dimanche 9 octobre 2011

Au théâtre, cette semaine! (du 9 au 15 octobre 2011)

Image trouvée sur ce site.

À ma connaissance, ce sera une bien petite semaine théâtrale sur le territoire régional alors qu'aucune production ne prend l'affiche ou poursuit sa série de représentations.

Bon. En même temps, trois compagnies s'activent - le Théâtre C.R.I. en collaboration avec le Théâtre À Bout Portant, de même que les Têtes Heureuses - afin d'arriver, d'ici quelques semaines, avec de nouveaux spectacles.

En attendant, c'est le calme plat.

samedi 8 octobre 2011

«Le Bain»


Un processus de création centré sur la présence du comédien [...] en ancrant le jeu sur la structure du texte et de l'espace, en confrontant la présence et l'absence, le vide et le plein [...]. C'est la recherche (telle que définit dans le programme) à laquelle nous convie Erika Brisson dans la présentation de son projet de fin de maîtrise, Le Bain de Jean-Luc Lagarce.

L'ambition est grande, la notion de présence étant intangible et insaisissable. Pour les uns, il s'agit là d'une simple question de concentration. Pour d'autres, c'en est une d'énergie, d'intensité. Il y a aussi le fait d'être visible. Mais toujours une constante: être là.

Après une ouverture filmique où un corps nu (celui de la comédienne) se déploie dans l'eau, la représentation commence.

Un corps. Calme. Maitrisé. Et une voix. Une voix blanche comme le dirait Claude Régy.

Broyant le récit (de trois pages à l'origine... qui sera trituré, recomposé, répété) par une diction omniprésente et saccadée, elle impose un rapport matériel au texte, un rapport de physicalité. Le texte devient un espace sonore avant d'être une fiction. Une écriture au lieu d'être une parole. Une organisation rythmique.

Avec du public sur les quatre côtés de la scène, la comédienne propose un jeu proche de la neutralité. Jeu parce que somme toute état non-naturel, construit, encadré par une mise en espace. Jeu parce que choix. Le choix d'une théâtralité plus performative qu'illustrative. Une théâtralité (dans le sens définit par Patrice Pavis: faculté de changer l'échelle et de suggérer et de fabriquer le réel avec la voix) qui ne passe pas par une représentation mais par une mise en présence. Être là.

Son corps est là, oui. Mais sans impulsion. Mais dans le noir. Mais hors de l'aire de jeu . Toujours visible mais sans rien donner à voir. Ou si peu. Un corps porteur. Porteur de cette voix. Une présence sonore. La prononciation est artificielle et les mots claquent.

Parallèlement à ce travail, un autre corps s'inscrit lui aussi dans l'espace: celui d'un corps-évocateur. Le corps du danseur Jean-Philippe Sisla. Un autre type de présence. Le lien entre les deux interprètes sera très rarement physique. L'évocation de l'un se conjuguera avec l'énonciation de l'autre et vice-versa, sans pour autant qu'il y ait illustration.

Dans cette friction (ou plutôt, en regard de ce que je viens de dire, cette co-présence), ce récit d'adieu d'une femme à son amoureux se dégage d'une certaine incarnation pour laisser la place à une forme qui, ayant acquis en cours de représentation une certaine force d'impact, atteindra le spectateur.

En bout de ligne, l'expérience académique est-elle concluante?

Probablement. Le résultat est intéressant. La double performance est justifiable. Pour le reste (la réponse à la piste de recherche) il faudrait - ceci étant dit comme tout travail de maîtrise - avoir accès à l'essai qui accompagne l'œuvre pour bien saisir la quête et les différents moyens mis en place. Être plus à même d'en débattre et de juger de l'efficacité de la proposition.

Chose certaine, la réflexion s'ouvre et en ce sens, il s'agit là d'un élément essentiel à ce type de présentation.
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Il reste encore une représentation, ce soir, à 20h, au Petit-Théâtre de l'UQAC.




vendredi 7 octobre 2011

Pour une hygiène de vie théâtrale...


En répétitions, de même que lors des représentations, les locaux utilisés - salles, loges, ateliers - deviennent vite bordélique. Malgré les demandes répétées - «Ramassez vos accessoires et vos costumes», «remettez tout en place à la fin de la séance de travail», «faites laver le plancher si possible», etc - tout finit toujours par devenir poussiéreux. À chaque fois (bon, je généralise un peu... mais sans être trop loin de la réalité), un élément se perd... et souvent à quelques minutes du début de la représentation.

