mardi 8 septembre 2009

Le Théâtre Pauvre...


Une vérité tirée des Réflexions du Comédien, un essai de Louis Jouvet paru en 1941 aux Éditions Americ=Edit. Une vérité, un état de fait...

Le but de la vie humaine n'est pas de s'enrichir. J'ai senti s'éclairer en moi une notion nouvelle de la pauvreté; comme une finale et radieuse explication de la mission des hommes de notre époque. Marqué d'un signe, ou d'un destin, que je n'avais pas aperçu jusqu'ici, mon métier m'est apparu sous un aspect nouveau, et sous le double masque de Thalie et de Melpomène, le Théâtre a pris soudain le visage de la Pauvreté. Une pauvreté souriante, triste, ironique; mais définitivement consolante.

Le Théâtre est un métier pauvre; c'est peut-être là sa grandeur. Oui, son principe, sa justification sont la pauvreté.

En 68 ans, la chose ne s'est guère améliorée...

lundi 7 septembre 2009

Diagnostic: attention chers comédiens!


En parcourant le Dictionnaire de la bêtise et des erreurs de jugement de Guy Bechtel et Jean-Claude Carrière paru en 1965, je suis tombé sur un article fort intéressant et ô combien surprenant... Non seulement le théâtre est-il honni et dangereux pour l'âme selon de nombreux Pères de l'Église, mais encore est-il tout aussi menaçant pour le corps! Mais grâce à J. Puthod et son essai, La Vérité (1874), nous sommes désormais avertis!

Si les acteurs sont si souvent malades et s'ils meurent de bonne heure, cela provient de ce que sur la scène où ils jouent, ils reçoivent tous les rayons ou fluides différents des personnes qui les regardent. Cette concentration de rayons sur la personne qui est le point de mire a pour résultat de pénétrer dans son sang et de l'affaiblir en le décomposant. Si les acteurs ont besoin de se précautionner de ces accidents, ils n'auront qu'à se frotter les parties du corps avec une pommade ou une huile adoptées pour amortir les fluides électriques, comme les gladiateurs dans les temps jadis avant qu'ils aillent combattre.

dimanche 6 septembre 2009

Refus d'absolution aux comédiens... en 1842

Le Triomphe de la mort, Pierre Brueghel

Encore un autre coup de semonce contre le théâtre... mais cette fois, je délaisse les Pères de l'Église pour faire place à un auteur un peu plus récent, Mgr Bouvier, et à son ouvrage paru en 1842, Le Manuel des confesseurs (cité dans le Dictionnaire de la bêtise, édité chez Laffont en 1965)... Et le théâtre devient encore un mal à combattre (et dire que cette même Église se pare d'oripeaux tout aussi théâtral et n'est, en somme, que la répétition d'un drame toujours repris):

On ne peut cependant pas ordinairement excuser de péché mortel ceux qui composent ou représentent sur le théâtre des comédies ou des tragédies même peu obscènes, parce que le danger est inséparable de ce genre de divertissement et qu'il en résulte le scandale pour autrui. C'est pour cette raison que le concile d'Arles, tenu en 314, par son canon 5, prononce l'excommunication contre les acteurs et les actrices qui ont été jusqu'ici, au moins en France, regardés comme des êtres infâmes; aussi les sacrements de l'Église ne leur sont-ils pas administrés, même à l'article de la mort, à moins qu'ils ne fassent la promesse de renoncer à leur profession... C'est pourquoi je n'accorderais pas l'absolution aux acteurs et aux actrices, même à l'article de la mort, à moins qu'ils ne promettent de renoncer à leur profession.

La semaine théâtrale (du 6 au 12 septembre 2009)


Cette semaine (ou plutôt, la fin de cette semaine!) devrait se placer sous le tout nouveau logo de ManiGanses... qui présentera son Entre-Deux... car hors de cet événement, durant quelques jours, rien d'autre.

De vendredi à dimanche - du 11 au 13 septembre 2009
Un peu partout au Saguenay - heures diverses

Voilà donc l'événement... pour prendre connaissance des activités, cliquer ici alors que pour consulter l'horaire complet (Ou complète? J'avoue avoir un problème structurel avec le mot horaire...), cliquer sur le lien qui suit. En gros, des spectacles - dont Dragage de Jean-Paul Quéinnec présenté vendredi à 13h au Petit Théâtre de l'UQAC, Les Trois cheveux d'or des Amis de Chiffon, Le Salon Automate de et avec Nathalie Claude (Momentum) présenté samedi à 20h à la salle Pierrette Gaudreault, -, des tables rondes, des conférences... et le spectacle Entre-Vue, samedi soir, au Côté-Cour, qui démontrera tout le savoir faire de 5 équipes de deux comédiens qui referont chacune, par la marionnette, une scène de cinéma selon les contraintes données par le public la veille lors de l'ouverture... et je devrais en être.

Voilà. Je crois que c'est tout... et c'est déjà beaucoup!

samedi 5 septembre 2009

Meierhold... un documentaire (en espagnol?)

