samedi 14 août 2021

Une entrée dans le travail de Robert Lepage

 

Je viens de recevoir ce tout petit bouquin (dans la collection Mettre en scène chez Actes Sud-Papier qui est, en soi, fort intéressante) qui donne la parole à Robert Lepage. 

Il est l'un des grands metteurs en scène contemporains et cet entretien d'une soixantaine de pages (qui va de ses débuts jusqu'à l'ouverture du Diamant et ses projets de 2018 et années suivantes) nous permet de saisir son parcours et les contours de sa vision et de sa pratique:

[...] Le fond n'est rien sans la forme. Parfois les deux cohabitent de manière égale. Pendant longtemps, on pensait que je ne m'intéressais qu'à la forme. Or, je m'intéressais autant au fond. Peut-être que la forme était maladroite et qu'on ne voyait qu'elle? Peut-être qu'elle était tellement nouvelle qu'on ne voyait que le nouveau gadget qui avait été utilisé? Sans doute, avec le temps, suis-je juste un petit peu plus habile à faire dialoguer la forme et le fond. (p.45)

[...] Je crois en l'acteur-inventeur ou l'acteur-créateur. L'acteur-interprète ne m'intéresse pas. Je ne travaille pas à l'interprétation, mais j'essaie de travailler à l'invention. (p.48)

[...] Un spectacle est fixé seulement le jour où on ne le joue plus. On perçoit le théâtre comme une chose sacrosainte qu'on ne peut pas retoucher. Or, tout spectacle vivant est retouché. (p.58)

[...] Le théâtre est un métier d'humiliation. On se casse la gueule, mais on n'en meurt pas. (p.61)

[...] Quand on crée un spectacle, on invente des règles, des limites, pour que le public comprenne ce qu'on fait, mais il ne faut pas qu'elles nous emprisonnent. Il faut les établir mais dire  aussi qu'on a le droit d'en sortir. (p.63)

[...] J'essaie toujours d'accueillir les idées saugrenues, lancées comme une farce, quelque chose qui n'est même pas une proposition. Alors, j'essaie de les mettre en pratique et souvent nous trouvons là la réponse à ce que l'on cherchait! (p. 65)

C'est une lecture stimulante. Inspirante.


vendredi 13 août 2021

Le sens de l'unité


L'acteur qui joue son rôle comme une série d'épisodes circonscrits entre ses entrées et ses sorties, sans se préoccuper de lier chacun d'eux aux précédents ni aux suivants, ne pourra jamais comprendre ni interpréter son rôle comme un tout cohérent. Un rôle qui n'est pas joué dans sa continuité risque d'être à la fois mal joué et incompréhensible pour le public.

Au contraire, si dès le début, dès la première entrée, vous avez déjà une vision claire de vos dernières scènes - et, inversement, si vous vous souvenez de votre première scène au moment où vous jouez les dernières - vous serez beaucoup plus apte à saisir l'ensemble de votre rôle dans tous ses détails, comme si vous le voyiez avec beaucoup de recul. Si vous êtes capable de considérer chaque détail comme étant indissociable du tout, vous pourrez ensuite jouer chacun d'eux comme un tout en soi qui se fondra harmonieusement dans le grand ensemble du rôle.

Dans quelle mesure ce sens de l'unité enrichira-t-il votre jeu? Intuitivement, vous irez droit à l'essentiel de votre personnage et vous suivrez de façon continue les grandes lignes de l'action, captant ainsi l'attention du public. Votre jeu sera plus ferme. Enfin, vous aurez beaucoup plus de facilité pour trouver votre personnage sans trop de tâtonnements dès le début du travail.

Ce (long) passage est tiré du petit bouquin Être acteur de Mikhaïl Tchekhov. 

C'est là une lecture que je trouve fort inspirante, mélange de jeu psychologique et formel, mélange de Stanislavski et de Meyerhold. 

Et cette vision du sens de l'unité est quelques chose que je trouve particulièrement intéressant et que je tente, du point de vue de metteur en scène, de mettre en pratique dans la direction d'acteur/création de personnage. De chercher une unité dans la mise en place de détails. De m'assurer, si un élément surgit (une idée) ou s'installe, qu'il se développera dès le début et ce, jusqu'à la fin. 

