mercredi 14 mai 2008

L'Auberge du Cheval Blanc


Ce qu'on en a dit:

L'Auberge du Cheval Blanc: La version saguenéenne renoue avec le succès
Christiane Laforge, Le Quotidien, Samedi, 10 mai 2008

L'Auberge, la critique
Denise Pelletier sur son blog personnel, Spécial du jour
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Le Tyrol

Oui, c'est à une soirée de divertissement réussie que nous conviait la Société d'Arts Lyriques du Royaume lors des représentations de L'Auberge du Cheval Blanc.

D'abord l'histoire... Quoique très longue (et très lente à débuter)... quoiqu'un peu simpliste dans la forme et le fond (mais après tout, l'opérette c'est d'abord et avant tout des airs et de la musique!)... quoique certains personnages (même si superbement portés!) semblent quelque peu décalés pour ne pas dire inutiles à l'histoire: zozotante Clara, le beau Célestin, entres autres... il est plutôt agréable et facile de se laisser porter par celle-ci.

Outre le talent manifeste des chanteurs/comédiens (mentions spéciales au jeune Piccolo, à Léopold et à Bristagne!) et de l'Orchestre de chambre de l'OSSLSJ, le mérite revient surtout à la direction dynamique et efficace toute chalifourienne: goût prononcé pour les jeux de scène nombreux, les clins d'oeil et les routines gestuelles (les «stepettes»); plaisir évident du spectacle; théâtralité assumée. Ce spectacle est constitué, après tout, d'une immense équipe (directeurs, concepteurs, chorégraphe, solistes, comédiens, choeur, danseurs, orchestre) qui ne dispose, enfin, que d'un temps fort limité pour arriver à ce résultat.

L'ensemble esthétique (décors, costumes, accessoires) marche relativement bien. La scénographie est correcte pour le genre, oscillant entre le carton-pâte et la technologie. L'idée des projections infographiques omniprésentes et mouvantes (qui font voyager littéralement le spectateur autour de l'Auberge, instaurant un contexte géographique cohérent) est fort intéressante. Par contre, le rendu (et le fonctionnement de l'appareil!) est un peu... disons... carré... brut... mais le principe est amusant. L'éclairage (très bien, en passant... même si parfois, c'est réellement sombre!... Toutefois, il est un peu surprenant de laisser faire l'entrée du maestro dans un noir complet!) nuit parfois à la clarté de cette image... et s'y marie à d'autres occasions pour donner des effets «saisissants», comme lors de cette air chanté dans la vacherie, la nuit, par Florès et Sylvabelle, sur lequel dansent deux couples assortis... du véritable Walt Disney: convenu, cucul... mais terriblement joli et touchant. Les costumes (en quantité phénoménale... créés par Jacynthe Dallaire) tanguent vers le folklorique et le «contemporain»... Malgré quelques questions (pourquoi Bristagne est-il vêtu de la sorte en arrivant avec ses bottes de poil? que sont ses costumes de conseillers munipaux avec ces drôles de chapeaux et épaulettes? quelle en est la ligne esthétique... n'est-ce pas en 1940?), ils remplissent bien leur rôle.

Franchement, seulement trois petits points m'ont véritablement tarabustés pendant le spectacle. Le premier (problème que l'on retrouve dans tous les spectacles de ce genre) tient à la figuration active... Lorsque le choeur fait de la vie derrière l'action principale... Lorsque les membre de ce choeur se font passants ou visisteurs ou autres... Ça donne toujours un côté faux, plaqué. Le jeu «mimé» et «improvisé» n'est jamais à la hauteur du spectacle... Est-ce par manque de temps? Assurément. Par volonté de se faire comprendre (trop appuyer, trop montrer)? Peut-être.

L'autre point (qu'on retrouve aussi de façon flagrante dans Ecce Mundo... !), futile point: le sourire des danseurs. Ces interprètes (vu leur qualité, j'aurais aimé en voir des dizaines!) du corps sont magnifiques, solides, professionnels (dans le sens où ils sont formés pour ça)... Ils sont beaux à voir se mouvoir sur la scène... mais ils sourient. Sourire est un grand mot. Ils se fixent une parure sur le visage qui ne bougera pas du spectacle. C'est une sourire vide. Ce que le corps transmets au spectateur, le visage s'y montre incapable. Vraiment... point futile mais dommageable.

Le dernier point est un peu plus consistant... et tient au fait que - j'ignore si c'est parce que j'étais assis dans la dernière rangée? - je n'ai rien entendu de ce qui se chantait... On comprend l'histoire grâce aux bouts parlés, mais on en perd l'argument écrit dès que la musique embarque. Problème de sonorisation? de projection de la voix? de pose de la voix? Je ne sais pas. Toujours est-il que c'est un légèrement frustrant.

Mais, je le redis, ce fut somme toute une soirée agréable...

mardi 13 mai 2008

Le CLE fait encore des siennes...

Sera-ce un nouveau cheval de bataille?

Je reviens donc sur ce sujet qui me titure l'esprit... et auquel Christiane Laforge s'est attaqué dans son éditorial du Progrès-Dimanche de cette semaine...

Parce que c'est frustrant. Parce que les Têtes Heureuses ne peuvent engager la personne qu'elles veulent (et ce n'est pas moi, soit dit en passant). Parce qu'il y a là un réel problème... disons de société.

Tous les arguments sont bons pour qu'on ne soit pas admissibles au programme de subventions salariales: trop d'expérience ou pas assez... trop de diplômes... pas payant... gardez les emplois qu'on occupent même si ceux-ci n'ont aucun rapport avec notre champs d'études... et, argument suprême, pourquoi s'être lancé dans ce domaine (quand on ne pousse pas l'audace à nous conseiller de quitter la région)?

