vendredi 23 avril 2010

Auto-citation

Avec le nombre de projets qui se sont enchaînés depuis les derniers mois, il est bon de réfléchir sur les visées artistiques qui m'animent... ou du moins, qui devraient m'animer. Quelles sont mes convictions scéniques fondamentales? Retour en arrière, dans mon mémoire de maîtrise:

Les éléments scéniques servent à mettre en valeur la théâtralité.

S'il est admis que le maniérisme de Meyerhold était bel et bien une exacerbation de la forme, de la couleur et de l'espace afin d'obtenir une théâtralisation forte, que ce soit par la construction de machine à jouer pour les acteurs, de musique omniprésente, d'objets disproportionnés, le néo-maniérisme meyerholdien viserait les mêmes buts, aurait les mêmes ambitions, par une réduction à l'essentiel des éléments scéniques, un dépouillement dense, une exaltation du vide.

Il ne s'agit pas, dans ce cas, de réduction obstinée mais bien d'une recherche d'efficacité ramenée à sa plus simple expression.

La sobriété de l'espace, des éclairages, de la musique et des objets oblige la scène à s'affirmer autrement, à se repenser d'abord et avant tout en fonction de l'interprète. Ce recours à l'essentiel donne, à mon avis, plus d'impact à chacun de ces éléments.

Ce sont encore des idées qui m'allument. Peut-être l'articulation de celles-ci devient plus nuancée, mieux définie.

jeudi 22 avril 2010

L'Assemblée des femmes [Carnet de notes]


C'est dans une heure et demie que débutent les répétitions de L'Assemblée des femmes d'Aristophane qui sera la prochaine production estivale du Théâtre 100 Masques.

Un début en appelle un autre!

À cette occasion, voici donc les premières lignes surprenantes de cette pièce écrite il y a quelque deux mille cinq cent ans (à la lecture, il ne faut pas perdre de vue le côté parodique de ce texte, son pouvoir comique). Les premières lignes qui seront les premiers mots à subir le transfert du texte à la scène (par Erika d'ailleurs...):

Ô rayonnante lumière de ma lampe d'argile, de ce lieu élevé tu frappes les regards. À toi seule nous confions nos secrets; et ce n’est pas sans raison: n’es-tu pas présente lorsque, dans nos appartements, nous essayons diverses postures des plaisirs d’Aphrodite; et personne ne redoute d’avoir ta clarté pour témoin de ses ébats voluptueux. Seule, tu éclaires nos cavités secrètes, dont ta flamme détruit la luxuriante toison. Ô lampe, la roue du potier a façonné tes contours comme la nature a façonné les miennes, et ta mèche imite l'éclat du soleil; puisses-tu répandre au loin le signal convenu! Je ne vois aucune de celles que j'attendais! Ah! Si on les avait convoquées pour la fête de Bacchus, les tambourins encombreraient les rues, tandis qu’à présent, je ne vois pas une femme, sauf ma voisine qui arrive. Bonjour, Cléonice.

Vernissage

Carton d'invitation de l'exposition

Hier soir avait lieu, à la Galerie l'Oeuvre de l'Autre, le vernissage de l'exposition finale des étudiants de la maîtrise en art sous le thème Voler du temps.

Au cours de cet événement, il y avait deux présentations à caractère théâtral.

La première avait pour titre Marie sans nuit (à chaque nuit une nouvelle Marie), un projet d'Erika Brisson à partir d'un texte d'Anick Martel (également étudiante à la maîtrise). Ce projet (que je connais bien parce que j'en ai fait la mise en scène) proposait un essai sur le vide, une étude sur des effets d'absence: gestes automatisés, décontextualisation, regards absents, interprétation neutre composé principalement par le rythme et le volume, défilement du texte sans donner le sens, absence de mot dans le texte. Assise sur un chariot (une scénomobile!), l'actrice devait entrer dans une concentration extrême pour faire face (en plus de toutes les contraintes mentionnées plus haut) aux déplacements de son objet laissés aux choix du spectateur. La plus grande difficulté pour ce travail aura été d'essayer de surpasser la fiction du texte de Martel - qui place en scène une femme meurtrie ayant perdu un enfant - pour avoir une matière sonore et non pas une histoire.

