pour huit femmes et un malaise identitaire].

C'est un travail stimulant et créatif... C'est reprendre un texte que l'on connaît intimement... tout en redécouvrant cette écriture qui date tout de même de huit ans... pour ne pas dire de 13 ans! Ce qui, à l'époque, se butait sur la rhétorique, le style, l'insistance pour boucler la boucle recouvre une pleine et entière liberté. Ce texte - qui fut joué en tant qu'oeuvre complète - devient, finalement, un canevas sur lequel se déploie une nouvelle création qui, j'ose l'espérer, sera encore plus forte que la précédente!

Le principe de base en est le choeur, la parole multiple de huit femmes, huit soeurs, huit solitudes qui cherchent un sens à leur union.

Les ateliers débutent mercredi prochain, le 21 janvier 2009.

jeudi 15 janvier 2009

Dragage 00... premières impressions.


Ai assisté, hier soir, avec intérêt, à la première des trois présentations publiques de Dragage 00, projet de recherche création de Jean-Paul Quéinnec (dont il signe également le texte). Le spectateur y est convié de façon toute spéciale: être, comme le disait Meyerhold, le quatrième créateur en entrant dans ce laboratoire pour produire un nouvel espace de perception visuelle et d'écoute, d'interactions physiques (voire sensuelles) et mentales (voire surtout imaginaires). (Voir sur ce billet les enjeux de cet exercice)

Premier avertissement: il s'agit ici d'une étape et non d'une finalité.

Un espace donc. Le studio-théâtre de l'UQAC dans une disposition en coin et le long d'un mur, toute blanche englobant le petit espace des spectateurs - que 38 places!. Au-dessus, une grande toile blanche. Des chaînes partout. Et une multitude d'objets hétéroclites dont le mérite est évidemment la bruyance plus que l'utilitaire. Parce que dans cette salle, l'espace est d'abord et avant tout sonore. La présence des comédiens et des musiciens est elle aussi sonore avant que de n'être jeu. Bref, un duel permanent entre le son et le texte (qui en soit, d'ailleurs, est fort intéressant).

La fable laisse place à la présence; la théâtralité laisse place à la performativité. L'acte performatif s'inscrit contre la théâtralité qui crée des systèmes, du sens et renvoie à la mémoire. Là où la théâtralité est davantage liée au drame, à la structure narrative, à la fiction, à l'illusion scénique qui l'éloigne du réel, la performativité (et le théâtre performatif) insiste davantage sur l'aspect ludique du discours sous ses multiples formes visuelles ou verbales. [...] Elle impose le dialogue des corps, des gestes et touche à la densité de la matière (J. Féral, Entre performance et théâtralité, le théâtre performatif, Théâtre/Public), matière sonore dans le cas présent.

Dragage 00 est, selon le feuillet explicatif, une expérimentation sur le rapport au son d'une nouvelle dramaturgie.

Et pourtant, les personnages traditionnels, la fable (parce que fable il y a) cherchent désespérément à surgir mais sont entravés par les actions des comédiens et musiciens qui agissent en performeurs. L'espace décrit plus haut n'est pas fictif mais, je réitère ma position!, performatif. Le (non-)jeu qui en découle est, en quelques sortes, captivant... Quand sont-ils le plus présents? Qu'est-ce que leur présence? Interprètes ou techniciens? Le glissement de l'un à l'autre est constant: l'environnement sonore doit se créer et impose un système hétéroclite qui demande beaucoup de manipulation. Dans ce cas-ci (et on m'excusera ici de reprendre les mots et tournures de D. Couty) le rapport entre le son et le texte est oui un rapport de complémentarité, de concurrence et de conflit... mais la question se poserait à savoir si ce n'est pas davantage un rapport de soumission ou de prééminence... et, par radicalisme de ma part, qu'une tentative de phagocytage de la convention?

Du coup, l'action - les actions concrètes! - est peut-être trop présente, stimule peut-être aussi trop l'oeil qui, contrairement à ce que dit Mervant-Roux, manque à son écoute. La manipulation sonore telle que mentionnée se confond avec la sollicitation visuelle (par les déplacements, les gestes, les accessoires) et perd de son importance au profit de la scène, de l'objet lui-même.

Cette question du son (domaine dans lequel je suis parfaitement débutant dans ma propre démarche, n'ayant pas encore été convaincu de sa réelle place) pousse ainsi, avec Dragage 00 de grandes pistes de réflexions...