Oui. Emploi-Québec est une aide précieuse (et je l'appuie)... mais tellement décalée par rapport au milieu... Et pourtant, c'est l'un des principaux moyens d'embauche dont dispose les organismes artistiques déjà si précaires.

Son problème: sa temporarité qui ne peut malheureusement péréniser aucun emploi...

Il n'y a pas à dire... Tout un chacun (?) s'acharne à survivre dans le domaine. Les projets ne peuvent se faire que sur une base ponctuelle (en se croisant les doigts pour que les subventions au projet suivent). Les perspectives d'avenir sont, pour la plupart (bravo à ceux qui peuvent se placer), fort limitées... quand elles existent.

L'art n'est pas un métier dans la pensée collective, c'est un passe-temps... pour ne pas dire une perte de temps... Les choses pourraient changer mais...

Il faudrait, au bout du compte, que soit instauré le statut «artiste» et que celui-ci soit financé directement par le gouvernement (une espèce de fonctionnariat culturel) comme cela se fait dans d'autres pays (du moins, je pense...). Après tout, la meilleure carte de visite d'une nation (d'une province! d'une ville!) est sa culture. Sa plus grande renommée est culturelle. Sa plus grande visibilité est artistique...

Cette fois-ci, je ne suis pas en cause, Dieu merci! Je crois que je m'en remettrais pas!

dimanche 11 mai 2008

NONO [nouveau journal d'une mise en scène]

C'est ce soir que j'entame le travail de répétition avec les comédiens choisis pour cette production.

Il faut dire que, personnellement, j'ai débuté il y a longtemps... quatre ans pour être plus précis! Le Théâtre 100 Masques devaient (je l'ai déjà mentionné quelque part) monter cette pièce en 2005 (pièce qui était arrivée en seconde position, derrière La serva amorosa, lors du souper-bénéfice 2004 du TCM où les gens étaient invités à voter pour le choix du théâtre estival...) et je devais en être le metteur en scène. Donc, j'avais déjà commencer à travailler le texte (coupures, fusion de personnages, réécriture de certaines scènes). À y réfléchir... D'autres parts, pour faire le collage de l'an passé, Les monstres de l'orgueil, je m'étais beaucoup inspiré et basé sur cette première pièce de Guitry. Je suis donc, comme qui dirait, en terrain connu.

Je pars avec des idées pleins la têtes qui ne demandent qu'à se confronter aux acteurs... acteurs qui me font littéralement damner lorsque vient le temps de faire le calendrier des répétitions (pour leur défense, je dois avouer que je réagis comme cela à la seule évocation d'horaires... que ce soit pour une compagnie de théâtre ou pour une autre!).

Donc... prémisses (ou prémices? je ne sais jamais...) de départ: 1- espace réduit (huit pieds par huit pieds) et pourtant rempli, cette scène encombrée influençant la dynamique du jeu, le mouvement naturel des choses; 2- image plastique et sculpturale amplifiée par les obstacles matériels; 3- esthétique: baroque (si je trouve concrètement ce que ça signifie)... et élégance. Oui. Élégance (à la Tim Burton... dans La Mariée Cadavérique). Je suis un peu lassé de mes productions bric à brac... J'ai envie de faire quelque chose de propre... «Là, tout n'est qu'ordre et beauté, luxe calme et volupté», disait l'autre (l'autre étant Beaudelaire)! 4- J'aimerais appronfondir le jeu mécanique (ou pour ceux que ça heurte, disons chorégraphique!)... le perpétuel mouvement (proche de l'effet choral) des actions-réactions (que chaque geste fait entraîne une réaction gestuelle de l'autre et ainsi de suite)... Mon idéal préfère d'ailleurs les acteurs-techniciens et/ou virtuose aux acteurs-psychologiques...

Que va-t-il rester de ces envies et souhaits artistiques? Rendez-vous en juillet pour le savoir...


jeudi 8 mai 2008

Réflexion esthétique


«Au bout du fil» de Évelyne de la Chenelière
Mise en scène: Dario Larouche
Théâtre Mic-Mac, 2004
Photographie: Christian Roberge


Si j'avais à définir mon esthétique propre (mise en évidence particulièrement lorsque je signe et le texte, et la mise en scène), à caractériser mon style (ce qui est toujours en soi un bon exercice de recul et d'analyse), j'hésiterais, de prime abord, entre deux tendances similaires: le grotesque et/ou le baroque. Je tiens à spécifier tout de suite que c'est à l'esprit de ces courant à lequel je me réfère... parce que mon penchant pour la simplicité, pour l'exaltation du vide, m'inscrivent quelque peu en contradiction avec eux...

LE GROTESQUE
(consulter un article complet... et un dossier foutument intéressant!) Parodier, briser les apparences, provoquer, remettre en cause les contraintes et la force de l’ordre, démasquer la vérité, exagérer, telle est la fonction du grotesque au théâtre, et le spectateur assis dans son fauteuil et témoin du scandale esthétique est violemment provoqué. (revue Sens Public)

Dans la pensée des modernes, « le grotesque a un rôle immense. Il y est partout; d'une part, il crée le difforme et l'horrible; de l'autre, le comique et le bouffon [...]. Le grotesque est la plus riche source que la nature puisse ouvrir à l'art ». Le comique est, au point de vue artistique, une imitation; le grotesque une création [...]. Le rire causé par le grotesque a en soi quelque chose de profond, d'axiomatique et de primitif qui se rapproche beaucoup plus de la vie innocente et de la joie absolue que le rire causé par le comique de mœurs (...) J'appellerai désormais le grotesque comique absolu. (tiré du dossier mis en lien un peu plus haut... dont j'ignore qui en est l'auteur...)

