mardi 24 décembre 2024

Menace ou canular?

Parmi les théâtres métropolitains du début du XXième siècle, le Théâtre Royal a, pour plusieurs, des relents de soufre et de vices (j'en ai déjà parlé ici). Au point où fréquenter cet établissement vous appose l'infâme étiquette d'immoralité. 

Mais dans l'ombre, on veille sur la vertu. 

Voici un tout petit entrefilet publié dans L'Avenir du Nord, le vendredi 3 janvier 1908:


Difficile de me positionner: est-ce une blague ou pas? Après de multiples séances d'exploration des archives, je serais porté à donner du crédit à cet avertissement publié, il est vrai, sous le couvert d'une ironie menaçante. Message sous-entendu: le Royal n'est pas votre place.

lundi 23 décembre 2024

De l'importance du radio-théâtre au Québec dans les années '40


Le radio-théâtre, c'est au Québec l'unique salle de spectacles qui, à côté des cinémas, ouvre ses portes 365 jours par année. Le même jour, et souvent le même soir, il tient lieu, tour à tour, de Comédie-Française, de Vieux-Colombier, d'Ambigu, de Grand-Guignol, etc. C'est Radio-Collège, plus que le livre, qui a répandu l'Hamlet de Gide et le Macbeth de Maeterlinck. Quelle troupe du Canada ou d'ailleurs se risquerait à présenter d'affilée Zaïre, Le légataire universel, Le jeu de l'amour et du hasard, Turcadet et Crispin, rival de son maître? [...]

Spectacle permanent, ce théâtre intéresse le paysan, l'ouvrier, le bourgeois, l'intellectuel, comme nous l'avons vu dans un autre chapitre. C'est avec le cinéma le véritable théâtre collectif pour la masse du public auquel il s'adresse: «Théâtre pour le grand nombre, accessible à tous par la nature de son répertoire et le bon marché de ses places.» Il s'est centralisé à Montréal, comme l'était le théâtre. Mais il s'est répandu grâce au pouvoir magique des ondes, à travers toute la province. rejoignant même certains centres où les troupes ne s'étaient jamais donné la peine de s'arrêter. Sans lui, combien d'habitants de certaines petites villes et des villages éloignés des grands centres, ne connaitraient pas autre chose que le théâtre des conteurs?

C'est là un extrait de la thèse de doctorat de Jacques Beauchamp-Forget, Radio et civilisation au Canada Français, soutenue en 1948 à l'Université de Paris... extrait lui-même extrait du dossier Le théâtre à la radio du 9ième numéro de l'Annuaire Théâtral, 1991. 

Un dossier passionnant sur ce pan de la pratique théâtrale québécoise que fut le radiothéâtre, qu'il soit sur le mode du radioroman ou de la dramatique par épisodes.

Voici, en terminant, un tableau explicite de son importance (que j'ai déjà publié ici, tiré de l'Annuaire théâtral, no. 5-6, 1988):





dimanche 22 décembre 2024

Sur nos scènes, en 2024!


Voici, en ordre d'apparition au calendrier, les différents rendez-vous théâtraux locaux, faits ici par des gens d'ici, qui ont parsemé l'année qui vient de s'écouler, sur l'ensemble de notre territoire régional. S'y retrouvent, pêle-mêle, les productions professionnelles, les productions en théâtre de loisir d'envergure (entendre ici par des organismes structurés), les productions académiques (collégiales et universitaires), les autres projets à caractère scéniques (laboratoires, lectures, etc.). J'ai placé à la fin de cette liste les différents projets qui sont sortis de la région également. À tenter d'être le plus exhaustif possible, il se peut que certains trucs ne se soient pas rendus à ma vigilance. Il sera possible des les ajouter en commentaire.

Dans cette liste, j'ai omis volontairement toute production théâtrale venue de l'extérieur en diffusion (parce qu'à tous nos efforts pour dynamiser ce milieu s'ajoutent ceux de nos collègues diffuseurs spécialisés et pluridisciplinaires).

