vendredi 17 mai 2024

Quand «George Dandin» jouait dans la région

Se promener à travers les archives (merci BAnQ!) permet de retracer les contours de la pratique théâtrale régionale au fil des années. Ainsi, à quelques semaines de présenter notre version de George Dandin d'après Molière, voici quelques autres productions de la même pièce par nos prédécesseurs...

... par le Centre dramatique du Nord-Est que je ne connaissais pas mais que j'ai trouvé ici p.25 (où le personnage est tenu par Jacques Brassard qui sera député pendant longtemps) (Progrès-Dimanche, 27 janvier 1968 et 3 mars 1968):



... quelques extraits présentés par les étudiants du Frou-Frou (Le Quotidien, 23 décembre 1980):


... et par les Têtes Heureuses (Progrès-Dimanche, 27 avril 1986):


... et de cette même production, on en dit (Progrès-Dimanche, 4 mai 1986):

jeudi 16 mai 2024

Pourquoi «George Dandin» d'après Molière?


Actuellement, je travaille, avec toute mon équipe, à la mise en scène de George Dandin... que nous présenterons d'après Molière. 

Qu'est-ce à dire? 

C'est dire que nous ne prendrons pas le parti littéraire de la pièce... au grand dam peut-être des puristes. Mais qu'importe. Nous plongeons dans ce texte à partir de notre propre oralité. Si les personnages, le cadre de l'intrigue, le schéma des échanges restent identiques, si les enjeux restent les mêmes, certaines expressions et une partie de la syntaxe sont fortement réappropriées par les comédiens. 

Pourquoi? 
  • D'abord pour rapprocher ce texte de notre réalité orale.
  • Pour accentuer l'identification.  
  • Puis pour retrouver une certaine vigueur de la langue dans cette comédie qui est particulièrement acerbe (et comme toute bonne comédie, le rythme est essentiel).
  • Pour rehausser les effets comiques de certaines répliques.
  • Pour prendre Molière à bras-le-corps et l'entraîner sur notre scène, aujourd'hui, en 2024. 
  • Parce qu'enfin, d'un point de vue vaguement idéologique, cette langue moliéresque, en 1668, ne sonnait pas comme le classicisme la fait entendre aujourd'hui (voir cet extrait d'une production du Bourgeois Gentilhomme montée comme à l'époque). Elle fut d'abord et avant tout puissamment scénique, pour des comédiens de leur époque, avant que les couches de vernis s'accumulent.
Adaptation? Non. Ajustements langagiers. Alors est-ce toujours du Molière? Moi je dis que oui. Mais il se fera entendre autrement.

Avec le Théâtre 100 Masques, au cours des dernières années, nous avons fait souvent ce type d'exercice: avec les Farce médiévales (2016), avec Le Père-Noël est une ordure (2019), avec Bas les masques! (d'après Un curioso accidente de Goldoni) (2022).

mercredi 15 mai 2024

Les métiers oubliés


On m'a offert hier - merci Monsieur Côté! - cet Almanach des spectacles pour 1827, un tout petit ouvrage (pas plus gros qu'un missel) de quelques 400 pages qui fait la recension des spectacles tenus en France cette année-là, avec, en prime, de nombreuses anecdotes, informations, etc. Bref, c'est en plein là le genre de bouquin que je consulte, par temps perdu, via Google Books ou BAnQ, afin d'alimenter notamment ce blogue. 

Chaque salle y est présentée en long et en large, avec le prix des places, les oeuvres qui ont pris l'affiche... mais aussi avec les ressources humaines nécessaires, dont la nomenclature est parfois surprenante. Ainsi s'y retrouvent, par exemple, pour le Théâtre Français: 
  • la surintendance
  • les sociétaires
  • les pensionnaires
  • le comité d'administration
  • le caissier
  • le secrétaire du comité
  • le secrétaire
  • le souffleur
  • l'orchestre (altos, basses, contre-basses, clarinettes, flûtes, cors, bassons)
  • les machinistes
  • les garçons de théâtre
  • les coiffeurs
  • les contrôleurs
  • les ouvreuses
  • les buralistes comptables 
  • le préposé à la location des loges
  • le préposé au bureau des premières
  • le préposé au parterre
  • les supplémens
  • le magasinier des costumes
  • les ouvrières du magasin
  • les fournisseurs
  • les entrepreneurs du luminaire
  • les architectes
  • les peintres-décorateurs
  • le conseil judiciaire
  • le comité de lecture
  • les médecins
  • (et les acteurs retirés avec pension). 
Ça, c'est que pour le Français. Parmi les autres métiers d'autres salle, une rapide compilation donne en surplus:

  • les menuisiers brigadiers
  • les sous-brigadiers
  • le chef accessoire
  • les allumeurs
  • les balayeurs
  • les conciergess chante
  • le suisse du roi
  • les tailleurs
  • les habilleuses
  • les perruquiers
  • les bureaux de distributions
  • les placeurs
  • les placeurs de la loge du Roi
  • le répondant de la porte des communications
  • les échangeurs
  • les chanteurs (et les choristes)
  • les employés de l'intérieur
  • les receveurs
  • les receveurs de billets à l'orchestre
  • les receveurs au parterre
  • le bureau des cannes
  • le magasin des femmes

Ça en fait, du monde! Il y a toute une tradition théâtrale - et tout un monde! - qui a mal survécu au passage du temps! 

mardi 14 mai 2024

Poésie du mauvais théâtre

 


Cette belle petite œuvre poétique a été publiée dans l'ultramontain journal La Croix, édition du 25 février 1905. 

lundi 13 mai 2024

«George Dandin» aujourd'hui...


Quel résonance peut bien avoir George Dandin aujourd'hui? 

Outre sa charge vindicative contre la préciosité des gens, la fourberie des caractères, l'hypocrisie des relations (tous des éléments moliéresques qui traversent le temps), cette pièce - écrite en 1668 -  pourrait fort bien (et fort facilement) aborder un sujet fort actuel depuis la parution de Rue Duplessis de Jean-Philippe Pleau: le transfuge de classe. 

Parce qu'à la base, tout ce texte est construit, en un sens, sur ce principe brillamment illustré par Pleau: George Dandin - paysan riche - a payé les dettes d'une famille d'aristocrates déchus pour s'élever à leur niveau et épouser leur fille. Passer d'une classe à l'autre (dans ce cas, par l'argent et non par l'éducation). Changer de milieu. Avec le clash constant entre ce qu'il est, ce qu'il voudrait être, ce qu'on veut qu'il soit. 

À quel prix ce changement de classe s'effectue-t-il? C'est ça, George Dandin. Dans le cas du personnage principal (homme malhabile), ça se fera au prix d'un bonheur conjugal inaccessible (par sa faute), d'une déloyauté et d'une humiliation aux multiples sources à coup de répliques acerbes, d'atermoiements et de raisonnements lucides. 

C'est un belle comédie. Qui grince. Qui égratigne.

mercredi 24 avril 2024

Du théâtre et de la politique... ou du théâtre politique...


Je suis en train de lire un essai fort intéressant: Contre le théâtre politique d'Olivier Neveux, paru en 2019 chez La Fabrique. Sur le tout politique... car, oui, c'est un caractère récurrent du théâtre contemporain... au point même de se dénaturer?  Car il y a politique et politique, non?

Car «tout est politique», ô combien, désormais, dans le théâtre public où l'on «frémit de sensibilité politique». Politique, ce spectacle paternaliste et compassionnel sur tel drame contemporain. Politique, cette oeuvre sexiste et raciste (à moins qu'il ne s'agisse de sa dénonciation, on ne sait plus). Politique, cette moraline républicaine. Politique, cette mise en scène décorative de la dénomination. Politique, ce théâtre participatif et référendaire. Politique, cette dénonciation téméraire des excès de l'argent. Politique, cette pesanteur macabre de messe. Politique, cette vitalité boursouflée. Politique, cette tranche de réalité. Politique, cette relecture des classiques. Et tout aussi bien: politique, ce boulevard. Politiques, ces chuchotements tout aussi bien que ce «son et lumière». Politiques cette table, ce pendrillon, cette canette de bière, cet écran ou ce samovar. En un mot: politique ce théâtre. (p.7)

La première section (de trois) est la plus intéressante: La dé-politique culturelle. C'est une belle analyse de la place du théâtre, dans sa société... mais surtout, dans la vision politique des villes, des états... mais aussi des administrations théâtrales. 

