vendredi 25 mai 2012

L'angoisse du calendrier


Les choses se placent et se précisent... et peu à peu, mon agenda se noircit de projets. En fait, à partir disons de ce moment même... je me lance dans une course de fond sur une longue échéance (jusqu'en décembre 2013) où s'aligneront les projets d'envergure et mes activités régulières (notamment celles inhérentes au Théâtre 100 Masques et à mon doctorat).

La chose qui me stresse le plus, dans la vie, est d'être soumis à un calendrier. Je m'y prête volontiers sur une courte période, mais une si longue échéance m'angoisse terriblement. J'ai l'impression de perdre un peu le contrôle, même si, paradoxalement, c'est tout le contraire qui se produit (un sur-contrôle du planning de travail)! Ça a quelque chose de contraignant et de moins grisant - façon de parler - que le vide.

Bon. J'ai quand même le temps de voir venir les choses... et si les projets qui sont sur la table reçoivent toutes des réponses positives (il en reste deux sur quatre à confirmer), j'ajusterai les autres obligations en conséquence.

jeudi 24 mai 2012

Le serpent




Dans la pièce Les Mentons bleus: scène de la vie de cabots de Georges Courteline (une saynète qui décrit avec férocité comique le milieu du bas théâtre fait par des comédiens obscurs et sans envergure), un personnage, Rapéteaux, grand comédien de son état (selon lui), offre un rôle à un homme insistant, M. Réfléchi, un rôle dans la prochaine pièce, un serpent.

M. RÉFLÉCHI - Quel serpent?

RAPÉTEAUX - C'est un rôle muet. On reste assis derrière la coulisse. Ça consiste à se mettre à plat ventre, et  à passer le bras sous le décor, après l'avoir fourré dans une peau d'anguille. Alors on agite comme ça, et puis comme ça. De la salle on dirait un serpent.

Ce que je peux aimer les textes de Courteline! Et voilà un rôle à ma mesure... moi qui suis si fluide du bras!

mercredi 23 mai 2012

En route vers le second «Forum sur le théâtre au Saguenay-Lac-Saint-Jean»


C'est jeudi, le 21 juin prochain, en après-midi (de 13h à 17h... suivi d'un 5 à 7), que se tiendra le second Forum sur le théâtre au Saguenay-Lac-Saint-Jean (suite à un consensus - tant sur la durée que sur le moment de l'année - établi lors du premier de l'an dernier).

Comme l'an passé, tous les artisans du milieu théâtral - professionnels, amateurs, étudiants, professeurs, Saguenéens, Jeannois, auteurs, concepteurs, metteurs en scène, comédiens, directeurs artistiques, les compagnies, les collectifs, etc - y sont conviés pour échanger (parce qu'il s'agit là d'un espace d'échanges important!) et discuter autour d'enjeux importants.

Cette année, le sujet retenu (donné ici à titre informatif; un document plus complet et plus étayé parviendra sous peu à tous) concerne un sujet précis: la constitution possible d'une véritable saison théâtrale régionale. Après avoir eu un aperçu des projets pour 2012-2013 (donné par chacune des directions de compagnies), le milieu sera invité à échanger sur les moyens possibles pour faire une promotion concertée, pour développer les publics, pour faire circuler les informations, sur d'autres mécanismes à mettre en place éventuellement (comme des auditions, un botin?). Ce sera là l'occasion pour chacun de connaître ce qui s'en vient, de savoir où offrir ses services, d'avoir conscience des trous qui parsèment le calendrier en cas de nouveaux projets, etc.

L'exercice ne peut qu'être intéressant qui peut déboucher sur de nouvelles avenues. Chose certaine, il posera au moins deux questions d'importance: quelle ligne directrice peut-on dégager d'une telle saison?quelle image peut-on se donner comme milieu?

Un seul sujet aux multiples possibilités! Il en va de la dynamique et de l'efficacité du milieu théâtral régional (et ça vaut le coup! et ça porte des fruits!). Plus il y aura de participants et le plus le bouillonnement se fera intense et porteur de nouveaux points de départ.

Alors, à tous les théâtreux et théâtreuses, restez attentifs aux envois qui se feront bientôt et manifestez-vous lorsque vous serez sollicités (via le Conseil régional de la Culture)!

mardi 22 mai 2012

Un prix (peut-être deux!) pour le Mic Mac!

L'information m'est passée entre les mains, il y a quelques temps déjà et je m'étais dit que j'y reviendrais... ce que je fais ce matin!

Lors du prochain Gala des Arlequins 2012 qui se tiendra le 2 juin prochain (sous l'égide de la Fédération Québécoise du Théâtre Amateur), le Théâtre Mic Mac a été sélectionné pour être le récipiendaire, cette année, du Prix Hommage Guy-Beaulne soulignant leur longévité et leurs actions théâtrales au fil du temps. Un prix amplement mérité au vu de l'importance de cette troupe robervaloise dans le paysage culturel de la région.

