dimanche 31 mai 2009

Vie spectrale au Monument National


Petite anecdote qu'on m'a racontée et qui tient lieu au Monument National, érigé à la fin du XIXième siècle à Montréal...

Un soir, alors que tous les artistes et artisans quittent le théâtre, deux techniciens s'installent et commencent leur travail... seuls. Dans cette immense salle vide. Ils discutent de tout et de rien, entre les lampes, les fils et les décors.

Pourtant, à mesure que la soirée avance, ils ressentent un malaise. Un malaise provoqué par un souffle venu de nulle part... par sentiment d'oppression et des vrombissements tout d'abord quasi imperceptibles. Pour se donner de l'assurance, ils se parlent de plus en plus fort... avec la désagréable impression qu'ils s'entendent de moins en moins bien!

Au bout d'un moment de silence, ils se rendent comptent que ce qu'ils entendent - et ce qui augmente leur émoi- ressemble au froissements de tissus, aux bruits de pas, de chuchottements et aux grincements des bancs... comme si on entrait... comme si une foule invisible prenait peu à peu place dans la salle dans l'attente d'un spectacle...

Malheureusement, l'anecdote s'arrête ici... sans que l'on puisse savoir quel spectacle s'est joué sur la scène après les trois coups spectraux: les techniciens ont fui.
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J'aime penser que les théâtres, lieux par excellence des émotions, des vibrations humaines, des grandes tragédies et des rires, se chargent d'une énergie telle que l'on continue de les fréquenter même après le trépas...

La semaine théâtrale


Zzzzz.... Zzzzz... Zzzzz....

À ma connaissance, il n'y a pas de rendez-vous théâtral cette semaine... mais peut-être me trompe-je...

Pas de rendez-vous ne signifie pas pour autant que le milieu théâtral est au neutre! Il y a de l'effervescence du côté de Jonquière et du côté de mes locaux au 100 Masques...

Si des gens ont des nouvelles, faites-le moi savoir!

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Pour ceux qui veulent voir du théâtre, je rappelle que le Carrefour International de Québec bat son plein présentement (encore pour deux semaines, je crois...)...

vendredi 29 mai 2009

Où tu vas quand tu dors en marchant...?


J'ai participé, hier soir, à la première représentation du nouveau spectacle déambulatoire du dixième Carrefour International de Théâtre, dans les rues de Québec la magnifique.

Sous le titre évocateur de Où tu vas quand tu dors en marchant...? (et sous la gouverne générale de Frédéric Dubois), les spectateurs plongent, dans six stations, dans un monde onirique, un monde nocturne fait de secrets, de confidences, de folies, de cauchemars, un voyage vers l'envers du jour.

Chacune des stations de cette promenade (qui se fait en quelque deux heures...) est autonome. Six lieux, six créateurs, six sphères d'activités artistiques, près de 200 artistes, artisans et figurants! Un spectacle fort intriguant...

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Première station: Jardins secrets
(Véronique Côté, comédienne et metteur en scène)

Un tête-à-tête sous les étoiles, dans un lit, avec un comédien qui nous livre un secret (secrets qui furent recueillis auprès de la population...) sur une musique de berceuses et dans la lumière blafarde d'un ballon... Un conte avant de se faire border.

Cette zone de chuchotements agit, en quelques sortes, comme porte d'entrée pour un univers déjanté...

Seconde station: Apparitions
(Claudie Gagnon, artiste multidisciplinaire)

Sous le couvert d'un boisé au centre de la ville, des tableaux vivants s'illuminent tout-à-coup et s'animent!

L'artiste, visiblement inspirée par les contes jeunesse (et probablement beaucoup d'Alice au pays des merveilles), construit un monde déformé et déformant, grossissement étrange et inquiétant d'une société où règnent les péchés capitaux... On s'y promène avec curiosité et malgré quelques longueurs techniques, on y passe un moment enchanteur.

Troisième station: Dormance mécanique
(Pascal Robitaille, musicien et concepteur sonore)

Peut-être la station la plus curieuse... la plus éblouissante... la plus magique...

Présenté comme un alchimiste musical, Robitaille y va d'une installation majeure composée de différentes machines reproduisant les ronflements, les respirations du sommeil, les grillons et les grenouilles qui chantent au crépuscule... On y traverse les étapes de l'endormissement les yeux ouverts et l'oreille éveillée (réf.: programme du Carrefour) pour aboutir devant un petit orchestre aux accents polonais qui chante la nuit.

Quatrième station: Avancez en arrière
(Frédéric Dubois, metteur en scène)

L'action se passe dans un autobus... On y monte et c'est un départ pour un tour de la ville, un tour de la vie commentée par un guide... Tout au long du chemin, de chaque côté de la rue surgissent des êtres grotesques et cauchemardesques qui assaillent la quiétude intérieure du véhicule. Des images de la vie... d'une vie qui peut toujours mal tourner...