Alors le théâtre? Cet art dont tout le monde se moque, qui n'évoque pour n'importe quel étudiant en commerce qu'un passé très passé, l'ancien monde avec ses perruques et ses alexandrins, à l'image d'un vieillard improductif et gâteux dont l'interminable agonie coûte si cher; cet art que des bureaucrates sensibilisés, effrayés à l'idée d'être ringards, scrutent à l'aune d'une téléologie macabre, pour qui tel pan de sa pratique, de son histoire est définitivement obsolète, qui s'enthousiasme pour des nouvelles et bientôt déjà vieilles technologies, s'extasient devant des «modernités» qui ne sont que des anecdotes de l'époque; cet art qui n'est plus dans le regard des vrais décideurs au mieux qu'un exotique passe-temps, indolore, le prétexte à quelque sortie tardive et conjugale, plus événementielle qu'une banale sortie au cinéma; cet art qui n'est pour beaucoup supportable que lorsqu'il est de stand-up, drôle, évident, conforme à l'attente, ajustée à son teaser, vu la télé; cet art, à quoi peut-il bien encore servir? (p.60)

Il y a, tout au long de l'essai, de bons passages, lucides et bien acérés où il est facile de se reconnaître comme celui-ci:

Du théâtre instrumental... Les artistes dont les projets sont financés par de l'argent public se voient à ce titre, désormais, soumis à une multitude d'obligations positives, d'interventions et d'animations, qui en prison, qui à l'école, en contrepartie du droit à créer. Précarisés, ils constituent une armée de réserve disponible à loisir, corvéable et largement culpabilisée. Certains y trouveront du plaisir, du sens; ils arrivent à faire quelque chose de cette obligation insidieuse. Mais dans cette perspective, l'œuvre est devenue, en elle-même, insuffisante sinon accessoire. (p.63)

À quelques semaines/mois des réponses du CALQ, dans le contexte politico-économique où nous évoluons, il pose de bonnes questions et ouvre de bien bonnes pistes de réflexions.

jeudi 28 mars 2024

Petit moment de recul



Depuis quelques jours - beaucoup depuis le budget provincial... beaucoup depuis hier, Journée Mondiale du Théâtre... ce matin encore dans le Devoir (ici) - le discours ambiant du milieu théâtral est de se déclarer en mode survie. 
 
D'emblée, posons le diagnostic: il y a un cruel sous-financement culturel (comme dans plusieurs autres sphères de la société). Vrai. Plus que vrai. Mais est-ce que ça a déjà été facile? Quand les conditions l'ont-elles été? Au point d'être en mode survie? Vraiment?
 
Bien sûr qu'il faut de l'amélioration... et la balle est peut-être aussi en partie dans notre camp.

Et si c'était plutôt le moment, le signal, pour repenser radicalement notre fonctionnement (mais vrai, ici aussi, qu'il faudrait repenser, au passage, tout le mode d'attribution des subventions), de répondre autrement aux besoins de ce milieu? Comme un coup de pied dans une façon de faire qui a atteint sa limite? Qui sait...
 
Une chose me semble pourtant claire. Crier à la crise, c'est un peu crier au loup. C'est préoccupant, vrai. Plus que vrai. Mais ce fatalisme est aussi terriblement épuisant, démotivant.
 
Réclamons. Dénonçons. Transformons. Représentons. Bref, agissons avec un objectif précis: améliorer la situation. Cenne par cenne s'il le faut. Dollar par dollar. Pouce par pouce. De concertation en mutualisation. De reconfiguration en nouveaux projets.
 
Mais au final, ô surprise, ce sera quand même un éternel recommencement... parce que le théâtre, dans son essence même, se nourrit peut-être de ces crises permanentes et de l'adversité.

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Je termine en citant Meyerhold (citation qui est sur le mur de mon bureau en permanence):  Si le théâtre d’aujourd’hui ne meurt pas, c’est qu’il recèle encore des sèves vivifiantes. Qu’on l’achève s’il est condamné mais qu’on le ranime s’il est viable!