Ce sont là mes premières impressions.

mercredi 14 janvier 2009

Julian Beck et le Living Theater

Voici une petite vidéo d'extraits de Paradise Now du Living Theater (qui doit dater des années 60...), compagnie emblématique de la création collective, du théâtre politique, de la performativité théâtrale:

La liberté théâtrale

Le théâtre est exigent et j'imagine que la plupart de ses artisans se sentent parfois pris au piège... bien que vu de l'extérieur, cet art permet à qui le fait de vivre en toute liberté (euphémisme pour dire ne fait rien et que ce qu'il veut). Extrait d'un article d'Igor Ovadis paru en 1999 dans l'Annuaire Théâtral #25 dans lequel il traite de cette liberté théâtrale (l'acteur peut être remplacé par n'importe lequel autre métier de la scène...):

Pourquoi, dans une école de théâtre, donner l'illusion d'une liberté particulière et abstraite qui n'existe pas et qui ne peut exister dans la profession d'acteur? Je ne dis pas qu'il n'y a pas de liberté dans cette profession, j'irais plutôt jusqu'à dire que, sans liberté, la profession d'acteur n'existe pas. Il faut donc définir ici ce qu'on entend par liberté. La liberté, ce n'est pas l'anarchie. La liberté, c'est aimer et vouloir ce qui est nécessaire pour soi. C'est la possibilité de choisir. En choisissant librement la profession d'acteur, on se condamne à des exigences difficiles et déterminées, et plus ces exigences viennent de nous, plus on est libre. La liberté n'est pas donnée, il faut la prendre. Durant les années de formation, il faut apprendre à être libre dans la non-liberté totale de la profession. La liberté sur la scène, si étrange que cela paraisse, est la joie de la dépendance: la dépendance à l'égard de l'objectif, du partenaire, de la mise en scène, de l'analyse et du texte qu'il faut porter jusqu'au spectateur. Mais ce n'est pas la dépendance vis-à-vis du spectateur, au contraire, c'est plutôt un pouvoir sur lui. Et un pouvoir sur soi-même. Ce n'est pas non plus de la relaxation, c'est la maîtrise consciente de la tension. La liberté est le résultat d'une victoire sur les obstacles, et réussir donne la sensation d'être libre, la sensation de ses propres forces et de la croyance en soi-même; la sensation qu'il y a encore du chemin à parcourir avant d'atteindre ses propres limites...

mardi 13 janvier 2009

Dixit Fabrice Luchini


Si je fais du théâtre,
c'est pour passer un moment
de pure exigence d'intelligence,
de drôlerie et de vérité.

(Petite citation de Fabrice Luchini - du 29 décembre dernier! - qu'on m'a fait parvenir)

Rendez-vous Théâtre

(http://www.moulindesgondrillers.fr/theatre.htm)

Le 21 janvier prochain (soit mercredi de la semaine prochaine!) aura lieu le premier Rendez-vous Théâtre, une initiative conjointe du Théâtre C.R.I. et du Théâtre 100 Masques.

Pour l'occasion, les compagnies professionnelles de la région ont répondu à l'appel: tous les directeurs artistiques de celles-ci (Les amis de chiffon, La Rubrique, les Têtes Heureuses, le Théâtre C.R.I., le Théâtre 100 Masques, le Théâtre du Faux-Coffre, la Tortue Noire, le Théâtre Mic Mac) pour une soirée de rencontre avec le public. Une brève présentation de chacun des organismes sera suivie d'une table ronde animée par Jean-Paul Quéinnec (avec questions du public).

Cet événement permettra à qui aime les arts dramatiques de brosser un portrait exhaustif du milieu théâtral d'ici, d'en dégager les mandats artistiques et les dynamiques. Peut-être trouverons-nous les réponses aux questions suivantes: quelles sont les spécificités du milieu saguenéen? quel avenir pour le théâtre d'ici? y a-t-il trop d'offres pour la demande?

Le tout aura lieu au Petit Théâtre de l'UQAC à compter de 19h. L'entrée est gratuite... et plus il y aura de gens dans la salle, plus la discussion pourra être stimulante!

lundi 12 janvier 2009

Petite relation chicagoenne

Vue de Chicago du haut de la Sears Tower
Photographie: moi-même


Quoi dire de Chicago... Magnifique, grandiose, monumental, spectaculaire. Oui. Spectaculaire. C'est carrément l'urbanité qui se met en scène. Chicago est une ville d'architecture. C'est (ce fut...) la ville de l'avant-garde pour cet art. Et parmi cette merveille qui se déploie sur chaque rue, le théâtre... mais - réglons la question tout de suite! - je n'ai vu aucun spectacle!

