jeudi 17 mai 2012

Du critique dramatique... (tiens... il reste encore des choses à dire?)

 Image illustrant le 40ième numéro de la revue JEU, La critique théâtrale dans tous ses états

Le sujet reste l'un de mes préféré parce qu'essentiel. Un sujet dont on ne fait jamais complètement le tour... et dont de nombreux éléments semblent toujours manquant dans notre milieu (encore plus défavorisé, à ce chapitre, que celui qui anime les grands centres). 

La présente définition est celle du Dictionnaire de la langue du Théâtre d'Agniès Pierron... qui pose une question importante: à qui doit incomber la tâche de critique sinon le peuple lui-même? Et si c'était lui, le public, qui ne fait plus sa job?

Le critique dramatique rend compte d'un spectacle. Son jugement importe au public comme à l'équipe artistique. On peut déplorer qu'il se contente, souvent, du résumé de la pièce, de quelques lignes sur l'auteur et d'une distributions de bons et de mauvais points, en passant à côté de l'essentiel: l'évanescence même de l'acte scénique, qui pourrait être mise en mots.

Mais, peut-être, n'est-ce pas là sa fonction. Ce que semble confirmer l'étymologie du mot. Les anciens Grecs, au moment des concours, nommaient des juges qui décidaient de la victoire des candidats et étaient chargés d'imposer silence au public. Ils étaient munis de baguettes, ce qui leur avait valu le nom de mastigonomes ou critoe, d'où est venu le mot «critique». Malgré les efforts de ces sortes de commissaires de police, les spectateurs manifestaient bruyamment leur approbation ou leur mécontentement. Les uns lançaient de cris de joie en sautant sur leur siège; les autres battaient des mains en secouant leur tunique. En dernière instance, c'est le public  le seul juge; ne parle-t-on pas de son «verdict»? Mais, qu'est le public d'autrefois devenu?

Et vlan.

mercredi 16 mai 2012

«Le directeur de théâtre» par Pierre Aucaigne

Numéro déjanté d'un humoriste français...



mardi 15 mai 2012

Un personnage d'occasion...


Je l'ai déjà affirmé quelque part dans un de mes nombreux billets et je le réaffirme de nouveau: l'un des ouvrages les plus intéressants à lire, à mon sens, est L'Éternel Éphémère de Daniel Mesguish, un auteur, metteur en scène et comédien français. Ce petit livre renferme une multitude de petits passages savoureux, d'aphorismes, de citations éclairs... comme celle-ci, qui est très belle:

La première n'a pas eu lieu. Pas de personnage sans la répétition. Un personnage n'est jamais «propre», n'est jamais neuf - et cela, même le jour de la «première» d'une création mondiale -; il est toujours d'«occasion».

Intéressant comme point de vue. Toute création théâtrale est précédée de tout un travail... qui fait du personnage, de la voix, de la figure, un miroir, un écho de celui-ci...

lundi 14 mai 2012

«La Marmite» [Carnet de production]

Ah! L'envie me tenaille alors que les répétitions officielles débutent présentement dans la salle Marguerite-Tellier du Centre des arts et de la culture...

L'envie de me colletailler avec ce texte de La Marmite qui, malgré son âge deux fois millénaire, renferme une truculence merveilleuse... qui résonne encore plus après l'avoir entendue de la bouche des deux comédiennes en préparation au travail (donc, en italienne...). L'envie de mettre en scène ces personnages loufoques - dans la présente scène, il s'agit d'un homme riche et de sa soeur qui discutent de mariage - dans cet esprit si caractéristique au genre antique... grivois et paillard. L'envie de rires et de divaguer dans cet espace...

Il s'agit là de l'envie (loin d'être malsaine!) du créateur en moi devant un objet en construction! Une envie qu'il fait bon cultiver... surtout que ce projet est entre bonnes mains avec cette équipe de comédiennes et leur metteure en scène! 