Ce fut particulièrement vrai (et marqué) dans la mise en scène de La Cantatrice Chauve.

jeudi 12 août 2021

De la maigreur de Sarah Bernhardt

De retour, ce matin avec un petit billet sur l'un de mes personnages préférés (dont il y avait longtemps que je n'avais parlé): Sarah Bernhardt!

Adulée en Europe, en Amérique, elle n'avait que faire des quolibets et des méchancetés qui la visaient. Telle pouvait être le sens de sa tonitruante devise: Quand même! C'était là une personnalité qui prêtait volontairement le flanc à la provocation.

Tout au long de sa vie, elle fut attaquée par différents journaux et différentes factions tant sur son art, il va sans dire... que sur son origine juive (dans un antisémitisme primaire)... que sur son apparence physique.

Sa maigreur a été l'objet de dizaine de caricatures, dont certaines versaient presque dans la diffamation:




Dans la même veine, de multiples blagues et moqueries ont été faites et publiées sur son compte, telles que rapportées ici par le L'Étoile du Nord le 19 août 1920:


... et par Le Petit Journal du 21 décembre 1930:



mercredi 11 août 2021

Les lois de la composition théâtrale... selon Tchekhov (le neveu!)

Plusieurs auteurs dramatiques, plusieurs théoriciens, plusieurs sémiologues ont tenté, au fil du temps, de définir ce qui faisait une bonne pièce, ce qui pourrait constituer la mécanique théâtrale idéale.

Voici, de façon synthétique (après les avoir détaillées tout au long d'un chapitre complet), quelles sont les lois de la composition du théâtre selon Mikhaïl Tchekhov:

Une pièce comporte trois phases; les phases extrêmes s'opposent; la phase intermédiaire marque une transformation; chacune des phases peut se subdiviser en plusieurs séquences; chaque phase est dominée par un temps fort principal, chaque séquence par un temps fort secondaire; dans la tension dramatique, il faut ménager des paliers; les phénomènes de répétition créent un rythme; l'alternance des actions intérieures et extérieures crée un rythme ondulatoire; les caractères des personnages doivent s'opposer et se compléter.

Il est évident que toutes les pièces, qu'elles soient modernes ou classiques, n'offrent pas toujours, l'occasion d'appliquer tous les principes mentionnés ici. Mais leur application, même partielle, confère à un spectacle une vie, un relief et une beauté particulière, en permettant d'en approfondir le contenu tout en lui donnant une forme plus harmonieuse.

C'est un peu abstrait, je l'admets. N'empêche que dans la pratique, cette description peut facilement être validée et utilisée.

mardi 10 août 2021

Mikhaïl Tchekhov et l'acteur

Mikhaïl Tcheckhov (du même nom que son oncle Anton, le grand écrivain... dont on voit généralement la version américaine Michael Chekhov) est un acteur et metteur en scène qui a fait ses classes avec, notamment, Constantin Stanislawski au Théâtre d'Art de Moscou au début du vingtième siècle. 

Puis il quitte la Russie pour la France, puis l'Angleterre, pour aboutir finalement aux États-Unis où, partout, il définira la fameuse méthode stanislavskienne et, de fil en aiguille, théorisera lui aussi la sienne (construite dans la foulée de celle de son maître) dans deux petits ouvrages importants: Être acteur et L'imagination créatrice de l'acteur.

Je viens (enfin) de mettre la main sur le premier, réédité chez Pygmalion en 2021:



Il y entrelace ses propres considérations sur ce qu'est le jeu de l'acteur (entre philosophie et anthropologie), sur la mécanique de la création et sur la manière de travailler son propre instrument par des exercices psycho-physiques de toutes sortes. 

Voici à quoi ressemble la table des matières:
  1. Le corps et la psychologie de l'acteur
  2. L'imagination et l'assimilation des images
  3. L'improvisation et le travail collectif
  4. L'atmosphère et les sentiments individuels
  5. Le geste psychologique
  6. La composition du personnage
  7. La personnalité artistique
  8. Les lois de la composition au théâtre
  9. Les genres au théâtre
  10. Comment aborder un rôle
  11. Conclusion
  12. Quelques thèmes d'improvisation
J'y reviendrai assurément dans les prochains jours!

vendredi 6 août 2021

La suite phédrienne

Mon premier vrai coup de foudre pour le théâtre est venu de la littérature, au Cégep d'Alma, par la lecture de Phèdre de Racine. Comme un puissant émerveillement. 

