jeudi 28 juin 2012

«La Marmite» [Carnet de production]

À quelque jours de la première, il reste quelques dossiers à finaliser: des détails de costumes à finir, des éléments de la scénographie à peaufiner, et une promotion à mettre en branle.

Pendant ce temps, les comédiennes et la metteure en scène sont entrées dans une série d'enchaînements qui culmineront, dans quelques jours, par les générales... elles aussi ajustant, détaillant, peaufinant leurs actions.


mercredi 27 juin 2012

«La Marmite» [Carnet de production]

Voici un premier aperçu d'un bout de la scénographie de La Marmite... La photo est d'Isabelle Boivin. Sur la scène, un immense dépotoir d'un côté... un hammam de l'autre! Le décalage entre les pauvres et les riches!  Un espace gigantesque...


(soupir)

En cette période estivale ou de nombreuses productions prendront l'affiche (j'en compte sept sur le territoire... sans compter tous les autres évènements qui sortent du cadre théâtral), la couverture médiatique de la chose culturelle régionale dévoile, à tout coup, ses nombreuses failles.

Alors que ça grouille, que ça fourmille partout, les journaux et la radio font une large part à la première (la seconde et les suivantes!) du film Omertà... avec une large part fait à Michel Côté qui, rappelons-le, vient de la région! Une couverture digne de revues à potins... (D'ailleurs, au moment même où j'écris, l'équipe de Café Boulot Dodo, à Radio-Canada, le reçoit...)

Quand l'intérêt pour ce film ce sera estompé, viendront assurément les grands spectacles... 


mardi 26 juin 2012

Les egos théâtraux...

 Sacha Guitry et Michel François, Théâtre du Gymnase, 1950

Je suis un fan de Sacha Guitry... et plus j'en lis, plus j'ai envie de remonter un autre de ses textes (après le Nono du Théâtre 100 Masques, en 2008). C'est un auteur avec de l'esprit. Vif. Doté d'une écriture souple. Et animé d'une véritable passion théâtrale... Une passion pour le mot juste, le quiproquo, la joute verbale, les personnages verbeux! Une passion enfin, pour un métier. Une vie pour la scène... À ce titre, ses deux plus belles pièces sur le théâtre, Le Comédien et Deburau, sont de très belles odes à l'art dramatique, sa pratique, ses egos!

Voici un extrait de cette dernière pièce (c'est la dernière que Guitry a jouée, en 1953)... alors que le fils, Charles Deburau, vient voir son père, comédien réputé pour la pantomime, pour lui apprendre qu'il veut suivre ses pas. Une rencontre qui ne se passe pas très bien:

Charles Deburau
Je crois que tu serais, papa, plus éloquent
Si tu vantais ses qualités.
Tu ne parviendras pas à me décourager.
Et tu n'effaceras jamais de ma mémoire
Les jours où je t'ai vu tout rayonnant de gloire
Revenant du théâtre après un grand succès.
Je n'oublierai jamais les mots que tu disais.
Tu disais: «Quel triomphe!» ou bien «Quelle victoire!»
Ou bien tout simplement: «Je suis assez content.»
[...]
Tout ce que tu peux dire aujourd'hui m'est égal,
Je t'ai vu glorieux!... Tu n'as jamais été,
Dis-tu, qu'un pitre, en vérité?
Ne te souviens-tu pas d'un grand jour triomphal
Où tu m'as même demandé mon avis sur toi-même?

Deburau
Ton avis?

Charles Deburau
Oui, papa. Tu m'as dit: «Toi qui m'aimes,
«Dis-moi la vérité.
«Comment ai-je joué ce soir?
«Ai-je été
«Bien?
«N'ai-je pas des défauts que l'on commence à voir,
«N'as-tu rien remarqué?» Je t'ai répondu: «Rien!»
Car je t'avais trouvé, comme toujours, superbe -
Et je t'ai dit que tu étais probablement
Le plus grand acteur de la terre! Et, souriant,
Tu m'as dit: «Pourquoi cet adverbe?
«Pourquoi le mot probablement?»
Pourtant, tu insistais, tu me disais: «Dis-moi
«Sincèrement comment, toi, tu m'as trouvé, toi!»
Tu semblais implorer de moi quelque critique,
Tu répétais: «Je t'en supplie, allons, dis-moi
«Si quelque chose dans mon jeu, dans mon physique
«Était moins bien ce soir... ça me rendrait service...
«Un mouvement de moi t'a-t-il semblé factice?
«Parle enfin!»
Alors, ma foi, j'ai dit: «Peut-être qu'à la fin
«Tu n'avais pas, ce soir...» Mais un regard sévère
Interrompit ma phrase et, soudain, suffocant,
Tu m'as dit: «Fous le camp!
«Oh! Petit malheureux qui critiques ton père!»