Et une envie qui sera tout de même satisfaite puisque j'ai à charge les éléments esthétiques avec ma propre équipe... en plus de demeurer quand même (et là, il me faut bientôt circonscrire les limites de la tâches!) directeur artistique de cette production...

Une envie, donc, sans regret et sans remord... plus stimulante qu'autre chose!

J'ai bon espoir d'avoir, cet été, un spectacle surprenant et franchement très drôle! Aux spectateurs, maintenant, d'oser le rire antique!


dimanche 13 mai 2012

De vent...

L'ouvrage Pratique pour fabriquer scènes et machines de théâtre par Nicola Sabbatinni (que le peut retrouver sur Google Books) est l'un des plus fascinant à lire... Écrit au XVIIième siècle, ce petit traité de scénographie - parce que c'en est un! - ouvre tout un monde de considérations matérielles et trucs... surannés mais fabuleux! Règne du bois et du craquement!

Comme celui-ci pour faire du vent (et que plusieurs ont déjà sûrement expérimenté de façon intuitive quand ils avaient un bâton, un tuyau, ou une branche dans les mains):


Devant cette lecture, devant cette ingéniosité, devant ce florilège qui passe d'un effet à l'autre (du ciel qui se couvre de nuage à la représentation de l'enfer en passant par le naufrage d'un navire et le surgissement d'un monstre marin...), devant ces espaces si complexes et en même temps si naïfs, cela donne de furieuse envie de s'y frotter et de retrouver, par là, une matérialité sonore et visuelle qu'ont remplacé, de nos jours,  les nouvelles technologies un peu aseptisées...

jeudi 10 mai 2012

William Shakespeare (revu et corrigé)


 J'ai délaissé un peu la théorie et les lectures plus intellectuelles pour plonger dans un bouquin plus populaire: une biographie (presque une hagiographie!) de William Shakespeare, Comment William est devenu Shakespeare, un best-seller du New-York Times paru en 2007 sous la plume de Stephen Greenblatt, dans sa traduction française par Guy Rivest (aux éditions des Intouchables)

Une hagiographie parce que presque une sanctification du génie. Loin des controversées évocations qui courent depuis des années sur la véritable identité du dramaturge. Un ou des auteurs? Et qui est-il? 

Une petite lecture bien simple... et écrite avec une vision un peu romantique et de l'homme, et de l'époque...

mercredi 9 mai 2012

Le devenir du théâtre...


Petit détour, ce matin, par la Critique du théâtre - de l'utopie au désenchantement de Jean-Pierre Sarrazac (exactement au dernier paragraphe de la page 25), pour avoir un aperçu - subjectif à l'homme, bien sûr... mais quel homme! - du devenir du théâtre...

Il ne suffit pas, pour que le théâtre retrouve sa place dans la société, de décréter quel est son «devoir». Ni de poser, politiquement, la bonne question. Ni même de vouloir religitimer [...] le spectateur authentique [...]. Tant que cette idée nouvelle du théâtre ne s'incarnera pas dans une poétique plurielle, rien, en fait, ne pourra bouger. Prôner aujourd'hui la renaissance, au choix, de la tragédie ou de la comédie, c'est aller à l'encontre de cette poétique plurielle au nom d'une politique des genres parfaitement périmée. Sous l'apparence d'une motion esthétique, nous refaire le vieux coup de la conscription de l'art. Or l'art du théâtre ne saurait être - comme aux années dogmatiques - un champ de manœuvre. Il se présente au contraire, pour citer une fois encore Jean-Christophe Bailly comme un «chantier ouvert» où «les formes, loin d'être prises dans un moule qui les façonne, sont en train de se chercher».

J'aime bien les deux ou trois première lignes de cet extrait où la question du devenir théâtral se pose sans qu'une réponse autre que devenir une poétique plurielle survient. Quelle réponse! C'est là une ouverture infinie un peu vertigineuse. Une mise en abyme qui peut essouffler...

mardi 8 mai 2012

Degré d'objectivité du son?