J'ai lu ce texte à de nombreuses reprises... cherchant, depuis, une façon de l'aborder. Il y a deux ou trois ans, j'ai allumé (il n'est jamais trop tard!), au cours d'une brève recherche, sur ce fait évident: le Phèdre de Racine n'est, au fond, qu'une réécriture, une reprise d'un mythe ancien qui avait donc dû être l'objet d'autres pièces au fil du temps.

Et je suis parti à la quête de ces textes.

Tous la même histoire à la base. Alors qu'elle croit son époux Thésée mort, Phèdre avoue sa passion coupable et criminelle pour Hippolyte, le fils de celui-ci. Hippolyte est horrifié. Thésée revient contre toute attente, apprend la nouvelle et, dans une fureur indescriptible, maudit son fils et le banni. Dans sa fuite, Hippolyte est soudainement assailli par un monstre sorti des eaux et meurt dans d'atroces souffrances. Phèdre se confesse et meurt.

Ce qui est intéressant, ce sont alors les variantes. 
 
EURIPIDE (480-406 avant J.-C.)


Le première sur la ligne de départ est Sénèque. En 428 avant notre ère, il écrit la pièce Hippolyte porte-couronne (il aurait fait un Hippolyte voilé aujourd'hui perdu). C'est, à mon sens, la plus intéressante, la plus claire.

Les personnages:
  • Aphrodite
  • Hippolyte
  • Un serviteur
  • Valets d'Hippolyte
  • La nourrice
  • Une servante
  • Thésée
  • Artémis
  • Choeur des femmes de Trézène
Cette pièce présente Hippolyte comme étant un jeune homme fier, arrogant, chaste qui méprise l'Amour et n'a d'intérêt que pour la chasse et Artémis. Refusant d'honorer Aphrodite, celle-ci, courroucée, cherche à se venger du bellâtre en instrumentalisant Phèdre dont la famille est déjà maudite. Aveux, confessions, horreur. Quand Phèdre apprend le retour de Thésée, elle se pend pour échapper au crime et c'est la nourrice qui charge Hippolyte du méfait. Thésée fait appel à son père, Poséidon, afin qu'il punisse le criminel. La furie sortie des eaux. Hippolyte meurt devant Artémis qui instruit Thésée de son erreur et le laisse complètement détruit.

C'est une pièce mordante. Cruelle. Et qui font des dieux, présents dans la pièce (la seule d'ailleurs, qui les convoque), des être manipulateurs et calculateurs qui se servent des humains pour arriver à leurs fins.

Sophocle en aurait écrit, lui aussi, une version... qui ne s'est pas rendue jusqu'à nous.  

SÉNÈQUE (4-65 de notre ère)


Sénèque arrive et donne, vers 50, sa version de Phèdre

En de longs monologues, il reprend somme toute le même argument qu'Euripide (et semble-t-il, que Sophocle) avec une économie de personnages:
  • Hippolyte
  • Phèdre
  • Thésée
  • La nourrice de Phèdre
  • Un messager
  • Choeur d'Athéniens
  • Troupe de veneurs
Dans cette version, Phèdre est beaucoup plus fonceuse et d'emblée, elle annonce à sa nourrice qu'elle ne croit plus Thésée vivant et qu'elle peut enfin assouvir sa passion pour le fils. Aveux, confessions, horreurs. Hippolyte la rejette. Thésée revient et Phèdre accuse froidement le jeune homme d'agression. Colère du père, malédiction, furie sortie des eaux.

La grande différence, outre le caractère de Phèdre, réside dans le fait qu'Hippolyte meurt dans la quatrième partie (de cinq) de l'ouvrage et qu'il reste donc ensuite un acte pour que le choeur ouvre les yeux de Thésée, que Phèdre avoue son mensonge et se punisse elle-même. 

Cette version est un peu longuette.

ROBERT GARNIER (1545-1590)


Il y a cet Hippolyte écrit en 1573 que je n'ai pas encore lu.