Ce qu'on peut en retenir? Plus de soixante (60!) occurrences. Plusieurs centaines de représentations (j'en compte au moins 400!). De tous les styles, allant du répertoire à la recherche, en passant par la création et la marionnette. Nous possédons, au SLSJ, un écosystème théâtral imposant et fort actif qui réunit plusieurs (plusieurs!) dizaines de gens bien impliqués. Une force sans pareille malgré ses défis et ses obstacles sur laquelle il nous faut capitaliser.
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JANVIER 2024

Un gamin au jardin en reprise par La Tortue Noire 

FÉVRIER 2024

Laboratoire - Dispositif humain, par Josée Gagnon, collectif Baba Yaga

Boomerang Boréal en reprise par le Théâtre du Mortier 

Baluchon en reprise par le Théâtre Les Amis de Chiffon 

Ribambelles marionnettes - spécial hivernal en reprise par le Théâtre Les Amis de Chiffon 

Willy Wonka par la Troupe de comédie musicale du Cégep de Jonquière 
 
Pour la vie par le Théâtre À Bout Portant 

Laboratoire - Le potentiel créatif du mouvement authentique, par Marilyne Renaud, collectif Baba Yaga

MARS 2024

Comtesse par le Théâtre 100 Masques 

Les lectures de Diogène en reprise, par le Théâtre du Faux Coffre 

Surréaliste par le Théâtre La Rubrique 

A tous les toutous par la Troupe de théâtre Les Mal-Avenants (Cégep de Chicoutimi) 

AVRIL 2024

La bête fantastique, par Mylène Leboeuf-Gagné  

Ainsi passe la chair en reprise - par La Tortue Noire 

Le Faiseur par le Théâtre Mic Mac 

La farce de Maître Pathelin (ou Ce n'est pas une farce), par la Troupe du Cégep de St-Félicien 

Le terminus par La TETU (UQAC) 

Couples par la Troupe Orange Bleue (Cégep de Jonquière) 

Laboratoire - Archives sonores et gestes, par Eugénie Capel, collectif Baba Yaga 

Discussions bancales par le Théâtre Les-Uns-Formels 

Passion à la bleuetière par Martin Giguère/Marilou Guay Deschesnes

Laboratoire - Tournage d'un court-métrage expérimental par Alexandre Thériault, collectif Baba Yaga 

MAI 2024

Château miroir, par Keven Girard (en collaboration avec La Tortue Noire

Le gars de Québec par la Troupe de théâtre du Vieux Couvent de St-Prime

Les Loups-Garous de Thiercelieux par le Théâtre du Mortier 

JUIN 2024

Trajet théâtral comico-historico-surréaliste pour le 175e d'Hébertville

George Dandin par le Théâtre 100 Masques 

Défricheurs par le Théâtre du Mortier (et le Musée du Fjord) 
 
Sortie de secours en reprise, par le Théâtre À Bout Portant 

Pygmalion: Rameau dans la rue par l'Opéra du Royaume 
 
JUILLET 2024

La Fabuleuse histoire d'un Royaume par Diffusion Saguenay

Cavale, dynamite et pépites d'or par La Route des légendes 

Bonnie & Claud par la Troupe de théâtre Les Zanimés

Le cabaret Chasse & Pêche par La Route des légendes 

Les secrets d'un vieux moulin par la Route des légendes 

Trouille et vadrouille par La Route des légendes 

Ficelles et Marionnettes par Les Anipluches 

Grande Baie en reprise par le Théâtre du Mortier 

Histoires d'un soir! en reprise par le Théâtre des 4 planches

Monsieur Rançon par le Théyâtre du ben beau

AOÛT 2024

Arlequin - en reprise par le Théâtre des 4 Planches

Parc DésIllusion - en reprise par le Mic Mac

SEPTEMBRE 2024

George Dandin en reprise, par le Théâtre 100 Masques 

La Librairie en lecture par le Théâtre Mic-Mac 

Une histoire fantastique du Lac Pouce par le Théâtre du Faux Coffre

Sur appel, par le Théâtre À Bout Portant 

OCTOBRE 2024

A demain Moïra, par le Théâtre La Rubrique 

Petites Leçons par le Théâtre du Mortier et le Ballet Synergie 

Île à Dumais - en reprise, par Étienne Genest 

Laboratoire - Les stéréotypes, par Guylaine Rivard, collectif Baba Yaga II 

Combler le vide - par Marilyne Renaud/CEM 

La Pyramide des Bêtes obscures par le FIAMS 

NOVEMBRE 2024

Laboratoire - Explorer la frontière entre l'expédition d'aventure et la création par Pierre-Olivier Bouchard/Mia Guertin-Crête, collectif Baba Yaga II 

Un cadavre à l'entracte par le Théâtre des 4 Planches 

Les lectures de Diogène - en reprise, par le Théâtre du Faux Coffre 

Le Dauphin de Piédestal par le Théâtre du Faux Coffre 

La traversée du siècle (extraits) en lecture par le Théâtre Mic-Mac 

DÉCEMBRE 2024

Ésopette ou les fables rapiécées par le Théâtre Les Amis de Chiffon
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Le retour de la petite chose aux allumettes par le Théâtre 100 Masques 

Grande Baie en reprise par le Théâtre du Mortier 

Deux femmes en or en lecture par le Théâtre Mic-Mac 

Ficelles et marionnettes Hivernal par Les Anipluches
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Tout au long de cette année, l'équipe de Dramaturgie sonore (UQAC) a tenu de nombreux laboratoires avec son projet de Co-Paysages, a participé à quelques colloques.