Le Chicago Theater District
Photographie: moi-même

Le théâtre - du moins, pour la période où j'y étais et pour ce que j'en ai vu - est principalement (à première vue, dirais-je) comédie musicale... Outre un Hamlet au Shakespeare Theater (photo ci-dessous), je n'ai pas trouvé beaucoup dans les journaux et les revues d'autres expériences plus dramatiques... Ce sont plutôt (selon la chronique Theatre du Chicago Tribune) les Mary Poppins, Grease, Wicked, Xanadu, Jersey's Boys, Dirty Dancing, Miss Saïgon, Po Boy Tango et The Screwtape Letters qui tiennent le haut du pavé... et c'est fort cher. Par ailleurs, les (grands) théâtres (les bâtisses, du moins), sont regroupés principalement au centre du Loop, le quartier qu'on pourrait considérer comme le centre-ville... dans le Broadway de Chicago: le Chicago Theater District (encadré sur le trottoir par des plaques comme celle plus haut...)... qui reçoit, par ailleurs, des productions new-yorkaises. Parmi ces institutions qui illuminent la nuit citadine, le Chicago est devenu un incontournable... surtout depuis son passage dans le film du même nom réalisé par Rob Marshall.

Le Chicago Theatre
Photographie: moi-même

Le Shakespeare Theater (Navy Pier)
Photographie: moi-même

Mais j'y reviens... Si Chicago n'a pas été une destination de prime abord théâtrale, le théâtre (disons ma conception du théâtre!) fut stimulée par un architecte omniprésent dans cette ville: l'emblématique Frank Lloyd Wright... et ses prairie houses (dont celle photographiée ci-bas dans Oak Park qui en est un bel exemple).

Par une synthèse peut-être grossière, sa philosophie fondamentale pourrait s'inscrire de la sorte (et là j'y trouve matière à développer sur la scène et le théâtre): l'espace n'est pas construit par des cloisons mais par la façon qu'on y habite... Bref, le décor ne fait pas la pièce, ce sont les acteurs qui la détermine. Dans cet idéal, qui ne cherche pas spécialement à imiter la nature, la forme des parties la maison doit découler de leur(s) fonction(s), mais en même temps forme et fonction ne doivent faire qu'un (Wikipédia).

C'est tout... le reste demeure souvenirs... Je reviens au théâtre.

Ajout au calendrier précédent

Juste une petite note pour vous informer que ce vendredi-ci, le 16 janvier 2009, à 9h15, Jérémie Desbiens (Nono, Parents et amis sont invités à y assister) et Alexandre Larouche (La Cerisaie, La Noël de Gruntilda) prendront part aux auditions du Collège Lionel-Groulx pour y étudier en septembre prochain. (La semaine prochaine, ce sera, si j'ai bien compris, le temps des auditions pour l'École Nationale de Théâtre et pour le Conservatoire de Québec.)

Meilleure des chances à eux!
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Dans le même ordre d'idées, je crois que Valérie Tremblay (Trois femmes descendent vers la mer) et Émilie Bouchard-Jean (Nono, Le Déluge après) tenteront également leurs chances pour une ou l'autre de ces institutions...

Une semaine de théâtre en 2009

Bon, ça y est, je suis de retour! C'est donc par ce calendrier hebdomadaire que je reprends la place... le reste viendra plus tard.

De mercredi à vendredi (14 au 16 janvier 2009)
Studio-théâtre de l'UQAC
19h30
Un projet de Jean-Paul Quéinnec (voir le communiqué suivant), professeur de théâtre au B.I.A.

Préliminaires pour une recherche à plus long terme en création et en interprétation, DRAGAGE 00 interroge le lien entre l’écriture sonore et l’écriture scénique, pour expérimenter une nouvelle dramaturgie et manipulation du son au théâtre.

Une démarche dans laquelle étudiants au baccalauréat et à la maîtrise en art de l’UQAC, (théâtre, arts plastiques et arts numériques) et artistes professionnels sont partie prenante.

Équipe / Jeu et Son : Janine Fortin, Élaine Juteau, Josée Laporte, Luis Felipe Ortega Gil, Guillaume Ouellet, Kevin Sauvageau - Lumière : Alexandre Nadeau - Archivage : Patricia Brière - Consultant : Carol Dallaire - Texte et Mise en scène : Jean-Paul Quéinnec

Résumé de la pièce : Cette pièce traite du flux de migrants toujours dans l’en-cours de leurs déplacements. Des récits s’emboîtent et se retournent sur eux-mêmes. Du naufrage de boat-peoples à la vie de noyés sous l’eau, on assiste à l’arrivée de quatre immigrants sur une terre du nord étrangère. Pendant un moment, l’action se déroule sur un lac gelé où tout paraît possible pour se refaire. Mais le lac finit par se briser.

