mardi 10 août 2021

Mikhaïl Tchekhov et l'acteur

Mikhaïl Tcheckhov (du même nom que son oncle Anton, le grand écrivain... dont on voit généralement la version américaine Michael Chekhov) est un acteur et metteur en scène qui a fait ses classes avec, notamment, Constantin Stanislawski au Théâtre d'Art de Moscou au début du vingtième siècle. 

Puis il quitte la Russie pour la France, puis l'Angleterre, pour aboutir finalement aux États-Unis où, partout, il définira la fameuse méthode stanislavskienne et, de fil en aiguille, théorisera lui aussi la sienne (construite dans la foulée de celle de son maître) dans deux petits ouvrages importants: Être acteur et L'imagination créatrice de l'acteur.

Je viens (enfin) de mettre la main sur le premier, réédité chez Pygmalion en 2021:



Il y entrelace ses propres considérations sur ce qu'est le jeu de l'acteur (entre philosophie et anthropologie), sur la mécanique de la création et sur la manière de travailler son propre instrument par des exercices psycho-physiques de toutes sortes. 

Voici à quoi ressemble la table des matières:
  1. Le corps et la psychologie de l'acteur
  2. L'imagination et l'assimilation des images
  3. L'improvisation et le travail collectif
  4. L'atmosphère et les sentiments individuels
  5. Le geste psychologique
  6. La composition du personnage
  7. La personnalité artistique
  8. Les lois de la composition au théâtre
  9. Les genres au théâtre
  10. Comment aborder un rôle
  11. Conclusion
  12. Quelques thèmes d'improvisation
J'y reviendrai assurément dans les prochains jours!

vendredi 6 août 2021

La suite phédrienne

Mon premier vrai coup de foudre pour le théâtre est venu de la littérature, au Cégep d'Alma, par la lecture de Phèdre de Racine. Comme un puissant émerveillement. 

J'ai lu ce texte à de nombreuses reprises... cherchant, depuis, une façon de l'aborder. Il y a deux ou trois ans, j'ai allumé (il n'est jamais trop tard!), au cours d'une brève recherche, sur ce fait évident: le Phèdre de Racine n'est, au fond, qu'une réécriture, une reprise d'un mythe ancien qui avait donc dû être l'objet d'autres pièces au fil du temps.

Et je suis parti à la quête de ces textes.

Tous la même histoire à la base. Alors qu'elle croit son époux Thésée mort, Phèdre avoue sa passion coupable et criminelle pour Hippolyte, le fils de celui-ci. Hippolyte est horrifié. Thésée revient contre toute attente, apprend la nouvelle et, dans une fureur indescriptible, maudit son fils et le banni. Dans sa fuite, Hippolyte est soudainement assailli par un monstre sorti des eaux et meurt dans d'atroces souffrances. Phèdre se confesse et meurt.

Ce qui est intéressant, ce sont alors les variantes. 
 
EURIPIDE (480-406 avant J.-C.)


Le première sur la ligne de départ est Sénèque. En 428 avant notre ère, il écrit la pièce Hippolyte porte-couronne (il aurait fait un Hippolyte voilé aujourd'hui perdu). C'est, à mon sens, la plus intéressante, la plus claire.

Les personnages:
  • Aphrodite
  • Hippolyte
  • Un serviteur
  • Valets d'Hippolyte
  • La nourrice
  • Une servante
  • Thésée
  • Artémis
  • Choeur des femmes de Trézène
Cette pièce présente Hippolyte comme étant un jeune homme fier, arrogant, chaste qui méprise l'Amour et n'a d'intérêt que pour la chasse et Artémis. Refusant d'honorer Aphrodite, celle-ci, courroucée, cherche à se venger du bellâtre en instrumentalisant Phèdre dont la famille est déjà maudite. Aveux, confessions, horreur. Quand Phèdre apprend le retour de Thésée, elle se pend pour échapper au crime et c'est la nourrice qui charge Hippolyte du méfait. Thésée fait appel à son père, Poséidon, afin qu'il punisse le criminel. La furie sortie des eaux. Hippolyte meurt devant Artémis qui instruit Thésée de son erreur et le laisse complètement détruit.