Personnages:
  • L'ombre d'Égée
  • Hippolyte
  • Choeur des chasseurs
  • Phèdre
  • La nourrice
  • Thésée
  • Choeur d'Athéniens
Mais ce que je sais déjà (et ce qui fait la différence de cette version), c'est que la pièce début avec l'ombre d'Égée, père de Thésée, qui annonce, dans un long monologue, les malheurs qui se dressent devant sa descendance.

Pour le reste, aveux, confessions, horreurs, colère du père, malédiction, furie sortie des eaux.

JEAN RACINE (1639-1699)


En 1677, Racine présente sa Phèdre, dans une perfection formelle inégalée et qui est un des plus beaux textes de la littérature française. 

Personnages:
  • Thésée
  • Phèdre
  • Hippolyte
  • Aricie
  • Oenone
  • Théramène
  • Ismène
  • Panope
  • Gardes
Perfection formelle, peut-être. Mais dans les faits, Racine apportent plusieurs variantes. D'abord, il nomme les personnages qui, jusque là ne portait que leur titre de nourrice (Oenone) ou de messager (Théramène). Mais la plus grande transformation concerne Hippolyte. Bien qu'il soit toujours affublé d'un caractère farouche, Racine le compromet dans une histoire d'amour avec Aricie (prisonnière de Thésée), introduite dans la pièce avec sa suite. Ainsi le bellâtre brûle d'amour pour une femme. Ce fait attisera la jalousie de Phèdre. Sinon, aveux, confessions, horreurs, colère du père, malédiction, furie sortie des eaux. Quand Thésée voit son fils mort et qu'il apprend son amour pour Aricie, il reconnait dès lors celle-ci comme sa fille. 

À mon sens, la version racinienne affadit terriblement le personnage d'Hippolyte qui y perd de sa superbe!

JACQUES PRADON  (1644-1698)


La présentation de la Phèdre de Racine a donné lieu à une joute théâtrale importante alors qu'un auteur de l'époque, Pradon (aujourd'hui complètement oublié), dans une guerre d'orgueil, cherche à le devancer en donnant, quelques jours plus tôt, sa propre version de Phèdre et Hippolyte. Il écrire sa pièce en trois mois.

Personnages: 
  • Thésée
  • Phèdre
  • Hippolyte
  • Aricie
  • Idas
  • Arcas
  • Cléone
  • Mégiste
  • Gardes
Comme Racine, il nomme les fonctions et introduit de nouveaux personnages. Comme Racine, il implique Hippolyte dans une romance. Pour le reste,  aveux, confessions, horreurs, colère du père, malédiction, furie sortie des eaux.

Cette pièce est, de loin, la moins intéressante de toutes de par son écriture qui verse dans le galant, omniprésent à l'époque. 

C'est là où j'en suis rendu. 

Il me reste au moins deux autres versions, du vingtième siècle, que je veux lire prochainement: celle de Gabrielle D'Annunzio (Phèdre, 1909) et celle de Sarah Kane (L'Amour de Phèdre, 1996).

jeudi 5 août 2021

Mea culpa

Henri Letondal, grande personnalité du théâtre québécois de la première moitié du vingtième siècle, s'est commis à tenter d'expliquer, en quelques mots, la raison de l'immoralité supposée du théâtre. Son petit article est paru dans La Patrie, ce 16 octobre 1925. 



mercredi 4 août 2021

Quand le nationalisme identitaire s'invite au théâtre... ou «Ah, ces Anglais!»

Le numéro 598 de la revue Le Passe-Temps du 23 février 1918 s'occupe, sous la plume de Clémencia, à faire l'analyse de ce qui distingue les Canadiens-Anglais et leur théâtre médiocre des Canadiens-Français qu'elle ne manque pas d'écorcher non plus... assez, d'ailleurs, que je ne suis pas trop certain de bien saisir le point de vue exprimer tant sa conclusion me semble contradictoire. C'est là une utilisation du théâtre pour faire preuve d'un nationalisme identitaire primaire!

mardi 3 août 2021

Le censeur d'Angleterre... ou quand survient la peste théâtrale parisienne

Le Franc-Parleur, cet autre journal québécois qui pourfend le vice et l'immoralité, retranscrit, dans son édition du 3 mars 1875 un article de M. Arthur Loth (historien français à la bibliographie très catholique), sur la censure et ce mal théâtral qu'est devenu ce Paris qu'il connait trop bien.


vendredi 30 juillet 2021

Un regard en arrière sur le FIAMS 2021 (3)

ne autre petite journée à travers les propositions du FIAMS. Je ne suis pas aussi assidu que je l'aurais souhaité, mais bon.