Quel est le véritable sens de notre passage sur terre? Telle serait la principale question de ce tour.

Frédéric Dubois démontre une nouvelle fois, avec cette mise en scène, une ingéniosité et un pouvoir d'évocation efficace et instantané...

Cinquième station:Noctambleu
(Sébastien Dionne, scénographe)

Une rue complète de vient théâtre... enfin, les commerces de cette rue...

Un peu à l'instar d'Excès de vitrine qui s'est tenu pendant quelques années sur la rue Racine à Chicoutimi, la rue Saint-Joseph donne à voir aux spectateur des vitrines devenues tableaux vivants insolites en lien avec l'activité commerciale du lieu où ils se tiennent...

Malheureusement, la pluie s'est mise de la partie à ce point du parcours...

Sixième station: La Noce
(Harold Rhéaume, chorégraphe)

Cette partie a été annulée...

Il s'agit, selon ma compréhension du programme, d'un grand bal sur le parvis de l'église Saint-Roch... avec de danseurs, de la musique...

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Ce spectacle, qui peut aussi se voir de façon aléatoire, vaut le détour! Il ne reste toutefois plus que deux représentations ce soir et demain, de 21h à 23h (notez, par ailleurs, que pendant ces deux heures, toutes les stations sont animées en continu)... et c'est gratuit!!!

jeudi 28 mai 2009

Loïe, Isadora et Joséphine

Voici trois petites vidéos sorties d'un passé pourtant pas si lointain et qui, en même temps, remonte au début d'une véritable réforme de la scène dramatique européenne...

La première serait une série d'images captées en 1896 (par Edison?) et met en vedette Loïe Fuller (1862-1928) dansant la serpentine... Par ses danses hypnotiques, ses jeux de voiles et de lumières, elle devint l’égérie des symbolistes. Elle fascina Toulouse-Lautrec, Nadar, Méliès, Rodin, Mallarmé ou les frères Lumière. Cette Aladine occidentale, adulée aux quatre coins du monde, fut aussi une féministe avant l’heure. Elle afficha son homosexualité tout en revendiquant pleinement son rôle d’artiste. Dirigeant son propre théâtre, productrice, imprésario, elle fit venir en France les premières troupes d’acteurs japonais, écrivit des ballets et des tragédies et s’essaya comme réalisatrice au cinématographe. Mais surtout, sa danse Serpentine, en jouant sur la lumière, la couleur, la forme abstraite et le merveilleux, a fondé tout un pan de la danse contemporaine. (Réf.)



La seconde, Isadora Duncan (1877-1927), inspire les plus grands artistes peintres fascinés par son art du mouvement. Féministe, provocatrice inspirée, adulée ou critiquée, elle s'inspire du modèle des figures de la Grèce antique pour façonner l'expressivité particulière des danseurs qui se traduit dans une grande liberté d'expression, spontanéité et naturel du corps. L'artiste n'hésite pas à ne se couvrir que d'un voile et à danser nus pieds pour se rapprocher de la mode grecque ; elle pose ainsi les bases de la danse contemporaine. (Réf.)
Cette grande artiste a connu une fin tragique: alors qu'elle roulait sur une route de la France (elle était, par ailleurs, américaine...), son châle se prit dans la roue de son carosse et elle mourut étranglée...



La dernière, Joséphine Baker (1906-1975) devient l'égérie des cubistes qui vénèrent son style et ses formes, et suscite l'enthousiasme des Parisiens pour le jazz et les musiques noires. Elle fait figure aujourd'hui de « grande dame » et d'exemple de tolérance et d'intégration. (Réf.)


Retour vers le futur


Tiens, c'est drôle.

L'an dernier, à la même date, je projetais de partir en Saskatchewan pour un an... et le projet fut même assez sérieux pour que je fasse une entrevue téléphonique...

Au lieu de cela, je suis resté ici... pour d'autres projets!

mercredi 27 mai 2009

Hors d'Hakim, point de salut...


Le débat qui fait rage sur les résultats de la signature des registres de la semaine dernière - où 2249 personnes (moins une... avec explications plus bas!) se sont opposées au règlement d'emprunt de la ville pour la rénovation de l'Auditorium-Dufour (j'espère qu'elles le savaient toutes!)- donne lieu à de véritables petites perles...