Et Ionesco: La crise du théâtre existe-t-elle? Elle finira par exister, si l'on continue d'en parler. On pense qu'un théâtre ne peut pas exister dans une société divisée. Il ne peut exister que dans une société divisée. Il ne peut exister que lorsqu'il y a conflit, divorce avec mes administrateur ou mes administrés (ce qui dépasse la notion de classes sociales), ma femme ou mon amante, mes enfants et moi, moi et mon ami, moi et moi-même. Il y aura toujours division et antagonismes. C'est-à-dire qu'il y aura division tant qu'il y aura de la vie. L'univers est en crise perpétuelle. Sans la crise, sans la menace de mort, il n'y a que la mort. Donc: il y a crise au théâtre seulement lorsque le théâtre n'exprime pas la crise. Il y a crise de théâtre lorsqu'il y a immobilité, refus de recherche; pensée morte, c'est-à-dire dirigée.

samedi 17 février 2024

Plus ça change...

Le théâtre...

C'est pas facile (financièrement) d'en faire. Pas facile (financièrement) dans faire en région... voire même ailleurs. Ça ne l'a jamais été et ça ne le sera sans doute jamais. 

Le cliché est tenace.

Aujourd'hui, en 2024, où chaque compagnie qui initie un projet espère du financement ou, à tout le moins, un public conséquent pour faire ses frais... tout comme en 1899 (dans l'édition du Progrès du Saguenay du 8 juin de cette année-là:


Il faut noter l'empressement  que met le Progrès (dans ce cas précis mais dans de nombreux autres) pour soutenir Cercle dramatique de Chicoutimi (de 1897 à 1911) et inciter fortement la population à être de la partie! 

vendredi 16 février 2024

Quand les mains anonymes sont belges


La semaine dernière, j'étais à Bruxelles pour assister aux trois représentations de la lecture-spectacle (un peu comme une amorce d'un éventuel travail plus étoffé) de ma pièce Les Mains anonymes, présentées au Centre Wiels, sous la direction de Marie-Gaëlle Verspecht.

Ainsi donc, après l'avoir travaillé deux fois avec Erika Brisson (en novembre 2016 et en février 2018) et une fois avec Guylaine Rivard (en janvier 2023), c'est par une autre interprète - Raphaëlle Bruneau (dont vous pourrez voir ici quelques éléments biographiques) - que j'entendrais de nouveau mon texte! 

Étrange sensation que de s'asseoir, quidam anonyme, dans une salle, au milieu de parfaits inconnus (qui seront près de 200 au total), dans un autre milieu que le mien et de tout à coup voir s'incarner mes propres mots! Étrange distanciation entre quelque chose de plus que familier et de simultanément fort étranger! 

La comédienne accueille les spectateurs, dans un brouillard épais. Son texte en main. Derrière elle, sur le mur, se déploie une grande image numérique aux accents fantasy (qui laissera place, à un seul moment, à une citation tel que le montre la photo). Une petite musique en boucle résonne. 

Puis la lecture commence. 

Le jeu, bien maîtrisé, est rapide (en fait, c'était presque une version TGV... au point qu'à la fin de la première représentation ayant duré une trentaine de minutes, les spectateurs s'attendaient à une autre partie!), esquissant dès le départ une forte montée dramatique au cours des quatre premiers tableaux (sur huit). 

Et c'est là que le décalage se produit entre mon propre rythme d'écriture (et de mise en bouche) et celui de l'équipe de ce projet. Schématiquement parlant, la différence ressemble à ça (le graphique du haut étant mon arc narratif et celui du bas, le leur):

`
Le texte résonne alors différemment: ce qui pour moi est une partition d'introspections et de silences douloureux qui mène inéluctablement (en 60-75 minutes) vers le sommet, devient dès lors une matière énergique portée par une jalousie qui dévore le personnage pour être le moteur dramatique. Le personnage - Raphaëlle y plonge avec un solide engagement et une vivacité proche de l'hystérie - se répand en invectives puis en rage dévastatrice avant que d'assumer, d'une certaine façon, son geste et ses conséquences. 

Je regardais la prestation qui me renvoyait, de mon texte, un autre sens. Et c'était fort intéressant! Quelque peu déstabilisant! Avec une forte envie de voir cette ébauche surpasser l'obstacle concret du papier parce qu'une lecture, toute bonne soit-elle, reste une lecture qui retient le regard de l'acteur au lieu de le porter vers son destinataire! L'envie de voir se créer un véritable échange scénique avec la salle! 