C'est une pièce mordante. Cruelle. Et qui font des dieux, présents dans la pièce (la seule d'ailleurs, qui les convoque), des être manipulateurs et calculateurs qui se servent des humains pour arriver à leurs fins.

Sophocle en aurait écrit, lui aussi, une version... qui ne s'est pas rendue jusqu'à nous.  

SÉNÈQUE (4-65 de notre ère)


Sénèque arrive et donne, vers 50, sa version de Phèdre

En de longs monologues, il reprend somme toute le même argument qu'Euripide (et semble-t-il, que Sophocle) avec une économie de personnages:
  • Hippolyte
  • Phèdre
  • Thésée
  • La nourrice de Phèdre
  • Un messager
  • Choeur d'Athéniens
  • Troupe de veneurs
Dans cette version, Phèdre est beaucoup plus fonceuse et d'emblée, elle annonce à sa nourrice qu'elle ne croit plus Thésée vivant et qu'elle peut enfin assouvir sa passion pour le fils. Aveux, confessions, horreurs. Hippolyte la rejette. Thésée revient et Phèdre accuse froidement le jeune homme d'agression. Colère du père, malédiction, furie sortie des eaux.

La grande différence, outre le caractère de Phèdre, réside dans le fait qu'Hippolyte meurt dans la quatrième partie (de cinq) de l'ouvrage et qu'il reste donc ensuite un acte pour que le choeur ouvre les yeux de Thésée, que Phèdre avoue son mensonge et se punisse elle-même. 

Cette version est un peu longuette.

ROBERT GARNIER (1545-1590)


Il y a cet Hippolyte écrit en 1573 que je n'ai pas encore lu.

Personnages:
  • L'ombre d'Égée
  • Hippolyte
  • Choeur des chasseurs
  • Phèdre
  • La nourrice
  • Thésée
  • Choeur d'Athéniens
Mais ce que je sais déjà (et ce qui fait la différence de cette version), c'est que la pièce début avec l'ombre d'Égée, père de Thésée, qui annonce, dans un long monologue, les malheurs qui se dressent devant sa descendance.

Pour le reste, aveux, confessions, horreurs, colère du père, malédiction, furie sortie des eaux.

JEAN RACINE (1639-1699)


En 1677, Racine présente sa Phèdre, dans une perfection formelle inégalée et qui est un des plus beaux textes de la littérature française. 

Personnages:
  • Thésée
  • Phèdre
  • Hippolyte
  • Aricie
  • Oenone
  • Théramène
  • Ismène
  • Panope
  • Gardes
Perfection formelle, peut-être. Mais dans les faits, Racine apportent plusieurs variantes. D'abord, il nomme les personnages qui, jusque là ne portait que leur titre de nourrice (Oenone) ou de messager (Théramène). Mais la plus grande transformation concerne Hippolyte. Bien qu'il soit toujours affublé d'un caractère farouche, Racine le compromet dans une histoire d'amour avec Aricie (prisonnière de Thésée), introduite dans la pièce avec sa suite. Ainsi le bellâtre brûle d'amour pour une femme. Ce fait attisera la jalousie de Phèdre. Sinon, aveux, confessions, horreurs, colère du père, malédiction, furie sortie des eaux. Quand Thésée voit son fils mort et qu'il apprend son amour pour Aricie, il reconnait dès lors celle-ci comme sa fille. 

À mon sens, la version racinienne affadit terriblement le personnage d'Hippolyte qui y perd de sa superbe!

JACQUES PRADON  (1644-1698)


La présentation de la Phèdre de Racine a donné lieu à une joute théâtrale importante alors qu'un auteur de l'époque, Pradon (aujourd'hui complètement oublié), dans une guerre d'orgueil, cherche à le devancer en donnant, quelques jours plus tôt, sa propre version de Phèdre et Hippolyte. Il écrire sa pièce en trois mois.