Bref, à la rigueur de l'interprète, il faudrait instaurer systématiquement celle de l'entretien ménager... comme le soulignait aussi Evgueny Bagrationovitch Vakhtangov (ou de son nom en russe, Евгений Багратионович Вахтангов) dans les premières années du XXième siècle...

Aimez la scène! Plus que vous n'aimez votre intérieur, vos chambres et vos logements! Veillez à sa propreté! Embauchez spécialement quelqu'un chargé de la laver trois fois par jour: le matin après les répétitions, le soir avant et après le spectacle. Veillez à ce que les décors sur la scène soient rangés en bon ordre, à la manière dont les châssis sont suspendus. Si la peinture de la toile de fond ne se dégradai pas! Un jour viendra où on la remplacera par des paysages de lumière, et alors la propreté s'alliera à la technique. Un jour viendra où pas un clou ne restera des dizaines d'années dans le plancher de la scène. Les décors tiendront à l'aide de dispositifs spéciaux, sur ventouses en caoutchouc, ils s'en iront sans bruit en haut, en bas, sous la scène. L'éclairage sera disposé de telle manière qu'il ne gênera pas les décors, ni ces derniers l'éclairage [...].

Pour la référence, il faut savoir que cette citation vient de nouveau de l'immense brique L'Art du théâtre de Odette Aslan...

jeudi 6 octobre 2011

Planches théâtrales

Surfant sur le web, j'ai virtuellement rencontré M. Bertrand Daine, belge comédien de son état (vous trouverez ici son profil)... comédien et aussi dessinateur! Je publie donc sur mon blogue (avec son aimable autorisation), une série de planches qu'il a faites, destinées à Cour et Jardin, qui se trouvent sur son site Mes dessins, mes rôles, ma vie. En cliquant sur celles-ci, elles devraient apparaître (sauf la première) dans un plus large format...

Ses dessins rappelleront sans doute - au-delà de leur côté moqueur et ironique - des souvenirs à certains...

...sur les accidents qui obligent à revoir sur le champ les dispositions scéniques...
... sur le sens de la fraternité théâtrale...
...sur l'intransigeance de metteurs en scène...
...sur les entourloupettes pour avoir quelqu'un...
...sur les problèmes des projets avec trop de chefs...
...sur les moments embarrassants qui arrivent parfois.

mercredi 5 octobre 2011

Comme une main sur l'épaule.


Entrer dans une salle pendant qu'un acteur joue,
c'est poser une main sur l'épaule d'un homme
qui est en train de dessiner.


Quelle belle citation (de Sacha Guitry... dont l'œuvre entière et l'esprit m'intéressent beaucoup) pour faire suite au billet d'hier. L'image est forte. Encouragement ou encombrement?

mardi 4 octobre 2011

Ah! Ce public...


Accourus de tous les points de l'horizon, ils vont devenir une chair unique. Ils s'asseyent les uns près des autres et s'apprêtent à communier dans le plaisir, dans l'ennui ou dans le ressentiment. [Dès lors] le péril est partout: un spectateur tousse, un fauteuil grince et cent personnes alentour perdent la parole essentielle qui leur donnai la clé du drame. Jamais l'œuvre d'art, qui est, dans son essence, ordre, rigueur, construction délicate, ne fut à plus rude épreuve... De toute les productions de l'esprit, l'œuvre théâtrale est la plus fragile et la plus brillante, la plus glorieuse et la plus humiliée.

Cette belle description du public peut encore, même si elle a été écrite en 1926 par Georges Duhamel (un poète et romancier français), s'appliquer à nos assistances d'aujourd'hui...

lundi 3 octobre 2011

Un site web pour la Chaire...


La Chaire de recherche-création du Canada pour une nouvelle dramaturgie sonore au théâtre (sise à l'UQAC et dirigée par Jean-Paul Quéinnec) a lancé son site web il y a quelques semaines. Ce sera là le bon outil pour se tenir au courant des projets passés, en cours et à venir tout en prenant connaissance des questionnements, des réflexions, des voies suivies et des hypothèses de départ qui sous-tendent chacun des chantiers, des études, des laboratoires.

Ce site web (réalisé principalement, si je ne m'abuse, par Élaine Juteau et Andréanne Giguère) peut-être consulté ici et sera intégré à la liste des organismes théâtraux régionaux qui se trouvent dans la colonne à gauche de ce blogue.