LE BAROQUE
L’esthétique baroque repose sur le mouvement, l’inconstance, la contradiction, l’antithèse. Les personnages passent d’une palette de sentiments à une autre. On est dans l’excès, le paroxysme. Le discours donne à voir plus qu’à entendre ; il s’agit de montrer, de convoquer les images par le procédé rhétorique de l’hypotypose. Alors que l’esthétique classique recherche l’unité, le baroque se complaît dans la pluralité, d’où son goût pour l’accumulation. Le baroque donne les deux versants d’une médaille : la vérité est indissociable du mensonge, comme le réel l’est du rêve, comme la vie l’est de la mort. Au théâtre, le baroque est également traduit grâce une certaine mise en scène (lumières, jeux, costumes, décors...) qui met en évidence les caractères du mouvement. (Wikipédia)

On peut l'approcher à travers deux aspects caractéristiques : l'exaltation du mouvement et le jeu des apparences. [...] [L'art baroque a] le goût des contrastes, des surprises, des élévations et des chutes, qui peuvent composer un art du langage. Mais aussi dans ces mouvements du cœur que sont les émotions, les passions; l'inconstance est un thème baroque : qu'on pense à Don Juan dans les versions XVIIe siècle du personnage. - Et quant aux apparences, le théâtre est pour l'esprit baroque une ressource inépuisable : le monde est un théâtre sur lequel les hommes jouent; le trompe-l'œil règne, les décors apportent l'illusion, la vie est un songe; chacun porte un masque, et les travestissements de tous ne sont interrompus que par la mort, grande maîtresse et seule vérité, obsession de l'époque baroque. (http://www2.unil.ch/fra/HistLitt/Cours/XVI-XVII/16-8.Baroque.htm)

Puis viendrait probablement le temps où, mon discours oserait aller pointer le nez dans les méandres du Maniérisme... du Formalisme... du Chorégraphisme... qui finalement, pour faire simple, dénotent une recherche formelle, une souci permanent de la ligne et de la composition scénique, une quête du mouvement choral, de la fascination provoquée par la symbiose de corps interreliés par le jeu.

Bien que proches de ce que je fais, aucun de ces termes pourtant ne s'y collerait avec justesse...


lundi 5 mai 2008

Euh

Cette semaine, Isabelle Labrie, du Quotidien/Progrès-Dimanche, dans son éditorial, effectue une sortie en règle contre les «attaques envers les médias» et répond (indirectement) à plusieurs discussions qui ont été faites ici, à propos de ceux-ci, de l'espace qu'occupe le théâtre (et la culture en général) à l'intérieur de ceux-ci, de l'état de la critique au Saguenay, de la distinction entre recherche artistique, divertissement, produits d'appel... etc. Voici donc cet édito (décidément, ce matin, je cite abondamment!)... et quelques réactions personnelles (en noir et italique) suite à cette lecture.



Année: 1915
© nd


«Édito - section Arts», Progrès-Dimanche, 4 mai 2008
par Isabelle Labrie (ilabrie@lequotidien.com)

LE FOSSÉ ENTRE ATTENTES ET RÉALITÉS

Le récent passage d'un comité du Conseil de presse du Québec à Jonquière, afin de prendre le pouls des citoyens par rapport à l'information qui leur est fournie par les médias régionaux, a permis de soulever diverses questions sur le travail des journalistes en milieu culturel. Mais elle a surtout permis de constater qu'un fossé sépare ce que les intervenants du monde artistique souhaiteraient avoir comme couverture et la réalité vécue par les entreprises de presse et donc, par ricochet, par les journalistes oeuvrant sur le terrain.

Parmi les points soulevés, il y a le manque de critiques de spectacles régionaux (Manque de rigueur artistique de ceux qui sont «de passage» serait plus juste. Souvent on a l'impression que le secteur culturel sert de rampe de lancement... ou de pis-allé. Rôles du critique (théâtral): rendre-compte d'un spectacle; étudier et réfléchir au sens, à la construction; constituer, en quelques sortes, une «mémoire du théâtre»; découvrir. ) et le traitement de l'information culturelle. Évidemment, ceux qui oeuvrent dans le milieu dans la région aimeraient que l'on parle davantage de ce qui se fait ici. Ils vont même jusqu'à dénoncer le fait que l'on fasse la critique du spectacle d'un artiste montréalais (En fait, ce n'est pas tant le fait de parler d'un artiste montréalais qui fait tiquer le milieu, mais bien l'espace qu'on lui accorde... Souvent, ce même artiste peut être le sujet de 2 pages pleines déclinées en 4 articles... alors que l'on sait l'espace limitée... et que d'autres événements sont passés sous silence faute de place.), mais qu'on ne fasse pas à tous les coups un pré-papier pour annoncer la tenue d'un événement régional. Ils trouvent aussi dommage qu'il n'y ait pas davantage d'espace dans les pages de journaux pour ce genre d'information. (Moi, si on prend par exemple Le Progrès-Dimanche, je déplore le manque d'espace, oui... mais surtout l'envahissement de la section culurelle par les horaires-télé... et le fait d'accorder deux pages pleines à un chien!)

Difficile d'en vouloir aux gens qui mettent énergie, coeur et émotions à faire connaître leur production, et de toujours souhaiter davantage de visibilité. Les revendications sont la plupart du temps légitimes, ou à tout le moins compréhensibles. Quand on crée quelque chose, on a la fierté de le montrer et de vouloir en faire parler.

Mais là où le bât blesse, c'est quand les gens (On parle de qui au juste?) mélangent dans un même panier des sujets d'importances. (J'avoue, je ne comprends pas de quoi il est question. Que signifie cette phrase exactement?) C'est ainsi que promotion, publicité et articles journalistiques son logés allègrement à la même enseigne. Et c'est ainsi que le travail des médias, qu'ils soient écrits ou électroniques, est dénoncé de la même manière.