Le second projet revient à Anick Martel avec la présentation de sa mise en lecture de son propre texte, Épicurienne . Une expérimentation sonore intense qui proposait une lecture (par Élaine Juteau) sur une musique de discothèque manipulée par l'auteur. Une expérimentation intense qui place le texte et la musique sur le même pied d'égalité ce qui crée des relations parfois d'opposition, parfois de complémentarité. Un texte qui semble fort bien mais qui fait un peu les frais de ce type d'exercice. (Notez que ces deux textes de Martel font partie de l'exposition et qu'il est donc possible de les lire.)

Voilà. En fait, deux conceptions du théâtre...

mercredi 21 avril 2010

De quelques considérations sur la douleur du metteur en scène devant son propre spectacle...

Je l'ai déjà dit, quelle que soit ma satisfaction à l'égard de ma production (peu importe laquelle), j'ai toujours de la difficulté à me laisser aller au rôle de spectateur sans vouloir fondre dans le plancher. La douleur est intense. La douleur de vouloir mieux. La douleur de savoir mieux.

Et le doute... Car oui, quand son propre regard passe soudainement par celui des autres spectateurs, le doute s'installe. Et si... Et si...

C'est avec ces quelques pensées que je me suis couché hier soir avec, dans les mains, un recueil de citations de Vsevolod Meyerhold (surprise!) et, comme souvent dans ce type de situation, une phrase - enfin un paragraphe... - m'attire:


La vie de tout artiste authentique (bon... le titre est pompeux mais la suite me plaît bien) est celle d'un homme constamment déchiré par l'insatisfaction de soi. Seuls les amateurs sont toujours contents d'eux et ne sont tourmentés par rien. Un maître, au contraire, est toujours sévère à son propre égard. L'autosatisfaction et l'infatuation ne sont pas dans ses habitudes. Ordinairement, quand un artiste semble satisfait et sûr de lui, ce n'est qu'une attitude d'autodéfense, un blindage artificiel pour se protéger des contacts blessants. [...] La vie d'un artiste authentique, c'est une exultation d'un jour, ce jour où sur la toile il pose la dernière touche, et une immense souffrance de tous les autres jours, quand l'artiste ne voit plus que ses fautes.

Voilà. C'est tout.

mardi 20 avril 2010

Un instrument théâtral


J'ai assisté, dimanche dernier, à l'«inauguration» de l'orgue Casavent qui a voyagé de l'éclise Ste-Cécile de Kénogami vers l'église St-Matthieu auparavant nommée Ste-Famille. C'est un peu complexe, mais de toute façon, là n'est pas mon propos.

L'orgue est peut-être l'instrument de musique le plus théâtral que je connaisse. Un instrument du souffle; un instrument qui respire. Un instrument scénographique. Un instrument d'atmosphère et de mélodies.

Bien sûr, à l'écoute de cette puissance évocatrice de l'orgue, de nombreuses références peuvent affluer à l'esprit notamment Le fantôme de l'opéra, les films expressionnistes, les films muets, les célébrations religieuses et j'en passe!

Mais plus intéressant encore, l'orgue est un instrument de l'investissement de son interprète.

Dans ce cas-ci, il fallait voir l'organiste, Martin Boucher, y aller de tout son corps, de faire preuve de précision et d'une maîtrise sans faille dans l'exécution de ses partitions sur deux claviers et un pédalier. Un bel exemple de conscience de soi, de ses gestes.

Pour le programme, d'autres savent mieux en parler que moi (voir le billet Un autre orgue déménage sur le blogue Spécial du Jour)!

lundi 19 avril 2010

Pesez des serments avec des serments, et vous pèserez le néant (W. Shakespeare)

Caricature de Mario Lacroix
parue dans Le Quotidien, 19 avril 2010

Décidément, le gangrénaire dossier de la salle de spectacle revient de nouveau fleurir en ce printemps pourtant déjà fort occupé par le dossier de la faillite du Théâtre du Saguenay...