Personnages: 
  • Thésée
  • Phèdre
  • Hippolyte
  • Aricie
  • Idas
  • Arcas
  • Cléone
  • Mégiste
  • Gardes
Comme Racine, il nomme les fonctions et introduit de nouveaux personnages. Comme Racine, il implique Hippolyte dans une romance. Pour le reste,  aveux, confessions, horreurs, colère du père, malédiction, furie sortie des eaux.

Cette pièce est, de loin, la moins intéressante de toutes de par son écriture qui verse dans le galant, omniprésent à l'époque. 

C'est là où j'en suis rendu. 

Il me reste au moins deux autres versions, du vingtième siècle, que je veux lire prochainement: celle de Gabrielle D'Annunzio (Phèdre, 1909) et celle de Sarah Kane (L'Amour de Phèdre, 1996).

jeudi 5 août 2021

Mea culpa

Henri Letondal, grande personnalité du théâtre québécois de la première moitié du vingtième siècle, s'est commis à tenter d'expliquer, en quelques mots, la raison de l'immoralité supposée du théâtre. Son petit article est paru dans La Patrie, ce 16 octobre 1925. 



mercredi 4 août 2021

Quand le nationalisme identitaire s'invite au théâtre... ou «Ah, ces Anglais!»

Le numéro 598 de la revue Le Passe-Temps du 23 février 1918 s'occupe, sous la plume de Clémencia, à faire l'analyse de ce qui distingue les Canadiens-Anglais et leur théâtre médiocre des Canadiens-Français qu'elle ne manque pas d'écorcher non plus... assez, d'ailleurs, que je ne suis pas trop certain de bien saisir le point de vue exprimer tant sa conclusion me semble contradictoire. C'est là une utilisation du théâtre pour faire preuve d'un nationalisme identitaire primaire!

mardi 3 août 2021

Le censeur d'Angleterre... ou quand survient la peste théâtrale parisienne

Le Franc-Parleur, cet autre journal québécois qui pourfend le vice et l'immoralité, retranscrit, dans son édition du 3 mars 1875 un article de M. Arthur Loth (historien français à la bibliographie très catholique), sur la censure et ce mal théâtral qu'est devenu ce Paris qu'il connait trop bien.


vendredi 30 juillet 2021

Un regard en arrière sur le FIAMS 2021 (3)

ne autre petite journée à travers les propositions du FIAMS. Je ne suis pas aussi assidu que je l'aurais souhaité, mais bon.

PANEL SUR LE THÉÂTRE JEUNESSE

J'ai participé avec d'autres collègues (Marilyne Renaud, Marie-Pier Fleury, Annick Pedneault) et la dramaturge Suzanne Lebeau à un panel sur le théâtre jeunesse, webdiffusé sur les plateformes du FIAMS. Quelles sont les spécificités du théâtre jeunesse? Comment l'aborder? Quelle est la place des enfants dans la création? Telles étaient les questions de base que tous avions. Mais le temps a passé tellement vite que finalement, nous n'avons pas pu échanger tant que ça! 

Dommage, parce que les discussions entre nous en amont de la séance et qui s'est poursuivie tout de suite après dans le studio étaient franchement passionnantes! 

Le panel est encore accessible sur la page Facebook du FIAMS.

UNE BRÈVE HISTOIRE DU TEMPS

Le Théâtre du Renard, nous dit son site web, s'est donné pour mission de transmettre à son public des savoirs provenant de domaines spécialisés tels que la science, l'économie ou la philosophie. Rien de moins! 

Le spectacle présenté refera donc, en une petite heure, le fil des grandes lois de la physique, sur l'espace-temps, d'Aristote à Hubble, de la terre ronde à la relativité générale, etc. 

Il s'agit, en fait, d'une conférence menée avec beaucoup d'humour et de charme par Antonia Leney-Granger. Le sujet est complexe. Archi-complexe! Pourtant, si le tout aurait pu devenir barbant, il en résulte une représentation vive qui fait constamment surgir les rires des spectateurs devant les démonstrations à l'aide d'objets anodins (et de la façon très minimaliste de les manipuler) et par le ton utilisé pour verbaliser ces théories toutes plus abstraites les unes que les autres.