 
À noter également qu'au cours de ce même gala, Ursule Garneau sera mise en nomination dans la catégorie Meilleure comédienne pour son rôle (difficile parce que sur un autre mode que le mode burlesque des autres personnages) de Monique dans la production La Visite dont j'ai signé la mise en scène en avril 2011. Bonne chance à elle!

Le Théâtre Mic Mac est un habitué de cet événement... ayant remporté en 2008 les prix de Meilleure comédienne (Céline Gagnon - Les Reines) et de Meilleure production 2007 (Les Reines); en 2009, Meilleure scénographie (Christian Roberge - Le rire de la mer) et en 2011, le coup de cœur du jury (La Défonce) en plus d'avoir, au cours de ces années, cumulé de nombreuses autres nominations.


lundi 21 mai 2012

D'où vient le «rôle»?


 Dans le bouquin (un peu forcé) que je lis sur Shakespeare (dont il était question là), l'auteur donne, en page 332, sa version - probablement juste... comme tant d'autres versions... - de l'étymologie du mot rôle. Comme je ne m'étais jamais posé de questions sur le sujet auparavant, l'anecdote n'en est que plus intéressante...

Shakespeare avait certainement vu la première pièce sur Hamlet, et probablement plus d'une fois. Il est fort possible qu'il l'ai jouée, auquel cas il aurait eu en sa possession le rouleau de bandes de papier collées ensemble sur lesquelles étaient inscrites ses répliques et les indications concernant ses entrées et ses sorties de scène. De façon générale, les acteurs élisabéthains ne possédaient que leur propre rouleau (roll) - d'où provient le mot «rôle» - et pas le texte complet; il était trop dispendieux de le copier en entier, et les compagnies théâtrales hésitaient à laisser leurs scénarios circuler librement.

Ça me semble très plausible. Ainsi donc, le «rôle» provient d'une tentative d'économies...

Du répertoire comme champ de bataille


J'aime bien puiser dans le répertoire - il y a tant de textes, de styles, de formes méconnus! - pour préparer une production. Puiser dans le répertoire - de l'Antiquité à l'absurde, du Moyen-Âge au théâtre bourgeois du XIXième siècle - pour trouver celui qui parle le plus à un public d'aujourd'hui.

Pourquoi alors ne pas privilégier une écriture beaucoup plus contemporaine - québécoise de surcroît! - pour établir ce dialogue? Certains me reprocheront peut-être ce choix (ou l'ont déjà fait).

D'une part, se frotter à de telles œuvres comporte quelque chose de grisant. Par la diversité des contextes de création qu'elles ont subi. Par la diversité des contenus parfois surprenant (comme, par exemple, toute la paillardise des textes antiques). Par la diversité des styles d'écritures qui sont à la source de nombreuses autres variantes par la suite. Par la diversités des productions qui se sont enchaînées au fil du temps. Par la diversité des points de vue qui tirent tout autant de points de fuite. Par cette multiplicité des possibilités.

Malgré des exhortations à plonger dans un répertoire du présent, je crois, très sincèrement, à l'importance de remettre encore et toujours à l'affiche ces morceaux qui pourrait ou devenir des pièces de lecture (mettant de côté leur essence théâtrale) ou pire, sombrer dans l'oubli comme tant d'autres que nous ne connaîtront jamais... sans pour autant tomber dans l'archéologie théâtrale.

D'autre part,  je trouve qu'un texte qui réussit à parler d'aujourd'hui malgré un important décalage socio-historico-artistique est fascinant. Plus ce décalage est grand, plus l'effet est saisissant. Cette transcendance me passionne et je trouve que cet écho du passé acquiert une résonance sans commune mesure avec, disons, un texte actuel sur le même sujet.

Voilà un peu la philosophie qui guide mes choix... en signifiant qu'il ne s'agit pourtant pas d'un rejet de ce qui se fait de nos jours alors que j'aime bien, également, cette nouvelle écriture en mouvance, fragmentaire, torturée qui comporte de nombreux défis et s'ouvre comme un autre vaste champ de bataille...

samedi 19 mai 2012

«Le Souffleur» de Reggiani


Tiens... Je ne connaissais pas cette chanson de Serge Reggiani, Le Souffleur, qui raconte (les paroles sont de Claude Lemesle) la vie et les envies de cet être dans le trou, s'oubliant au service des autres, de la scène. Un métier du théâtre en voie de disparition mais que je trouve fascinant! Et cette chanson-là dépeint un personnage fabuleux... pris dans entre son rêve et sa réalité. L'ombre de l'autre. La mémoire de l'autre.



J'aime bien ces chansons sur le théâtre... et j'aime bien la voix de ce chanteur qui fut aussi (et d'abord) un grand comédien.

jeudi 17 mai 2012

Du critique dramatique... (tiens... il reste encore des choses à dire?)

 Image illustrant le 40ième numéro de la revue JEU, La critique théâtrale dans tous ses états

Le sujet reste l'un de mes préféré parce qu'essentiel. Un sujet dont on ne fait jamais complètement le tour... et dont de nombreux éléments semblent toujours manquant dans notre milieu (encore plus défavorisé, à ce chapitre, que celui qui anime les grands centres). 