L'intention Dans une perspective interdisciplinaire, nous cherchons sur scène à ce que la manipulation de « corps sonores » (du logiciel à l’instrument, de l’objet usuel à la voix de l’acteur) et la projection du texte provoquent un déplacement de compétences (et de hiérarchie) entre l’auteur, le metteur en scène, l’acteur et le concepteur sonore. Cette présentation c'est aussi impliquer le spectateur dans le mouvement expérimental. Cet « œil qui écoute » (Mervant-Roux) influe tout autant dans la recherche et la création de ces écritures théâtrales.

Et voilà... ce n'est qu'un début!

mercredi 31 décembre 2008

De retour le 10 janvier!


À tous, je souhaite une très bonne et merveilleuse année 2009 emplie de théâtre, de projets et de subventions!!! Bon, la paix sur la terre serait tout aussi justifiée... mais ça sort du cadre de mon blogue...

Pour ma part, je pars vers Chicago pour quelques jours... avec, au retour, une multitude de visites à raconter!

BONNE ANNÉE 2009!!!

De retour le 10 janvier (du moins, je l'espère bien!)...

lundi 29 décembre 2008

Tremblements de terre théâtral...

Deux nouvelles d'importance sont venues ébranler le monde théâtral mondial en cette fin d'année 2008.

Caricature de Peter Brook trouvée sur ce site.

Il y a, tout d'abord, l'annonce par Peter Brook de son départ prochain de la direction des Bouffes-du-Nord à Paris, véritable institution théâtrale contemporaine. (Vous pouvez lire cet article pour plus de détails.) Importance parce que pour qui souhaite faire des études théâtrales, il y a comme un passage obligé par ce praticien-théoricien qui laissera sa marque avec des titres d'essais comme L'espace vide ou Points de suspension...

Harold Pinter dans La dernière bande de Beckett en 2006
(pièce qui a d'ailleurs été présentée ici, à Jonquière, par la Rubrique,
avec Gabriel Gascon dans le rôle titre)


Par ailleurs, tout récemment, est décédé Harold Pinter, l'un des grands dramaturges (et acteur...anglais) de son époque, récipiendaire du prix Nobel de littérature en 2005. (Voici un article concernant cette nouvelle.) Il y a quelques années, en 2001 ou en 2002, dans le cadre des Séries Cartes Blanches des Têtes Heureuses, Sophie Larouche avait mis en scène L'Amant de cet auteur, avec Éric Laprise et Sonia Desmeules (et moi, qui jouait un laitier!). Dans quelques semaines, Pinter sera, en quelques sortes, de retour sur la scène régionale avec la présention de Le Retour, une production du TNM, dans une mise en scène de Yves Desgagné.

Souhaits pour 2009


La période des Fêtes bat son plein... alors je profite de cette accalmie pour replonger un instant dans ce blogue pour offrir mes souhaits pour l'année qui vient!

Pour le Théâtre 100 Masques: la consolidation et le développement!
Pour les Têtes Heureuses: idem, si on l'on peut dire!
Pour la Rubrique: du succès avec leur nouvelle production et en tournée!
Pour les Amis de Chiffon: idem, si l'on peut dire aussi!
Pour le Faux Coffre: la poursuite de leur folie!
Pour le C.R.I.: un développement à la mesure de son potentiel!
Pour le Mic-Mac: du plaisir avec leur production annuelle!
Pour les étudiants du B.I.A.: de l'intérêt et de la curiosité!
Pour Jean-Paul Quéinnec: de l'entrain et de l'enthousiasme!
Pour Alexandre Nadeau: tout plein de projets, même si...!
Pour Jérémie Desbiens et Alexandre Larouche: de bonnes auditions!
Pour tous les autres artisans: du succès et des projets!
Pour le Théâtre du Saguenay: un auditorium... zzz zzz zzz!
Pour les journalistes culturels: de l'espace!
Pour le Voir SLSJ: idem!
Pour le milieu culturel en général: du courage et de la détermination!
Et de l'argent!!!!!!!!!!!!!!!

Peut-être les nuages s'accumulent-ils à l'horizon, mais bon...



Bonne année 2009!