Le Progrès du Saguenay, avec les journaux Le Quotidien et Le Progrès-Dimanche, possèdent la salle de rédaction la plus importante au Saguenay-Lac-Saint-Jean pour couvrir le monde artistique avec la présence de deux journalistes à temps plein, en plus de collaborateurs et d'un chroniqueur de livres qui publie un papier toutes les semaines. Personne dans la région ne met autant d'efforts dans ce domaine. (Nous le reconnaissons tous, je crois.) Certaines stations de radio et de télévision boudent même totalement ce créneau jugé pas assez «vendeur».

Au Quotidien et au Progrès-Dimanche, au contraire, il s'agit d'un domaine reconnu, qui bénéficie d'une attention soutenue et dont les sujets font régulièrement la Une. (Particulièrement s'il s'agit d'un artiste montréalais... je sais, c'est de la mauvaise foi... lol)

Évidemment, si on se compare à ce qui se fait dans les journaux des grands centres, force est de constater que les équipes sont plus imposantes et qu'il y a plus de pages réservées à la section des arts et spectacles. Mais les journaux sont plus gros en général et il y a donc davantage de pages dans toutes les sections.

En ce qui concerne le rôle du journaliste, il semble y avoir là aussi une certaine incompréhension et elle est très perceptible en arts. (!!!) Les journalistes ne sont pas là pour «annoncer» des événements (!!!): ça c'est le travail de la publicité. (Plusieurs artistes et compagnies n'ont pas les moyens de se payer une campagne publicitaire... parce que qui parle «publicité» parle inéluctablement «argent».) Ils sont là pour présenter des artistes par le biais de reportages; pour faire part de ce qui se passe par le biais de nouvelles (euh... je cite: «Les journalistes ne sont pas là pour annoncer des événements». Quelle est la nuance?) ; pour partager leurs impressions au moyen de critiques. (Mon avis sur la critique est connu... et je j'oserais affirmer encore une fois qu'il vaut mieux, dans ce cas-ci, parler de compte-rendu.)

Nous comprenons très bien que pour certains, le journal constitue un médium de choix pour lancer une invitation à la population et pour faire parler d'un événement. (D'ailleurs, merci... et vous le dites vous-mêmes, les stations de radio boudent le secteur culturel...) Nous nous y prêtons volontiers, avec bonne foi, autant que possible. Mais il demeurera toujours qu'en raison de la diversité de la vie culturelle régionale, il faudra faire des choix de couverture. (Et c'est normal... et justifiable!)


dimanche 4 mai 2008

LE RIRE DE LA MER [Histoire d'une mise en scène|... ÉPILOGUE

Le Rire de la mer s'est tu hier soir. Le rideau est tombé. Les boîtes redeviennent des boîtes sans poésie.

Définitivement, l'aventure robervaloise s'est terminée dans le plaisir et l'émotivité... dans la mesure où je sais me laisser aller à ce sentiment!

La dernière représentation n'a pas la même magie que la première. Elle ne revêt plus, en coulisse, la même fébrilité. Comme si, pour la première fois, la lucidité, la sensation de prendre son personnage pour un dernier tour de piste et le plaisir de se retrouver tous ensemble jusuq'à un prochain rendez-vous encore inconnu, teintent ce spectacle d'une douceur, d'une extrême sensibilité qui se ressent même dans le public.

Et pour moi, c'est le rôle ultime du spectateur... car demain, pas de notes. Pas de retour. Pas de changements. Ce soir de dernière, pas de stress... juste un pincement au coeur qui prend de l'ampleur au même rythme que passent les tableaux pour faire place au vide et à l'absence.

Bien sûr, ce n'est pas parfait. Mais qu'importe. C'est la soirée de la reconnaissance, de la fierté, de la camaraderie exacerbée par la fatigue et le deuil de cette production.

Et maintenant que tout est fini, vient le moment du bilan... Bilan qui durera plusieurs jours, plusieurs mois, voire plusieurs années.

Oui. Je dois l'admettre. Le Rire de la mer fut une production éprouvante à différents égards (de ce fait, cette production est sans doute porteuse d'innombrables richesses à découvrir...): météo affligeante, distribution d'envergure qui augemente la discipline, tensions de toutes sortes, gestion de stress ardue (temps de répétitions, boîtes et changements de décors) et angoisse personnelle propre à la mise en scène. La machine fut parfois très lourde à porter. De tous mes projets, probablement le plus difficile que j'aie fait. Celui qui m'a le plus fait douté...

Tout au long des représentations, et ce malgré les critiques louangeuses, j'ai eu l'impression de n'avoir pas su transmettre la passion du projet à toute l'équipe. D'avoir frappé un stade que je n'ai pas su surmonter. D'avoir, en quelques sortes, perdu un temps précieux à des moments stratégiques, de n'avoir pas su aller là où on aurait dû se rendre...

Et pourtant...

Le Rire de la mer a permis, en même temps, l'éclosion de moments magiques. De véritables minutes, heures, journées de plaisir, de fous rires, de comédie pure. Des surgissements de folies incontrôlés et incontrôlables. De bonne entente et de confidences... Des liens se sont tissés (et raffermis) avec les gens du Mic-Mac. Des amitiés se sont consolidées. Et la complicité a su encore s'établir pour nourrir la construction de ce spectacle. Le travail y a été exigeant... ce qui, paradoxalement, laisse un sentiment de devoir bien accompli... de réussite...

