jeudi 5 avril 2012

L'art de tout faire...

 Jean Cocteau

Aujourd'hui, je me suis gâté en passant la journée dans le petit théâtre (production étudiante oblige!) de l'UQAC à faire de l'accrochage de lumières.Comme metteur en scène, j'aime (et j'irais jusqu'à dire que j'ai besoin de!) m'impliquer dans les divers volet du travail scénique: éclairage, costume, scénographie, régie, etc.

M'impliquer concrètement, j'entends. Plus qu'être là. Faire. Mettre la main à la pâte. Être intimement lié à la construction qui prend forme. Comprendre ce qui est entrain de se faire. Participer à la réalisation et connaître, lors des discussions avec les différents concepteurs, les tenants et aboutissants des décisions prises, des choix faits. Pouvoir leur faire des demandes adéquates, précises, claires... et aussi réalisables.

Avoir une relation d'égal à égal avec tous les éléments théâtraux. Ne pas se sentir dépassé. Être en contrôle. Et aussi, enfin, avoir du plaisir.

Prendre enfin le théâtre comme un tout, comme un art global.

mercredi 4 avril 2012

De la critique... encore et encore...


Ceci est une critique. J'entends par là qu'il va s'agir d'examiner rationnellement les raisons que [...] le théâtre [...] s'est données d'exister. Cependant, de la démarche critique, je retiendrai essentiellement le principe d'un «moment critique», d'un «moment décisif» où les choses basculent en s'aggravant. Ou, pour en revenir à l'étymologie grecque de critique et à l'acception judiciaire de krinô, je privilégierai l'idée de «distinguer», de «passer au crible» - qui s'accomplit dans le témoignage et la confrontation - aux dépens de «trancher», de «rendre un jugement». La critique pratiquée dans cet ouvrage suspend le jugement et maintien l'état de crise. Fondée sur l'examen, sur l'observation, sur l'analyse toujours repris de son objet, sur la constitution d'une certaine symptomatologie, cette critique particulière pourrait aussi bien être appelée, au sens deleuzien, une «clinique».

 Ces mots sont de Jean-Pierre Sarrazac, en introduction (ils commencent à la huitième ligne de l'ouvrage!) de son Critique du théâtre - De l'utopie au désenchantement... que je lirai bientôt.

Dans ces quelques lignes, il y a, quand on lit plus loin que le côté «préface d'une œuvre précise», une véritable définition de la critique, du critique. Une définition qui donne envie et qui renvoie le cruel manque de celle-ci, de celui-ci, dans le milieu théâtral saguenéen.

Des exigences normales pour un milieu normal.


mardi 3 avril 2012

Du minimalisme et du vide...

 
Il est quand même de ces hasards qui peuvent surprendre... Comme par exemple, écrire un texte et développer un projet (dont le titre de travail est, pour le moment, Trou noir - Manifeste pour un minimalisme théâtral sur un tissage d'actualités) axé principalement sur le vide... ou enfin, sur la parole et la seule présence de la voix pour le structurer.

Au même moment, je lis et je tombe sur des citations de Daniel Jeanneteau, (qui se retrouvent ) sur le même sujet - justement nommées Quelques notes sur le vide - qui résonnent comme de sérieux avertissements:

Le vide ne peut être décidé, choisi en tant que tel. Ce n'est pas un style. Quand on emprunte la forme "vide", et qu'on l'applique extérieurement à un projet, ce vide inassumé, inaccompli, encombre tout autant qu'un "plein".

Ouche! Ou encore, comme une ligne directrice pour le travail à venir (s'il vient, bien entendu):

Pour accueillir la parole, l'espace doit éviter le sens, induire une certaine conformation du sens mais pas encore le sens lui-même. Ce n'est qu'après, sous l'effet du sens émis par la parole que l'espace peut offrir de se changer, et s'emplir de significations. 

Ce Jeanneteau, scénographe de son état... mais aussi metteur en scène, développe véritablement (au fil des articles de lui que j'ai lus) une pensée théâtrale complète et complexe.



dimanche 1 avril 2012

Nouvelles acquisitions...

Je viens de m'acheter (que j'avais commander il y a quelques semaines) deux nouveaux bouquins dans le cadre de ma recherche doctorale... Deux bouquins de mes deux théoriciens français favoris, par leur sujet, leur façon d'aborder le théâtre dans son ensemble, leur profondeur dans une langue et une pensée cohérente et parfaitement transmissible. des questionnements solides. Des pistes de travail cohérentes et stimulantes. Une analyse détaillée et précise. Avec eux, pas d'hermétisme ou de zone d'ombre. Seulement une clarté.