Après, bien sûr, le metteur en scène n'est jamais bien loin avec ses questions et ses remarques! Mais ça, c'est entre moi et l'autre metteure en scène! :) 

mardi 6 février 2024

Syndrome de l'imposteur

L'un des plus grands défis, pour évoluer dans ce beau milieu culturel (et théâtral dans mon cas) est de surpasser ce syndrome de l'imposteur qui pointe régulièrement quand on s'y attend le moins. Ce sournois sentiment d'être à côté de la track. D'être là où d'autre pourrait l'être... et mieux. Ça peut même aller jusqu'à se voir comme un pis-aller. D'avoir des carences dans l'outillage et les connaissances au point de se reléguer soi-même quelques pas derrière pour regarder la parade. D'aller son chemin mais avec une appréhension constante. 

Ce syndrome je le vis, le subis plus souvent qu'à mon tour.

Que ce soit comme gestionnaire. (Oh, ça arrive!)

Que ce soit comme metteur en scène. (Oh, ça arrive!)

Que ce soit comme praticien presque autodidacte (enfin, non sorti d'une école de théâtre)... et en région, qui plus est. (Ça, c'est régulier!)

Que ce soit - comme ça l'était - comme chargé de cours. 

Plusieurs choses nourrissent ce syndrome: une estime personnelle plutôt fluctuante; des résultats mitigés de projets et/ou d'efforts (les pires étant ceux des demandes de subventions!); des situations extérieures qui pour banales n'en demeurent pas moins une source de remises en question; du jugement, des commentaires, des perceptions et des remarques propres à nourrir le doute parce que l'oeil de l'autre est une horrible machine (et c'est d'ailleurs à cause d'elle - et de ma nature sans sparkling dirait l'autre - que je suis incapable d'être comédien). 

Mais le pire, là où cette impression est la plus puissante, la plus glaçante, c'est comme auteur. Quand on me présente d'abord comme un auteur, je tique. Parce que je n'y crois pas. Je ne m'y crois pas. Oui je sais écrire. Oui je sais bien écrire. Mais je n'ai pas cette flamme créatrice. Je n'ai pas cette discipline et ce besoin essentiel d'écriture. Ça vient quand ça vient. 

L'an dernier était publié un recueil avec Les Mains anonymes et Empire... deux de mes plus récents textes, aux Éditions Somme toute. Malgré la fierté de voir mon nom accolé à une couverture de livre, l'insidieuse petite voix intérieure sait se faire experte dans la mise de bémols sur le pourquoi de cette publication au point d'en saper la conviction d'être méritoire. 

Et c'est encore pire quand, ayant quand même cru à la force de ce texte (Les Mains), j'ai osé ma chance au Centre d'Essai des Auteurs Dramatiques. Que si j'avais une clé pour y accéder, c'était peut-être celle-là étant donné sa construction, sa forte forme, son écriture... qualités, me semblait-il, trois fois expérimentées sur scène.

La première étape étant l'analyse par un comité de lecture composé de deux auteurs professionnels et d'un praticien. 

Pour faire bref, ma candidature n'a pas été retenue, tant pis. Je peux m'en remettre. Mais - parce qu'il y a ce mais qui appelle le chambardement - , cette réponse est arrivée avec les commentaires des trois jurés. La lecture de ceux-ci - plutôt convergents! - a été plutôt dévastatrice (entendre ici que ce fut plus un déferlement de considérations négatives qu'un chapelet de bons éléments): texte sans audace, forme lassante, riche vocabulaire mais vide et creux, sans audace, avec un personnage dont on ne sait rien, dont on ne saura rien, qui n'évolue pas, sans audace (parce que oui, c'est revenu bien souvent dans ces pages), qui ne permet pas un déploiement d'émotions, que c'est froid, etc.

Inutile de dire que l'auteur en moi s'est désagrégé! 

Le combat intérieur est reparti pour un tour pour pouvoir malgré tout profiter, à quelques heures d'un départ vers Bruxelles,  d'une lecture-spectacle (trois soirs) de ces mêmes Mains et alors que je m'apprête, dans quelques semaines, à présenter une création. 