Et pour tout cela, je remercie profondément tous mes acteurs qui m'ont suivis (plusieurs parmi eux depuis près de quatre ans), tous mes concepteurs qui se sont évertués à être imaginatifs et à répondre aux moindres de mes désirs, tous les intervenants autour de cette production pour leur confiance, leur soutien et leur dévouement. Merci à tous ces gens du Théâtre Mic Mac de m'avoir permis une nouvelle fois de m'investir dans un grand et beau projet en leur fidèle compagnie. Oui. L'instant présent appartient encore aux sourires et aux souvenirs. Et puissent-ils le demeurer encore longtemps...


Probablement des gens se demanderont pourquoi cette musique... C'était la musique finale du spectacle, l'apothéose, pendant la construction (littérale) du théâtre d'Épidaure...

samedi 3 mai 2008

Regards interposés...

Voici, un commentaire qui a été publié (sous le nom Mike on the Line) à la suite de Haro sur la pérennité des emplois dans le domaine culturel. Ce matin, je passe le micro (et voilà le lien avec l'image!). Comme il pose pleins de questions et qu'il propose des tentatives de réponses, je le reprends ici dans son intégralité:


Il y a quelque temps déjà, j’inscrivais un commentaire suite à l’article de Yoyo du 15 avril 2008, intitulé Recherche d’emploi. J’y demandais comment on crée de la richesse dans le milieu du théâtre.

Cette question est d'autant plus pertinente que ce nouvel article auquel je réponds parle d'économie et fait entendre l'idée que, parce que différente, la réalité du milieu culturel régional ne peut s'inscrire à l'intérieur des balises plus nationales, pour ne pas dire plus métropolitaines, des programmes de soutien et associations de toutes sortes (d'Emploi-Québec à l'UDA, en passant, par exemple, par le CALQ).

Si cette différence est bien réelle, quelqu’un peut-il m’expliquer alors pourquoi les compagnies d’ici m’apparaissent s’inscrire presque toutes à l’intérieur de ces balises que les artistes et les artisans, individuellement, rejettent ? Je ne dis pas que nos compagnies doivent disparaître, au contraire : elles réunissent une somme importante et précieuse d’expériences et de connaissances que je respecte. Je demande seulement : pouvons-nous imaginer le fonctionnement du théâtre à Saguenay davantage en accord avec cette réalité singulière dont tout le monde parle constamment ?

Bon, j’en entends déjà certains dire « de quoi il se mêle, lui ? Il ne fait plus de théâtre, par quelle autorité ose-t-il parler… ». C’est vrai, je ne me considère plus comme étant un artiste. Je sais cependant ce qu’est l’être et je respecte infiniment cela. Je ne suis pas un artiste, mais, depuis 1991, je n’ai jamais cessé de m’intéresser au théâtre ; seulement, je ne l’envisage plus beaucoup dans ses aspects artistiques, je laisse ça à ceux qui en ont le talent, et il y en a beaucoup chez nous!

Cela dit, depuis huit ans, je regarde davantage le théâtre dans la région d’un regard historique, politique et économique. J’ai eu l’incroyable chance de travailler plus de deux ans au projet de sauvegarde des archives sonores de CBJ et d’entendre toute l’activité théâtrale des années 60 et 70. J’ai pu, par exemple, prendre connaissance de sa vitalité étonnante, au point de présenter devant salle comble, à l’Auditorium Dufour, pendant quatre soirs, un festival canadien de théâtre amateur.

En indexant ces archives, j’ai pu aussi entendre la naissance du théâtre professionnel à Saguenay : la création du théâtre la Rubrique, avec une mission sociale qui s’est passablement transformée avec les années, puis l’arrivée d’un programme de certificat en théâtre, à l’UQAC, et la constitution des Têtes heureuses. Bref, ces perspectives historiques m’apparaissaient si riches en enseignement que, depuis deux ans, le théâtre d’ici, de 1956 à nos jours, est devenu mon sujet de maîtrise en études et interventions régionales, pour laquelle j’entre en rédaction en 2009. J’ai joint également à cette maîtrise une particule en gestion des organisations afin de pouvoir envisager ces aspects en plus de l’histoire de notre théâtre régional. J’imagine que cela m’offre quelques compétences et je n’espère qu’une chose : en faire profiter les artistes et artisans de la région à court, moyen et long terme.

Ça me déchire de voir des talents s’arracher la vie, ou simplement abandonner. Ça m’attriste quand je vois des gens pleins de potentiel ne pouvoir l’exploiter à leur maximum, comme Yoyo, comme des dizaines d’autres d’ailleurs. Alors, j’ose rêver d’un Saguenay où toutes les salles de théâtre sont bondées comme pour un show des clowns noirs (le plus bel exemple de l’importance de s’inscrire symboliquement dans l’imaginaire de la ville, bravo !). J’imagine un milieu effervescent, où on retrouve encore plus d’artistes et d’artisans de la scène qu’actuellement, où l’offre de nouveaux spectacles est généreuse et permet l’émergence de nouveaux talents ET de plusieurs comédiens nationaux, d’auteurs, et de metteurs en scène rayonnant à travers le Québec et le monde.

Je vous propose alors ma vision. Ce n’est pas LA réalité du milieu théâtral ni LA solution. Si les deux existent, c’est collectivement, pas dans l’esprit d’un seul individu, ni dans la mission d’une seule compagnie. Je vous propose une vision qui est le fruit de mon analyse et où je ferai en sorte, après quelques digressions, que deux termes se rencontrent : amateur et professionnel.

En octobre 2006, je devenais administrateur du Théâtre 100 masques. Cette compagnie, dont la mission de base était alors le soutien à la relève, venait, depuis plus d’un an, de reprendre les activités pédagogiques abandonnées par l’Atelier de théâtre l’Eau vive. Cet aspect pédagogique m’intéressait vivement, car j’y voyais là un levier puissant de sensibilisation de notre collectivité au théâtre. J’y voyais aussi des possibilités de carrière d’appoint pour les artistes et artisans, un emploi régulier assorti d’un salaire décent qui leur permettrait de se concentrer sur des projets artistiques et d’envisager leur vie ici, sans être constamment aux abois financièrement.