La palme revient, à mon avis, au tandem Sirois-Hakim (respectivement directrice générale du Cégep de Chicoutimi et directeur général du Théâtre du Saguenay) qui pour l'une, l'Auditorium est devenu extrêmement dangereux et plus rien ne s'y tiendra... qui pour l'autre, il n'y aura plus de spectacles professionnels à Chicoutimi pendant deux, trois, cinq voire huit ans!!! Très peu d'ouverture pour un débat sain... Très peu de vision culturelle pour l'ensemble du Royaume...

Oui, ce diffuseur est majeur. Je le concède volontiers! N'empêche que les commentaires de son dirigeant, culturellement impliqué (dans ses propres projets...), surprennent. Tout ce qui se fait hors «ses» murs serait amateur?

Autre matière d'étrangeté (et un comble...), un billet d'opinion dans le Quotidien de ce matin fait sourire ou plutôt, rend encore plus amer la gorgée de café! Une dame écrit (si au moins il s'agissait d'ironie!): ll fait beau sur la Racine. Des jeunes m'interpellent pour les encourager, disent-ils. Ils veulent une salle de concert... [Et la dame de signer...] Je n'étais pas trop au courant du dossier. C'est mon erreur et maintenant mon problème. [...] Jamais on ne m'a dit que je signais contre la rénovation de l'Auditorium-Dufour. [...] Je m'excuse sincèrement d'avoir signé. Mais où était-elle ces derniers jours?????? Et depuis quand se presse-t-on à signer aveuglément un document?????

Il y a des jours comme ça où Ville Saguenay - son administration, ses citoyens et sa culture - me désespère...

L'embourgeoisement de l'acteur

Évolution d'un métier... d'une vocation... soumis aux contingences quotidiennes où les besoins financiers se comblent dans une vie mieux rangée!



Gautier par Roubaud

Les acteurs ne se souciaient guère, autrefois, d'être bourgeois ou citoyens; ce n'étaient même pas des hommes. L'un était Scapin, l'autre Léandre, l'autre Cassandre ou Colombine, et ils avaient si peur d'être pris pour des êtres réels, que même descendus de leurs planches, ils s'appelaient de noms de guerre tout à fait impossibles et fabuleux: Bellerose, de la Rancune, Floridor, et autres sobriquets romanesques. Ces messieurs ne répondent plus à présent qu'à leurs noms de famille. Ils se marient, font des enfants légitimes, paient leurs dettes, montent leurs gardes, achètent du trois pour cent; ils sont bons citoyens, bons époux, bons pères et craignent les rôles qui ne sont pas sympathiques: cela porterait atteinte à la considération dont ils jouissent chez leurs concierges. Célimène spécule sur les mobiliers. Alceste intrigue pour être sergent dans la compagnie. Marton vient au théâtre avec un parapluie; elle est d'une vertu ignoble et monstrueuse: c'est une vestale...

Théophile Gautier, cité par Sarcey, 1886

mardi 26 mai 2009

Et d'un autre!

Alexandre en compagnie de Marilyne Renaud, dans Nono de Guitry, TCM 2008

Tiens tiens...

Aux dernières nouvelles, Alexandre Larouche (vu dans plusieurs productions au cours des dernières années!) quitterait lui aussi la région (après Jérémie Desbiens)... pour aller faire ses classes (dramatiques) au cégep de Saint-Hyacinthe.

Bonne chance à lui aussi!

Ah, métropole, quand tu nous tiens!

Gala des Arlequins 2009


Le second Gala des Arlequins (organisé par la Fédération Québécoise du Théâtre Amateur) se tiendra le 13 juin prochain, à Montmagny... et tout récemment étaient dévoilées les nominations pour les différentes catégories.

Ainsi donc, c'est avec beaucoup de plaisir que j'ai appris que le Théâtre Mic-Mac en recevait trois (après avoir été récipiendaire l'an passé, pour Les Reines, des titres de Meilleure comédienne et de Meilleure production 2007) pour son spectacle Le Rire de la Mer... soit Meilleure comédienne pour Céline Gagnon qui tenait le rôle principal, Meilleure scénographie pour Christian Roberge et enfin, Meilleure production 2008.

Ce spectacle fut fort agréable à travailler... et je remercie encore cette troupe de m'avoir offert de si beaux moments!

lundi 25 mai 2009

Petit malaise

Je ressens un petit malaise... pour ne pas dire que je trépigne farouchement intérieurement lorsque - depuis quelques jours! - j'entends les commentaires désobligeants à propos des clowns thérapeutiques... Le dernier en date que j'ai trouvé: cet article sur le blogue de Richard Martineau, maître ès Démagogie...

Dans la région, il faut saluer le travail de SOS Clown (leur site), piloté par Josée Gagnon. Des acteurs professionnels, formés (tant sur les aspects artistiques que psychologiques) par des spécialistes, qui soutiennent les enfants et les personnes âgées dans les hôpitaux (principalement...), qui les aident à surmonter l'épreuve par le sourire et le rire...

