mardi 29 septembre 2009

Théâtre et iconoclastie


Voilà une définition du théâtre qui me plaît bien... en fait, il ne s'agit pas d'une définition, mais plutôt d'un objectif du théâtre:

Le mot théâtre résonne vraiment de façon la plus inattendue et la plus éloignée. Pour moi c'est un mot qui passe et repasse par un autre mot moins connu, mais non moins fascinant, un mot du patrimoine byzantin et inflexible: «iconoclastie». Le théâtre, et chaque forme d'art qui ne se mesure pas à sa propre possibilité, factuelle, de ne pas y être, ne m'intéresse pas.

Cette citation vient de Romeo Castellucci... dans Les Pèlerins de la matière (p.99), essai publié aux Solitaires Intempestifs en 2001.

lundi 28 septembre 2009

Une région en deuil

Je viens d'apprendre la triste nouvelle: monsieur Ghislain Bouchard est décédé la nuit dernière, à l'âge de 77 ans. Il fut l'instigateur des grands spectacles, dont le plus connu demeurera sans doute La fabuleuse histoire d'un Royaume (puis suivra Le Tour du monde de Jos Maquillon et La tournée folle du Grand-Brûlé). Au cours des dernières années, je l'ai rencontré pour les productions Huit femmes et L'Opéra de quat'sous...

Un caractère bouillonnant... avec qui j'ai eu beaucoup de plaisir.

Mes sympathies à toute sa famille et ses amis proches qui ont tenu le théâtre à bout de bras durant des décennies.

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Décès d'un grand bâtisseur (JF Caron, Voir)
Un bâtisseur nous quitte (D. Pelletier, Spécial du jour)

Pour une définition de l'acteur contemporain...

Belle petite définition de l'acteur (osons le mot!) post-dramatique tirée de la description du travail de Romeo Castelluci sur Giulio Cesare de Shakespeare (1998) avec des corps stigmatisés... car bien que fort spécifique, ces quelques lignes peuvent donner une bonne idée de la place de ce corps, de cet acteur dans le théâtre contemporain, l'avant-garde contemporaine:



(vidéo faite par la Societas Raffaello Sanzio, cie de Castelluci)

L'acteur, quant à lui, exposé à des regards stigmatisants, est réduit à son seul corps. Le rôle, le personnage, la personne même, disparaissent et le corps stigmatisé s'avance seul sur scène. L'acteur n'est plus alors une personne en scène pour représenter le personnage; il n'est plus une personne sociale, civile, il est un corps, et corps ne désigne «que sa seule présence dans une auto-deixis» (Lehmann, 2002: 264) tant, parfois, la focalisation sur le stigmate et l'horreur qu'il génère peuvent être grande.
Bénédicte Boisson, Annuaire Théâtral no.37, Le Théâtre ou l'exhibition du monstre


dimanche 27 septembre 2009

L'offre et la demande


Tiré de la chronique de Nathalie Petrowsky, Ça manque à ma culture, La Presse, samedi 26 septembre 2009:

Mais en même temps que Brault [Simon Brault, directeur de l'École Nationale du Théâtre qui vient de faire paraître Le Facteur C] se réjouit de l'effervescence culturelle, affirmant au passage que désormais l'avenir passe par la culture, il s'inquiète aussi. Un peu de la surabondance de la production artistique et beaucoup de la demande, pour ne pas dire du déclin de la demande. Car une vie culturelle ne peut être en santé, épanouie et pertinente que si elle répond à une demande. Or au Québec, nous avons beaucoup développé l'offre et un brin négligé la demande, convaincus que les oeuvres intéresseraient les gens parce qu'elles existaient et que les salles se rempliraient d'elles-mêmes tout simplement parce qu'elles avaient quelque chose à offrir. Malheureusement, le public ne répond pas toujours à l'appel.

C'est fou comme ce petit paragraphe peut être appliquer pratiquement mot pour mot au contexte culturel d'ici!

La semaine théâtrale (27 sept. au 3 octobre 2009)

Ce vendredi-ci sera assez conséquent pour qui aime le théâtre...

Vendredi - 2 octobre 2009
Centre des Congrès (Holiday Inn), Jonquière, 11h45-12h45


Dans le cadre du Salon du Livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean (du jeudi 1er octobre au dimanche 4 octobre... programmation officielle ici), assistez (Place Québécor) à une table ronde présentée par le Théâtre La Rubrique et animée par Monsieur Pierre-Paul Legendre. Sous le thème L'évolution de l'acteur dans le théâtre québécois, entendez ces trois hommes qui n'ont plus besoin de présentation: Messieurs Albert Millaire, Jean-Rock Gaudreault et Michel Tremblay. Gratuit.

Vendredi - 2 octobre 2009
Théâtre Palace d'Arvida, 20h

ProDucSon présente Femme de rêve (admission 40$, membre 37$), une production de Les Amis de Claude... Heurtez votre manière de percevoir l’âme sœur avec la pièce Femme de rêve, en compagnie de Martin Drainville, Luc Guérin, Nathalie Mallette a travers un récit invraisemblable où l’Être idéal se transforme en Méphistophélès.Se cacherait-il, derrière votre vision de la femme parfaite, le ferment d’un cul-de-sac amoureux, voire l’enfer?