Ce sont là de belles descriptions qui pourraient s'accoler à des noms plus contemporains... Malgré les années, les textes de Guitry demeurent encore d'actualité...

lundi 25 juin 2012

Le concepteur Léonard...


Le schéma ci-dessus (reconstitué par infographie) a été dessiné par Léonard de Vinci (dans le folio 812r du Codex Atlanticus) et a, pendant longtemps, été considéré comme étant la «première automobile».

Depuis quelques temps, les spécialistes ont (re)découvert la véritable fonction de cette machine... de même que de plusieurs autres de ce créateur universel: créer des effets sur les scènes des théâtres! Ses inventions - du moins, celle-ci - répondait donc à des besoins spécifiques... artistique. Le grand génie est, au fond, un grand concepteur d'espace, d'accessoires!

(Merci à Michel Lemelin de m'avoir donné ce lien.)

dimanche 24 juin 2012

Bonne Fête Nationale!


Pour marquer la Fête Nationale de cette année, je retranscris ici un extrait de Vie et mort du Roi Boiteux, de Jean-Pierre Ronfard... peut-être l'oeuvre théâtrale la plus éblouissante par son ampleur, ses nombreuses ramifications et son esprit. 

Ce texte raconte, en six volets (qui totalisent, quand ils sont montés dans leur totalité, plus de douze heures de représentation!), la saga de Richard Premier, un roi estropié, tordu, issus d'une famille du quartier de l'Arsenal, en rivalité constante avec la famille Roberge, anciennement régnant sur l'Abitibi. Un théâtre revendicateur... d'un pays, d'une culture, du droit à l'existence, de l'ambition... Un texte aux références multiples - de Shakespeare à Racine, de Einstein au western - et à la verve soutenu tout du long... avec grivoiserie, vulgarité, lyrisme. De la pure poésie théâtreale... et avec tout ça, une mine de rires inépuisable!

Donc, l'extrait que voici est tiré de la quatrième scène du deuxième volet consacré à L'enfance du Roi Boiteux et présente la première véritable prise de parole de Richard comme un serment face au destin:

Richard Premier entre, il porte sa chaussure orthopédique. Il est seul, il s'ennuie. Il joue avec la tortue. Il lui fait sortir la tête. Il  la met sur le dos et l'observe longtemps. On entend la musique à bouche. Il donne un coup de pied a la tortue. Il va prendre l'épée enfoncée dans le sable. Il la brandit

Moi, moi Richard Premier, Fils de François mort à la guerre! (Il joue dans le sable, il y trace des lignes assez mystérieuses.) Moi, Richard, fils de François Premier et de Catherine Ragone, la Reine mère, elle-même fille de Filippo Ragone, dit le Débile, l'immortel. (Il joue dans le sable, trace d'autres lignes.) Moi le petit fils de Filippo Ragone et d'Angela Roberge, fille du Roi de l'or, Roberge le vieux père, Seigneur d'Abitibi. (Même jeu.) Moi, Moi, Moi, Richard ici, Richard présent, Richard le seul! Que veulent dire ces lignes dans le sable? Elles mènent à moi. Elles me désignent. Sauf une! Celle-là qui sort du ventre d'Augustine Labelle morte n couches, la première femme de mon père. C'est la ligne inacceptable qui porte un nom au bout comme un poisson de braconnier à la canne à pêche: Alcide Premier.

Il n'est pas juste, puisque mon père est mort, qu'il existe encore deux Premier sur la terre. Je ne supporterai pas d'autre Premier que moi. Le nom d'Alcide me brûle la bouche comme un fruit vert, un citron. Alcide Premier ne peut pas vivre, s'il existe un Richard. Et Richard ne sera jamais le second.

[...] Alcide! qu'a-t-il de plus que moi? Le privilège d'être venu plus tôt au monde? So What! Qu'est-ce que cela signifie? C'est à partir du jour où je suis né que s'élève l'échelle de mon temps. Mon regard et ma main créent le monde où je vis. Rien n'existe avant moi, hors de moi. Seule m'importe ma trace dans le sol. (De sa chaussure orthopédique il brouille le sol.)