En fait, je trouve que l'acharnement sur ces artistes en milieu hospitalier vole bas et - outre la déception éprouvée quand j'entends des gens que je respecte pourtant malmener ces projets... - se rapproche dangereusement de ces insultes gratuites et ces bassesses qui ont eu cours contre les gens du milieu culturel à l'époque des coupures du fédéral... D'accord, il ne faut pas que n'importe qui s'improvise clown... Mais il ne faut pas non plus diaboliser et ridiculiser ceux qui le font avec intégrité et empathie.

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Bref historique des clowns thérapeutiques (extrait du site de SOS Clown)

Le clown thérapeutique existe déjà depuis plus de 30 ans à travers le monde. L’instigateur de toute cette belle aventure est sans aucun doute le célèbre docteur Patch Adams. S’en suivra d’autres initiatives à travers le monde comme le Big Apple circus (Clown Care Unit de New York), puis le Rire médecin à Paris et le Allégria Doutores au Brésil. En 1999 Olivier Hugues-Terreault et Melissa Holland revenant de différents stages dont un long séjour avec Dr. Adams, ont créé Docteur Clown, à Montréal. La technique du clown thérapeutique s’est raffinée avec les années, elle est incontestablement devenue sérieuse et très rigoureuse, lorsque gérée par des professionnels. Ce métier, parce qu’il en est un, peut devenir un outil merveilleux, lorsque régie par des règles sévères, un code de déontologie, un encadrement psychologique professionnel ainsi que les formations adéquates. En 2008, il y a dans le monde des dizaines d’organismes comme SOS Clown, qui forment des artistes professionnels de la scène afin de devenir des clowns thérapeutiques compétents ayant une proposition claire, le clown sans trop de costumes flamboyants dans les centres hospitaliers.


dimanche 24 mai 2009

La semaine théâtrale

Dimanche - 24 mai 2009
Salle Murdock (Chicoutimi), 14h

C'est la dernière représentation de Rage, de Vicky Côté. Voir les commentaires dans les billets précédents.

Samedi - 30 mai 2009
Café-théâtre Le Côté-Cour (Jonquière)

Nancy Bourdages

Le Théâtre C.R.I. présente son événement bénéfice annuel, le Cri-Cheese 2009, en compagnie de l'humoriste et comédienne Nancy Bourdages. Connaissant l'engouement de la population pour cette artiste de talent, le C.R.I. est heureux de la recevoir sur scène où elle incarnera une brochette de nouveaux personnages succulents et quelques-uns de ses incontournables, pour le plaisir de tous. Pour informations: 418.542.1129

Bonne semaine!

samedi 23 mai 2009

Sublime Guitry

On m'a offert tout récemment un recueil des meilleures pièces de Sacha Guitry. Plus de 1300 pages de mots et de plaisirs...


Guitry jouant Debureau, en 1919


Je le confesse, j'ai un penchant marqué pour l'écriture de Guitry, pour le pathétique de ses textes, le cynisme... et aussi pour sa passion du théâtre qui sous-tend la moindre des répliques... Une passion du théâtre qui prend parfois directement la parole, comme dans le monologue suivant où Debureau, célèbre pantomime jouant Pierrot doit enseigner à son fils, son successeur, comme jouer, comment aborder la scène et tout cela, en le maquillant pour la première et dernière fois. Peut-être sa pièce la plus touchante. Une véritable déclaration d'amour spectaculaire...

Debureau

[...]
Et maintenant, un dernier mot:
Adore ton métier, c'est le plus beau du monde!
Le plaisir qu'il te donne est déjà précieux,
Mais sa nécessité réelle est plus profonde:
Il apporte l'oubli des chagrins et des maux.
Et ça, vois-tu, c'est encor mieux -
C'est mieux que tout, c'est magnifique et tu verras,
Tu verras ce que c'est qu'une salle qui rit,
Tu l'entendras.
Ça, c'est unique mon chéri.
Oh! Le bruit que ça fait, tu verras, c'est très beau.
Imagine un très grand silence:
On vient de lever le rideau.
Un silence absolu, complet...
On entendrait voler un imprésario!
Soudain, tu viens de faire une chose qui plaît,
Un geste inattendu, comique... et ça commence
Tout à coup!
Car ça commence d'un seul coup.
Et voilà
Le silence rompu qui vole en mille éclats!
Le public s'abandonne à l'immense rafale
Qui gronde et le secoue -
Et le rire au galop qui traverse la salle
Emporte tout...

Etc... Debureau vaut la lecture. On y parle de la scène comme rarement une pièce de théâtre peut le faire... Oui, franchement, Guitry vaut la lecture.