Vendredi - 2 octobre 2009
Auditorium d'Alma, 20h

L'Auditorium d'Alma présente Matroni et moi, dans une mise en scène de l'auteur, Alexis Martin... avec Émilie Bibeau, Gary Boudreault, Pierre Lebeau, François Létourneau et Jacques L'heureux.

samedi 26 septembre 2009

Moi, je vote pour...

Tiens, tiens... surprise: le projet de nouvelle salle de spectacle à Saguenay s'immisce définitivement dans la campagne électorale municipale! Qui l'eût cru?

Cette semaine, le 25 septembre, Le Quotidien titrait Salle de spectacles: le coût atteindrait 40 millions de dollars... Le rapport attendu pour la fin du mois de septembre ne sera déposé qu'à la fin d'octobre, mais déjà, on prévoit (encore là, surprise!) que le projet de construction au centre-ville coûtera bien cher (solidification du terrain!, relocalisation des stationnements, construction à proprement parlé). Heureusement, le maire de la place affirme qu'il ne fera pas de ce sujet un enjeu électoral...

Qu'à cela ne tienne, Michel Potvin, candidat opposant aux bonnes vues du dirigeant ci-haut nommé déclare, dans l'édition de ce matin, qu'il construira une salle de spectacle au centre-ville de Chicoutimi, sur la zone ferroviaire, avec l'enveloppe de 12,5M$ prévue pour l'Auditorium Dufour.

Dans peu de temps, il est fort probable que le tourniquet des annonces diverses, des projections toutes aussi dissemblables les unes des autres, reprendra... Pourquoi donc faut-il que ce sujet soit si compliqué?

En coulisses

Gravure de Charles Coypel (1694-1572).

Questionnements matinal sur l'usage du terme coulisses et de son origine...

Le mot vient de coulisser, glisser: c'est l'endroit réservé, de chaque côté de la scène, au rangement des éléments de décor qui coulissent le long des rainures aménagées à cet effet. C'est aussi le lieu où les acteurs attendent avant de faire leur entrée et où ils retournent à leur sortie. L'accès des coulisses est interdit à toute personne - même du théâtre - n'ayant rien à y faire. [...] Le mot s'écrit au pluriel, puisqu'il y a deux coulisses. Mais il peut, tout aussi bien, s'employer au singulier dans des expressions telles que: regarder en coulisse ou faire les yeux en coulisse, qui se réfèrent à la place des coulisses, sur le côté; dans la coulisse, qui évoque le secret des coulisses.
A. Pierron, Le Théâtre, ses métiers, son langage, 1994

Enfin, la définition un peu plus scientifique de Michel Corvin dans son Dictionnaire encyclopédique du théâtre (1998):

Ce mot témoigne exemplairement de la rhétorique de la langue théâtrale. À l'origine, et littéralement, une coulisse est un support ayant une rainure le long de laquelle une pièce mobile peut glisser. Elle contribue à la définition de la scena ductilis (scène coulissante). Désignant d'abord la glissière, elle s'affecte ensuite au châssis géométral qu'elle supporte; puis à l'espace masqué par le châssis, par lequel l'acteur entre; enfin aux parties lattérales de la scène où se trouvent, invisibles, acteurs et techniciens. Ainsi passe-t-on du plein au vide, de la cause à l'effet, du décor à son envers, pour aboutir au sens usuel aujourd'hui de côté caché, de coin secret.

jeudi 24 septembre 2009

Le théâtre et autres maux...

Caricature d'un exploiteur. Aujourd'hui, 1894. Lithographie couleur,
par Théophile Alexandre Steinlein
reproduite dans Le Chambard socialiste illustré n° 15 du 24 mars 1894

J'invite fortement les gens à lire et/ou à voir la sortie remarquée de Serge Lapierre, directeur technique de la Rubrique et scénographe de son état, sur l'exploitation des artistes en région.

Au Téléjournal de ce soir... sur ce lien (autour de la 6ième minute)
Sur le blogue du Voir (accompagné du billet de J-F Caron)... sur ce lien

Le théâtre et autres mots...

MADAME, 2006 (sur la photo: Marie Villeneuve et Alexandre Larouche)
Photographie: si je ne m'abuse, la photo est de Jean-François Caron, non?