[...] Eh bien, moi Richard Premier, moi qui suis né malingre, laid, tordu, disgracié, moi le fils de Catherine Ragone, je saurai, par astuce, reconquérir un trône dont la nature et le hasard des temps semblent m'avoir dépossédé.

Allons, Soleil, ne cesse pas d'éclairer le corps estropié de Richard, car Richard, un jour, égalera ton éclat!

Un texte puissant...

samedi 23 juin 2012

Vicky et ses cochons


Vicky Côté continue sa route et sa récolte de prix et de reconnaissances. Elle a remporté, jeudi dernier, à Montréal, lors du 4ième Gala des Cochons d'Or - organisé par les Cartes Prem1ères et récompensant des productions et des artistes de la relèves théâtrales (ce qu'on appelle le théâtre émergeant) - deux prix (et je prends leur nomenclature sur sa page Facebook):

Le Cochon plastique, pour la meilleure conception décor, que le jury a unanimement tenu à donner aux trois concepteurs scénographie/costumes/accessoires (Vicky Côté, Louise Boudreault et Stéphan Bernier) parce que les conceptions étaient trop cohérentes pour être scindées.

Le non moindre
Néo-Cochon, remis pour avoir démontré le plus d'audace et d'innovation dans la création.
 
Bravo à elle, à son équipe, au Théâtre À Bout Portant!

Le Code du théâtre


Tiens... ce matin, je fais une petite promenade entre les pages de ce Code du théâtre, publié en 1882 par Charles Le Senne, avocat à la cour d'appel et membre de la Société des auteurs compositeurs dramatiques. Dans ce recueil (trouvé sur Google Books) écrit à la manière d'un dictionnaire alphabétique, il y a des dizaines et des dizaines de points d'informations sur (et le sous-titre l'indique!) le théâtre, ses lois, ses règlements, sa jurisprudence, ses usages... Le feuilleter permet de découvrir parfois de drôles de consignes...





Bien que je ne sois rendu qu'à la lettre G, je me demande à quoi ressemblerait notre propre code... et quelle(s) pratique(s), pour nous très normale(s), paraîtrai(en)t grotesque(s) pour un lecteur du futur?


jeudi 21 juin 2012

Suivi du second «Forum sur le théâtre au SLSJ»


Nous étions une trentaine de participants, réunis tout l'après-midi, pour discuter de la saison théâtrale régionale («régionale» à défaut d'un terme plus consensuel...), de voir les outils et les moyens que nous pouvions mettre en place pour son articulation, sa promotion.

Après une brève entrée en matière de ma part pour resituer cet exercice du Forum dans sa continuité , resituer les enjeux dégagés l'an dernier, le comité organisateur de cette année (Lyne L'Italien, Réjean Gauthier, Véronique Villeneuve, Marilyne Renaud et moi-même) a laissé une place aux divers comités mis en place depuis la première édition pour un bref suivi: le comité «carte privilège», le comité «cachets de publicité», le comité «cartes blanches», le comité «organisme de services» et le comité «plan d'action». 

Puis il y a eu une première étape à la discussion: la présentation (et bonification) du calendrier de la saison prochaine (2012-2013). Ce portrait global (projeté en direct sur grand écran) permet de voir la diversité de productions à venir et les plages achalandées du calendrier. Cet outil - qui pourrait être en ligne tel que proposé - pourrait permettre, d'une part, sur consultation, aux compagnies de programmer leurs activités en toute connaissance de cause... D'autres part, si il est parfois impossible d'éviter la surcharge de l'offre, le calendrier peut d'ores et déjà cibler avec qui les compagnies doivent se tourner pour établir des partenariats en vue, par exemple, d'une promotion conjointe...

Cette discussion, fort utile, a débordé, inévitablement, sur les problèmes de locaux et de disponibilités des lieux de diffusion. Problème récurrent. Diverses pistes émergent... comme un lieu de création à l'image des ateliers Touttout... un projet de longue haleine, il va sans dire...

Comment chacun peut-il y trouver son compte? Difficile à dire. Chose certaine, la concertation ne nuit pas.

Un outil pour les créateurs, donc, mais qu'est-ce qu'on en fait par la suite? Peut-on définir une saison théâtrale? Ce fut là le sujet de la seconde partie de l'après-midi. Quel(s) moyen(s) prendre pour faire connaître et reconnaître le théâtre d'ici? 