Étrangement, il y très peu d'écrits sur le son au théâtre (en comparaison avec les autres éléments scéniques)... La matière sonore, qui devient une préoccupation de plus en plus grande pour nombre de praticiens (dont je ne suis pas encore), reste encore à définir... du moins, dans son rôle, son apport, son fonctionnement.

Et si nous prenions ce schéma du degré d'objectivation de l'objet (les références se retrouvent dans le billet du 29 août 2011)...




... et que nous le  transposions pour le son? Quels en seraient les degrés d'objectivation? Quelle hiérarchie pourrait-on employer? Permettrait-il, ce schéma, de nous situer par rapport au son?


Le schéma plus haut demanderait une attention particulière et du temps, parce que la seule transposition telle que je l'ai faite est simpliste et plus ou moins (mois que plus!) convaincante... Mais reste que la piste est intéressante.

lundi 7 mai 2012

Dans le bois... ou presque


À compter de ce matin - et ce, pour la semaine qui vient - je me dirige vers Simoncouche (le chalet de l'UQAC) où je participerai à une nouvelle recherche-création... cette fois sur le jumelage son, écriture dramatique et performance in situ.

Voici un bref résumé, pris directement sur le site de la Chaire de recherche du Canada pour une Dramaturgie sonore au théâtre: À partir d’une immersion dans un cadre naturel, les participants s’appuieront sur une écoute de l’environnement pour produire une écriture qui fait appel au son et à la performance.

Nous sommes, si je ne m'abuse, deux (peut-être trois) équipes de travail... pour la plupart étudiants des deuxième et troisième cycles universitaires. Sûrement Maude Cournoyer, Anne-Marie Ouellet, Odré Simard et moi.

Le défi personnel est triplement grand: d'abord parce que je ne suis pas un chercheur collectif; ensuite parce que mon approche du son est particulièrement simpliste (pour ne pas dire inexistante); enfin parce que la performance ne fait pas partie de mes premiers intérêts dans les arts de la scène.

Quel sera donc l'apport du son? Quel sera l'apport du lieu? En quoi l'un et l'autre influenceront-ils cette écriture dramatique? Y aura-t-il écriture dramatique? Et si oui, sera-t-elle théâtrale ou performative? Beaucoup d'interrogations pour l'instant.

En cherchant selon les paramètres de la Chaire, c'est donc aussi une certaine remise en cause et en question de ma vision théâtrale qui sera le sujet sous-jacent à cette quête.

samedi 5 mai 2012

Tremblay au Musée



J'arrive de visiter cette exposition, L'univers de Michel Tremblay, présentée au Musée de la civilisation de Québec et qui porte, comme l'indique son titre, sur la vie et l’œuvre de cet auteur monumental.

D'emblée, cette exposition me laisse un peu froid... faisant plutôt la place à des documents audiovisuels (où l'auteur parle de son écriture, de ses inspirants, de sa famille; où des collaborateurs de longue-date s'expriment également...)... un grand documentaire spatial, en quelques sortes. Bien fait, oui... mais on n'y apprend rien de nouveau. Le plaisir de retrouver des images de la première lecture des Belles-Soeurs en 1965 ou des films tournés par Brassard (comme Il était une fois dans l'Est) ne remplissent guère cette béance que procure l'impression de déjà-vu.

Pas vraiment anecdotique, pas vraiment historique, pas vraiment archivistique (dans le sens de montrer des objets des créations, des traces, des artefacts, des photos), j'ai un peu de difficulté à saisir le but de cette exposition.

L'une des choses les plus intéressantes de cette visite reste le mur d'une douzaine d'affiches - dans une petite salle où se retrouvent cinq exercices pédagogiques de création de costumes et de scénographies pour Les Belles-Soeurs - qui donne une bonne idée de l'internationalité de Tremblay.
Une visite perdue? Non. Mais qui ne vaut pas le détour pour autant.