Bien que j’y ai découvert une compagnie en piteux état, qui est d’ailleurs actuellement sous respirateur, parasitée par sa mauvaise réputation professionnelle, cette vision pour l’enseignement du théâtre ne m’abandonne pas, au contraire.

Une de mes propositions, donc, pour créer de la richesse est la suivante : mettre en place une véritable structure professionnelle vouée à la formation théâtrale, gérée par des artistes et artisans du milieu ; construire un programme pédagogique à partir des compétences que les artistes veulent partager, une offre de service que le client peut lui aussi construire à la carte, selon ses besoins et ses attentes ; soutenir cette structure par une équipe de gestionnaires et d’administrateurs capable d’en baliser le développement, dès l’incorporation.

Quant aux clients, cette structure ne se contenterait pas des perspectives traditionnelles que sont les écoles et les services des loisirs. L’équipe de gestionnaires aurait également comme mandat de développer un produit pour les compagnies. Le but ultime serait la création d’un festival amateur annuel durant lequel on pourrait voir sur les planches, par exemple, les employés de Rio Tinto – Alcan, de Bell Canada, du Complexe hospitalier de la Sagamie, des restaurants Saint-Hubert de Saguenay, du Cégep de Jonquière, de la base de Bagotville, et cetera.

Redonner le droit au théâtre aux citoyens de Saguenay permettrait peut-être le retour de l’intérêt porté pour la discipline dans les années 60 et 70. Ce genre de manifestation aurait comme principal impact de réintroduire de façon significative le théâtre dans l’univers symbolique régional.

Imaginons maintenant qu’on mélange les deux : le talent dit naturel, mis en lumière, par exemple, dans le spectacle des travailleurs sociaux du CLSC de Chicoutimi, donnant la réplique à Marie Villeneuve, où encore une expérimentation du théâtre CRI avec 15 retraités d’Abitibi Consolidated ? Ne voyez-vous pas, comme moi, des salles pleines, une demande plus forte, des artistes et des artisans qui peuvent se développer pleinement ?

J’ai parlé un peu plus tôt du Théâtre du Faux-coffre. Au-delà de leur travail artistique, ce qui me fascine chez eux, c’est leur capacité à s’inscrire dans le tissu urbain, à devenir des personnages emblématiques auxquels une cohorte s’identifie, et à faire partie d’un imaginaire collectif qui dépasse le milieu du théâtre et son habituelle clientèle.

Ma proposition – qui n’a rien d’artistique – ne vise que cela : faire en sorte que l’ensemble des citoyens de Saguenay se sent aussi concerné par le théâtre que par son équipe de hockey junior majeur, que ses artistes et artisans soient supportés par lui, et que cette réalité singulière du monde du théâtre dont on se réclame depuis bientôt 30 ans ne soit plus nommée que par des gens de l’extérieur, jaloux de ce petit miracle économique et culturel.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

jeudi 1 mai 2008

LE RIRE DE LA MER [Histoire d'une mise en scène|... ÉPILOGUE


Le Rire de la mer s'est tu hier soir. Le rideau est tombé. Les boîtes redeviennent des boîtes sans poésie.

Définitivement, l'aventure robervaloise s'est terminée dans le plaisir et l'émotivité... dans la mesure où je sais me laisser aller à ce sentiment!

La dernière représentation n'a pas la même magie que la première. Elle ne revêt plus, en coulisse, la même fébrilité. Comme si, pour la première fois, la lucidité, la sensation de prendre son personnage pour un dernier tour de piste et le plaisir de se retrouver tous ensemble jusuq'à un prochain rendez-vous encore inconnu, teintent ce spectacle d'une douceur, d'une extrême sensibilité qui se ressent même dans le public.

Et pour moi, c'est le rôle ultime du spectateur... car demain, pas de notes. Pas de retour. Pas de changements. Ce soir de dernière, pas de stress... juste un pincement au coeur qui prend de l'ampleur au même rythme que passent les tableaux pour faire place au vide et à l'absence.

Bien sûr, ce n'est pas parfait. Mais qu'importe. C'est la soirée de la reconnaissance, de la fierté, de la camaraderie exacerbée par la fatigue et le deuil de cette production.

Et maintenant que tout est fini, vient le moment du bilan... Bilan qui durera plusieurs jours, plusieurs mois, voire plusieurs années.

Oui. Je dois l'admettre. Le Rire de la mer fut une production éprouvante à différents égards (de ce fait, cette production est sans doute porteuse d'innombrables richesses à découvrir...): météo affligeante, distribution d'envergure qui augemente la discipline, tensions de toutes sortes, gestion de stress ardue (temps de répétitions, boîtes et changements de décors) et angoisse personnelle propre à la mise en scène. La machine fut parfois très lourde à porter. De tous mes projets, probablement le plus difficile que j'aie fait. Celui qui m'a le plus fait douté...

Tout au long des représentations, et ce malgré les critiques louangeuses, j'ai eu l'impression de n'avoir pas su transmettre la passion du projet à toute l'équipe. D'avoir frappé un stade que je n'ai pas su surmonter. D'avoir, en quelques sortes, perdu un temps précieux à des moments stratégiques, de n'avoir pas su aller là où on aurait dû se rendre...

Et pourtant...