La présente définition est celle du Dictionnaire de la langue du Théâtre d'Agniès Pierron... qui pose une question importante: à qui doit incomber la tâche de critique sinon le peuple lui-même? Et si c'était lui, le public, qui ne fait plus sa job?

Le critique dramatique rend compte d'un spectacle. Son jugement importe au public comme à l'équipe artistique. On peut déplorer qu'il se contente, souvent, du résumé de la pièce, de quelques lignes sur l'auteur et d'une distributions de bons et de mauvais points, en passant à côté de l'essentiel: l'évanescence même de l'acte scénique, qui pourrait être mise en mots.

Mais, peut-être, n'est-ce pas là sa fonction. Ce que semble confirmer l'étymologie du mot. Les anciens Grecs, au moment des concours, nommaient des juges qui décidaient de la victoire des candidats et étaient chargés d'imposer silence au public. Ils étaient munis de baguettes, ce qui leur avait valu le nom de mastigonomes ou critoe, d'où est venu le mot «critique». Malgré les efforts de ces sortes de commissaires de police, les spectateurs manifestaient bruyamment leur approbation ou leur mécontentement. Les uns lançaient de cris de joie en sautant sur leur siège; les autres battaient des mains en secouant leur tunique. En dernière instance, c'est le public  le seul juge; ne parle-t-on pas de son «verdict»? Mais, qu'est le public d'autrefois devenu?

Et vlan.

mercredi 16 mai 2012

«Le directeur de théâtre» par Pierre Aucaigne

Numéro déjanté d'un humoriste français...



mardi 15 mai 2012

Un personnage d'occasion...


Je l'ai déjà affirmé quelque part dans un de mes nombreux billets et je le réaffirme de nouveau: l'un des ouvrages les plus intéressants à lire, à mon sens, est L'Éternel Éphémère de Daniel Mesguish, un auteur, metteur en scène et comédien français. Ce petit livre renferme une multitude de petits passages savoureux, d'aphorismes, de citations éclairs... comme celle-ci, qui est très belle:

La première n'a pas eu lieu. Pas de personnage sans la répétition. Un personnage n'est jamais «propre», n'est jamais neuf - et cela, même le jour de la «première» d'une création mondiale -; il est toujours d'«occasion».

Intéressant comme point de vue. Toute création théâtrale est précédée de tout un travail... qui fait du personnage, de la voix, de la figure, un miroir, un écho de celui-ci...

lundi 14 mai 2012

«La Marmite» [Carnet de production]

Ah! L'envie me tenaille alors que les répétitions officielles débutent présentement dans la salle Marguerite-Tellier du Centre des arts et de la culture...

L'envie de me colletailler avec ce texte de La Marmite qui, malgré son âge deux fois millénaire, renferme une truculence merveilleuse... qui résonne encore plus après l'avoir entendue de la bouche des deux comédiennes en préparation au travail (donc, en italienne...). L'envie de mettre en scène ces personnages loufoques - dans la présente scène, il s'agit d'un homme riche et de sa soeur qui discutent de mariage - dans cet esprit si caractéristique au genre antique... grivois et paillard. L'envie de rires et de divaguer dans cet espace...

Il s'agit là de l'envie (loin d'être malsaine!) du créateur en moi devant un objet en construction! Une envie qu'il fait bon cultiver... surtout que ce projet est entre bonnes mains avec cette équipe de comédiennes et leur metteure en scène! 

Et une envie qui sera tout de même satisfaite puisque j'ai à charge les éléments esthétiques avec ma propre équipe... en plus de demeurer quand même (et là, il me faut bientôt circonscrire les limites de la tâches!) directeur artistique de cette production...

Une envie, donc, sans regret et sans remord... plus stimulante qu'autre chose!

J'ai bon espoir d'avoir, cet été, un spectacle surprenant et franchement très drôle! Aux spectateurs, maintenant, d'oser le rire antique!


dimanche 13 mai 2012

De vent...

L'ouvrage Pratique pour fabriquer scènes et machines de théâtre par Nicola Sabbatinni (que le peut retrouver sur Google Books) est l'un des plus fascinant à lire... Écrit au XVIIième siècle, ce petit traité de scénographie - parce que c'en est un! - ouvre tout un monde de considérations matérielles et trucs... surannés mais fabuleux! Règne du bois et du craquement!

Comme celui-ci pour faire du vent (et que plusieurs ont déjà sûrement expérimenté de façon intuitive quand ils avaient un bâton, un tuyau, ou une branche dans les mains):


Devant cette lecture, devant cette ingéniosité, devant ce florilège qui passe d'un effet à l'autre (du ciel qui se couvre de nuage à la représentation de l'enfer en passant par le naufrage d'un navire et le surgissement d'un monstre marin...), devant ces espaces si complexes et en même temps si naïfs, cela donne de furieuse envie de s'y frotter et de retrouver, par là, une matérialité sonore et visuelle qu'ont remplacé, de nos jours,  les nouvelles technologies un peu aseptisées...