PANEL SUR LE THÉÂTRE JEUNESSE

J'ai participé avec d'autres collègues (Marilyne Renaud, Marie-Pier Fleury, Annick Pedneault) et la dramaturge Suzanne Lebeau à un panel sur le théâtre jeunesse, webdiffusé sur les plateformes du FIAMS. Quelles sont les spécificités du théâtre jeunesse? Comment l'aborder? Quelle est la place des enfants dans la création? Telles étaient les questions de base que tous avions. Mais le temps a passé tellement vite que finalement, nous n'avons pas pu échanger tant que ça! 

Dommage, parce que les discussions entre nous en amont de la séance et qui s'est poursuivie tout de suite après dans le studio étaient franchement passionnantes! 

Le panel est encore accessible sur la page Facebook du FIAMS.

UNE BRÈVE HISTOIRE DU TEMPS

Le Théâtre du Renard, nous dit son site web, s'est donné pour mission de transmettre à son public des savoirs provenant de domaines spécialisés tels que la science, l'économie ou la philosophie. Rien de moins! 

Le spectacle présenté refera donc, en une petite heure, le fil des grandes lois de la physique, sur l'espace-temps, d'Aristote à Hubble, de la terre ronde à la relativité générale, etc. 

Il s'agit, en fait, d'une conférence menée avec beaucoup d'humour et de charme par Antonia Leney-Granger. Le sujet est complexe. Archi-complexe! Pourtant, si le tout aurait pu devenir barbant, il en résulte une représentation vive qui fait constamment surgir les rires des spectateurs devant les démonstrations à l'aide d'objets anodins (et de la façon très minimaliste de les manipuler) et par le ton utilisé pour verbaliser ces théories toutes plus abstraites les unes que les autres.

C'est fou. C'est déjanté. Comme quoi la science peut aussi être matière à divertissement!

CONTES ZEN DU POTAGER


C'est difficile de résister à cette proposition du Théâtre de la Pire Espèce, passé maître dans le théâtre d'objets.

Une succession de petites vignettes orientales (il y en aura quoi... une douzaine?) présentent, sur des codes réinterprétés du théâtre japonais, des leçons de zénitudes. Des petites morales pour accéder à la paix, la connaissance de soi. 

Armés de légumes de saison qui deviendront les différents personnages et d'une bonne dose de charisme, les deux protagonistes donneront un bon exemple du minimalisme oriental (du moins tel que le cliché occidental le présente) auquel on est en droit de s'attendre dans ce  quasi nô maraîcher! Un minimalisme de surface, je tiens à  le préciser, parce qu'il est soutenu par une virtuosité et une ingéniosité dans l'utilisation de nombreux accessoires. 

Tout est dans la simplicité. Dans la minutie du geste. Dans le maintien de conventions dans ce cérémonial théâtral. Et enfin, dans l'imagination du spectateur qui voit des univers entiers se construire à partir de presque rien. 

Jamais nos légumes n'auront eu un tel pouvoir de suggestion!

C'est un spectacle tout simplement remarquable.

Pour en voir une meilleure idée, visitez le site web de la compagnie.

jeudi 29 juillet 2021

Un regard en arrière sur le FIAMS 2021 (2)

Au cours de la journée d'hier, je n'ai vu qu'un seul spectacle, soit Tricyckle de la compagnie Les Sages fous, présenté au Côté-Cour.


D'emblée, ce qui m'a le plus touché, de ce spectacle, c'est l'esthétique patinée tout de bric-à-brac construite, dans un espace ceint par une courtepointe de rideaux aux teintes verdâtres. Dans cette petite arène circassienne, un homme sur son tricycle tirera une petite roulotte surchargée de laquelle il tirera de nombreux objets pour refaire le monde.