Le premier est de Patrice Pavis (auteur d'un dictionnaire du théâtre et de plusieurs ouvrages sur le théâtre dont le très utile Analyse des spectacles). Paru en 2007 réédité en 2010, il s'agit d'une étude sur - surprise! - la mise en scène contemporaine... dont j'ai déjà cité un chapitre il y a quelques temps (voir le billet du 8 mars dernier) Une vision beaucoup moins hermétique que celle postdramatique de Hans-Thuies Lehmann...

On croit savoir ce qu’est la mise en scène : n’est-ce pas la partie visible du théâtre, ce que les acteurs, les techniciens et le metteur en scène ont préparé pour nous ? N’est-ce pas ce supplément « spectaculaire » qui nous est offert et qui tantôt nous révèle la pauvreté interprétative de ce que nous avons appris des textes à l’école, tantôt remet violemment en question toute vérité de l’œuvre ? On a bien raison de se méfier de la mise en scène ! Mais plus raison encore d’interroger cette méfiance.

C’est ce que se propose la présente enquête. Elle porte sur de nombreux types de spectacles : mises en scène des classiques et des textes contemporains, performance, théâtre du geste, dramaturgie de l’acteur, lecture scénique, nouveaux médias, théâtre de la déconstruction, expériences interculturelles, etc. L’ouvrage s’ouvre sur l'étude de l’évolution historique de la mise en scène, il explore les frontières de l’exercice (lecture scénique, jeu improvisé), puis confronte mise en scène et performance.

Les grandes tendances de la scénographie en France et la mise en jeu des textes contemporains sont alors présentées. La dramaturgie du geste et de l’acteur est analysée à partir d’exemples concrets. La représentation des classiques donne l’occasion d’un bilan de l’interprétation et de ses méthodes de jeu. Ainsi le théâtre ne cesse de pousser la mise en scène dans ses derniers retranchements.Cet ouvrage s’adresse aux étudiants en théâtre, spectacles, médias et littérature ainsi qu’aux professionnels et aux amateurs de la scène.


 
Le second est de Jean-Pierre Sarrazac, éminent théoricien de l'écriture scénique actuelle (dont la maîtrise et les différentes composantes de recherche peuvent se retrouver dans sa Poétique du drame moderne et contemporain) et dramaturge, et porte un regard sans compromis et sans concession sur l'état du théâtre: La dernière idée que nous nous étions faite du théâtre et, singulièrement, de la création entre la scène et le spectateur, nous la tenions des années cinquante, de Vilar et de Brecht.

La leçon de Barthes, de Dort, de la revue Théâtre populaire - d'Althusser également - nous avait convaincu que le théâtre devait assurer le " Grand commentaire " de la société... Or on entend dire que cette utopie d'un " théâtre critique " et d'un " spectateur actif " a vécu ; qu'elle est morte en même temps que la religion de la " fable " et que quelques autres croyances " modernes "... Contribution au débat actuel sur la fonction du théâtre, sa dimension civique, ses pouvoirs, sa " nécessité ", le livre de Jean-Pierre Sarrazac fait l'archéologie de cette idée d'un théâtre critique.

Façon d'amorcer ce que les philosophes appellent la palinodie, l'histoire d'un changement d'idée. De choisir la contradiction plutôt que l'amnésie. De reprendre la toujours nécessaire critique du théâtre. Tout en poursuivant le rêve amoureux d'un théâtre qui " se situerait en dehors du jugement, dans le jeu des possibles ", qui " ne punirait ni ne consolerait " mais " offrirait simplement réparation ", " entendons : un lieu et un temps pour se refaire des forces ".


Nul doute que les jours et semaines à venir me verront plonger dans ces pages et réflexions... et que celles-ci se répercuteront dans de futurs billets...

Et vlan.


De retour encore une fois avec des anecdotes de coulisses, de théâtre... comme il ne s'en fait plus aujourd'hui. Peut-être en ai-je déjà publié. Peu importe. J'en remets encore. J'aime bien cette espèce de cruauté. D'échanges entre la salle et la scène. De cette place si grandiose qu'occupait le théâtre dans la vie sociale... Peut-être faudrait-il s'y remettre!!! Tout ce qu'il faut, c'est un petit pot de fiel!