Suivi du premier «Forum sur le théâtre au SLSJ»


Le premier Forum sur le théâtre au SLSJ se poursuit, en quelque sorte, avec la mise sur pied (lors de la dernière rencontre du groupe de compétence en théâtre du CRC) de différents comités pour prendre à charge le développement de quelques enjeux qui ont été ciblés en juin dernier (qu'on peut retrouver ici). Il s'agit, d'une certaine manière, d'un plan d'action.

Trois comités pour trois enjeux qui répondent, en fait, à deux grands supers-objectifs:
  • STRUCTURER, CONCERTER ET RENFORCER LES LIENS DU MILIEU THÉÂTRAL RÉGIONAL (SLSJ);
  • FAIRE CONNAÎTRE ET RECONNAÎTRE LE THÉÂTRE D’ICI ET SES ARTISANS.

Les moyens qui seront pris seront (et c'est pour chacun de ces points que des comités s'organisent présentement):
  • Mettre en place une structure pour donner une vitrine à la relève (à l’exemple de Premier Acte, des Cartes blanches des Têtes heureuses, des auditions du Quat’Sous). – priorité no. 2 au forum 2011

  • Identifier des moyens pour harmoniser le calendrier des productions régionales afin de mettre en place une véritable saison théâtrale. – priorité no. 6, forum 2011

  • Mettre en place un service de mise en commun des ressources pour le milieu artistique & culturel : support à l’organisation, l’administration ou la comptabilité (inspiré du modèle de l’Annexe à Québec). – priorité no. 7 au forum 2011.
Le suivi des comités de travail se fera, d'une part, lors des rencontres du groupe de compétence au CRC et, d'autre part, lors du second Forum (en formule réduite d'une demie-journée où seront donné le compte-rendu de chacun des comités et les résultats et où ne sera abordé qu'un ou deux sujet d'importance ciblé par sondage préalable) qui se tiendra en juin prochain. Le même comité que l'an dernier prendra à charge son organisation.

dimanche 2 octobre 2011

Au théâtre, cette semaine! (du 2 au 8 octobre 2011)


Image tirée de l'ouvrage cité dans le billet d'hier.

Nouveau petit survol sur les activités théâtrales de cette nouvelle petite semaine qui débute aujourd'hui... aujourd'hui étant aussi le dernier jour du Salon du Livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de cette édition (quasi fantôme!) des Journées de la culture.

Jeudi à samedi - 6 au 8 octobre 2011
Petit Théâtre (UQAC), 20h

Erika Brisson termine sa maîtrise en art en présentant son projet de fin d'études (sur la présence de l'interprète), Le Bain de Jean-Luc Lagarce où elle interprète le seul rôle de la pièce (avec, cependant, une autre présence sur scène, celle du danseur Jean-Philippe Sisla), dans une mise en scène d'Élaine Juteau. Le Bain, c'est le récit d'un adieu à l'être cher qui se meurt.

Jeudi - 6 octobre 2011
Salle Pierrette-Gaudreault (Jonq.), 20h

La Rubrique reçoit Au champ de mars, une production du Théâtre de la Manufacture sur un texte de Pierre-Michel Tremblay et une mise en scène de Michel Monty. Éric, un jeune soldat de retour d’Afghanistan, est en état de choc post-traumatique. Il consulte une psychiatre, Rachel, qui souffre pour sa part de fatigue de compassion. Pour se changer les idées, elle s’inscrit à un cours de clarinette et découvre que son professeur est un extrémiste pacifiste. Rachel met Éric en contact avec Marco, un réalisateur de films à succès en burn-out qui rêve de faire un grand film de guerre en s’inspirant de l’histoire d’Éric. Et puis, il y a aussi un certain sergent, plutôt envahissant, qui s’immisce dans la vie d’Éric quand bon lui semble... Ce résumé omet un détail important: il s'agit là d'une comédie satirique comme ce Tremblay peut le faire.