C'est fou. C'est déjanté. Comme quoi la science peut aussi être matière à divertissement!

CONTES ZEN DU POTAGER


C'est difficile de résister à cette proposition du Théâtre de la Pire Espèce, passé maître dans le théâtre d'objets.

Une succession de petites vignettes orientales (il y en aura quoi... une douzaine?) présentent, sur des codes réinterprétés du théâtre japonais, des leçons de zénitudes. Des petites morales pour accéder à la paix, la connaissance de soi. 

Armés de légumes de saison qui deviendront les différents personnages et d'une bonne dose de charisme, les deux protagonistes donneront un bon exemple du minimalisme oriental (du moins tel que le cliché occidental le présente) auquel on est en droit de s'attendre dans ce  quasi nô maraîcher! Un minimalisme de surface, je tiens à  le préciser, parce qu'il est soutenu par une virtuosité et une ingéniosité dans l'utilisation de nombreux accessoires. 

Tout est dans la simplicité. Dans la minutie du geste. Dans le maintien de conventions dans ce cérémonial théâtral. Et enfin, dans l'imagination du spectateur qui voit des univers entiers se construire à partir de presque rien. 

Jamais nos légumes n'auront eu un tel pouvoir de suggestion!

C'est un spectacle tout simplement remarquable.

Pour en voir une meilleure idée, visitez le site web de la compagnie.

jeudi 29 juillet 2021

Un regard en arrière sur le FIAMS 2021 (2)

Au cours de la journée d'hier, je n'ai vu qu'un seul spectacle, soit Tricyckle de la compagnie Les Sages fous, présenté au Côté-Cour.


D'emblée, ce qui m'a le plus touché, de ce spectacle, c'est l'esthétique patinée tout de bric-à-brac construite, dans un espace ceint par une courtepointe de rideaux aux teintes verdâtres. Dans cette petite arène circassienne, un homme sur son tricycle tirera une petite roulotte surchargée de laquelle il tirera de nombreux objets pour refaire le monde.

Parmi les images marquantes de ce spectacle, il y a l'édification de la petite ville par l'accumulation de boîtes illuminées. Il y a aussi la naissance du petit être un peu effrayant. Puis, il  y a l'image globale. 

Pour ma part, il  y a quand même un mais

Dès le départ, nous avions été averti: ce spectacle fonctionne sur un mode onirique, convoquant beaucoup plus les impressions qu'une trame narrative. Je comprends la proposition. Je comprends le travail... même si, je l'avoue, je n'y ai pas adhéré. Peut-être n'étais-je pas dans une bonne disposition.

Je reconnais, par ailleurs, l'essence fortement poétique de la source d'inspiration (les hommes tricycles qui recueillent, de par la ville, des objets de toutes sortes) et le 

Il n'en demeure pas moins que ce spectacle a plu, si je me fie aux différents échanges que j'ai eu au cours de la journée avec d'autres spectateurs. 

Pour plus de détails sur le spectacle, visitez le site  web de la compagnie.

mercredi 28 juillet 2021

Un regard en arrière sur le FIAMS 2021 (1)

Depuis hier, le Festival International des Arts de la Marionnette au Saguenay (FIAMS) se déploie un peu partout sur le territoire. Un événement majeur qui revient tous les deux ans et qui présentent, chaque fois, un imposant panorama de ce qui se fait dans le monde du théâtre de marionnette, de l'objet, de la manipulation. 

FURIOSO


Le Théâtre de l'oeil présentait, en ouverture du FIAMS (et en grande première) sa plus récente création, Furioso, sur un texte d'Olivier Kemeid et une mise en scène de Simon Boudreault. 

Ce spectacle (60 minutes) présente, devant un mur aux multiples ouvertures comme tout autant de petites scènes, un conte atemporel aux diverses tribulations qui se plaisent à se multiplier et à transporter furieusement ses personnages (des marionnettes à tige magnifiques et des acteurs dynamiques!) en quête de quêtes! Qui gagnera la guerre? Qui aimera la princesse? Qui sera le héros? Qui la retrouvera? Qui est qui? Qui aidera? Qui nuira? Qui aimera qui finalement? Voilà une épopée sur les désirs!