Parmi les images marquantes de ce spectacle, il y a l'édification de la petite ville par l'accumulation de boîtes illuminées. Il y a aussi la naissance du petit être un peu effrayant. Puis, il  y a l'image globale. 

Pour ma part, il  y a quand même un mais

Dès le départ, nous avions été averti: ce spectacle fonctionne sur un mode onirique, convoquant beaucoup plus les impressions qu'une trame narrative. Je comprends la proposition. Je comprends le travail... même si, je l'avoue, je n'y ai pas adhéré. Peut-être n'étais-je pas dans une bonne disposition.

Je reconnais, par ailleurs, l'essence fortement poétique de la source d'inspiration (les hommes tricycles qui recueillent, de par la ville, des objets de toutes sortes) et le 

Il n'en demeure pas moins que ce spectacle a plu, si je me fie aux différents échanges que j'ai eu au cours de la journée avec d'autres spectateurs. 

Pour plus de détails sur le spectacle, visitez le site  web de la compagnie.

mercredi 28 juillet 2021

Un regard en arrière sur le FIAMS 2021 (1)

Depuis hier, le Festival International des Arts de la Marionnette au Saguenay (FIAMS) se déploie un peu partout sur le territoire. Un événement majeur qui revient tous les deux ans et qui présentent, chaque fois, un imposant panorama de ce qui se fait dans le monde du théâtre de marionnette, de l'objet, de la manipulation. 

FURIOSO


Le Théâtre de l'oeil présentait, en ouverture du FIAMS (et en grande première) sa plus récente création, Furioso, sur un texte d'Olivier Kemeid et une mise en scène de Simon Boudreault. 

Ce spectacle (60 minutes) présente, devant un mur aux multiples ouvertures comme tout autant de petites scènes, un conte atemporel aux diverses tribulations qui se plaisent à se multiplier et à transporter furieusement ses personnages (des marionnettes à tige magnifiques et des acteurs dynamiques!) en quête de quêtes! Qui gagnera la guerre? Qui aimera la princesse? Qui sera le héros? Qui la retrouvera? Qui est qui? Qui aidera? Qui nuira? Qui aimera qui finalement? Voilà une épopée sur les désirs!

Les situations sont tellement nombreuses qu'il est difficile de bien raconter. De toute façon, ça ne rendrait pas justice au spectacle!

Mais une chose est sûre: l'histoire devient vite un prétexte pour le plaisir du spectateur (jeune comme adulte) qui laisse librement défiler les mots et les actions pour s'amuser fermement avec les comédiens, les ruptures de tons, les apartés, les changements de plans, les clins-d'oeil plein de sous-entendus, et une esthétique bien léchée! Les péripéties s'accumulent dans ce monde aux frontières comiquement floues dont l'imagination reste le principal et plus solide ancrage. Il est facile et bon de s'y laisser bercer et de se laisser raconter!

Ainsi, il y a pleins de petits moments fort savoureux dont j'aimerais parler mais ça se ferait au détriment de la découverte! Il faut le voir! 

Il en résulte une oeuvre forte, amusante, qui gagnera assurément en maîtrise au gré des prochaines représentations! 

Si vous voulez en savoir plus sur la démarche de la compagnie lors de cette création, visitez leur site web.

LES KAKOUS


Avant la représentation, nous avons pu apercevoir, à l'extérieur, deux bêtes fantastiques, les Kakous, présentés par la compagnie Imagicario, lors d'une petite animation toute simple (!). 

Sorties de nulle part, ces créatures gigantesques se sont jointes à l'attroupement (ou vice-versa) et se sont vite adaptées à leur nouvel environnement pour inscrire de plain-pied leur mythologie et fiction dans notre réalité. Nous n'aurions pas été plus émerveillés en foulant le sol du Parc Jurassique!

La qualité de la manipulation de ces colosses, la virtuosité manifeste de ces artistes, la qualité de leurs improvisations dans l'interaction avec l'espace (la rencontre de l'autobus, par exemple ou le snack dans les buissons de la salle) ou avec les gens ont fait de ces quelques minutes des instants fantastiques.

Si vous voulez en savoir plus sur le processus de création et le fonctionnement de ces majestueuses bestioles, visitez leur site web.