Vendredi - 7 octobre 2011
Théâtre Palace (Arvida), 20h

Diffusion Saguenay reçoit (et offre à un coût d'entrée de 44$...) Motel des Brumes: Dans le brouillard marin du Bas-St-Laurent, une légende fait son chemin. On raconte que d’étranges phénomènes se produisent dans un motel niché sur le bord d’une falaise. Dans les embruns du fleuve surgissent des ombres, on y entend des voix. Préparez-vous à entrer dans un monde fantastique, un endroit où tout peut arriver, où les objets disparaissent sous vos yeux, où d’étranges personnages font leur apparition. Préparez-vous à entrer dans de nouvelles dimensions, du jamais vu au théâtre, là où se mélangent humour et émotion, avec une touche spectaculaire de magie. Préparez-vous à entrer au seul et unique Motel des Brumes. Il s'agit là, si je me fie à mes recherches, d'une production du Théâtre de l'hirondelle sur un texte de Jacques Diamant et une mise en scène d'André Robitaille (avec, notamment, Pauline Martin).
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Selon mes connaissances, c'est tout. Mais si jamais j'oublie quelque chose, on peut le faire savoir via les commentaires.

samedi 1 octobre 2011

Déjà, les critiques...



Cette définition de la (et du!) critique théâtrale pourrait avoir été écrite de nos jours... et semble relater une situation qui prévaut aujourd'hui: la mutation de la critique en compte-rendu; la rapidité avec laquelle doivent être écrits ceux-ci; le manque de profondeur, d'analyse; etc.

Pourtant, ce petit extrait est tiré du Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s'y rattachent d'Arthur Pougin... en 1885.



En cliquant sur la page titre du livre, on se retrouve sur sa numérisation par Google Book

Décidément, il est de ces éléments du théâtre qui deviennent désespérants dans leur immobilité dans le temps...

vendredi 30 septembre 2011

Quand s'arrête le travail d'un metteur en scène?


La question m'a été posée, de façon plus personnelle, sur mon opinion, il y a quelques jours, par une collaboratrice à venir. Pour ma part, j'estime que ce travail ne se termine pas avec la première mais, au contraire, s'amplifie jusqu'à la dernière... et même au-delà. Parce qu'à mon avis, chaque metteur en scène a l'obligation morale de revenir sur sa production dans une analyse rigoureuse et franche.

Feuilletant de nouveau dans les Écrits sur le théâtre (tome II, p.279) de Meyerhold (que ferais-je sans lui...), je viens de tomber sur ce passage qui répond de même:

Le metteur en scène a construit le spectacle; cette construction terminée, il se retire d'ordinairement pour se reposer, il considère son travail comme achevé. Nikolaï Nikolaïevitch Evreïnov [...] disait toujours: «Tout ce que je demande, c'est de mener le spectacle jusqu'à la première, et après, je ne mets plus du tout les pieds au théâtre.» Cela a éveillé mon intérêt. Pourquoi fuit-il ainsi la suite de son travail? Pourquoi ne reste-t-il pas au théâtre et ne considère-t-il pas que son travail, au fond, ne fait que commencer? Il répond: «C'est que quand je pars, part avec moi, en ma personne, un chef d'orchestre. Comme je ne peux pas diriger effectivement mon spectacle, rester ne servirait qu'à me rendre malheureux. Car je verrais mon projet initial s'éparpiller peu à peu aux quatre vents.»

[...] Qu'un metteur en scène considère son travail comme achevé dès la première représentation, voilà qui est dangereux. Car, pour le metteur en scène, la partie la plus importante de son travail commence quand il tient compte de la salle pour laquelle il construit son spectacle.

C'est un travail très compliqué. La modification de certains détails de la construction, la prise en compte du temps et celle des réactions de la salle, l'état dans lequel se trouve l'acteur sur scène, les sérieux ennuis qu'amènent parfois des jeux de scène construits de façon peu commode pour l'acteur, tout ce qui se révèle surtout lors des représentations et non pas aux répétitions - autant d'éléments qu'il faut prendre en considération et dont il faut tenir une sorte de relevé.

jeudi 29 septembre 2011

«Il faut qu'une porte...»... [Carnet de mise en scène]


Après la reprise de La Défonce, au Théâtre Mic Mac (enfin, à Mont-Laurier et aussi à Orsay... il est si bon de le dire!), je m'apprête à remettre en chantier, reprendre les répétitions de ce qui fut, il y a six ans, mon projet de fin de maîtrise en vue de sorties... Un travail stimulant parce que mûri. Un travail approfondi sur de nouvelles bases, de nouvelles réflexions, de nouvelles connaissances.