Voici, l'intégral en 5 parties d'un documentaire sur Meyerhold... malheureusement en espagnol (du moins, je pense...). Malgré la langue et le fait que les images soient mauvaises, on y voit une succession fascinante de photographies et d'images vidéos de cette période intense russe (entre 1900 et 1938):





vendredi 4 septembre 2009

Frilosité culturelle

Je transcris ici des extraits d'une critique théâtrale parue hier (jeudi, le 3 septembre) dans Le Devoir, sous la plume d'Alexandre Cadieux. Pas tant pour le spectacle dont il est question, Letter two/Lettre No 2 de et avec Tony Nardi (qui, vu son caractère apparemment expérimental, ne se promènera guère en province...), mais plutôt pour le sujet abordé qui trouvera écho à plusieurs de mes billets antérieurs de même qu'à plusieurs réflexions déjà faites dans d'autres médias:


Selon Tony Nardi, il y a quelque chose de pourri au royaume du théâtre en ce pays. Devant l'ignorance crasse de certains critiques et la complaisance d'un milieu souvent plus motivé par la protection de ses acquis et l'obtention de prix prestigieux que par la création artistique et la rencontre d'un public, l'acteur canadien d'origine calabraise a pris la plume, tel Martin Luther devant les vendeurs d'indulgences.
[...]

Le bouillant interprète offre aux spectateurs une grinçante plongée dans les coulisses, où règne souvent la frilosité et où subsiste un bon vieux fond d'asservissement culturel face à l'Angleterre (NdA: on parle ici de Toronto... mais ça s'applique bien ici...). [...]

Le propos de la production va bien au-delà du théâtre: le comédien dénonce avec l'énergie du désespoir tout consensus paralysant qui masque une situation que nul n'ose dénoncer, par paresse ou par crainte de représailles. Les insatisfactions et doutes fondés ne viennent pas nourrir les échanges, mais plutôt les messes basses, les petites condamnations privées, le silence gêné.

[...] Le coup de gueule de Nardi [...] peut rappeler les tentatives récentes des dramaturges Évelyne de la Chenelière et Olivier Choinière de susciter un tel débat dans l'espace public, par un article pour l'une et par une lettre ouverte pour l'autre. Deux essais courageux qui ont récolté de nombreux mais discrets hochements de tête approbateurs, mais un maigre nombre de réponses articulées. [...]

Voilà. Que de redites, il me semble... et pourtant, rien ne change vraiment...

N.B.: On peut aussi lire la critique (et du contenu de cette pièce) de Yves Rousseau sur son blogue, Le Quatrième...)

Question de choix...


Je ferai, pour la quatrième année d'affilée, la mise en scène pour Mine de Rien, la troupe de théâtre amateure de l'UQAC... soit depuis la fondation de cette entité par le Services aux Étudiants. Encore une nouvelle aventure avec ces étudiants venus d'autres concentrations (et où il y a parfois de belles rencontres) après La Cantatrice Chauve de Ionesco (2006), Cinémassacre de Boris Vian (2007) et De l'amour et des griffes à partir des Boulingrin Courteline (2008).

Les répétitions débutent le samedi, 20 septembre... Mais voilà... Que monterons-nous? Là est la question. Quel répertoire? Pour l'instant, il y a 4 inscriptions... et un vide dans mes idées.

jeudi 3 septembre 2009

Pourvu que l'on suive le courant des règles de l'art...

Tiens...

Hydro-Québec aura, à compter du 8 septembre, une nouvelle politique d'octroi de dons et commandites... Qu'est-ce que ça signifiera pour nous (le milieu culturel)? Nous l'ignorons... pour le moment, rien ne semble bouger.

Acteurocentrisme

Pour faire suite au billet du 1er septembre (Passage de mon mémoire...) portant sur l'importance du corps au théâtre et, par conséquent, de l'acteur, voici une description du travail, de la pensée de Jacques Copeau par le même Henri Ghéon (qui en soit ne me plaît guère par son essai, L'art du théâtre qui est quelque peu biaisé et faussé par le temps...) dans l'oeuvre précédemment cité, à la page 169. Cette conception du théâtre peut fort bien se rapprocher de celle que j'aimerais bien mettre en pratique:


Une évidence se posait à lui (NdA: à Copeau): la primauté essentielle de l'acteur, cheville ouvrière du drame, délégué vivant de l'auteur, instrument et incarnation de son dessein. Tout par l'acteur, tout pour l'acteur; le reste est superfluité, mensonge. Il dépouilla de ses oripeaux le théâtre et, sur fond de rideaux gris, demanda au jeu de tout dire, de tout exprimer, de tout suggérer.

Voilà, en grandes lignes, ce que mon néo-maniérisme meyerholdien devraît prêcher!

mercredi 2 septembre 2009

De la scène à la littérature...