Mes réserves de prétention s'amenuisent.

samedi 3 février 2024

Quand le théâtre, au Saguenay, se faisait en anglais

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, nous avons parfois cette idée d'une communauté fortement francophone. Du coup, le théâtre sur notre territoire s'est donc toujours fait en français, non? Eh bien non! Plus que non!

Il y a eu - Alcan et les machines à papier de Price obligent! - une population anglophone assez conséquente pour qu'il y ait quelques troupes de théâtre dans la langue de Shakespeare! 

Pendant presque 40 ans (de 1943 à 1981... quatre décennies! ce n'est pas rien!), Arvida fut le centre de cette activité dramatique. Avec le Arvida Amateur Dramatic Society... qui deviendrait le St-George's Player en 1949... puis le Arvida Players dans le courant des années '60. 

C'est là, pour les plus jeunes (et je m'inclus dans ce groupe encore malgré mes presque 50 ans!) un pan de notre petite histoire un peu oubliée et/ou ignorée... alors que nous nous rappelons volontiers des actions de Ghislain Bouchard à cette même époque avec le Théâtre du Coteau et, un peu plus tard, avec la Marmite!

En voici un historique publié le 17 juillet 1952 dans Le Lingot (le journal des employés de l'Alcan):


Autre article conséquent (et en français) du jeudi 4 novembre 1954:



Jusqu'au mercredi 2 septembre 1981 comme le rapporte le même journal:


Kénogami n'était pas en reste avec le Hobby Shop Players qui a sévi au moins entre 1954 et 1961 si je me fie aux archives trouvées...

Que sont ces comédiens et ces théâtres devenus?

mercredi 31 janvier 2024

Le Soutien à la mission du CALQ!


Quiconque côtoie des gestionnaires culturels ces temps-ci entend sans doute parler de la demande de Soutien à la mission du CALQ à laquelle tous s'adonnent ou presque, dans le milieu professionnel! L'échéance est pour demain, 1er février 2024!

Cette demande, c'est l'espoir de se voir octroyer un soutien récurrent sur 4 ans pour certains, l'aspiration de voir l'exercice se solder par une augmentation pour d'autres. Entre les deux, plusieurs se croisent les doigts pour que les montants accordés les années précédentes restent minimalement les mêmes! 

Il faut dire que cette (très grosse) demande était attendue: le dernier cycle du CALQ prévu initialement pour 2017-2021 s'est étendu, pour les raisons pandémiques que nous connaissons, jusqu'à maintenant, 2024! 

Chose certaine, il y aura embouteillage aux portes du subventionnaire alors que la manne publique providentielle n'est pas sans fonds. Les nouveaux ne se trouveront pas assez soutenus. Les plus vieux pas assez reconnus. Et entre les deux, des surprises dans les deux sens: positives et/ou négatives en regard des portraits présentés.

Concrètement, cette demande (que j'ai faite deux fois plutôt qu'une... pour l'Espace Côté-Cour avant mon départ et pour le Théâtre Les Amis de Chiffon depuis mon entrée en poste) est une véritable radioscopie de l'organisme et projection sur l'avenir. Elle se décline comme suit:

SECTION A – PRÉSENTATION DE VOTRE ORGANISME (50% de la note section A et B)
  • 1.MISSION ET MANDAT (max 250 mots)
  • 2.HISTORIQUE ET FAITS SAILLANTS (max 500 mots)
  • 3.CONTEXTE (max 1800 car.)
  • 4.MOT DE LA DIRECTION ARTISTIQUE (max 4500 car.)
  • 5.PERSPECTIVES 2024-2028 (max 1800 car.)
SECTION B – QUALITÉ ARTISTIQUE 
  • 6.PROGRAMMATION ET ACTIVITÉS PROPOSÉES AU COURS DE LA DERNIÈRE ANNÉE ET DE L’ANNÉE EN COURS (max 6000 car.)
  • 7.PROGRAMMATION ET ACTIVITÉS POUR LES DEUX PROCHAINES ANNÉES DU CYCLE DE FINANCEMENT (max 6000 car.)
  • 8.INNOVATION ET AUDACE ARTISTIQUE (max 1500 car.)
SECTION C – DIFFUSION ET RAYONNEMENT (25% de la note)
  • 9.FRÉQUENTATION DES ACTIVITÉS (max 6000 car.)
  • 10.RAYONNEMENT, RÉSEAUX ET PARTENARIATS (max 1500 car.)
  • 11.APPORT AU TERRITOIRE (max 1500 car.)
  • 12.DIVERSIFICATION DES PUBLICS – POUR LES ORGANISMES QUI OFFRENT DES SPECTACLES EN AUTODIFFUSION (max 1500 car.)
  • 13.ACTIVITÉS DE MÉDIATION ET SENSIBILISATION DE PUBLIC (max 1500 car.)
SECTION D – CONTRIBUTION À LA COMMUNAUTÉ ARTISTIQUE (25% de la note)
  • 14.ACTIONS EN FAVEUR DE LA RELÈVE (max 1800 car.)
  • 15.ACTIONS EN FAVEUR DE L’INCLUSION (max 1800 car.)
  • 16.RÉMUNÉRATION DES ARTISTES ET DES TRAVAILLEURS CULTURELS (max 1800 car.)
  • 17.CONTRIBUTION AU DÉVELOPPEMENT D’UN SECTEUR OU D’UNE OU PLUSIEURS DISCIPLINE(S) (max 3000 car.)
  • 18.PRÉSENTEZ TOUTE AUTRE INFORMATION EN LIEN AVEC L’ACQUITTEMENT DU VOTRE MANDAT (max 1500 car.)
Ça, c'est pour la partie rédaction de la demande, que tous les aspirants remplissent. 

La pondération de chacun de ces blocs (et des éléments qui suivent) positionne l'organisme par rapport aux autres compagnies. Et plus ce classement est haut, plus les chances sont grandes d'être parmi les heureux au terme de l'exercice! L'inverse est vrai aussi... conclusion: il faut scorer! D'où la pression ressentie par ceux qui sont là-dedans présentement!

À la partie écrite se joint un document Excell plus statistique (avec ces éléments pour les organismes de création et de production comme le TAC):

  • IDENTIFICATION, RENSEIGNEMENT GÉNÉRAUX ET DÉCLARATIONS
  • INFORMATION SUR LE CONSEIL D'ADMINISTRATION
  • STRUCTURE ORGANISATIONNELLE
  • PORTRAIT SOMMAIRE DE L'ORGANISME
  • EFFORTS CONSACRÉS A L'ÉCORESPONSABILITÉ (pratiques de gestion et à venir; pratiques de création et production et à venir; pratiques en lien avec la circulation des oeuvres et à venir; actions en matière de gouvernance)
  • SECTION 6a - PROGRAMMATION 2024-2025
  • SECTION 6b - REVENUS ET DÉPENSES DES ACTIVITÉS DE PRODUCTION 2024-2025
  • SECTION 9a - BILAN DE DIFFUSION (2022-2023)
  • SECTION 9a - PLAN DE DIFFUSION -  SAISON EN COURS (2023-2024)
  • SECTION 9a - PLAN DE DIFFUSION - AN 1 DU CYCLE (2024-2025)
  • SECTION 9b - MÉDIATION CULTURELLE ET ACTIVITÉS DE SENSIBILISATION (2022-2023)
  • SECTION 9b - MÉDIATION CULTURELLE ET ACTIVITÉS DE SENSIBILISATION - EN COURS (2023-2024)
  • SECTION 9b - MÉDIATION CULTURELLE ET ACTIVITÉS DE SENSIBILISATION  - PRÉVISIONNEL (2024-2025)
  •  SECTION 14a - SOMMAIRE DES REVENUS ET DÉPENSES (réel, en cours et prévisionnel).

Puis, comme toutes bonnes demandes qui se respectent, il y a toute la documentation d'appui à fournir qui va du dossier de presse aux états financiers en passant par les différentes politiques de l'organismes et plans de travail. 

Toute cette demande représente des heures et des heures et des heures de rédaction et de réécriture (parce que les réponses sont limitées à un nombre précis de caractère qui impose une concision et une précision chirurgicale du discours). De relectures et de recommencements. De doutes et de soupirs... jusqu'au sentiment d'avoir tout donné... et advienne que pourra! Les réponses quelque part dans le courant de l'été.
 
Courage à tous ceux qui n'ont pas encore terminé!