Tout au long de cette année aussi, l'équipe de L'Imprévu Improvisation a donné de nombreuses soirées improvisées un peu partout sur le territoire.
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Et il y a, enfin, les sorties extrarégionales de nos différents projets:

Un gamin au jardin par La Tortue noire à plein d'endroits 

Les mains anonymes de Dario Larouche en lecture-spectacle, Centre Weils, Bruxelles  

Ainsi passe la chair par La Tortue Noire à plein d'endroits

Mashinikan (Le Livre) par le Théâtre La Rubrique/Production Menuentakuan, Les Écuries

L'Autre dans la Cité par La Tortue Noire à plein d'endroits (dont Cuba, Roumanie, Côte-d'Ivoire)

Sortie de secours par Le Théâtre À Bout Portant (Gatineau)

Faire (co)quai par la Dramaturgie sonore (Québec)

Arlequin par le Théâtre des 4 planches (Mont-Laurier)

Aisselles et Bretelles par Guylaine Rivard/CRI (Mont-Laurier)
 
Parc DésIllusions par le Théâtre Mic Mac (Mont-Laurier)

Avec les chèvres - théâtre jeunesse déambulatoire par la Dramaturgie sonore (Saint-Siméon)

Le Grand Oeuvre par la Tortue Noire (Côte-d'Ivoire)

samedi 21 décembre 2024

Un bilan personnel

2024 aurait pu me voir allégrement avec de la broue plein le toupet. Mais heureusement - l'âge aidant! - celui-ci m'est presque devenu inexistant.

J'ai commencé l'année 2024 sur un nouveau chapitre professionnel: après presque huit ans au Côté-Cour et cinq au Festival des musiques de création, le moment était venu de me recentrer sur ma pratique théâtrale. 

C'est comme ça que je me suis retrouvé à la direction du Théâtre Les Amis de Chiffon et que je suis aujourd'hui au terme d'un premier tour de calendrier. Ce fut une année bien chargée avec la prise de repères au sein de l'organisme; le rassemblement et l'absorption des données et des informations; l'analyse du portrait organisationnel; la définition de ma vision (terme un peu pompeux pour décrire ce processus d'enracinement); la mise en place d'un projet de programmation pluriannuelle; la rédaction de la demande de Soutien à la programmation du CALQ (pour 2024-2028) et d'autres de paliers divers; du ménage et encore du ménage (au sens propre - du bureau aux entrepôts en passant par l'atelier - et au niveau de la gouvernance - avec réactualisation de politiques, révision des règlements généraux, adoption d'un plan d'action stratégique, etc.). 

Bref, une année de (ré)organisation.

En janvier et février, au moment même où le tourbillon de la nouveauté m'étourdissait, la médiation allait bon train dans les écoles en vue de la tenue de deux spectacles - en représentations scolaires - au Côté-Cour: Baluchon et Ribambelle marionnettes... mais bien que tout nouveau directeur du TAC, j'ai manqué ces représentations pour assister, en Belgique, aux lectures publiques de mon texte Les mains anonymes.

En mars, tout plein de fébrilité et de hâte, de craintes et de doutes, j'ai remisé un temps - jamais très longtemps - un sournois sentiment d'imposteur qui se développait pour me lancer, avec toute un équipe de collaborateurs, dans un premier spectacle marionnettique destiné aux enfants. Échelonné sur neuf mois, nous avons enchaîné rencontres et séances de travail (collectives et personnelles), laboratoires de validation, blocs de répétitions et d'exploration des manipulations, réécritures, nouvelles consignes, développement d'une esthétique, promotion (eh oui, parce qu'il fallait dès avril, vendre ce projet aux Centres de services scolaires), finalisation des différents volets pour aboutir à cette Ésopette ou les fables rapiécées qui a reçu, récemment, près de 1600 spectateurs.

De quoi occuper son homme! 

Mais en parallèle, le Théâtre 100 Masques m'a aussi gardé bien en forme! 