Du rouge comme imbécilité humaine

 
Pour avoir des tissus, des vêtements, d'une belle teinte brune tout en économisant, il n'y a rien comme un trempage dans le thé ou le café... mais ces trucs un peu vieillots ne peuvent pas faire de miracle... A preuve, cette anecdote tirée de Les Coulisses d'Aurélien Scholl, paru en 1886 (pour la seconde édition).

vendredi 4 mai 2012

Voilà où je mets ma barre.

Bon. Depuis deux jours, je réfléchis beaucoup à la couverture médiatique culturelle (les circonstances font en sorte que je pense très local... mais je crois savoir que la situation n'est guère plus reluisante ailleurs), à ce qui lui manque pour que j'en sois satisfait. 

J'ai revu aussi la plupart de mes billets sur le sujet (qu'on peut retrouver en rafale ici pour constater ma redondante préoccupation!) et j'en suis venu à quelques conclusions-synthèses. On me répondra sans doute que c'est utopique... mais je suis d'avis que si la culture a une valeur économico-socio-politico-artistique, elle mérite cette attention et ne devrait pas se contenter de moins.

Voici ce que je revendique comme interlocuteur médiatique (en ayant conscience que le problème vient plus souvent qu'autrement du média lui-même):

D'abord un intérêt. Et même plus... un intérêt dans cet ordre d'importance: primo, les faits et gestes du milieu régional (de grâce, en évitant l'enflure des grands spectacles!). Ensuite le national (de grâce, en évitant la surenchère d'humoristes et de couvertures filmiques).... et les incontournables internationaux (de grâce, en laissant les anecdotes et faits divers aux revues spécialisées). Cette fonction culturelle en est aussi une d'éducation de public... eh bien, que cette job se fasse avec rigueur et sérieux!

Puis une continuité dans l'occupation de cette dite fonction culturelle dans les différents médias, une personne qui reste en poste assez longtemps pour avoir une connaissance intime du milieu... et que cette section cesse d'être le passage obligé pour les remplaçants (pour combler leurs tâches) ou pour les stagiaires! Cette fonction en est une de guide, oui... d'analyse, assurément... mais aussi (et peut-être surtout!) de mémoire. Que la personne soit sympathique est une chose. Je demande - j'exige! - aussi la compétence.

Je ne peux concevoir que mon interlocuteur médiatique connaisse mal mon travail, ne sache pas reconnaître mes intérêts, pointer mes forces et mes faiblesses. Ce que je souhaite, c'est un dialogue critique soutenu... voire une remise en question.... et une capacité de me replacer dans l'histoire de la pratique d'hier à aujourd'hui. Et cela vaut aussi pour ma compagnie.

Je souhaite que cet interlocuteur sache me parler de Meyerhold (eh oui!)... ou de n'importe quelle autre praticien-théoricien. Une notion qui présuppose, oui, une grande connaissance du théâtre. Mais après tout, fait-on parler d'horticulture à un quidam? N'importe qui s'improvise sommelier? Foutaise. Je souhaite que cette personne sache parler du théâtre pour autre chose que pour le divertissement (et idéalement, s'il-vous-plaît, par respect, au-delà de mon propre communiqué).

J'espère que cette personne puisse me parler du vaudeville en sachant que celui-ci n'est pas le théâtre de boulevard (ou si peu) et que ce dernier n'est pas le burlesque... même si un véritable fil directeur peut les relier.

Et enfin, oui, je demande à ce qu'un tel être ait un sens du jugement lui même ouvert (et non infaillible), une véritable sensibilité à la scène... et une intégrité dans son expression.

Et cela vaut pour toutes les sphères artistiques.

Voilà. C'est assez. Alors , utopie? Peut-être... du moins avec les points avancés.  Mais en même temps, le journaliste, débutant comme expérimenté, a - et je le crois sincèrement! - pour mission d'aiguiser sa curiosité, de se documenter et de tirer les liens nécessaires. Je le répète: pourquoi se contenter de moins et ne pas faire mieux?