Le Rire de la mer a permis, en même temps, l'éclosion de moments magiques. De véritables minutes, heures, journées de plaisir, de fous rires, de comédie pure. Des surgissements de folies incontrôlés et incontrôlables. De bonne entente et de confidences... Des liens se sont tissés (et raffermis) avec les gens du Mic-Mac. Des amitiés se sont consolidées. Et la complicité a su encore s'établir pour nourrir la construction de ce spectacle. Le travail y a été exigeant... ce qui, paradoxalement, laisse un sentiment de devoir bien accompli... de réussite...

Et pour tout cela, je remercie profondément tous mes acteurs qui m'ont suivis (plusieurs parmi eux depuis près de quatre ans), tous mes concepteurs qui se sont évertués à être imaginatifs et à répondre aux moindres de mes désirs, tous les intervenants autour de cette production pour leur confiance, leur soutien et leur dévouement. Merci à tous ces gens du Théâtre Mic Mac de m'avoir permis une nouvelle fois de m'investir dans un grand et beau projet en leur fidèle compagnie. Oui. L'instant présent appartient encore aux sourires et aux souvenirs. Et puissent-ils le demeurer encore longtemps...

mercredi 30 avril 2008

L'éthique, c'est l'esthétique du dedans (Pierre Reverdy)

Une question demeure en suspens depuis que j'écris sur ce blog. Une question qui m'est revenue en pleine figure à quelques reprises (et qui a rejailli, par ricochet, sur d'autres que moi). Une question qui peut se décliner en plusieurs variantes mais qu'on pourrait ramener à la forme générique: est-ce éthique de ma part, en tant que praticien implanté dans le milieu, de tenir ce genre de carnet virtuel?

La réponse sera, bien entendu, laissée au point de vue du lecteur...

Et moi?

D'une part, aucun de mes billets (lorsqu'il est question de spectacles) ne représente la vision d'une compagnie (d'abord parce que malgré tout, je me considère comme étant autonome) et encore moins une intention d'imposer une vision du théâtre en particulier (parce que je crois en la diversité et à la stimulation bénéfique provoquée par le choc des différentes approches). C'est en tant que praticien que je signe et j'attends (peut-être naïvement!) la même chose de ceux qui commentent. Je ne fais que partager ce que j'ai vu, les questions qui me passent par la tête et les réflexions que je me fais. Non pas pour en faire une critique ou demander des comptes ou influencer un achalandage (!) mais seulement parce que c'est aussi mon domaine et qu'être capable d'en parler (pour tabou qu'il soit) en toute sincérité est une preuve de dynamisme. Je tiens juste à le re-spécifier. Ma seule motivation pour cet exercice est de pouvoir échanger (quand cela arrive... chose plutôt rare) sur une plus longue période, de pouvoir discuter sur des spectacles de façon courtoise, réfléchie, ouverte (tout en évitant le «bon» ou «mauvais»). J'essaie aussi d'argumenter pour étayer mes propos.

Préférera-t-on à la discussion franche et constructive les comptes-rendus (qui se donnent le titre de critique) polis sans plus? Qu'au bouillonnement actif, on préservera ce faux-semblant de perfection, ce tabou qui ne génère au fond qu'atrophie et vacuité?

On m'aura reproché de ne pas être capable de discuter à chaud, de me cacher (!) derrière mon écran et d'agir après coup. C'est vrai... et faux. Vrai que je ne parle pas beaucoup, que je suis peut-être socialement inadapté (ou disons plutôt affligé d'une timidité quasi maladive). Je n'ai rien à dire à la sortie d'un spectacle. C'est toujours le brouillard... Faux aussi parce que j'ai besoin, j'aime prendre le temps de réfléchir pour justement structurer ma pensée. Et l'écrit est la meilleure façon d'y parvenir.

On m'aura reproché également (façon de parler pour ne pas dire ironiser) de me poser comme intelligensia du théâtre au Saguenay... Si seulement... Je persiste à croire que penser et réfléchir ne sont pas des tares... et que l'intellectualisme et le raisonnement, loin de nuire à l'art, lui permettent d'évoluer...

Advenant le cas où les points précédents se tiennent, reste un autre problème: est-il éthique d'élever sa voix dans ce qui a été appelé un milieu «consanguin», un milieu «petit» où tous sont appelés à se côtoyer? «Absolument pas!» m'auront répondu certains. De mon côté, j'estime que cette petitesse du milieu est une raison de plus pour briser ce carcan de surprotection, cette chape de plomb qui noie toute tentative d'évolution. Je trouve plus éthique de donner un point de vue plus structuré (qu'il soit positif ou négatif) qu'agir comme plusieurs actants de la profession qui se taisent (ou pire! affirment les banalités d'usage tels les «bravos» et les sourires) de peur de se voir fermer des portes. C'est la culture du nombrilisme au détriment de la véritable discussion...

Dans la même veine, je le réitère, si je n'écris pas sur mes propres spectacles, c'est que le recul n'est pas suffisant pour que je m'y mette... et qu'en prime, je suis d'une exigeance quasi tyrannique envers mes propres oeuvres et ceux qui la font. Il ne s'agit pas de mettre en valeur mon travail mais de l'épargner! Quant aux spectacles des Têtes Heureuses (dont certains m'accusent de me censurer), je tiens à préciser que je suis présent avant même que les concepteurs et les comédiens ne se réunissent, que je suis présent durant la germination artistique, que je suis présent durant toute l'évolution de leurs spectacles, que mes questions et réflexions passent donc directement en cours du travail...

D'autre part, j'écris par plaisir, par fierté de tout ce qui s'accomplit ici. J'ai fait le choix de rester et de vivre dans la région, à Chicoutimi (à l'époque!). J'ai fait le choix de persévérer dans ce domaine, malgré les embûches et les coups durs. J'écris par passion. Par intérêt. Pour le simple bonheur de partager les idées, parce que je crois être statégiquement bien placé pour être en mesure de véhiculer les informations qui circulent.