2024 a été - bien qu'occupée - une année somme toute normale avec cette compagnie à la mécanique bien huilée où j'occupe la direction depuis 2007. Avec mes différentes équipes, nous avons aligné trois productions (Comtesse en mars, George Dandin en juillet et avec une reprise en septembre pour le Cégep de Jonquière, La petite chose aux allumettes en décembre), quatre séries de formations (les ateliers scolaires, les ateliers Tous en scène en collaboration avec le CIUSS et Ste-Justine, les camps de théâtre thématiques et les ateliers réguliers) et deux éditions de L'Heure du théâtre en collaboration avec les Bibliothèques de Saguenay (une sur les mythes associés à Molière et une sur la préhistoire du théâtre au Québec). 
 
2024 se résume finalement en bien peu de mots qui font néanmoins un projet de vie intense: du théâtre, du théâtre et du théâtre!



dimanche 1 septembre 2024

Quand le Progrès du Saguenay veille sur la morale...

En me promenant dans les archives journalistiques de BAnQ, je suis tombé sur ce petit article du Progrès du Saguenay du 28 juillet 1927:


Un tout petit article - écrit dans la même lignée que nombre d'autres articles qui vilipendent sur différents tons l'immoralité du théâtre - qui titille quand même la curiosité. Quelle est cette Troupe française qui a déjoué la morale? Quelle pièce a causé cette commotion? Serait-ce celle-là dont il est question dans la même édition?


Il y aurait donc là un bon contraste entre Chicoutimi et Roberval... Serait-ce celle-là - la même? - qui était annoncée quelques jours auparavant, le 19 juillet 1927?


Eh bien oui. C'est bien cette troupe. Et le problème tient justement au répertoire... comme l'explique cet article, le 21 juillet 1927 (que j'ai déjà publié ici):


Le lendemain (22 juillet 1927), un petit compte-rendu illustre bien comment de troupe attendue elle devenue troupe indésirable:


Et le 27 juillet 1927:


samedi 31 août 2024

«Artourne che-vous!»


Quel accueil faire à Réjane, grande actrice française de la fin du XIXe et du début du XXe siècle (contemporaine de Sarah Bernhardt), quand elle débarque en ce Québec du temps? 

Voici le message passé dans le très conservateur journal La Croix, de ce 14 janvier 1905:


Pour d'autres informations sur cette visite, il est possible de faire de petits détours sur ce blogue, ici et ici


jeudi 25 juillet 2024

Du rapport aux pièces classiques


Les œuvres des auteurs classiques, surtout des tragiques français, ont longtemps souffert d'un mode de présentation qui, sous couleur de respect, leur enlevait toute vie. 

[...] C'est ce qui peut expliquer la singulière légende que les classiques sont ennuyeux. On ne percevait plus l'oeuvre à travers la manière de la jouer.

[...] Mais les prétendus morts n'étaient qu'endormis. 

[...] Il peut paraître tentant, à première vue, de se rapprocher de la représentation originale et d'évoquer - sinon de reconstituer - les conditions dans lesquelles les œuvres ont été créées. [...] De telles reconstitutions, fussent-elles parfaites, ne sont toutefois que des expériences pour les intellectuels: intéressantes, curieuses, pleines d'enseignements. [...] Serait-ce servir la tragédie que de ressusciter ces conditions dans lesquelles elle fut créée? Ne risquerait-on pas plutôt de justifier ainsi sa légende d'ennui, ou de paraître le faire? Ne faut-il pas être infidèle à la matière pour rester fidèle à l'esprit?

Il ne s'agit pas de copier, de reconstituer, de restaurer. Le problème est de suggestionner le spectateur d'aujourd'hui, afin qu'il  retrouve devant le chef-d'œuvre la sensibilité du spectateur d'autrefois. Pour atteindre ce but, tous les moyens seront légitimes. Rendre à l'action son mouvement, sa puissance d'émotion, tout est là. Une pièce classique n'est pas un texte sur lequel on se penche pour le disséquer comme sur un cadavre. C'est un être toujours vivant en qui nous voulons intensifier la palpitation de la vie.

C'est là une longue citation de Gaston Baty (tirée de son ouvrage Rideau Baissé paru en 1949 chez Bordas) qui me parle particulièrement parce qu'elle définit, en un sens, mon propre rapport aux textes du répertoire sur lesquels j'ai travaillé au cours des dernières années. 