Les situations sont tellement nombreuses qu'il est difficile de bien raconter. De toute façon, ça ne rendrait pas justice au spectacle!

Mais une chose est sûre: l'histoire devient vite un prétexte pour le plaisir du spectateur (jeune comme adulte) qui laisse librement défiler les mots et les actions pour s'amuser fermement avec les comédiens, les ruptures de tons, les apartés, les changements de plans, les clins-d'oeil plein de sous-entendus, et une esthétique bien léchée! Les péripéties s'accumulent dans ce monde aux frontières comiquement floues dont l'imagination reste le principal et plus solide ancrage. Il est facile et bon de s'y laisser bercer et de se laisser raconter!

Ainsi, il y a pleins de petits moments fort savoureux dont j'aimerais parler mais ça se ferait au détriment de la découverte! Il faut le voir! 

Il en résulte une oeuvre forte, amusante, qui gagnera assurément en maîtrise au gré des prochaines représentations! 

Si vous voulez en savoir plus sur la démarche de la compagnie lors de cette création, visitez leur site web.

LES KAKOUS


Avant la représentation, nous avons pu apercevoir, à l'extérieur, deux bêtes fantastiques, les Kakous, présentés par la compagnie Imagicario, lors d'une petite animation toute simple (!). 

Sorties de nulle part, ces créatures gigantesques se sont jointes à l'attroupement (ou vice-versa) et se sont vite adaptées à leur nouvel environnement pour inscrire de plain-pied leur mythologie et fiction dans notre réalité. Nous n'aurions pas été plus émerveillés en foulant le sol du Parc Jurassique!

La qualité de la manipulation de ces colosses, la virtuosité manifeste de ces artistes, la qualité de leurs improvisations dans l'interaction avec l'espace (la rencontre de l'autobus, par exemple ou le snack dans les buissons de la salle) ou avec les gens ont fait de ces quelques minutes des instants fantastiques.

Si vous voulez en savoir plus sur le processus de création et le fonctionnement de ces majestueuses bestioles, visitez leur site web.

mardi 27 juillet 2021

Le grand Fred Barry

Voici un documentaire de l'ONF consacré à une figure importante du théâtre québécois de la première moitié du vingtième siècle: Fred Barry. L'intérêt de ce film porte également sur les autres personnages qui entoureront le comédien et qui ont aussi eu une grande importance en leur temps, notamment Gratien Gélinas, Germaine Giroux et Henry Deyglun.



Pour lui rendre hommage, une salle du Théâtre Denise-Pelletier porte son nom.

lundi 26 juillet 2021

«Grande Baie» du Théâtre du Mortier

J'ai assisté, hier après-midi, à l'une des représentations de Grande Baie du Théâtre du Mortier. Prévu, à la base, en extérieur, devant la Pyramide des Ha! Ha!, le spectacle devait avoir, comme décor, un vrai paysage dans lequel s'inscrire mais la météo a plutôt voulu que j'y assiste (malheureusement) dans une salle fermée et beige du Musée du Fjord, partenaire du projet. 

D'une durée de 30 minutes, la pièce - plus impressionniste que réaliste - revient sur le déluge de juillet 1996 (dont on célèbre, cette année, le 25ième anniversaire) par bribes de souvenirs portés par deux comédiens qui n'en connaissent que ce qu'en retient l'imaginaire collectif et les archives puisque l'un n'avait que trois ans lors des faits et l'autre n'était pas née! 

Leur vision sera peut-être alors plus subjective grâce à ce recul temporel.

Le principe en est simple. 

Les comédiens raconteront, à partir d'un texte de Girard basé sur des témoignages de personnes ayant vécue le sinistre, les événements en empruntant divers personnages. Il n'y aura pas, dans cette présentation, de prétention purement historique. Que de courtes évocations entremêlant fiction et réalité, avec un leitmotiv récurent: «Personne n'aurait pu prévoir.» Si quelques clichés s'insèrent néanmoins dans le travail, il n'en demeure pas moins bien ficelé et intéressant à regarder.