Comment qualifier encore une fois ce bourbier culturel?

Peut-être la solution est plus simple que prévue: devrons-nous bientôt et rénover le vétuste auditorium et construire une nouvelle enceinte si nous nous retrouvons, dans l'auguste cité, avec deux diffuseurs majeurs? Ce sont les artistes, agents et producteurs de la capitale et de la métropole qui doivent se marrer. Rien de bien reluisant pour un milieu qui s'enlise...
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Pendant ce temps, oui, la ministre de la culture voit approcher le moment où elle devra plonger dans cette plaie saguenéenne et se couche le soir en reprenant ces quelques mots bibliques: Père, éloigne de moi ce calice!


D'une campagne de financement à l'autre...


Nous (enfin, le Théâtre 100 Masques...) sommes en pleine campagne de financement au profit de la production estivale qui s'en vient. C'est le propre des institutions culturelles (et communautaires) que de faire appel aux dons et commandites... mais ce type de financement est encore (malheureusement) principalement le nôtre.

Bien que nous puissions compter sur déjà plusieurs donateurs, les nouveaux sont difficiles à débusquer dans le contexte économique actuel...

Nous frappons donc d'une porte à l'autre, avec notre offre, nos documents explicatifs, notre projet. Jamais nous n'aurons autant parler d'un spectacle avant même qu'il ne soit en chantier!!! C'est le mal nécessaire du théâtre... enfin, du nôtre!

dimanche 18 avril 2010

Au théâtre, cette semaine! (du 18 au 24 avril 2010)



Deux rendez-vous à noter... je crois.

Jeudi à samedi - du 22 au 24 avril 2010
Salle Lionel-Villeneuve (Roberval), 20h

Le Théâtre Mic Mac entame son avant-dernière semaine de représentations de La Défonce, un texte de Pascal Chevarie mis en scène par moi-même. Pour plus de détails, consulter les articles sur le sujet en cliquant l'onglet La Défonce dans la colonne de gauche (dans la section Libellés).

À compter de vendredi - le 23 avril 2010
Salle Murdock (Chicoutimi), 20h

Jusqu'au 2 mai (tous les jours sauf le lundi), le Théâtre du Faux Coffre poursuit les festivités de son cinquième anniversaire et donne son deuxième solo fort attendu: Trac, ma vie en théâtrascope! Trac, le plus radical des Clowns noirs, présente un drame musical engagé relatant les difficiles mésaventures de sa vie! De sa naissance jusqu'à la découverte de sa vraie passion, le théâtre. Voyez Trac bébé, Trac enfant, Trac adolescent. (Il faut rappeler que les fonds recueillis serviront au financement d'un court-métrage dans les mois à venir). Pour plus d'informations ou pour réservations (possiblement nécessaire): 418-698-3000 poste 6561.

samedi 17 avril 2010

Dans les coulisses du théâtre de la Reine

En panne d'inspiration, on se tourne vers la petite histoire du théâtre... et quelle histoire! Voici une visite du théâtre personnel de Marie-Antoinnette, avec une visite des lieux et une démonstration de machineries théâtrales de l'époque!

vendredi 16 avril 2010

Et c'est reparti.


Voici (cliquer sur ce lien... mais sur mon ordinateur, c'est très long à télécharger...) l'analyse comparative des deux projets concernant la salle de spectacle à Saguenay fournit par Deloitte: une nouvelle construction sur la zone portuaire ou la rénovation de l'Auditorium-Dufour?

Le citoyen d'abord sera invité à se prononcer le 6 juin prochain dans le cadre d'une consultation publique. D'ici là, cette saga a le temps de redevenir le dossier chaud et de permettre à tout un chacun d'y aller qui de sa sortie en règle contre l'administration municipale, qui de sa sortie en règle contre le milieu culturel qui ne fait que dépenser. La rengaine habituelle quoi...

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À lire, le commentaire de la section 10 (24ième page du document).




Le véritable rôle de l'artiste...