Au théâtre, cette semaine! (du 1er au 7 avril 2012)


Me revoici avec un billet calendrier après avoir négligé cette catégorie - voyage oblige - pendant une petite semaine où il s'en est passé des choses. Plus que pour la semaine à venir... parce que, oui, il n'y aura pas grand chose (de public!) de théâtral... sinon la religion catholique qui se donnera en spectacle encore une fois dans sa semaine sainte.


samedi 31 mars 2012

De la biomécanique... concrètement...

 Voici une petite vidéo (trouvée sur Youtube) montrant quelques exercices de biomécanique meyerholdienne. Une belle démonstration...


Toute la première partie avec les bâtons (que nous avions un peu explorée), c'est pour développer l'objet comme le prolongement du corps humain, acquérir une aisance et une maîtrise telle que les deux éléments (corps et objet) ne fassent plus qu'un.

À les voir, ça donne envie de ravoir une autre formation sur le sujet (comme celle reçue en mars 2010 avec M. Robert Reid de l'Université Concordia)...

Un cours de mise en scène par Meyerhold...

Portrait de Meyerhold par l'artiste Ilya Broido (pris sur ce site)

Alors que mon cours d'atelier de production se voit un peu troublé par la grève de l'association des étudiants en art et que l'échéance des représentations approches, je retrouve, chez Meyerhold (dans un sténogramme d'un cours donné le 3 juillet 1918 et reproduit dans la petite plaquette Vsevolod Meyerhold de la collection Mettre en scène parue aux éditions Acte-Sud Papier), plusieurs notions que j'aurais aimé transmettre, discuter, explorer dans un cadre plus officiel.

Voici donc, en rafale, ce qu'il dit de la mise en scène (toutes des idées qui me plaisent, il va sans dire... mais je soulignerai tout de même des points qui me semblent fondamentaux dans une approche néo-meyerholdienne):

[...] Le metteur en scène [est] l'auteur des compositions scéniques. L'activité du metteur en scène réunit celle de tous les créateurs du plateau: acteurs, auteur dramatique, peintre-décorateur*, etc., pour matérialiser une idée artistique unique.

[...] Son activité précède l'arrivée du décorateur: il s'agit d'un travail d'organisateur qui lui est propre. Il doit élaborer un plan qui réunit le travail de tous les travailleurs du plateau sans exception. Il doit établir les conditions qui permettront de coordonner l'activité de tous les métiers de la scène. Et c'est précisément en ce travail unificateur que consiste la création du metteur en scène.

[...] Ensuite le metteur en scène indique aux acteurs la mélodie de leur discours, il indique les mesures, les pauses. Il élabore toute la structure du spectacle, ses accents. Il indique ou il doit y avoir intensifications et réductions. Il expose aux autres son interprétation de la pièce, la façon dont il la comprends. Il la considère du point de vue de la littérature, du style, etc. [... La] pièce d'un auteur donné n'est ici pour lui qu'un motif. Et son travail est de développer les didascalies de l'auteur qui sont toujours relativement peu nombreuses. Sa tâche est d'y introduire toutes les didascalies qui manquent. [...] À côté des didascalies indiquées par l'auteur, le metteur en scène a donc le droit d'en introduire de nouvelles qui sont le résultat d'une construction édifiée par lui au-dessus de la pièce - tout ce qui est suscité par telle ou telle interprétation de la pièce par le metteur en scène. Dans ce domaine, il jouit d'une totale liberté de création.

[...] Le metteur en scène est celui qui, dans la sphère de la mise en scène, est autant auteur que le dramaturge dans sa sphère - celle de l'écriture de la fable. Il interprète et élabore la pièce du point de vue théâtral.

[...] La tâche du metteur en scène est de redresser la pièce en ce sens qu'il doit y mettre au jour l'élément théâtral. Il apparaît ainsi comme celui qui traduit librement un texte livresque en une langue vivante, celle du récit scénique.

En fait, tous ces points (et il est plus clair de s'en rendre compte en lisant l'intégralité de ce texte) peuvent se résumer en trois concepts nécessaires: cohérence, choix, liberté de création.
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* Le peintre-décorateur correspond, en quelque sorte, au scénographe d'aujourd'hui.

vendredi 30 mars 2012

Page blanche...


 C'est terrible, le commerce des grandes œuvres;
où trouver l'énergie et la certitude 
d'avoir encore à écrire 
quand on fréquente Sophocle et Shakespeare? 