Je m'ennuie un peu de l'écriture théâtrale... du plaisir d'aligner des mots sur une page avec le je des sonorités propres à la parole... Le plaisir de créer des personnages. J'aime les longues narrations, la prolixité, la performance de l'interprète. En ce sens, parmi mes oeuvrettes, j'apprécie particulièrement ces morceaux théorico-dramatiques du personnage principal qui débutaient chacun des tableaux de MADAME petites fables excessives et irrévérencieuses pour égocentrisme d'actrice écrit en 2005:


Le théâtre.
Règne de l’archétype et de la norme.
Dans ce monde contrefait, cette allégorie où la cohérence emprunte les détours parfois sinueux de l’intrigue et de la fable, s’exalte la continuelle emprise de la convention.
Avec elle, la femme, personnage mythique de cette aire de jeu.
Construite à même un système de codes sémiotiques issu des lubies d’un auteur en quête de créativité, elle n’est, au fond, que le docile pantin de désirs extérieurs aux siens.
Interprète d’une chorégraphie plastique et machinale.
Elle tient le cap.
Délicate, malgré sa prestance spectaculaire, pâle reflet d’un prétexte parsemé d’entrelignes et d’un temps en expansion.
Le pétillement et la maîtrise de son jeu vous renvoient à l’implacable et imminente putrescence…
Le temps a passé.
Le germe bubonique de son défunt mari – suprême partage d’un hymen souffreteux! – se combine désormais à la hargne qui l’enfièvre pour lui faire traverser le fleuve antique qui la sépare de la catastrophe.
Son vêtement, alourdi par ses fluides et par une hygiène rendue inutile, se fait dernier refuge.
Quant à sa demeure, métaphore de son angoisse existentielle, elle se réduit, à présent, à une cave sombre et sordide.
Le lustre n’est plus qu’ampoule chaotique de laquelle surgit difficilement une lumière blafarde.
Le mobilier s’est volatilisé au profit d’un désert de moisissures et de cloportes grouillants à chaque coin de ces catacombes domiciliaires.
Entre deux protubérances rocheuses attifées de mousses et de champignons suintant un rebutant liquide brunâtre, la femme regarde avec dédain, deux rats goulus se disputant les décombres posthumes du cuisinier.
Laissant une jambe derrière elle, mue par une impulsion subite de possessivité envers cette viande vétuste, elle s’abat de tout son long dans cette mare sanguinolente, poussant un cri rageur, à la grande confusion des deux rongeurs en fuite.

Et ainsi de suite...

mercredi 23 septembre 2009

Le singulier Noël de Mme Weiss... [Carnet de notes]

Maryline Renaud (Mme Weiss) dans La Noël de Gruntilda II-La Nativité
Théâtre 100 Masques, décembre 2008
Photographie: Dario Larouche

C'est ce matin que débute, par une première rencontre de travail, la production du prochain (et troisième!) spectacle de Noël du Théâtre 100 Masques, Le singulier Noël de Mme Weiss.

Sur la trame de La petite fille aux allumettes, Marilyne Renaud (l'interprète du personnage) et moi établirons et des variantes, et des numéros, et l'ordre de ceux-ci, et les possibilités des rebondissements par le biais des deux autres personnages incarnés par Jessyka Maltais-Jean (Beatrice) et Patrick Simard (le petit pauvre).

Par son pathétisme originel (Mme Weiss faisait partie de la distribution de Nono et représentait la vieille maîtresse dont on se débarrasse) et son hystérie caractérielle, le personnage permet, confrontée à la manipulation émotive, le cynisme et la mauvaise foi de l'autre vieille fille (Beatrice étant la belle-mère type de La Serva Amorosa présentée en 2004), de créer de belles situations propices aux rires et à l'ironie.

Car là est le but de ce spectacle: revoir les thèmes principaux (l'amour, la joie, le partage, la fête) et les traditions (les cartes de Noël, les cantiques, la crèche); faire de l'humour parfois (et très souvent!) noir; explorer, finalement, le dialogue entre la salle et la scène dans le rire...

Les idées commencent déjà à poindre et promettent déjà beaucoup de plaisir dans le travail!

Des nouvelles plus tard en saison...

mardi 22 septembre 2009

Nostalgie...


Ce soir, j'ai retrouvé mon tout premier blogue (au début de juillet 2007) intitulé, à l'époque, Les clapotis d'un Yoyo - les hauts et les bas de ma subjectivité et son contraire... Que de temps et que de mots depuis... Ce qui me rappelle cette étrangeté: le présent blogue appelé Les Clapotis d'un Yoyo II est, en fait, mon troisième espace... le véritable second ayant disparu en août 2008...

Qu'on se le tienne pour dit!

Némirovitch-Dantchenko et Stanislawski

Tout ce qui trouble la vie créatrice du théâtre est un crime.

Retard, paresse, caprice, crise de nerfs, mauvais caractère, rôle mal su, obligation de répéter deux fois la même chose: tout cela nuit au travail et doit être banni.


Ces mots (tirés du Protocole du Théâtre d'Art accessible à tous) sont de Stanislawski et de Némirovitch-Dantchenko et datent de 1898. C'est en ces termes qu'ils décrivent l'exigence du théâtre, la rigueur de l'interprète, l'investissement de tous...

Les choses n'ont guère changées depuis... et ce qui était vrai à l'époque l'est encore aujourd'hui.. et, personnellement, je les endosse totalement.

En début de répétition, j'exige un certain nombre de choses: ponctualité, curiosité, capacité de propositions et, surtout, l'apprentissage rapide (souvent avant même de commencer le travail concrètement) du texte. Sur ce dernier point, Meyerhold (encore...) affirmait - et je le paraphrase parce que je n'ai pas le temps de chercher la référence exacte... - que faire répéter un texte à la main était aussi risqué que de faire marcher un funambuliste aveugle sur un fil de fer mouvant...