Un premier questionnement: s'il y a promotion, il y a promotion de quoi? De chacune des compagnies? De l'ensemble? En ce cas, quelle image donner à celui-ci? Il a été suggéré de prendre le temps de faire une campagne publicitaire (après consultation d'experts en marketing)... une campagne ciblée. Parce qui cherche-t-on à atteindre? Le milieu culturel déjà sensibilisé? Le grand public?

Après plusieurs minutes d'échanges (je prends là un raccourci!), l'idée retenue est de concevoir un dépliant où chque compagnies et regroupements (selon une grille tarifaire à venir) pourrait inscrire sa programmation (et son créneau). Un objet promotionnel pour tous... imprimé à 10 000 exemplaires. Je m'occuperai de la collection des informations pour le Saguenay et Réjean Gauthier de celle du Lac. Ce premier essai (qui sera réalisé par Christian Roberge) devra être lancé à la mi-septembre.

Il s'agit là d'un premier pas vers une campagne de plus grande envergure. À quoi ressemblera-t-elle? L'avenir le dira.

Il a été convenu, enfin, qu'un troisième (et d'autres!) Forum viendra... à chaque troisième vendredi du mois de juin. Avec un autre sujet. Les agendas peuvent donc être déjà bloqués!

(En attendant, si un participant qui lit à quelque chose à ajouter ou une précision à apporter, il peut le faire via les commentaires!)

Vers le second «Forum sur le théâtre au SLSJ»






Le second Forum sur le théâtre au Saguenay-Lac-Saint-Jean débutera dans quelques heures (de 13h à 17h) à la Salle Pierrette-Gaudreault (Jonquière). Combien serons-nous? Dix? Vingt? Trente? Plus encore? 

Que proposons-nous au cours de cette séance de travail? Une quête pour des outils, des moyens, du concret! Tout pour faire connaître et reconnaître le théâtre d'ici.

mardi 19 juin 2012

De la confiance du metteur en scène...

 
Le metteur en scène doit toujours être sûr de lui en répétition. Mieux vaut faire des fautes, en se trompant audacieusement, que ramper de manière mal assurée vers la vérité. On peut toujours, le lendemain matin, renoncer à une erreur, mais on ne peut jamais retremper la confiance que l'acteur aurait perdue en face d'un metteur en scène qui hésite et qui doute.

Ce credo - de Meyerhold (plus précisément tiré de la page 324 du tome IV de ses Écrits sur le théâtre) - me plaît particulièrement... et ça m'étonne de ne pas en avoir déjà fait un billet! Du moins, je n'en retrouve pas... Mais peu importe. Je crois profondément en ce principe et le relire (ou le réécrire...) me le rappelle avec force.

Une nuance est importante à faire, je crois. Il ne s'agit pas de faire se faire une carapace ou une façade si fausse qu'elle ne donne rien. Il faut juste rester sûr de soi dans les propositions qu'on fait... en étant bien confiant (et conscient!) que la modification est possible et qu'on peut se le permettre.


lundi 18 juin 2012

De la voix de l'auteur... et de son peu d'importance selon Schechner


 Décidément, mon week-end fut schechnérien... et j'y retrouve, finalement - moi qui n'a jamais accroché au théâtre américain - des points de vue que je partage somme toute assez facilement. Comme celui-ci, expliquant (toujours dans Performances - Expérimentation et théorie du théâtre aux USA, page 39), en quelques termes simples, que la fonction de la mise en scène n'est pas de correspondre à la vision, la voix de l'auteur:

Le travail de mise en scène consiste à redonner une vision scénique à la pièce, non pas en essayant de retrouver celle de l'auteur, mais en cherchant en quoi les circonstances immédiates révèlent le texte. Il est de toute façon généralement impossible de retrouver la vision de l'auteur de la pièce. Cette vision peut être inconnue, comme c'est le cas de la plupart des écrivains prémodernes; ou alors la pièce est montée dans un contexte culturel différent de celui d'origine, ou encore les conventions et l'architecture du théâtre rendent cet objectif impossible. Redonner une vision scénique à la pièce est un processus incontournable, car la matrice socio-culturelle de la vision originelle change rapidement. La vision originelle est liée a la matrice originelle et se perd en même temps qu'elle. À mon avis, même la première mise en scène d'un drame n'a pas une position privilégiée à ce égard, à moins que l'auteur lui-même soit aussi le metteur en scène, et ce privilège disparaît avec l'auteur.