Enfin, oui, j'ai un certain contrôle sur les commentaires. À venir jusqu'à présent, je n'ai utilisé mon droit de veto qu'une seule fois, considérant que le commentaire (qui ne m'était d'ailleurs pas destiné et qui était publié sous un pseudonyme) relevait d'une attaque personnelle et n'amenait rien dans une éventuelle discussion. J'ai cru bien faire (et le crois toujours) pour maintenir une certaine qualité du débat. Il est fort probable que je connaisse l'auteur de ce dit commentaire et je m'en excuse (même si...). Toutefois je crois être assez intègre et avoir une assez large ouverture d'esprit pour être capable de juger des actions à prendre, le cas échéant.

Alors l'éthique...

J'ose revendiquer le droit de discuter, de confronter les points de vue, de partager (en autant que faire se peut) sur le sujet théâtral. Dans le respect. Dans la courtoisie. Dans l'intégrité et la sincérité.

mardi 29 avril 2008

La Duse



Un autre monstre sacré du théâtre universel provient de l'Italie. ll s'agit de l'immense Eleonora Duse (née le 3 octobre 1858 et morte le 21 avril 1924). Elle est considérée comme étant l'une des plus grandes actrices de son temps... et comme l'éternelle rivale de Sara Bernhardt (de 12 ans son aînée qui décédera un an avant elle) qu'elle a cependant toujours admirée.



La Duse ne joue qu'une seule fois pour le cinéma. Il s'agit de Cenere, tourné par Febo Mari en 1916, d'après un roman de Grazzia Deledda. Elle est la vieille dame (quoiqu'à l'époque, elle n'ait que 58 ans...). Elle semble avoir un style de jeu assez différent de sa rivale... moins expansif... plus «naturel»:

samedi 26 avril 2008

LE RIRE DE LA MER [Histoire d'une mise en scène]


Ce qu'il y a de plus particulier avec une production qui tient l'affiche à près de 120 km de son lieu de résidence, c'est le fait de ne pas pouvoir assister à toutes les représentations. C'est l'obligation, en quelques sortes, de lâcher prise et de donner la régence du spectacle à d'autres que soi. Si, d'une part, le détachement se fait de lui-même compte tenu des distances, le désir (parfois tyrannique) de garder le contrôle scénique, le sentiment d'impuissance ressenti lorsqu'est venu le temps de jouer tant bien que mal le rôle de spectateur, ne s'estompent malheureusement pas et deviennent de véritables supplices. Car rien n'échappe à l'acuité du regard d'un metteur en scène (même son contrat officiellement terminé!): les bons coups comme les moins bons, les erreurs, les essais, les manquements, les moments magiques...

Au gré des représentations, Le Rire de la mer évolue... et je n'en fais pas partie (ou si peu)... C'est vivre avec l'impression de devoir abandonner (façon de parler peut-être un peu drastique, mais bon...) le travail au moment même où le travail des représentations commence (le véritable travail théâtral puisqu'il prend soudainement en compte le caractère essentiel du théâtre: faire acte de communication avec le public!). C'est de ne pouvoir apporter qu'un soutien bien lointain.

J'étais à nouveau assis dans la salle lors de la représentation d'hier. Et, regardant le spectacle, je prenais des notes sur ce que je pourrais changer, modifier, ajuster... Je me suis pris mentalement à refaire de nouvelles entrées chorales, à recréer une mise en place imaginaire, à redessiner les contours de certains personnages, à en redresser la ligne dramatique... Et c'est là que le bât blesse. Je n'aurai ni le temps, ni l'occasion de pouvoir passer aux actes... Ce besoin de rester en contact direct avec la production, de maintenir actif ce corps-à-corps créatif, se manifeste en vain: je ne peux faire ce genre de travail par échange de courriels ou par téléphone... Il faut une présence effective. Une présence à l'écoute et à l'affût de toutes propositions. Une présence qui n'est pas de passage. Et de la volonté!

Ma plus intime conviction théâtrale m'affirme avec force qu'un spectacle doit demeurer un chantier jusqu'à la dernière représentation... jamais il ne doit être considéré comme étant un produit fini. Jamais il ne peut être fini.

Malgré tout, hier soir, j'ai regardé avec plaisir mes comédiens s'évertuer (avec succès) à tenir le fort... et dans ces moments, la fierté (toute aussi narcissique puisse-t-elle être!) prend le dessus et remise alors (heureusement!) tout autre questionnement.



lundi 21 avril 2008

Superstitions théâtrales... 2



Pour enrichir le premier tableau des superstitions brossé le 24 juillet 2007 (en un autre lieu), en voici quelqu'autres (?) (tirées, celles-là, du Dictionnaire de la langue du Théâtre par Agnès Pierron:

Chapeau sur un lit: Il n'est pas recommandé de poser un chapeau sur un lit (il y avait systématiquement un lit dans les couchonnerires), que ce soit sur la scène ou dans une loge d'artiste. En effet, il y a encore quelques années, les hommes portaient des chapeaux lors des enterrements, et on le retirait dans la chambre mortuaire pendant les derniers hommages au mort. Poser son chapeau sur son lit signifie donc que la mort n'est pas loin.

Faire les ciseaux: Se croiser sur une scène pour des acteurs; c'est un interdit dans une mise en scène. De même que le fait de croiser des couverts sur une table est considéré comme portant malheur, se croiser sur une scène est à éviter.

Dire «Lapin» en scène est aussi néfaste que dire «Corde»: L'interdit est le même sur un bateau: la lapin est un rongeur qui s'en prend aux cordages... Ah bon!

En voici une petite dernière (qui est sans explication pour le moment...):

Ne pas proposer trois sources lumineuses dans un décor.