Extrait d'un article (voir l'intégralité ici) paru dans Le Droit, le 13 avril dernier. Les quelques mots qui vont suivre sont de Wajdi Mouawad, qui est - outre un auteur et un metteur en scène fort reconnu - directeur artistique de la section française du Centre National des Arts à Ottawa.



Un artiste est là pour déranger, inquiéter, remettre en question, déplacer, faire voir, faire entendre le monde dans lequel il vit, et ce, en utilisant tous les moyens à sa disposition. Or, pour que cela puisse advenir, il doit poser un geste qui va d'abord et avant tout le déranger lui-même, l'inquiéter lui-même, le remettre en question lui-même, le déplacer lui-même, le faire voir lui-même, le faire entendre lui-même.

Un artiste doit être à la fois le pont et le ravin.

Créer, c'est sortir de son propre néant. Cela ne peut pas se comprendre.

Une œuvre n'est pas là pour plaire, elle est là pour enflammer.

Une œuvre n'est pas faite pour être comprise.

Une institution culturelle n'a pas à se préoccuper du nombre de ses adhérents.

Une institution culturelle se préoccupe uniquement de l'excellence de son engagement envers la création et les artistes.

C'est cette liberté qui donne précisément à une institution ses qualités et sa spécificité.

La meilleure manière, pour un artiste, de respecter un spectateur, c'est de le croire plus intelligent que soi-même.

Nous ne sommes pas là pour servir.

Nous ne sommes pas là pour réussir.

Nous ne sommes pas là pour divertir.

Nous ne sommes pas là pour recommencer.

Nous sommes là pour impliquer.

Si un artiste devait être un mot, il serait le mot « pli «. Le mot pli se retrouve dans : « Plier. Déplier. Replier. Impliquer. Compliquer. Expliquer. Simplifier. Dupliquer. Appliquer. Amplifier».

Nous ne sommes pas là pour inventer, mais pour élargir les blessures.

Si l'artiste devait être un animal, il serait soit un scarabée bousier, soit un boa constrictor.

Œuvrer pour une minorité qui ne s'intéresse pas à ce qui intéresse la majorité, c'est aussi cela la démocratie.

L'art n'est pas un paillasson sur lequel on vient essuyer, histoire de la satisfaire, sa compréhension béate.

Un artiste n'est pas politicien.

(Et enfin, le plus insupportable.) Un artiste ne se justifie pas. La justification est, avec le meurtre et le sang innocent, une des choses qui séparent l'art du terrorisme.

jeudi 15 avril 2010

Le prochain Carrefour International de Théâtre (Québec)


Les programmes du prochain Carrefour International de Québec (tenu du 25 mai au 12 juin 2010) viennent de traverser le parc pour venir titiller la fibre théâtrale des Saguenéens.

Cette 11ième édition présentera, en rafale:
Belles-Soeurs le musical à partir de l'oeuvre de Michel Tremblay;
Où tu vas quand tu dors en marchant (que j'ai vu l'an dernier, voir ici), un déambulatoire dans la Ville, un concept de Frédéric Dubois;
Ciels de Wajdi Mouawad;
La Montagne Rouge (Sang), une mise en scène de F. Dubois;
Éloge du poil de la Compagnie Bal... peut-être le spectacle le plus intriguant;
Yukie de Daniel Danis;
Tragédies romaines, trois pièces de Shakespeare (Coriolan, Jules César et Antoine et Cléopâtre) en néerlandais surtitrées en français par la Toneelgroep Amsterdam;
L'effet de Serge de Vivaium Studio (France);
Rouge gueule, une production du PàP;
Elephant wake, un spectacle saskatchewanais;
et la trilogie de Mouawad, Littoral-Incendies-Forêts...

Et, pour compléter cette programmation, il y a des tables rondes, des chantiers, des projections de film, des lectures publiques, des rencontres avec les artistes, etc. Pour plus de détails sur les dates, les heures et les lieux, voir le site du Carrefour. Pour ma part, j'y reviendrai sûrement si le temps me permet de m'y rendre.