J'aime cette idée d'être infidèle à la matière pour en rester fidèle à l'esprit qui place le metteur en scène dans une quête d'efficacité scénique avant une quête de faire entendre un texte. De se laisser porter par la conviction théâtrale avant la conviction littéraire.

mercredi 24 juillet 2024

De l'Église comme protectrice du théâtre

L'un des sujets récurrents de ce blogue est l'opposition de l'Église au théâtre. Cette récurrence occulte pourtant un fait indéniable, beaucoup plus nuancé.

Dans toute l'histoire du théâtre (tant la nôtre que celle universelle), l'Église occupe souvent (et longtemps) un rôle paradoxal: de contemptrice de l'art dramatique à ennemie acharnée contre les jeux et les comédiens n'hésitant pas à lancer les anathèmes et les excommunications, à exercer la mise à l'index et la censure... elle est aussi la précieuse gardienne de la tradition dans les moments chaotiques et les passages à vide (par les guerres, les famines, les bouleversements sociaux) et sait se faire creuset d'un renouveau scénique. 


Gaston Baty - l'un des quatre grand metteur en scène du Cartel français - y va d'une bonne métaphore dans Rideau Baissé, paru chez Bordas en 1949:

Aux nécropoles égyptiennes, pour nourrir l'âme toujours errante, les prêtres ont enseveli près du mort des grains de blé, et dans la nuit des chambres sèches, le blé ne s'est pas corrompu. Lorsque les hommes osèrent violer la paix millénaire des sépulcres, ils brisèrent les vases où dormait la semence et la rendirent à la bonne terre humide sous le soleil. Et le blé deux fois plus vieux que le christianisme est de nouveau monté en épi. Ainsi l'Église, durant les siècles noirs [entre l'Antiquité et le Moyen-Âge], préservait la semence du Drame.

Toujours selon Baty, ce que l'Église à combattu par ses Pères, ce n'est pas le grand répertoire - Eschyle, Euripide, Sophocle, Aristophane et quelques Latins - mais la déchéance de ces genres qui ont mené vers la pantomime grivoise et licencieuse. Sans elle, le théâtre aurait cessé d'exister. Rien de moins.

Puis la terre trembla sous le galop des hordes. [...] Le monde antique avait été submergé sous les invasions barbares, et, pareils aux pêcheurs qui parfois écoutent les cloches de la ville engloutie, quelques clercs gardaient seuls le souvenir confus de ce qui avait été le Drame. Alors, toutes les lumières éteintes, hormis la lampe des sanctuaires, l'Église offrit asile aux débris des antiques civilisations. Elle rangea au long de ses nefs les colonnes des temples ruinés, ouvrit les couvent aux vieux poètes, et recueillit dans la liturgie, le principe essentiel du Théâtre.

C'est par l'Église que viendront les mystères et les jeux. C'est de ses parvis que s'élanceront les farces et le théâtre profane. C'est, à notre niveau, par elle que le germe théâtral continuera dans une Nouvelle-France austère et dans une colonie britannique aux enjeux identitaires. C'est par elle, enfin, que la professionnalisation québécoise prendra ses racines.

mercredi 3 juillet 2024

Quand un maire se dresse contre la censure!

Le journal Le Soleil du 24 mai 1907 rapporte les propos du maire de Montréal (ici Henry Archer Ekers, qui le fut de 1906 à 1908) qui s'oppose à la création d'un comité de censure, tel que demandé par les autorités religieuses:



mardi 2 juillet 2024

Un peuple contre le théâtre!

Tout un peuple contre le théâtre! Rien de moins. Cette thèse idéaliste - et quelque peu rétrograde avec nos yeux bien contemporains - a été publiée dans La Presse, en ce 3 avril 1907:



lundi 1 juillet 2024

La censure et les «idées nouvelles»

Un autre petit morceau de rhétorique contre le théâtre venu cette fois du journal La Vérité du 23 novembre 1907:


Pour en savoir plus sur ledit Arsène Bessette, visitez ce lien.

dimanche 30 juin 2024

Quand la censure est attaquée...

Dans ce beau début du XXième siècle, la moralité et la vertu se battent férocement contre le théâtre, école du vice. Le puritanisme veille. Au point où il attaque même la censure, l'accusant de souplesse et de complicité dans la dépravation des moeurs. 

En témoigne cette réplique du censeur du Théâtre des Nouveautés, publiée dans Le Nationaliste du 19 janvier 1908, qui recadre le débat en donnant une explication de son travail:


Pour en savoir plus sur cet Albert Lozeau, visitez ce lien.