Ces mots sont de Jacque Lasalle, grand metteur en scène français contemporain... et ils reflètent assez bien ce qu'on peut ressentir tant quand on s’assoit devant une page blanche (ou, pour plus de contemporanéité, devant un clavier et un écran!) pour écrire... et, par extension, quand on s’assoit dans une salle de répétition pour écrire scéniquement...

jeudi 29 mars 2012

Les arts de la scène ont la cote?


 
 Voici un article paru dans l'édition d'hier du Devoir... sous la plume de Frédérique Doyon. À noter que le sondage dont il est question dans ce texte peut être consulté (en anglais seulement...) en suivant ce lien.

Sondage - Les arts de la scène ont la cote
Le spectacle l'emporte sur la fréquentation des musées et des événements sportifs

Les Canadiens sont de fervents consommateurs d'art de la scène, conclut un sondage de la firme Ekos mené auprès de 1031 répondants pour le compte de l'Association canadienne des organismes artistiques.

Une grande majorité d'entre eux (75 %) ont assisté à un spectacle professionnel au cours de la dernière année. Le tiers de la population a vu de deux à quatre productions scéniques, et un Canadien sur cinq est même allé voir cinq spectacles ou plus.

Près de la moitié estiment personnellement «important» d'assister à des pièces de théâtre, à des concerts de musique ou à des spectacles vivants en général. La fréquentation des arts vivants l'emporte même sur celle des musées et des événements sportifs.

Ombre au tableau: le Québec est le champion de l'abstinence en matière d'arts de la scène, avec l'Alberta, alors que 30 % des répondants de ces deux provinces n'ont assisté à aucun spectacle en 2011. (C'est 37 % pour toutes les provinces de l'Atlantique réunies!)

Le théâtre est plus populaire que les autres formes scéniques, avec 44 % des citoyens qui l'ont fréquenté (voir le tableau).

Le sondage signale en outre l'importance d'Internet dans la diffusion des arts vivants, alors que 45 % des répondants se servent de ce nouveau véhicule pour visionner un spectacle. Sans trop de surprise, la télévision en rallie 71 %.

Si la grande majorité des répondants (75 %) s'est rendue dans un théâtre, la moitié ont dit fréquenter les arts vivants en plein air. Suivent les centres communautaires (39 %), les bars et les restaurants (34 %), le stade (27 %), les musées ou les galeries (25 %) et les lieux de culte (20 %). En fait, la proximité des lieux de diffusion se révèle un élément clé de la fréquentation assidue des arts vivants selon le sondage, qui établit une corrélation entre celle-ci et le fait d'habiter la ville ou ses environs.

Ce portrait rejoint les chiffres de 2010 d'un récent sondage de la firme Hill Stratégies Recherche qui montrait que 72 % des Canadiens avaient assisté à au moins un spectacle ou un festival culturel en 2010. Il fait partie d'une plus vaste étude destinée à mieux définir le rôle des diffuseurs d'arts scéniques à l'heure des technologies numériques et de la fragmentation des publics.

***

Des arts bien vivants
Fréquentation des arts de la scène par les Canadiens


Théâtre: 44 %
Concert de musique populaire: 42 %
Festival artistique ou culturel: 29 %
Concert classique ou symphonique: 20 %
Spectacle ethnoculturel de danse, de musique ou de théâtre: 19 %
Tout autre type de spectacle culturel: 19 %
Danse: 15 %
Aucun: 26 %

Source: Association canadienne des organismes artistiques

Et d'une autre!


C'est ce soir que le Théâtre Mic Mac débute les représentations de sa toute dernière production, Albertine en cinq temps! J'ai été parmi eux si souvent à ces mêmes périodes au cours des années précédentes que je me sens très près aujourd'hui. 

Un monument du théâtre québécois, une équipe de passionnée... tout pour passer une (des quinze!) soirée agréable. À tous ces artisans (même si certains détestent ce terme!),

Réjean Gauthier, Lise Ouellet, Vicky Tremblay (et ses jeunes!), Christian Roberge, Gervais Arcand, Francine Joncas, France Donaldson, Joan Tremblay, Mélanie Tremblay, Sonia Tremblay et Jocelyne Simard,

je vous souhaite beaucoup de plaisir (c'est tout ce qui compte!), beaucoup de monde et un succès prodigieux!

Merde!