C'est drôle. Sensible. Et le tout rend surtout hommage, finalement, à la résilience, à l'empathie et à la solidarité de la population. 

L'espace se compose principalement de caisses de bois et d'une quinzaine de petites maisons de bois, posées sur des tiges qui serviront, d'une part, de cases pour accessoires lors des transformations de personnages puis pour (dé)faire, au gré de la représentation, une construction scénique rappelant le déferlement de l'eau emportant les maisons. C'est d'ailleurs peut-être là que se trouve la plus grande force poétique de l'oeuvre: construire peu à peu, par des moyens minimalistes (tissus, rubans, accessoires bleus et maisons), une image qui finira par atteindre une belle puissance suggestive de l'horreur de ces inondations. 

Avec ce projet, le Théâtre du Mortier continue d'affûter son langage esthétique et artistique et poursuit assurément son cheminement vers la pleine reconnaissance de son action.

dimanche 25 juillet 2021

Quand le théâtre s'en va chez le diable

Dans la petite histoire du théâtre du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Ghislain Bouchard occupe, avec raison, une place dominante alors qu'il a fondé et dirigé de nombreuses troupes et projets d'envergure dont les plus notables sont, bien évidemment, La Marmite et La Fabuleuse histoire d'un Royaume.

Il est, sans conteste, une figure marquante des arts de la scène. Toutefois, c'est une figure profondément attachée à une vision traditionnelle et conventionnelle du théâtre. Il ne peut qu'être confronté, dans les années '70, à cette émergence exponentielle du théâtre expérimental, du théâtre engagé, de la création collective qui remettent en cause les habitudes et les codes aristotéliciens... à ce développement de professionnalisation qui changent les paradigmes de la pratique.

C'est donc dans un état d'esprit quelque peu sceptique face à l'évolution du théâtre dans la région et au Québec qu'il donne son avis à la journaliste culturelle, Madame Christiane Laforge, pour le compte du journal Le Quotidien de ce 13 mai 1975:


Cette période dont il est question - ce théâtre des années '70 ici questionné - est considérée, avec le recul, comme étant un nouvel âge d'or du théâtre québécois. Ici, au Saguenay, il sera porté par des compagnies qui donneront ses assises à notre théâtre professionnel: les Amis de Chiffon, la Rubrique et les Têtes Heureuses.

Cet article illustre bien, à mon sens, cette lente transition qui va du théâtre amateur vers le théâtre professionnel.

samedi 24 juillet 2021

Parcours d'un critique de théâtre

 

C'est là le plus récent bouquin que je me suis commandé et qui retrace le parcours de Michel Vaïs qui, pendant des années, rédacteur en chef de Jeu (en fait, pour être encore plus précis, il a fait partie de l'équipe fondatrice de cette importante revue en 1976) et critique théâtral, jusqu'en 2005, à la défunte Chaîne Culturelle de Radio-Canada. 

Un livre qui promet d'être intéressant. D'abord parce que l'auteur fut aussi un praticien ayant choisi de rester du côté du miroir où le regardant voit, apprécie, commente celui qui est regardé comme le dit Pintal dans la préface.

Puis parce qu'en tant que critique spécialisé en théâtre, il a une vision rigoureuse de sa fonction, de sa compréhension du métier, de son rapport à la pratique qui fait bon lire et qui fait terriblement envie en regard de l'état de la (non-)critique aujourd'hui, ici, au Saguenay-Lac-Saint-Jean et ailleurs au Québec. Tout le chapitre 2 de l'ouvrage est consacré à ce métier. 

Enfin, ce qui est aussi passionnant dans cette lecture à venir, c'est donc sa grande connaissance du milieu, plus particulièrement du théâtre d'avant-garde des années 60 et 70 alors qu'il a fait partie d'entreprises marquantes, notamment avec les Saltimbanques (dont j'ai déjà parlé plus d'une fois). De ce théâtre de recherche et d'expérimentation, il en a fait son champ d'expertise. Au gré des pages se dessinera l'évolution de ce pan théâtral québécois.