Il s'agit d'une version démonstrative d'Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée d'après Alfred de Musset définissant un certain type de jeu (à partir de Meyerhold... quelle surprise!) . Une petite pièce en un acte... ou plutôt, un proverbe dramatique. Tout le texte originel a été nettoyé de ses accents romantiques, historiques, de sa dentelle stylistique pour ne garder qu'une mécanique de valse-hésitation, de duel verbal entre deux personnages dépersonnalisés. Un texte amusant sur la superficialité de l'amour, sa futilité et son aveuglement...

Cette reprise se fera sous l'égide du Théâtre 100 Masques (avec quelques représentations tout au cours du travail...) avec essentiellement la même équipe réduite qu'à l'époque: Isabelle Boivin et Marc-André Perrier.

LA FEMME
[...]Qu’est-ce que signifie cette chose-là : faire la cour à une femme ?

L’HOMME
Cela signifie que cette femme vous plaît, et qu’on est bien aise de le lui dire.

LA FEMME
Et cette femme, cela lui plaît-il, à elle, de vous plaire ? Vous me trouvez jolie, je suppose, et cela vous amuse de m’en faire part. Eh bien, après ? Qu’est-ce que cela prouve ? Est-ce une raison pour que je vous aime ? La belle manière de se faire aimer que de venir se planter devant une femme, de la regarder des pieds à la tête, comme une poupée dans un étalage, et de lui dire bien agréablement : Madame, je vous trouve charmante ! Joignez à cela quelques phrases bien fades, et un cornet de bonbons, voilà pourtant ce qu’on appelle faire la cour. Cela me met en colère quand j’y pense.

L’HOMME
Il n’y a pourtant pas de quoi se fâcher.

LA FEMME

Ma foi, si. Il faut supposer à une femme une tête bien vide et un grand fonds de sottise, pour se figurer qu’on la charme avec de pareils ingrédients. Il me semble, en vérité, que, si j’étais homme et si je voyais une jolie femme, je me dirais : Voilà une pauvre créature qui doit être bien assommée de compliments ; je l’épargnerais, j’aurais pitié d’elle, et, si je voulais essayer de lui plaire, je lui ferais l’honneur de lui parler d’autre chose que de son malheureux visage. Mais non, toujours : « vous êtes jolie, » et puis « vous êtes jolie », et encore jolie. Eh ! mon Dieu, je le sais bien.


L’HOMME
Eh bien ! madame, vous êtes charmante, prenez-le comme vous voudrez.
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Voici la description concrète de ce spectacle qui a fait l'objet de l'essai (qu'on peut lire en suivant ce lien) et qui servira de matière première au travail à venir...

Écrite en 1848 par Alfred de Musset, la pièce en un acte Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée est, en fait un proverbe dramatique. Cette forme particulière n'était, à ses débuts au XVIIIième siècle, qu'un divertissement de salon, où les acteurs se prêtaient au jeu de faire deviner aux spectateurs le proverbe qu'illustrait l'intrigue. Musset a su, en son temps, faire évoluer le genre et en faire de petites pièces brèves, calculées suivant une mécanique interne forte que supportaient le texte et ses tribulations. Presque un prélude aux vaudevilles qui suivirent.

Cette pièce raconte (du moins dans la forme scénique dont il est ici question) la rencontre orageuse entre une marquise blasée et un comte entreprenant. S'ensuit un huis clos tendu, véritable duel de conceptions amoureuses, entre glace et feu, où chaque mot risque de tout faire éclater et où chaque rapprochement ne se fait qu'en fonction de mieux cibler l'autre. C'est une «valse-confrontation » entre départs fracassants et retours inopinés. Esquisse caricaturale de l'indifférence, de l'insistance et/ou de l'opportunisme qui déterminent parfois les échanges interpersonnels.

La pièce, d'une vingtaine de minutes, est jouée sur un plateau central, carré (360cm x 360cm) et surélevé (105cm). Noir, celui-ci ne supporte qu'un seul accessoire : un cube noir servant de banc (60cm x 60cm x 120cm). Les costumes des personnages, simples, sont également noirs. Quatre sources lumineuses seulement éclairent la scène. Le public est libre de circuler tout autour de l'aire de jeu.

À noter qu'une première ébauche de la production a été présentée devant public les 8 et 9 décembre 2004 au Studio-Théâtre de l'UQAC, avant d'être présentée dans sa forme finale les 15-16 et 17 mars 2005, toujours au même endroit.