Lu dans L'Art du théâtre (p.23) de Henri Ghéon publié en 1944... ce petit extrait assez concis et explicite sur la nature même du théâtre:


Ni Eschyle, ni Shakespeare, ni Sophocle, ni Calderon n'ont écrit leurs drames pour la lecture, mais pour la scène et une certaine scène, pour le public et un cerain public, pour une réalisation immédiate et, avouons-le, passagère. À quelques siècles de distance, en dépit de la plus sûre tradition et des documents les moins contestables, nous n'imaginons même pas la façon dont la Champmeslé ou la Du Parc interprétait Racine. Les plus habiles reconstitutions qu'on nous propose sur la scène ne sont, ne peuvent être que transpositions. Quel rapport, dites-moi, entre l'Antigone authentique du théâtre de Dionysos et l'Antigone académique de la Comédie Française, même au temps où Mounet-Sully et Julia Bartet l'animaient de leur génie propre? Le «dessin au crayon noir» d'après Sophocle que nous présente Jean Cocteau en dépouillant le drame original de son vêtement lyrique ne transpose pas davantage. Ce que fut la vraie Antigone, nous ne le saurons donc jamais, ni la Passion de Gréban, ni Othello, ni Phèdre, ni le Misanthrope. Du dessein concerté de ceux qui les conçurent et les animèrent, il nous reste le texte, le squelette, l'épure admirable sans doute, que le livre nous a transmis. Devenu matière classique, matière d'explication dans les manuels, dans les classes, et plaisir secret de quelques lettrés, le théâtre est entré dans la «littérature»... Or, si le théâtre a sa place, considéré dans ses plus hautes formes, parmi les genres littéraires et les genres littéraires supérieurs, il est, je le répète, un genre littéraire à part et il déborde étrangement de l'écrit. S'il ne le déborde, il n'est point, ayant perdu sa principale raison d'être, ou, si l'on veut, il n'est plus qu'à demi. Car, seul de son espèce - avec l'éloquence peut-être - il mène en fait deux existences, et dans le livre, et hors du livre. Il renoncerait plutôt à celle-là qu'à celle-ci et plutôt cesserait d'être littéraire que d'être scénique. Nous l'étudions sur des textes: eh bien! le texte n'est pas tout.

mardi 1 septembre 2009

Passage de mon mémoire...


Le mot latin corpus, déjà définit la dimension physique du
corps humain, en opposition avec l'âme, principe vital: le
corps est donc d'abord matière.
M. Corvin, Dictionnaire encyclopédique du théâtre

Si tous les éléments constituant le théâtre servent la théâtralité, il en est un, pourtant, qui lui est fondamental...

Le théâtre se veut un art vivant. Qui dit vivant dit homme (utilisé ici, bien sûr, à titre épicène) et qui dit homme finit inéluctablement par dire corps. Sans corps (acteur ou marionnette), il ne reste qu'une scène, une installation.

Le corps instaure le souffle et le dynamisme qui font vivre le monde engendré par les divers éléments scéniques. Il est, comme l'affirme Patrice Pavis, au centre de la mise en scène et il tend à ramener à lui le reste de la représentation (L'Analyse du spectacle, p.53). C'est lui qui devra assumer, qui devra porter l'esthétique choisie; c'est lui qui prendra en main l'essor de la mise en scène et sa cohérence. C'est dire aussi qu'il devra s'y soumettre, se théâtraliser lui-même, quitter le quotidien pour entrer dans le champ de l'Art.

D'où mon intérêt pour le corps marqué, le corps chorégraphié, le corps mécanique.

Les ateliers de l'automne du Théâtre 100 Masques

Le Théâtre 100 Masques reprendra bientôt ses ateliers réguliers de formation théâtrale. La session d'automne 2009 se déroulera du 14 septembre au 16 décembre. Trois groupes seront composés selon les paramètres suivants: groupe Éveil (7 à 9 ans), groupe Expression (10 à 14 ans) et groupe Élite (15 ans et plus). Les thèmes de la session sont:

· Le groupe Éveil découvrira différents métiers reliés au théâtre (auteur, metteur en scène, costumier, accessoiriste, scénographe) par la production d'un petit spectacle sous forme de création collective sous la direction de Johanna Lochon, étudiante à la maîtrise en art de l’UQAC et comédienne professionnelle.
Lundis soirs, de 18h30 à 20h00, 150,00$/session

· Le groupe Expression aura l’opportunité de créer un spectacle théâtral inspiré du gumboot (danse percussive) sous la direction de Jonathan Boies, comédien, danseur et directeur de la compagnie de danse percussive Racines.
Mercredis soirs, de 18h30 à 20h30, 175,00$/session

· Le groupe Élite explorera les différentes possibilités d’expression du corps du comédien par le biais du mime et de l’expression corporelle sous la direction de Jean-Sébastien Savard, spécialiste de l’improvisation.
Mardis soirs, de 18h30 à 21h, 200,00$/session
(Noter que cette session s’étend sur dix semaines au lieu de treize)

Les ateliers ont lieu au Centre des Arts et de la Culture (Salle Marguerite-Tellier), situé au 200, rue Hôtel-de-Ville, Saguenay (arrondissement Chicoutimi).